Les commentaires racistes, antisémites, révisionnistes, sexistes ou en général tout sujet contraire aux valeurs humanistes ne seront pas acceptés.
Adolf et Joseph...
Srebrenica,
un crime européen
Par Bernard Dréano, Eros
Sana (13 juillet 2010) in Basta !
Il y a quinze ans, huit mille hommes et adolescents étaient massacrés par les troupes bosno-serbes de Ratko Mladic. C’était le dernier massacre de la guerre la plus meurtrière qu’ait
connue l’Europe depuis 1945 : 150.000 morts, soit en proportion autant que la première guerre mondiale en France. L’Europe continue de faire payer aux Bosniaques le prix de sa propre
lâcheté.
Photo : commémoration du massacre de
Srebrenica en juillet 2009
Ce massacre était tout sauf imprévisible. Au terme de la première année de combat, en 1992, trois « enclaves », peuplées de Musulmans Bosniaques, étaient encerclées par les troupes
nationalistes Serbes de Bosnie et de Serbie. Srebrenica, la plus grande, Zepa et Goradze.
Après de multiples atermoiements, le refus des troupes françaises de l’Onu de livrer Srebrenica aux nationalistes serbes et la résistance de l’Armée Bosniaque à Goradze, l’ONU décide de
décréter ces enclaves « zones de sécurité ». Srebrenica est placée sous la protection du bataillon néerlandais de l’Onu.
L’ONU abandonne les habitants
En juillet 1995, la guerre de Bosnie arrive à son terme. En coulisse, on discute déjà du partage du territoire. Mais les « zones de sécurité » empêchent la constitution d’un
territoire serbe homogène dans la vallée de la Drina. On envisage, secrètement, d’en déplacer les populations Bosniaques Musulmanes. Comme depuis le début de la guerre de Bosnie, ces
« initiatives diplomatiques » sont perçues par les nationalistes comme un feu vert pour agir : parachever l’épuration ethnique de l’ouest de la Bosnie qui n’a pas été complète
en 1992-1993. Avec l’accord évident de Milosevic, le général Ratko Mladic, accentue sa pression militaire sur Srebrenica.
Très vite, il apparaît que, contrairement aux français quelques années plus tôt, les néerlandais n’ont nullement l’intention de résister. Ils évacuent progressivement leurs positions autour
de la ville, les abandonnant aux milices serbes. Aucun appui aérien des forces de l’Onu, commandées à l’époque par le général français Janvier, ne vient contrecarrer les plans serbes.
Femmes déportées, hommes exécutés
Dès lors, le massacre est programmé. Comme depuis le début de la guerre, comme dans toute guerre d’épuration ethnique, le « vainqueur » veut frapper les esprits par des exactions,
s’assurer du départ définitif de la population rejetée, empêcher tout rapprochement futur. Les casque bleus néerlandais assisteront sans réagir à l’arrestation et au tri de la population
qu’ils étaient censés protéger.
Femmes et enfants sont emmenés dans des bus vers la ligne de front, les hommes seront exécutés à l’abri des collines boisées environnantes. Le dernier massacre ethnique de Bosnie ne fait que
prolonger les massacres perpétrés par les mêmes forces dans la même région deux ans plus tôt.
Évidemment, l’ampleur de ce massacre là « fait tâche ». Il n’empêchera pourtant pas les négociateurs des accords de Dayton d’accepter la division ethnique de la Bosnie selon les
lignes fixées par les massacres, à l’exception de Goradze, sauvée par sa résistance et ses habitants.
Impunité des criminels
Quinze ans après, la Bosnie reste régie par ces accords fixant le partage criminel. Le pays n’est plus en guerre, on peut y circuler, mais il n’est pas sorti du système créé par l’armistice
de Dayton. Les Européens punissent les bosniaques de leur propre lâcheté en les maintenant dans un statut de souveraineté limitée et en leur imposant des visas pour circuler. Certains anciens
criminels circulent librement grâce à des passeports croates ou serbes obligeamment délivrés par les pays voisins.
Le 4 juin dernier, lors d’une visite à Paris, Sven Alkalaj, du Ministre des affaires étrangères de Bosnie-Herzégovine, rappelle cette triste réalité : « De nombreux citoyens de
Bosnie-Herzégovine jouissent d’une autre nationalité, Serbe ou Croate. Ils ont donc un double passeport et peuvent circuler librement dans toute l’Europe. Alors que le reste de la population,
surtout la jeunesse, est assignée à résidence. »
Quinze ans après, l’Europe devrait se souvenir non seulement du crime perpétré par Ratko Mladic et ses troupes, mais aussi de la passivité européenne qui l’a rendue possible.
Ratko Mladic est toujours en liberté.
Bernard Dreano et Eros Sana
Un prisonnier politique sioux aux Etats-Unis:
Léonard Peltier
Leonard Peltier est en prison depuis 33 ans. Son Comité de soutien organise un rassemblement le 23 Juin de 18h à 20h place de la Concorde (angle Tuileries). En 2002, Jacques Bertet
publiait dans le Monde Diplomatique un article toujours d’actualité
L’affaire Leonard Peltier
Depuis 1977, Leonard Peltier, indien, membre des tribus sioux, est emprisonné au pénitencier de Leavenworth, au Kansas, Etats-Unis. Il a 58 ans et purge une double peine de
perpétuité, accusé du meurtre de deux agents du FBI. Il clame son innocence depuis vingt-cinq ans. Ses défenseurs soutiennent qu’il a été victime d’un procès politique et d’une condamnation
« pour l’exemple », alors qu’il n’existe aucune preuve de sa culpabilité. Malgré la mobilisation internationale des défenseurs des droits humains et des amis des Indiens d’Amérique,
Leonard Peltier est toujours emprisonné et son cas demeure peu connu du grand public.
Par Jean Marc Bertet( Ethnologue, spécialiste de la culture sioux lakota, Ecole des hautes études en sciences sociales, Paris)
Souvent, parler des Indiens d’Amérique du Nord renvoie à des stéréotypes : plumes, bisons, tipis, etc. En 2002, environ trois millions d’Indiens, survivants du génocide commis par les colons
et les militaires américains au XIXe siècle, vivent aux Etats-Unis. La réalité de leur vie quotidienne est très éloignée de tous ces clichés folkloriques. La majorité de ces peuples
connaissent des difficultés économiques et des problèmes sociaux liés à la perte de repères identitaires ; ce qui a entraîné une forte présence de l’alcoolisme dans nombre de tribus. Malgré
ces aspects négatifs, les Indiens demeurent des rescapés de l’histoire. Depuis trente ans, un renouveau culturel, social et économique a vu le jour dans les différentes tribus et réserves. Par
leurs luttes continuelles, ces oubliés de l’Amérique ont réussi à obtenir une certaine amélioration de leur sort.
Leurs combats s’expriment au quotidien dans les centres communautaires des grandes villes ou au sein des réserves, loin des feux de l’actualité, ce qui contribue à l’oubli de leur cause. Ils
luttent pour la reconnaissance de leurs cultures, de leurs langues, de leur identité.
Ces combats ont pris plusieurs fois un tour violent. D’abord, bien sûr, au XIXe siècle, lorsqu’ils tentèrent de préserver leurs territoires. En particulier les Sioux, un des peuples les plus
puissants d’Amérique du Nord, qui étaient entrés en contact avec les Européens dès 1660 par l’intermédiaire de trappeurs français. Ces derniers furent nombreux à prendre souche : cela
explique le nombre élevé de patronymes français dont Leonard Peltier.
A partir de 1854, les Sioux entrèrent en conflit avec l’armée américaine et tentèrent d’enrayer la progression des colons. Pendant vingt-cinq ans, sous la conduite de chefs mythiques comme
Sitting Bull, Red Cloud et Crazy Horse, ils tinrent la dragée haute à l’armée, lui infligeant la fameuse défaite de Little Big Horn, en 1876, au cours de laquelle le général Custer fut tué. Après
la mort de Crazy Horse en 1877, la soumission définitive de Red Cloud et l’assassinat de Sitting Bull en 1890, le massacre de Wounded Knee en décembre de la même année mit fin à la résistance des
Sioux.
Parqués dans des réserves dans les Etats du Dakota du Sud et du Nord, les Sioux connurent l’humiliation, la misère, l’acculturation et la dépossession. Mais l’esprit de résistance continuait de
les habiter. En 1934, une nouvelle loi présentée comme plus favorable créa des « gouvernements tribaux » élus par les Indiens. En fait, ces « gouvernements » ne représentaient
pas les véritables aspirations du peuple sioux. Dans les années 1950, de nombreux Indiens furent contraints de partir s’installer dans les villes. Surtout des jeunes qui s’inspirèrent de la
contestation politique de cette époque (Black Panthers, Portoricains, chicanos, opposants à la guerre du Vietnam...) et créèrent, en 1968, leur propre mouvement revendicatif, l’American Indian
Movement (AIM). Sur le modèle du mouvement des droits civiques des Noirs, l’AIM prit très vite un essor considérable.
Leonard Peltier rejoint très tôt le mouvement (1). Il s’engage dans des actions militantes, participe à la lutte contre l’alcoolisme, à la distribution de nourriture et
d’aides, à la création de programmes d’autosuffisance, à la restauration des activités religieuses traditionnelles, et soutient la renaissance des langues autochtones.
L’AIM entend attirer l’attention sur les conditions de vie dramatiques des Indiens par des actions spectaculaires mais non violentes. Peltier participe en 1970 à l’occupation du Fort Lawton où il
rencontre les principaux dirigeants du mouvement : Dennis Banks et Russel Means. En 1972, il organise la Marche des traités violés qui se termine par l’occupation du Bureau des affaires
indiennes à Washington et rencontre un formidable retentissement médiatique. Désormais, l’AIM va être considéré par le FBI comme une organisation « subversive » et ses chefs comme des
« ennemis ».
L’administration du président Richard Nixon met alors en place le programme de contre-espionnage interne Cointelpro pour infiltrer et déstabiliser les organisations dites
« subversives », dont l’AIM. En novembre 1972, accusé d’agression contre des agents du FBI, Leonard Peltier est emprisonné cinq mois, avant d’être acquitté, car l’affaire a été
montée de toutes pièces pour le compromettre. Déjà.
Parallèlement, le FBI favorise l’élection à la présidence du conseil tribal de Pine Ridge (la réserve emblématique des Sioux) de Richard « Dick » Wilson, un « collaborateur »
élu avec moins de 20 % des inscrits... Celui-ci a pour mission de remettre de l’ordre dans cette réserve considérée comme le sanctuaire des « agitateurs ». Avec des fonds secrets,
Wilson crée une milice, les Goon Squads (Guardians Of Oglala Nation). Pour protester contre les brutalités des Goon Squads, les Sioux, aidés par des militants de l’AIM, occupent en février 1973
le village historique de Wounded Knee. Leonard Peltier participe à l’occupation. Les autorités assiègent le village pendant trois mois, hésitant à donner l’assaut, mais tuant deux Sioux. En mai
1973, les assiégés se rendent après avoir exigé que des négociations s’ouvrent sur les traités violés et les conditions de vie des Indiens.
Dans les mois qui suivent, Dick Wilson et ses Goons ont carte blanche pour s’en prendre aux opposants. Une vague de terreur s’abat sur Pine Ridge : 80 militants sont assassinés entre
novembre 1973 et fin 1975... Face aux crimes des milices, les anciens appellent l’AIM à l’aide. Les militants, dont Leonard Peltier, interviennent et parviennent à ralentir fortement la
répression des Goons. Ils s’établissent sur la propriété d’une famille amie, près du village d’Oglala, sur la réserve de Pine Ridge.
Un matin de juin 1975, la propriété se retrouve cernée par des Goons, des agents du FBI et une foule de policiers. Vers 11h30, deux agents fédéraux, Ronald William et Jack Cooler, pénètrent dans
la propriété à la poursuite d’un jeune Sioux, Jimmy Eagle. A partir de cet instant, les témoignages sont confus : il semble que les agents aient tiré sur le véhicule conduit par Eagle.
Croyant à une intervention des Goons, les militants ripostent. Les forces de police et les Goons passent à l’attaque. La fusillade éclate de tous côtés. Deux militants de l’AIM tentent de
s’approcher de William et Cooler pour les désarmer. Ils les trouvent déjà morts...
Les membres de l’AIM décident de s’enfuir et, contre toute attente, y réussissent. Seul un jeune Sioux, Joe Suntz Killsright, sera abattu. Leonard Peltier a toujours affirmé être resté près de la
maison et reconnaît avoir tiré mais n’avoir jamais visé William et Cooler. A la suite de cette fusillade, une gigantesque campagne médiatique tente de criminaliser le mouvement indien. La
répression s’abat sur toutes les réserves. Quatre mandats d’arrêt sont lancés contre Jimmy Eagle, Dino Butler, Bob Robideau et Leonard Peltier. Butler et Robideau sont arrêtés rapidement.
Peltier, craignant pour sa vie, s’enfuit au Canada.
Butler et Robideau sont jugés dans l’Iowa. Un jury populaire les acquitte, provoquant la fureur des autorités qui concentrent alors leurs efforts contre Leonard Peltier, unique accusé du double
meurtre et que le FBI parvient à faire extrader du Canada.
Son procès a lieu dans la ville de Fargo (Dakota du Nord), région d’éleveurs hostiles aux Indiens. Le jury est d’ailleurs entièrement composé de représentants de cette catégorie sociale. Une
campagne de désinformation est lancée. On parle de menaces d’attentats ou d’attaques armées des militants de l’AIM pour libérer Peltier... Englués dans cette paranoïa générale, les membres du
jury sont transportés en fourgons blindés et isolés dans des lieux sécurisés.
Le juge décide que tous les témoignages de la défense relatifs au climat de terreur de l’époque sont irrecevables, ainsi que tous ceux qui peuvent mettre en cause le FBI ou les Goons. Il ne veut
pas qu’on reparle des éléments ayant permis l’acquittement de Butler et Robideau.
En revanche, il ne réfute pas les témoignages de certains agents qui prétendent avoir vu Peltier tirer avec un fusil AR 15 sur William et Cooler. Un autre agent affirme avoir identifié
Peltier grâce à la lunette de son fusil. Les avocats de Peltier démontrent qu’il est impossible d’identifier quiconque de l’endroit où se trouvait cet agent. Le juge ne retient aucune objection
de la défense. Et sur des bases totalement floues condamne Leonard Peltier, par deux fois, à la prison à vie. Peltier fait appel mais la cour confirme la sentence. « Aucune preuve
n’existe »
En 1981, des documents nouveaux vont permettre de lancer une nouvelle série d’appels. Un expert confirme à la barre que le fusil AR 15 ayant servi à accuser Peltier ne peut être l’arme qui a
tué les agents car les douilles ne correspondent pas.
Dans son jugement du 22 septembre 1986, la cour d’appel conclut que le rapport balistique fourni lors du procès était « suspect » et déclare que cette nouvelle preuve crée
seulement la « possibilité » et non la « probabilité » que Peltier ait tué les agents et admet que ce fait « aurait pu changer le verdict du premier procès ». Mais
confirme la sentence !
La Cour suprême, en 1987, refuse de se prononcer sur le cas. En 1993, la commission de libération sur parole refuse une demande de mise en liberté. Lors d’une nouvelle audience, en 1995, Peltier
est défendu par Ramsey Clark, ancien ministre de la justice. le procureur Lynn Crook admet qu’« aucune preuve n’existe contre Leonard Peltier » ! Il ajoute que le gouvernement ne
l’a « jamais réellement accusé de meurtre direct » et que, en cas de nouveau jugement, « la justice ne pourrait pas le recondamner ». Toutefois, le Conseil de liberté
conditionnelle estime qu’il ne peut le libérer, car Peltier continue de clamer son innocence, ce qui n’est « pas compatible avec la décision du jury ».
Il ne reste que la grâce présidentielle. En 1996, M. William Clinton affirme : « Je n’oublierai pas Leonard », mais à la fin de l’année 2000, après l’élection de
M. George W. Bush, il ne fait rien. M. Bush n’étant pas un ami des minorités indiennes, l’espoir de voir Leonard Peltier retrouver la liberté s’amenuise.
Les opinions publiques, avec le soutien du Congrès national des Indiens d’Amérique, le Conseil national des Eglises, Amnesty International, et des personnalités comme le sous-commandant Marcos,
Nelson Mandela, Mgr Desmond Tutu, Rigoberta Menchu, le dalaï-lama, ainsi que des dizaines de milliers de citoyens à travers le monde, luttent pour la révision du procès (2).
Car il apparaît de plus en plus que le véritable crime de Leonard Peltier - « United States Prisoner 89637-132 » est d’être un Indien et d’avoir eu le tort de défendre les droits
essentiels de ces peuples premiers avec lesquels l’Amérique n’a pas encore réglé sa dette historique (3). De nombreux ethnologues et amis des Indiens s’inscrivent dans ce
combat (4), qui est celui de la dignité volée à un homme en raison de son engagement politique et de son origine ethnique.
(1) Lire Leonard Peltier, Ecrits de prison. Le combat d’un Indien (préface de Danielle Mitterrand, avant-propos de Ramsey Clark), Albin Michel, Paris, 2000. Une magnifique pièce
de théâtre, Ma vie est ma danse du Soleil, a été tirée de ce livre. Les éditions Albin Michel ont décidé de reverser l’intégralité des bénéfices réalisés par la vente du livre au Comité de
défense de Leonard Peltier (LPDC) afin de soutenir la campagne pour sa libération.
(2) Il existe un Comité international de défense de Leonard Peltier : Leonard Peltier Defense Comittee (LPDC). Adresse : LPDC-International Office, PO Box 583,
Lawrence, Kansas 66044, Etats-Unis. Site web :
www.freepeltier.org.
(3) Deux films ont été réalisés par Michael Apted sur l’affaire Peltier : le documentaire Incident à Oglala et Cœur de tonnerre avec Val Kilmer, Graham Green et Sam
Sheppard.
(4) En France, le Comité de soutien aux Indiens d’Amérique (CSIA), 21 ter, rue Voltaire, 75011 Paris (tél. : 01-43-73-05-80 ; site web : www.csia-nitassinan.org) et le Comité de défense de Leonard Peltier, sous la direction de Sylvain Duez, relaient les informations et les actions à mener pour
le soutenir.
[TRIBUNE]
"La bête se porte bien, merci"
In Nouvel Obs 10/05/2010
Un rassemblement, soutenu par des partis de gauche et plusieurs associations, est organisé ce lundi soir devant l'ambassade d'Algérie à Paris, en signe de soutien aux femmes agressées à
Hassi Messaoud. Nouvelobs.com publie le texte d'une militante et d'un journaliste algériens.
"Oyez, oyez braves gens. En Algérie, il n’y a pas si longtemps, à Hassi Messaoud, une région des plus sécurisées, l’inadmissible s’est produit. Songez donc que, courant
avril, à plusieurs reprises, des femmes ont osé se laisser violer ! Dépossédées par la même occasion de leurs biens, elles ont porté l’irréparable à son comble, elles ont
porté plainte ! Ce fut, à l’évidence, proprement scandaleux.
En conséquence, faisant résolument face à ces actes gravissimes, commis en pleine nuit, contre des hommes méconnaissables (et pour cause, ils étaient encagoulés), les chefs
d’inculpation retenus furent d’une extrême gravité. Mais, concernant des femmes qui n’avaient pas eu l’heur de se complaire dans le chômage qui les frappait ailleurs
avant d’émigrer à Hassi Messaoud, il est évidemment inutile d’énumérer les point forts de l’accusation, que chacun, en son âme et conscience, connaît. Revêtue de l’autorité de la chose
jugée d’avance, la sentence prononcée à leur encontre fut d’une sévérité exemplaire : l’érection sans délai ni préliminaires d’un mur de silence pudibond, purificateur, pérenne, fortifié,
et reposant solidement sur la fondation de la législation familiale promulguée durant la bien nommée année 1984. Portant le nom du père, du frère, de l’oncle, ou, pour les besoins
naturels de la natalité, de l’époux, les femmes ont toutes, depuis, et légalement, un Big Brother. Or, au faîte de la transgression du code social, elles se sont présentées seules au
commissariat.
Circonstance aggravante, ces inconscientes sont des récidivistes ! Déjà, à l’été 2001, au même endroit, une centaine d’entre elles avaient commis les mêmes crimes, et elles avaient écopé
de la même peine. Elles ont la mémoire courte !
Néanmoins, malgré la récidive, des circonstances atténuantes ont été accordée aux prévenues de leur condamnation anticipée. Car une des victimes, et pas la moindre, a été
épargnée. Contrairement aux précédents forfaits, leurs proies n’étaient pas, cette fois-ci, guidés dans leur besogne par un prêcheur pieux, dont la sagesse ne pouvait prévoir que ces
femmes allaient, à son appel, se laisser souiller par les martyres.
Neuf ans plus tard, cependant, pas davantage d’impunité ! Mais, dans leur mansuétude, les policiers chargés de recueillir les plaintes des agresseurs ont tenu compte de l’absence des
agressés, évanouis dans l’anonymat. Aucun juge n’a donc été sollicité : il n’aurait rien eu à instruire, la coutume s’en est chargée. La police a fait justice elle-même. Il a suffi aux
agents en service, magnanimes plutôt que d’engager des poursuites pour diffamation, de détourner le regard, de se boucher les oreilles et de continuer à parler d’autre chose.
L’affaire devait au demeurant en rester là, circonscrite à Hassi Messaoud. Mais c’était sans compter avec l’apparition de complices. Soumises à la question, les
condamnées ont avoué être étrangères à ces complicités, qui, elles, se manifestent par ce curieux mécanisme communément appelé solidarité. Ce sont des individus rétifs au
bon ordre, ils, ou plutôt elles, se meuvent en groupe. Plus dangereuses que les coupables prises en flag, il faut pourtant relativiser leur effet de nuisance à la tranquillité de tous.
Ainsi, un quotidien d’Alger, El Watan, a certes longuement rapporté un travestissement de la réalité : il a tenté de faire passer les victimes pour des coupables. Peine perdue. L’auteure
de l’article incriminé, une envoyée spéciale sur les lieux du crime, est, comme sa qualité l’indique, une femme. De même, un collectif d’associations dites solidaires s’est assurément
constitué dans la capitale, mais il compte en son sein une écrasante majorité de "é" suivis de "e", un couple de voyelles à l’accent aigu, parfaitement identifiables, elles aussi.
Quant au rassemblement de solidarité devant l’ambassade d’Algérie en France le 10 mai au soir, cette action est essentiellement le fait d’immigrées, soutenues comme à
l’accoutumée par des acolytes français(es) insensibles à la souffrance physique et psychique des hommes ayant subi les affres atroces d’un viol en bandes organisées. Toujours ce féminin
pluriel qui sévit, même à l’étranger donc. En vain ! Conscientes des risques de répétition de l’agression caractérisée, les forces de bon sens ne lésinent d’ores et déjà sur aucun moyen.
Aidées par une société majoritairement acquise aux vertus de la sérénité silencieuse face à l’ignominie, elles font leur le slogan "Plus jamais ça !".
par Sanhadja Akhrouf, militante féministe algérienne, et Wicem Souissi, journaliste indépendant, chroniqueur à la revue Hommes et Migrations
1er Mai :
Déclaration commune
des organisations
ouvrières iraniennes
IRAN EN LUTTE 28 04 2010
Déclaration commune de dix organisations ouvrières d’Iran pour le 1er Mai 2010 :
Le 1er Mai est la journée de solidarité internationale de la classe ouvrière et un jour où les ouvriers protestent partout dans le monde contre la pauvreté et l’inégalité. En ce jour, dans le
monde entier, des millions de travailleurs arrêteront le travail, prendront les rues et montreront leur colère et leur dégoût face à l’annonce des nombreuses catastrophes que le capitalisme
inflige à l’humanité et leurs cris pour la libération de l’oppression et de l’exploitation.
Les protestations des travailleurs contre la brutalité du capitalisme et les inégalités retentiront partout dans le monde le 1er Mai alors que l’interdiction de la célébration de cette journée
est effective en Iran, et de nombreux travailleurs qui avaient organisé le 1er Mai 2009 ont été jugés, emprisonnés et condamnés à de lourdes peines. Des dirigeants et militants ouvriers
croupissent en prison pour avoir défendu leurs droits humains fondamentaux.
Avec une telle effroyable absence de droits sociaux pour les travailleurs dans conditions de trois décennies de système capitaliste en Iran après la révolution de 1979, la réduction du
salaire minimum à un quart en dessous du seuil de pauvreté et conduit à une absence de paiement régulier de ces salaires et les licenciements massifs de travailleurs, les contrats temporaires,
ont imposé des conditions dignes de l’enfer à des millions de familles ouvrières. Aujourd’hui, plus que jamais, pour assurer le taux de profit du capital, des usines sont fermées et des
subventions réduites, coupant ainsi les derniers fils pour la survie de millions de familles ouvrières pour remplir les poches des investisseurs.
Mais les travailleurs ont prouvé lors de la révolution de 1979 ainsi que ces dernières années, qu’ils ne toléreront pas cette misère, que malgré la prison et la répression, ils se lèveront avec
le peuple contre les violations de nos droits humains les plus fondamentaux et que nous ne leur permettront pas de ruiner encore plus notre existence. Nous sommes les principaux producteurs des
richesses et des marchandises dans la société et nous avons le droit à une vie humaine correspondante aux standards les plus élevés de la vie humaine d’aujourd’hui.
Dans ce contexte, nous protestons aussi contre les circonstances qui sont celles depuis le dernier Premier Mai, depuis que les masses en Iran ont été exposées à la suppression de leurs droits.
Nous avançons les revendications suivantes et demandons leur effet immédiat :
1 –Nous sommes libres de nous organiser (indépendement du gouvernement et des employeurs), de faire grève, de protester, de manifester, de nous rassembler et de parler librement. C’est notre
droit et les droits sociaux des travailleurs et de la population d’Iran doivent être reconnus inconditionnellement.
2 –Nous voyons le plan de coupes budgétaires dans les subvention (pour des subventions ciblées) et le salaire minimum à 303 tomans comme imposer graduellement la mort à des millions de familles
ouvrières et revendiquons la suspension immédiate du plan de réduction des subventions et l’augmentation du salaire minimum à 1.000 tomans.
3 – Les arriérés de salaires ouvriers doivent être payés immédiatement et sans aucun prétexte pour ne pas le faire. Le non-paiement des salaires doit être jugé comme un crime et les dommages
causés aux travailleurs doivent être payés.
4 – Le licenciement de travailleurs, quel qu’en soit le prétexte, doit s’arrêter et ceux qui sont sans-emploi ou qui ont atteint l’âge de travailler et prêts pour un emploi doivent percevoir une
assurance chômage appropriée jusqu’à ce qu’ils soient employés.
5 – Nous voulons éliminer les contrats temporaires et la signature de contrats blancs et demandons la sécurité de l’emploi pour tous les ouvriers et travailleurs salariés en accord avec les plus
hauts standards de santé et de sûreté. Nous de l’élimination de toutes les agences d’Etat ou contrôlés par l’Etat des lieux de travail.
6 – Nous demandons l’éradication de la peine de mort et la libération immédiate et inconditionnelle d’Ebrahim Madadi, Mansour Osanloo, Ali Nejati et de tous les militants ouvriers ou d’autres
mouvements sociaux et l’arrêt des persécutions contre eux.
7 –Nous condamnons toute agression contre les protestations ouvrières ou populaires et voyons ce type de liberté d’expression comme un droit inaliénable de la population.
8 –Nous voulons l’éradication de toutes les lois qui discriminent les femmes et l’assurance de la pleine égalité et des droits inconditionnels des femmes et des hommes dans tous les domaines
sociaux, économiques, politiques culturels et de la vie familiale.
9 – Nous voulons que tous les retraités profitent d’une vie prospère sans inquiétudes économique et l’élimination de toute discrimination dans le paiement des retraites et dans les cotisations
pour leur sécurité sociale et leur santé.
10 – Le travail des enfants doit être éradiqué, et tous les enfants doivent bénéficier d’établissements éducatifs, de la santé et du bien-être, indépendamment de leur genre, race, religion ou du
statut social et économique de leurs parents.
11 – Nous annonçons solennellement notre soutien à tous les mouvements sociaux d’émancipation, et dénonçons fermement les arrestations, jugements et emprisonnements des militant(e)s de ces
mouvements.
12 – Nous annonçons notre forte solidarité avec les revendications des enseignants, infirmières et autres classes laborieuses de la société et nous considérons comme leurs alliés et appelons à la
satisfaction immédiate de leurs revendications.
13 –Nous sommes partie intégrante des ouvriers du monde et condamnons les expulsions et toutes les formes de discriminations à l’encontre des immigrés afghans ou d’autres nationalités.
14 –Nous apprécions le soutien international avec les luttes ouvrières d’Iran et exprimons notre soutien inflexible à toutes les protestations et luttes des travailleurs à travers le monde ; nous
nous considérons comme leurs alliés. plus que jamais, nous insistons sur la solidarité internationale de la classe ouvrière pour paver la voix vers la libération de la brutalité du système
capitaliste.
15 – Le 1 Mai doit être déclaré jour férié officiel dans le pays et être inclus dans le calendrier officiel et toutes les restrictions à l’encontre de la reconnaissance de cette journée doivent
être abolies.
Vive le 1er Mai !
Vive la Solidarité Internationale des Travailleurs !
Syndicat des Travailleurs de la Compagnie des Bus de Téhéran et Banlieue – Syndicat des Travailleurs du Sucre de Canne d’Haft Tapeh – Syndicat Libre des Ouvriers en Iran – Bureau de Fondation
du Syndicat des Travailleurs du Métal et de la Mécanique – Bureau de Fondation du Syndicat des Peintres – Association des Electriciens et des Ouvriers du Métal de Kermanshah – Comité pour
Poursuivre la Constitution d’Organisations Ouvrières Libres – Comité de Coordination pour Aider à Former des Organisations Ouvrières - Association pour la Défense des Travailleurs
Sans-Emploi et Licenciés de Saghez – Conseil des Femmes
Taser et flashball,
la France va-t-elle
trop loin ?
PAR LAURENNE JANNOT in Libé
27/04/2010
Plusieurs policiers ont été mis en examen dans des affaires de tir de flash-ball suite auxquels les personnes visées ont perdu l'usage d'un oeil.
(© AFP Jack Guez)
L'utilisation des flashballs et Taser doit-elle être plus encadrée? La question est posée par le comité contre la torture des Nations unies qui se penche aujourd'hui et demain sur le cas de
la France. Parmi les inquiétudes, outre l'état des prisons et les conditions de garde à vue, l'utilisation des pistolets à impulsions électriques dits «Taser» et des flashballs.
Le comité s'appuie entre autres sur un rapport préliminaire rendu la semaine dernière par la commission nationale consultative pour les droits de l'homme (CNCDH), qui a déjà épinglé la France
sur l'usage de ces armes et qui préconise «l'interdiction de ses armes» en prison et dans les centres de rétention.
Trois plaintes concernant un usage abusif du flashball par les forces de l'ordre lors de manifestations ont été instruites au cours de ces dernières années en France. Une arme qui n'a certes
tué personne, mais les trois plaignants ont perdu l'usage, total ou partiel, d'un œil.
Concernant le Taser, un détenu du centre de rétention
administrative de Vincennes
avait été touché, en février 2008, par une décharge électrique au niveau de la poitrine. Une affaire
également instruite par la commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS)
, chargée de recueillir les plaintes concernant les débordements des forces de l'ordre.
Antoine di Zazzo, PDG de Taser France, répète que la polémique autour de l'arme n'a pas lieu d'être. «Le Taser n'impose rien au corps. Il enlève juste l'énergie présente dans le corps.
C'est un peu comme quand on coupe l'électricité dans une pièce.» Selon lui, le Taser serait même l'arme «la moins dangeureuse de toutes.»
«Des armes de plus en plus dangereuses»
«Ces armes sont utilisées par facilité, elles évitent aux forces de l'ordre de prendre des risques. C'est la personne interpellée qui subit le risque», remarque Pierre Lyon-Caen,
avocat général honoraire à la Cour de cassation et membre de la CNDS.
Pour le flashball, le risque est d'autant plus grand qu'il s'agit d'une arme particulièrement imprécise. Pour que celle-ci atteigne sa cible à l'endroit voulu, il faut que le tir soit porté
sur une très courte distance et que l'objet soit immobile. Cas plutôt rare dans une manifestation.
Irène Terrel, avocate de Joachim Gatti qui, à la suite d'un tir
de flash-ball à Montreuil (Seine-Saint-Denis) en juillet 2009,
a perdu l'usage d'un oeil, s'indigne de l'utilisation de ces armes alors qu'il existe, pour les cas de
rassemblements publics, d'autres moyens de dissuasion comme les bombes lacrymogènes ou les lances à eau. «Les forces de l'ordre utilisent des armes de plus en plus dangeureuses et qui
portent atteinte à l'intégrité physique de personnes prises au hasard. Et elles ne justifient cela que pour leur protection personnelle.»
Choix politique
Les forces de l'ordre sont théoriquement tenues d'apporter une réponse proportionnée au risque encouru, rappelle-t-on à la CNDS.
Outrepassent-elles leurs droits? Pour Fabien Jobard, chercheur au CNRS et spécialiste des questions relatives à l'ordre public, c'est avant tout l'organisation des forces de maintien de
l'ordre qui est en cause, plus que les armes auxquelles elles ont recours.
«Les commissariats locaux sont dépouillés de leurs effectifs. La police est convertie en petites unités d'intervention rapide qui n'ont pas, à leur disposition, les éléments nécessaires,
comme le renseignement ou la connaissance du secteur d'intervention.» Mal informées, mal préparées, envoyées sur un terrain qu'elles ne maîtrisent pas nécessairement avec l'obligation
d'intervenir rapidement, les forces de l'ordre seraient donc tentées de recourir rapidement au maximum de force dont elles disposent, afin de s'assurer de la réussite de leur opération.
Selon Fabien Jobard, l'usage de ces armes résulte donc avant tout d'un choix politique. Recourir à ce type d'arme permet de réduire les effectifs, mais s'inscrit aussi dans la dynamique du
tout sécuritaire qui trouve un écho dans l'opinion publique. Un constat que partage Luc Douillard, père du lycéen nantais qui a reçu une balle dans l'œil lors d'une manifestation contre la
loi Pécresse
en novembre 2007. «Cette arme est utilisée contre des droits légaux comme celui de manifester. On
se demande si ce n'est pas une arme de terreur qui n'a finalement rien à voir avec le maintien de l'ordre.»
Pierre Lyon-Caen, de la CNDS, s'inquiète de la banalisation de ce genre d'armes. Aujourd'hui, seules la police nationale et la gendarmerie sont équipées en Taser. En septembre 2009, un arrêt
du Conseil d'Etat a annulé une décision qui permettait à la police municipale de se doter de Taser, mais sans remettre en cause son usage. «Le décret a été annulé parce qu'il n'y avait
pas de formation prévue pour les policiers municipaux. Il faut donc s'attendre à ce que la police municipale soit dotée à terme de ce type d'arme. Dans le climat actuel ultrasécuritaire, je
doute que les pouvoirs publics n'abandonnent.»
Massacre de My Lai, qui se souvient ?
Viet-Nam,
16 mars 1968...
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Publié sur Rebellyon mardi 16 mars 2010
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Cela fait quarante ans. L’armée américaine a mitraillé ce village vietnamien de My Lai, dans la province de Quang Ngai, ce 16 mars 1968 et a tué 504 villageois civils !
Cinq soldats américains avaient été pris dans des pièges du Front de Libération Nationale du Viet-Nam et en étaient morts. D’autres avaient été blessés les jours précédents dans des combats.
Le 16 mars 1968, les GI étatsuniens entraient dans le village vietnamien de My Lai, suspectant que des Vietnamiens du FLN s’y étaient réfugiés. Un lieutenant-colonel a alors ordonné à ses
troupes de brûler les maisons, tuer le bétail, détruire les denrées alimentaires, boucher les puits.
Les troupes américaines pénètrèrent dans le village et arrivèrent à le boucler totalement sans trouver un seul combattant vietnamien. Certaines personnes civiles ont essayé de s’enfuir en
courant, et même des femmes avec des enfants dans les bras, mais elles en furent empêchées. Les soldats étatsuniens ont bientôt commencé à s’attaquer à tout ce qui bougeait, humains et
animaux, avec des grenades et des mitraillettes, aidés par des hélicoptères de combat.
Les soldats ont abattu des hommes non armés, des femmes, des enfants et des bébés. Des familles qui se terrent dans des huttes ou des bunkers ont été tuées sans pitié. Ceux qui levaient haut
les mains ont été également assassinés. Ailleurs dans le village, d’autres atrocités étaient commises sur des femmes qui ont été victimes de viols collectifs. Des Vietnamiens qui se sont
inclinés pour saluer les Américains ont été battus à coups de poing et torturés, matraqués à coups de crosse de fusil, poignardés à la baïonnette. Certaines victimes ont été mutilées avec la
signature "Compagnie C" sculptée dans la poitrine. C’était un véritable carnage et des corps étaient éparpillés à travers tout le village de My Lai.
Des dizaines de personnes ont été parquées dans un canal d’irrigation et d’autres endroits et tuées à l’arme automatique. Un groupe important d’environ 70 à 80 villageois, raflés par le 1er
peloton dans le centre du village, ont été tués personnellement par le lieutenant-colonel lui-même qui a ordonné à ses soldats de les incendier. Ce militaire fou a également fait la même
chose à deux autres groupes de civils avec une arme prise à un soldat qui avait refusé de faire une nouvelle tuerie.
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My Lai, village et corps calcinés
Ce sont 504 civils qui ont été massacrés et parmi eux de nombreux vieux, femmes et enfants. Sur le mémorial de My Lai, à l’emplacement du massacre, ont peut y lire une liste de 504 noms de victimes du village avec des âges allant de un à quatre-vingt-deux ans :
50 victimes étaient âgées de 0 à 3 ans
69 victimes étaient âgées de 4 à 7 ans
91 victimes étaient âgées de 8 à 12 ans
27 avaient plus de 70 ans.
L’armée américaine annonça une grande victoire et tenta de camoufler au maximun ce carnage de civils. Puis elle parla de la mort de seulement 128 personnes "ennemies"…
Peut-on parler d’ennemis quand il s’agit de bébés, de vieillards ou de personnes non armées et quand on vient envahir un pays ?
Peine de mort : Amnesty publie son rapport annuel
Des militants d'Amnesty International illustrent la peine de mort par des simulations d'exécutions (AFP)
A l'occasion de la publication de son rapport annuel sur l'état de la peine de mort dans le monde, Amnesty International a, mardi 30 mars, appelé la Chine à la transparence sur le nombre d'exécutions
auxquelles elle procède chaque année.
L'organisation de défense des droits de l'homme s'est refusée à publier ne serait-ce qu'une estimation du nombre des exécutions en Chine, pays le plus peuplé au monde, considérant que les
chiffres habituellement avancés sont loin de correspondre à la réalité.
Quels que soient les véritables chiffres, ils sont de l'ordre de plusieurs "milliers" et "la Chine a exécuté (en 2009) plus de gens que dans le reste du monde entier", écrit Amnesty dans son
rapport.
"Aucune personne condamnée à mort en Chine ne bénéficie d'un procès équitable, en accord avec les normes internationales", accuse l'organisation.
"Les autorités chinoises prétendent que moins d'exécutions ont lieu (que par le passé). Si c'est vrai, pourquoi ne disent-elles pas au monde combien de personnes l'Etat envoie à la mort ?", s'est
interrogé Claudio Cordone, secrétaire général par intérim d'Amnesty.
Au moins 2.001 condamnés en 2009
Selon le rapport, au moins 714 personnes ont été exécutées dans 18 pays en 2009, principalement en Asie, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Au moins 2.001 ont été condamnées à mort dans 56
Etats.
Outre la Chine, les Etats qui ont recouru le plus facilement à la peine de mort en 2009 sont l'Iran (au moins 388 exécutions), l'Irak (au moins 120),
l'Arabie saoudite (au moins 69) et les Etats-Unis (52).
L'ONG a affirmé que l'Iran avait exécuté 112 personnes dans les deux mois qui ont suivi la réélection contestée du président Mahmoud Ahmadinejad en juin et précédé son investiture en août.
Amnesty se félicite cependant que la cause de l'abolition a continué à progresser dans le monde l'an dernier. Le nombre de pays qui ont renoncé à la peine de mort pour tous les crimes est passé à
95, après que le Burundi et le Togo eurent changé la loi en ce sens.
De la décapitation à la lapidation
Neuf autres pays ont aboli la peine de mort pour les crimes ordinaires. Trente-cinq conservent la peine capitale dans leur législation, mais sont considérés comme abolitionnistes
de fait, n'ayant procédé à aucune exécution depuis dix ans.
Cinquante-huit pays continuent à y recourir pour les crimes ordinaires. Les méthodes utilisées incluent la décapitation, l'électrocution, la pendaison, l'injection, l'exécution par balle et la
lapidation.
"Le sceau du secret entoure la peine de mort dans des pays tels la Chine, le Bélarus, l'Iran, la Mongolie, la Corée du Nord et le Vietnam. Un tel secret est indéfendable", constate Amnesty.
En Asie, aucune exécution n'a été enregistrée en Afghanistan, en Indonésie, en Mongolie et au Pakistan en 2009, pour la première fois ces dernières années. La Thaïlande a procédé
à ses deux premières exécutions depuis 2003.
Aucune exécution en Europe en 2009
Pour la première fois depuis qu'Amnesty a commencé à publier son rapport sur la peine capitale, aucune exécution n'a eu lieu en Europe en 2009. Le Bélarus a cependant exécuté
deux personnes en mars 2010.
Le rapport accuse l'Iran et l'Arabie saoudite d'avoir violé les lois internationales en exécutant des personnes - au moins sept au total pour les deux pays - pour des crimes commis alors qu'elles
étaient mineures.
Le Kenya, qui n'a plus procédé à aucune exécution depuis 1987, a commué en peines d'emprisonnement les condamnations à mort de 4.000 personnes, le plus important mouvement de ce genre jamais
observé par Amnesty.
Au moins 17.118 personnes dans le monde faisaient l'objet d'une condamnation à mort à la fin 2009.
Chine :
« Répression renforcée, contrôle élargi »
Ligue des Droits de l'Homme 02/03/2010
Trois lourdes condamnations sont tombées ce mois-ci qui mettent en pleine lumière les pratiques et le sentiment d’insécurité du régime : les 8 et 11 février,
rejets des appels interjetés respectivement par Huang Qi (trois ans de prison) et Liu Xiaobo (onze ans) ; le 9 février, condamnations de Tan Zuoren à cinq ans de prison. La police contrôle
les accès au tribunal et empêche l’entrée des sympathisants ; elle assigne les amis dissidents à résidence pendant la durée des procès.
Le régime se défend en recourant à l’accusation de « subversion du pouvoir d’État ». Par quoi se sent-il menacé ? par la demande de multipartisme inscrite dans la Charte 08 et par
la dénonciation des malfaçons techniques liées à la corruption administrative dans la construction des écoles du Sichuan où sont morts tant d’enfants sous les gravats (Tan Zuoren). Quant à mettre
en lumière, comme à fait Huang Qi, des détournements de l’aide destinée à la région sinistrée, il s’agit là bien de « détention illégale de secrets d’État ».
Liu Xiaobo, Tan Zuoren et Huang Qi commettent une autre faute : le premier a participé au mouvement démocratique de 1989 ; le deuxième en célèbre les mérites ; le troisième enfin a
eu l’audace de publier sur son site 64tianwang (aujourd’hui fermé) des articles sur le massacre final de Tiananmen. Le pouvoir avait alors vacillé au point de devoir condamner le secrétaire
général du parti.
Le durcissement du régime se manifeste en d’autres domaines. Le parti essaie de mieux surveiller les informations qui circulent sur l’Internet. Il souhaite unifier le contrôle aujourd’hui
fragmenté sur au moins une douzaine d’organismes. Il décrète de nouveaux règlements contraignants pour l’enregistrement des sites après avoir abandonné son interdiction des domaines individuels.
Il impose aux réseaux de cybercafés des dimensions considérables qui excluent les petits entrepreneurs, refuse l’usage des pseudonymes, exige des preuves d’identité. Il se sert d’une campagne
contre la pornographie pour fermer les blogs des dissidents. Enfin, il dénonce « les forces hostiles qui, dans le pays comme à l’étranger, se servent de la toile pour diffuser de la
propagande réactionnaire, s’engager dans des activités criminelles, s’infiltrer dans les réseaux et se livrer à des activités de sabotage ».
La fin des Jeux olympiques d’hiver porte à réfléchir sur les promesses faites pour les Jeux de Beijing en 2008. Cette année-là, selon le South China Morning Post, 1.700 personnes ont été arrêtées
pour « tentative de subversion du pouvoir d’État », soit 742 de plus qu’en 2007. Allégé quelque temps pour séduire les journalistes, le dispositif de répression a été réinstallé et
s’est intensifié. Quant à Jacques Rogge, élu à la présidence du C.I.O. en 2001 grâce aux voix chinoises et qui promettait la lune, il est toujours en place. La vigilance - plus ou moins sincère,
plus ou moins cauteleuse - des gouvernements n’a duré qu’un seul été.
Les Droits de l'Homme en Chine
Le bulletin n°44 de février 2010, du groupe de travail « Chine » de la LDH est paru.
LES DROITS DE L’HOMME EN CHINE.pdf
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Bilan du Congrès mondial contre la peine de mort :
vers une abolition de fait en 2015 ?
Le 4e Congrès mondial contre la peine de mort s’est achevé ce vendredi à Genève en présence de plus de 1 500 participants des cinq continents, après trois jours de rencontres et
de débats pour tenter de trouver de nouvelles stratégies tendant à l’abolition universelle de la peine capitale. A ce jour, près de 140 Etats sont abolitionnistes de fait, mais le constat de
ce Congrès est que pour inciter les 58 restants, tous les acteurs doivent travailler de concert, en impliquant les pouvoirs politiques.
L’enjeu principal : combiner les efforts de tous les acteurs
L’enjeu de ce quatrième congrès était de rassembler des acteurs de tous horizons : politiques, organisations intergouvernementales et ONG qui
luttent pour l’abolition. Ainsi que d’associer les pays réticents afin de trouver les meilleures stratégies pour obtenir un moratoire de fait sur les exécutions et enfin l’abolition en droit.
L’appui des politiques à l’abolition de la peine de mort
Ce congrès a été marqué par le soutien important de plusieurs pays représentés par leurs ministres de la Justice ou des Affaires étrangères : en premier lieu la Suisse qui l’accueillait sur
son sol et les Nations unies (l’inauguration s’est déroulée dans la prestigieuse salle des droits de l’homme et des civilisations décorée par l’Espagnol Miquel Barceló). Le déroulement de cette
quatrième édition à Genève est symbolique, dans cette ville des droits de l’homme et hôte de nombreuses organisations membres de la coalition mondiale contre la peine de mort.
L’Espagne a marqué son attachement au combat contre la peine de mort, par la voix de son chef de gouvernement José Luis Rodriguez Zapatero, président en exercice de l’Union Européenne, qui a fait
spécialement le déplacement à Genève pour participer à l’inauguration le 24 février dernier.
M. Zapatero a lancé une feuille de route ambitieuse pour les cinq prochaines années, avec une série de propositions concrètes : la création d’une commission internationale sur la peine de mort
complémentaire des organisations existantes, qui devrait être opérationnelle au deuxième semestre 2010, composée de hautes personnalités, dont la tâche sera de faire du lobbying pour l’abolition
universelle. Le président du gouvernement espagnol a fixé pour 2015 un moratoire universel de la peine de mort, correspondant à l’année des objectifs du millénaire pour le développement. Cette
feuille de route a été accueillie très favorablement par les organisateurs du congrès.
Les annonces et les promesses d’abolition : le Bénin, le Maroc et la Mongolie
Lors de l’inauguration et également à la cérémonie de clôture, plusieurs pays ont fait des déclarations de bonnes intentions prometteuses. Le président du Bénin Yayi Boni qui n’a pas pu être
présent a dépêché son conseiller pour réitérer sa volonté d’inscrire l’abolition dans la constitution béninoise, pays abolitionniste de fait depuis 1993. Un projet de loi a été déposé au
Parlement dans ce sens. L’Afrique pourrait être le prochain continent abolitionniste. Selon les organisateurs du congrès, les exécutions ont lieu essentiellement dans quatre pays : le Soudan, la
Somalie, le Tchad et le Zimbabwe.
Mustapha Iznasni du Conseil consultatif des droits de l’homme du Maroc a également indiqué qu’un débat était lancé sur la peine de mort dans son pays, même si les juges condamnent encore à la
peine capitale, bien qu’un moratoire de fait soit instauré depuis 1993. Le président de la Mongolie a adressé un message lu par un émissaire parlementaire, dans lequel il se prononce ouvertement
pour l’abolition de la peine capitale dans son pays.
Pour tous les pays qui hésitent à franchir le pas, la question centrale est celle du courage politique dont les parlementaires pourraient faire usage ou non. Comme l’a rappelé à de nombreuses
reprises tout au long de ces trois jours de congrès Robert Badinter, ancien Garde des Sceaux et artisan de l’abolition de la peine capitale en France en 1981, à l’époque, l’opinion publique
n’était pas favorable à l’abolition.
58 pays pratiquent encore la peine de mort
La peine de mort recule dans le monde entier, mais les abolitionnistes ne crient pas victoire. Dans les années 1960, une trentaine de pays avaient aboli la peine capitale en droit, dans leurs
textes législatifs ou leur constitution. La tendance s’est inversée depuis une quarantaine d’années, puisqu’à ce jour les deux tiers des pays dans le monde n’exécutent plus : 138 Etats ont
donc aboli la peine de mort de fait, dont 94 en droit (impliquant l'inscription dans les textes de loi ou dans la constitution). L’enjeu se situe sur les 58 pays dits
« rétentionnistes », qui continuent à la pratiquer. La tâche sera très rude pour inverser la tendance dans les cinq pays qui recensent près de 98% des exécutions : la Chine,
l’Iran, les Etats-Unis et le Pakistan, même si ce dernier, à la faveur du changement de gouvernement pratique désormais un moratoire de fait.
Des avocats et des militants abolitionnistes étaient présents lors de tables rondes consacrées à la situation dans leurs pays respectifs. Parmi eux, l’avocat chinois Tianyong Jiang, régulièrement
harcelé pour ses prises de position, également l’avocate iranienne Shirin Ebadi, prix Nobel de la Paix, qui a insisté sur le nécessaire retour à la démocratie dans son pays, le seul chemin qui
pourrait permettre une abolition de fait en Iran, où selon elle la peine de mort est utilisée comme un instrument de terreur pour faire taire les opposants, et s’exerce également à l’encontre de
mineurs.
Une soirée « Paroles de victimes » et des témoignages du couloir de la mort
Au cours d’une soirée consacrée aux victimes de violences jeudi soir, plusieurs personnes dont des proches qui ont été assassinés sont venues expliquer leur engagement contre la peine de mort,
contre ce sentiment de vengeance. C’est la position de Renny Cushing, dont le père a été assassiné il y a vingt ans. Il a toujours refusé la peine de mort, cette vengeance œil pour œil, dent pour
dent. Président de l’Association des familles de victimes d’assassinats, qui se bat pour le respect du droit à la vie comme l’un des fondements des droits de l’homme, sa parole a beaucoup de
poids et le mouvement abolitionniste s’est enrichi de la prise de position de ces familles de victimes, pour couper l’herbe sous le pied de ceux qui pensent que celui qui a eu un proche assassiné
sera inévitablement pour le châtiment suprême à l’encontre du meurtrier.
Des enfants de condamnés à mort se sont constitués en association, « Kids against death penalty », (les enfants pour l’abolition de la peine de mort). Sandrine Ageorges-Skinner ,
militante abolitionniste depuis plus de trente ans, a témoigné sur le sort de Hank Skinner condamné à mort au Texas, avec lequel elle a entretenu une correspondance depuis 1996, et qu’elle a
épousé par procuration en octobre 2008. La date d’exécution de Hank Skinner avait été fixée au 24 février , date de l’inauguration du congrès contre la peine de mort. Cette date a finalement été
reportée au 24 mars, Hans Skinner est en sursis, pour un crime dont il clame son innocence depuis qu’il a été arrêté puis condamné à mort.
Un des nombreux temps fort de cette soirée, c’est lorsqu’on a pu entendre en direct la voix de
Mumia Abu Jamal
, l’un des plus médiatiques condamnés à la peine capitale et dont les jours sont comptés. Un téléphone lui a été passé à travers les barreaux de sa cellule, en lien avec son avocat présent à
Genève, il a insisté sur les ravages que cause cette peine capitale parmi les familles, les enfants, et la société.
Déclaration finale : en route pour l’abolition de fait en 2015
La clôture de ce quatrième congrès s’est achevée ce vendredi par une déclaration finale, remise à la haut commissaire aux droits de l’homme de l’ONU Navi Pillay par trois enfants de familles de
condamnés à mort au Texas, visant à ne pas baisser les bras malgré les progrès vers l’abolition. Le texte appelle les 58 Etats qui ne l’ont pas encore fait à abolir définitivement la peine
capitale dans les textes, et les Etats abolitionnistes à tout mettre en œuvre pour les convaincre. Les organisations internationales et régionales auront aussi la tâche de convaincre leurs Etats
membres de voter pour les résolutions.
Une troisième résolution de l’ONU prônant un moratoire sur les exécutions devrait être votée fin 2010, lors du dernier vote en 2008, 104 Etats s’étaient déclarés favorables. De son côté le haut
commissariat aux droits de l’homme de l’ONU appelle les Etats à ratifier le 2e Protocole facultatif au Pacte relatif aux droits civils et politiques, qui bannit définitivement la peine de mort. A
ce jour, 72 Etats l’ont ratifié.
Robert Badinter a appelé à ne pas cesser la pression et a demandé un moratoire non seulement sur les exécutions, mais aussi sur les condamnations à mort.
NAJLAE, 19 ans,
battue et expulsée
EXPULSION.
(Article paru dans le quotidien Libération du 22 février 2010)
Najlae, une Marocaine de 19 ans qui a fui son pays à l’âge de 14 ans afin d’éviter un mariage arrangé par son père, vient d’être expulsée sur ordre de la préfecture du Loiret. Sa faute ? Avoir
franchi la porte de la gendarmerie de Château-Renard pour y déposer une plainte. Son hébergeur de frère l’avait, deux jours auparavant, rouée de coups. «Il avait trouvé un mégot de cigarette
dans sa chambre», explique Chantal Parisot, la mère d’une copine de Najlae. «Violent par habitude, il a saisi un manche d’aspirateur et un fer à lisser pour la frapper. Ce n’était pas la
première fois…».
Bilan: huit jours d’incapacité de travail et un gendarme qui contrôle son identité, prévient la préfecture de son statut d’irrégulière et place en garde-à-vue Najlae, victime devenue coupable.
Samedi matin, à 4h40, Chantal Parisot reçoit un appel l’informant du transfert de Najlae vers Orly, puis de son renvoi vers le Maroc où elle a été de nouveau arrêtée dans l’attente de son
jugement.
Il s’agit, en quelques mois, du quatrième cas de femme battue et menacée d’expulsion – ou expulsée - dans le Loiret. Une situation qui scandalise Dominique
Tripet
, du Collectif Orléanais des Droits des Femmes: «C’est une violence inouïe de la part de nos autorités
que d’infliger à la victime une nouvelle maltraitance. Heureusement que l’année 2010 a été déclarée grande cause nationale dans la lutte contre les violences faites aux femmes!». Et la
militante associative de rappeler les cas de «Fatima victime de violences conjugales et dénoncée mensongèrement à la préfecture par un mari agresseur» et de «Loubna maltraitée,
enfermée, menacée, escroquée et dépouillée de tous ses biens».
Même indignation du côté de la Cimade
pour qui cette «expulsion justifie la campagne
nationale pour contrer les violences faites aux femmes» qu’elle vient d’engager. «Une commission
ad hoc a déjà recueilli plusieurs de nos propositions, mais nous appelons les citoyens à saisir leurs parlementaires pour que des dispositions spécifiques conduisent à mieux protéger toutes les
femmes de ces violences conjugales, y compris les femmes d’origines étrangères qui aujourd’hui subissent une double peine», explique Marie-Noëlle Vitry, militante à la Cimade
pour le Centre-Ouest.
Autre réaction, celle de Christophe Rossignol
, conseiller régional (Verts) du Centre et président de la commission Relations internationales: «Dans
l’élan de la pensée des lumières, la France a fait des Droits de l’Homme une valeur universelle. Rappelons au préfet du Loiret la Déclaration universelle des droits de l’Homme, en particulier l'
article 3 «Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne» et l'article 9 «Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ou exilé», et soyons nombreux à réagir pour
que Najlae puisse revenir en France saine et sauve».
Mais aussi celle de Michel Ricoud, conseiller général communiste du Loiret: «L'expulsion de Najlaé est absolument abominable. Mais dans quel monde vivons-nous ? Voilà une jeune femme de
19 ans qui, pour échapper à un mariagé forcé, est arrivé en France. Battue par son frère, le "soutien" apporté par la Préfecture et la gendarmerie à Najlaé a été l'expulsion vers le Maroc !
C'est une honte».
Chantal Parisot, elle, n'en revient toujours pas de la réflexion adressée par les gendarmes: «De recueillir des personnes en situation irrégulière peut vous amener à des poursuites. Nous vous
le disons à titre indicatif».
Une manifestation de soutien est prévue le 6 mars à Château-Renard. Deux jours avant la journée internationale du Droit des femmes.
Les mineurs toujours
sous le joug de la peine de mort
IRAN en LUTTE 14
02 2010
Article publié le 14
février 2010 par Gabon Eco :
En Iran, la loi permet encore des condamnations à mort pour des faits commis par des mineurs de moins de 18 ans, pourtant prohibée dans la déclaration universelles des droits de
l’enfant. L’ONG Amnesty International a recensé 138 exécutions de mineurs depuis 1990 alors que les initiatives se multiplient pour tenter d’abolir cette disposition dans la loi
iranienne.
Vingt-quatre ONG, dont Amnesty International, Terre des hommes et Human Rights Watch, mais aussi des ONG d’Egypte, du Yémen, du Maroc, de Turquie, d’Iran, et de Bahreïn tentent depuis
plusieurs années d’interpeller les autorités iraniennes pour l’abolition de la peine de mort pour les mineurs, encore en vigueur dans ce pays.
«La Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant interdit la peine capitale ou l’emprisonnement à vie pour des infractions commises par des personnes âgées de moins de
18 ans», rappelle Jean Zermatten, directeur de l’Institut international des droits de l’enfant.
De l’autre côté de l’Atlantique, c’est seulement en 2005 que la Cour suprême des Etats-Unis a renoncé aux condamnations à mort de mineurs, invoquant l’immaturité, la vulnérabilité et
l’absence de preuve qu’un enfant est irrécupérable.
L’Iran a signé le Pacte international des droits civils et politiques, et la Convention des droits de l’enfant, mais en apportant à cette dernière une réserve qui lui ôte toute portée
: «ne pas appliquer les dispositions ou articles de la Convention qui sont incompatibles aux lois islamiques».
En Iran, l’âge de la majorité pénale est de 15 ans pour les garçons et 9 ans pour les filles. Dès 15 ans, un garçon est donc considéré comme majeur et peut être condamné à mort, mais
sur ce point, les autorités iraniennes sont toujours obligées de jongler entre leurs lois et leurs engagements internationaux.
Ainsi, pour une condamnation à la peine capitale sur une personne de moins de 18 ans, la justice iranienne s’est fixé l’obligation tacite d’attendre 18 ans pour mettre la sanction à
exécution.
Il convient par ailleurs de préciser que dans le droit iranien, la peine capitale pour les mineurs n’est pas considérée comme une exécution mais comme une «réparation» de la
souffrance des victimes, car seule la famille de la victime peut pardonner ou accepter une indemnisation à la place de l’exécution.
L’exemple le plus probant, et certainement le plus insolite, de l’application de cette loi, reste celui du jeune Sina Paymard, un jeune iranien condamné à mort pour un meurtre qu’il
avait commis à l’âge de 16 ans, en octobre 2004.
Toxicomane, pris en charge épisodiquement par un psychiatre, il s’était rendu dans un parc de Téhéran pour acheter du cannabis. La transaction s’était mal passée et Sina avait porté
un coup de couteau fatal à l’homme auquel il essayait d’acheter de la drogue. Le tribunal de Téhéran l’avait condamné pour meurtre à la peine de mort, à titre de peine de rétribution,
et la sentence avait été confirmée par la Cour suprême.
L’exécution avait été fixée au 20 septembre 2006, soit deux semaines après son dix-huitième anniversaire. Alors qu’il était sur la potence, Sina avait exprimé comme dernière volonté
de jouer du ney, une flûte orientale.
«C’était la dernière volonté de Sina avant son exécution. Il a commencé à jouer et toutes les familles se sont mises à pleurer. L’une des femmes, qui était apparemment l’une des
représentantes de la famille de la victime, est allée voir notre famille et a accepté le prix du sang (diyeh). Puis elle est allée vers les autres membres de la famille de la victime
et ils l’ont écoutée», raconte le père du jeune Sina.
La justice a sursis à l’exécution pour deux mois, dans l’attente des négociations. Mais la famille de la victime exigeait l’équivalent de 125 000 euros, soit environ 70 ans de salaire
d’un fonctionnaire. La famille de Sina était parvenue à réunir 85 000 euros. Une somme insuffisant et la condamnation à mort de Sina a du été reprogrammée au 18 juillet 2007, malgré
la pression des ONG internationales.
C’est alors qu’un mystérieux universitaire avait versé le solde de la caution à titre humanitaire. Un inconnu resté anonyme et pour la majorité de la population, c’est le gouvernement
iranien qui a versé l’argent pour débloquer la situation face à la pression internationale. Sina avait finalement été libéré le 24 décembre 2007.
Une histoire qui met en relief toutes les enjeux moraux et diplomatiques d’une telle législation, mais aussi les difficultés d’accorder le droit national et international.
La lutte des femmes d'Iran est celle de toute l'humanité !
Le Manifeste de la Libération des Femmes d'Iran indique très justement : « Avec le
renversement de la République Islamique, nous tendrons une main solidaire à des millions de femmes dans les pays soumis à l’Islam, qui sont prisonnières des États et des gangs islamistes, des
adorateurs de l’honneur et des traditions chauvinistes-mâles islamiques. »
Les révolutions et les contre-révolutions, où qu'elles aient lieu, ont en effet toujours une répercussion internationale. Ce fut le cas pour la révolution française de 1789, la Commune de 1871,
la Révolution russe de 1917, comme ce fut le cas pour la contre-révolution islamique de 1979, avec la prise du pouvoir de Khomeini contre l'aspiration populaire à la liberté et à l'égalité. Avec
l'instauration de la République Islamique s'est développé un courant réactionnaire, l'Islam politique, qui a frappé l'ensemble du monde dit « arabo-musulman », avec les mêmes slogans misogynes et
les mêmes méthodes terroristes contre les femmes. En Iran, le Hezbollah criait, en 1979, « le voile ou les coups », et au fil des jours, les matraques se sont transformées en couteaux, puis les
couteaux en fusils. On peut changer les dates et les lieux, ces mêmes slogans ont été hurlé par les islamistes en arabe, en kurde, en dari ou en ourdou. Ils ont d'abord fait des « pressions
amicales », puis jeté des pierres, puis menacé, et exclu des écoles pour voiler les femmes dans la bande de Gaza ; organisé des campagnes de terreur pour imposer le hidjab en Algérie ; enfermé
les femmes sous la burqa en Afghanistan... Ce voile était un drapeau pour rendre les femmes invisibles, et imposer un véritable apartheid sexiste. Si on trouve dans les courants islamistes des
alliés des régimes en place, voire des supplétifs aux armées régulières comme le fut le Hezbollah turc au Kurdistan, et des opposants, des « anti-impérialistes » et des membres de gouvernements
au service de l'occident, il y a un point fondamental, essentiel, sur lequel se rejoignent tous les courants de l'Islam politique, leur haine et leur guerre permanente contre les femmes et leur
liberté.
Bien sûr, il serait absurde de considérer que l'oppression des femmes est née avec l'islamisme. L'oppression des femmes est la première et la plus ancienne des oppressions qu'a connu l'humanité.
Et les femmes subissaient déjà les mariages forcés, les meurtres « d'honneur », l'excision, les violences en tout genre bien avant 1979. Mais, comme s'ils prenaient en compte ce principe que l'on
mesure le degrés de liberté d'une société au degrés de liberté des femmes, les islamistes ont toujours d'abord attaqué les femmes pour enfermer toute la société dans une prison médiévale. Au nom
de la religion et pour s'appuyer sur tout ce est le plus réactionnaire, les islamistes ont défendu les plus rétrogrades traditions patriarcales, comme l'excision en Egypte, les meurtres d'honneur
en Jordanie, les mariages et le viol qui s'en suit de fillettes en Arabie Saoudite, et ont réintroduit des atrocités comme la lapidation en Iran, en Somalie ou au Nigéria. Bien des régimes aussi,
sans être officiellement islamiques, se sont appuyés sur ces groupes et partis réactionnaires pour imposer des reculs pour les droits des femmes, comme le code de la famille en Algérie.
Mais depuis juin 2009 et le mouvement révolutionnaire en Iran, les femmes et jeunes filles aux premiers rangs des manifestations, des protestations et des affrontements avec les forces de
répression ont montré aux réactionnaires qui les considèrent comme des « moitié d'humains » qu'elles pouvaient les combattre et elles montrent, surtout, aux femmes du mode entier que la
résistance et la libération sont possibles. Elles démontrent, non pas sur du papier mais dans les faits, que la soumission et l'esclavage peuvent être brisés. Chaque recul de la République
Islamique est un recul des islamistes et des réactionnaires partout dans le monde, et le renversement du régime des mollahs en Iran ouvrira la perspective d'écraser partout ceux qui ne rêvent que
de maintenir voir de renforcer l'oppression patriarcale, d'enfermer les femmes sous des voiles, et de barrer la route aux aspirations universelles à la liberté et à l'égalité.
Car, contrairement aux discours des réactionnaires et aux idéologies sur le relativisme culturel et le choc des civilisations, il n'y a pas des femmes « musulmanes » à opposer aux femmes «
occidentales », mais uniquement des êtres humains qui aspirent à profiter de la vie, à aimer qui elles veulent, et à profiter de toutes les richesses matérielles, intellectuelles, culturelles et
sociales que le 21ème siècle pourrait offrir à l'humanité. Qui peut décemment penser qu'il y aurait des fillettes qui souhaiteraient être excisées ? Des gamines qui rêveraient d'être mariées de
force et violée à 9 ou 10 ans ? Des jeunes filles qui voudraient être tuées « pour l'honneur » ? Des femmes qui aimeraient être lapidées ? Qui se réjouissent d'être des citoyennes de seconde zone
? Qui sont heureuses de devoir, même à 40 ou 50 ans passés, demander l'autorisation d'un tuteur masculin, mari, frère, père ou oncle, pour pouvoir se marier, quitter le pays, ou travailler ?
Les défenseurs du relativisme culturel et du choc des civilisations peuvent bien théoriser ce qu'ils veulent, il n'y a pas une femme au monde qui souhaite être battue, violée, ou discriminée. Et
c'est bien parce qu'elles n'en peuvent plus de subir toute cette oppression, que tant de jeunes femmes d'Afghanistan ou du Kurdistan s'immolent par le feu pour fuir une vie faite de souffrances. A toutes celles qui ne voyaient pas d'autre alternative que la souffrance ou la mort, la
révolution féminine en Iran apporte une voix d'espoir, celle d'une vie meilleure, libérée de l'oppression.
La révolte des femmes d'Iran fait battre le coeur de millions et de millions de femmes qui crèvent des traditions rétrogrades et des pressions réactionnaires. Elle résonne dans les coeurs des
Algériennes en lutte contre le code de l'infamie et des Pakistanaises pour l'abrogation des lois Hudood, dans celui des Kurdes révoltées par la barbare mise à mort de Doa Khalil et des Afghanes qui se lèvent contre les lois misogynes du gouvernement Karzaï dignes de celles des Talibans, dans celui des Irakiennes qui refusent la Charria imposée par le gouvernement mis en place par le militarisme US et dans celui des
Syriennes qui réclament la criminalisation des meurtres « d'honneur », dans celui des fillettes du Yémen, qui comme
Nojoud, refusent d'être mariées à 10 ans et dans celui des Soudanaises et Égyptiennes qui ne veulent plus être
mutilées.
En avançant la revendication d'égalité totale entre les femmes et les hommes, de la destruction de l'apartheid sexiste, et de l'abolition de toutes les lois religieuses et codes traditionnels qui
enferment les femmes, les Iraniennes ouvrent la perspective d'une formidable et radicale révolution féminine et anti-patriarcale. Ce souffle de la liberté se transformera en une tempête qui
balayera non seulement la République Islamique et ses mollahs, mais aussi Karzaï et les Talibans, la dynastie Al Saoud, les émirs et les dictatures policières ou militaires, les prédicateurs qui
justifient les violences contre les femmes et plus largement tous les défenseurs de la réaction religieuse et des traditions misogynes. En ce sens, cette révolution ne vengera pas seulement
toutes les Neda, Taraneh, Delara et autres iraniennes victimes de trente ans de régime misogyne, mais aussi toutes les Yousra Al-Azam, Nahla Hussain, Aicha Ibrahim Duhulow, et toutes celles qui, d'Algérie au Bangladesh ont été assassinées par les brutes islamistes, ainsi que toutes les Doa Khalil, Banaz Mahmod, Meryem Sökmen, Hatin Surucu, Hamda Abu-Ghanem et autres victimes des traditions patriarcales les plus rétrogrades.
Par leur radicalité et leur combativité, les femmes d'Iran démentent aussi tous les discours des diplomates et intellectuels occidentaux sur les « transformations progressives », la nécessité de
changer les choses lentement et « pas à pas », comme si au nom de telle ou telle « culture », « tradition » ou « religion », on pouvait accepter que les droits humains les plus basiques des
femmes soient violés. Les Iraniennes ont répondu à ces discours creux et pourraient reprendre ces mots de Nadina El Bedair, journaliste féministe saoudienne : « Les gens disent que les choses
vont changer lentement et je leur dis toujours que nous n'avons pas le temps pour que cela change lentement (...). Les gens qui devraient changer sont les gens islamiques et traditionnels, mais
je n'ai pas à attendre qu'eux changent leurs idées, je dois changer ma vie parce que je n'ai qu'une vie, qu'une seule chance de vivre ma vie et je veux la vivre comme j'en ai envie et pas comme
les islamistes le veulent ». Affrontant la mort par soif de vie, les Iraniennes rappellent face à tous ceux qui ont voulu enterrer cette perspective, que la révolution est la seule voie pour
briser l'oppression.
En ouvrant, au coeur d'une région ensanglantée par les guerres, le racisme, le machisme et l'intégrisme religieux, un troisième front, libérateur, féministe et égalitaire, face à l'impérialisme
et à l'Islam politique, les femmes d'Iran et les hommes qui luttent à leurs côtés, ouvrent la possibilité d'un Moyen-Orient où il fera bon vivre pour toutes et tous, sans que soient prises en
compte les fausses identités religieuses, nationales ou ethniques, où non seulement chaque humain pourra exprimer, sans risque, son opinion mais où les femmes pourront même parler de leurs
amants, et pour certaines de leurs amantes, sans aucune crainte. Et bien au-delà du Moyen-Orient, en brisant un régime théocratique et misogyne, la révolution féminine en Iran sera un point
d'appui considérable pour celles qui, de Pologne aux Etats-Unis, doivent affronter l'Eglise catholique ou les fondamentalistes protestants pour obtenir ou défendre le droit à l'IVG. Suivant le
principe que la liberté des femmes mesure le degrés de liberté de toute la société, les femmes en Iran, en revendiquant aussi l'abolition de la peine de mort, la libération des prisonnier(e)s
politique et la liberté d'expression, redonnent y compris espoir à Mumia Abu Jamal et aux enfermés des couloirs de la mort, aux anarchistes emprisonnés de Serbie, aux syndicalistes assassinés de
Colombie, et à toutes celles et tous ceux qui, où qu'elles ou ils vivent, subissent le poids de la répression étatique, des discriminations, et de l'exploitation capitaliste.
Si le pouvoir institué par les ayatollahs a lancé dans le monde entier le slogan misogyne « le voile ou les coups », la révolution féminine en cours en lance un autre, doux et tendre comme des
mots d'amour, « ni voile ni coups, liberté ! Égalité ! ».
30 janvier 2010
Open Rafah for Ayman !
Together we can make a difference for Ayman, and
for Palestine.
Ensemble nous pouvons changer le sort
d’ Ayman
Ensemble nous pouvons changer le sort de la Palestine.
Ayman Talal E. Quader est palestinien. Il est né le 19 juillet 1986 à Gaza et a toujours vécu dans la capitale, Gaza. En tant que jeune étudiant palestinien qui aime sa patrie et a toujours rêvé
de liberté pour son pays, Ayman a travaillé très dur pour réaliser un des buts les plus importants dans sa vie, gagner une bourse pour poursuivre un master européen. Ayman a obtenu une bourse
pour suivre un cursus en Espagne à l'Université Jaime I de Castellón et obtenir une Maîtrise internationale sur les thèmes de la Paix, du Conflit, du Développement" intitulée "Maîtrise de
Paix".
Ayman a reçu un visa comme étudiant espagnol pour pouvoir mener à bien son cursus universitaire qui commence en Février 2010 et prendra fin en Mai 2012.
"Je désire avant tout qu'on me donne la possibilité d'apprendre et d'étudier comme j'en ai le droit. Droit qui normalement est octroyé et reconnu par toutes les résolutions internationales ainsi
que par les Nations Unies.
Je n'espère pas un miracle mais un droit qui m'est reconnu. Je suis en possession de tous mes documents: visas, lettre d'accréditation de mon université ainsi que des certificats qui en attestent
l'authenticité. Pourquoi m'empêche-t-on de quitter Gaza et de me rendre en Espagne?
"La question des frontières est politique et d'une grande complexité" a déclaré Ayman dans une interview. Depuis que le Hamas a été élu en 2006 pour gouverner, le gouvernement israélien a déclaré
un siège total dans la Bande de Gaza et n'a cessé de le durcir.
La situation aux frontières est devenue extrêmement difficile car ils ont fait en sorte de rendre quasi impossible aux palestiniens de quitter de Gaza sous quelque prétexte que ce soit,
traitement médical, visite à des parents ou bien départ pour l'étranger même avec une bourse. Les frontières, y inclus celle de Rafah -le seul passage existant entre Gaza et l'Egypte- sont
entièrement sous contrôle israélien, même si le contrôle à Rafah est plus souple qu’aux frontières qui mènent de Gaza à «Israël même » tel qu’il est défini dans le texte de l’Armistice en 1967
(voir Résolution 242 des Nations Unies).
Les autorités égyptiennes ont été complices du gouvernement israélien dans la punition collective d’une population civile, en totale contradiction avec l’article 33 de la Quatrième Convention
Genève (1949), en niant les besoins en aide humanitaire et en matériaux de construction dans la Bande de Gaza, avant et après l’opération Plomb durci. Il en est résulté des milliers de personnes
sans abri et des gazaouis affamés n’ayant d’autre espoir que la communauté internationale.
Au début du mois, l’agence Maan News a publié un rapport selon lequel tout au long de l’année 2009 les frontières de Gaza n’ont été ouvertes que 33 fois.
Israël et l’Egypte sont en totale irrégularité en ce qui concerne les lois et les conventions qui garantissent le libre accès à l’éducation, comme l’a déclaré Ayman selon la Déclaration
Universelle des Droits de l’Homme Article 28, et la Convention Internationale sur les Droits Economiques, Sociaux et Culturels (ICESCR, 1966).
Le but de ce manifeste est d’envoyer un message urgent et sans appel aux gouvernements égyptien et israélien, pour leur dire «Trop c’est trop!».
C’est un appel aux hommes de loi, aux politiciens, aux journalistes et à tous les militants des droits de l’homme pour mener le combat en faveur d’Ayman et lutter pour son droit à l’éducation
dont il a toujours rêvé .Ensemble nous pouvons agir pour Ayman, ensemble nous pouvons agir pour la Palestine, lentement mais sûrement.
VISITEZ le SITE d'AYMAN
De graves développements en Tunisie. Des menaces de mort proférées à l'encontre des défenseurs des droits humains.
تطورات خطيرة في تونس
تهديدات بالاعتداء على حياة المدافعين عن حقوق الإنسان
Grave developments in Tunisia threaten the lives of human rights
defenders
Communiqué de presse - 10 janvier 2010
(traduit de l’arabe)
Les organisations arabes de défense des droits de l'homme signataires du présent communiqué expriment leur plus
grande indignation et leur consternation au sujet des campagnes de diffamation et de calomnies qui ont visé récemment quelques noms célèbres parmi les défenseurs tunisiens, et à leur tête : Kamel
Jendoubi Président du Réseau Euro-méditerranéen des droits de l'homme, Sihem Ben Sedrine porte-parole du Conseil national pour les libertés, Mokhtar Trifi Président de la ligue
tunisienne de défense des droits de l'homme, Khemaïs Chammari ancien secrétaire général de la Ligue tunisienne et membre fondateur du comité du 18 octobre pour les droits et les
libertés.
Ces campagnes orchestrées par des journaux de caniveau rétribués par les autorités tunisiennes qui en sont les
instigateurs et les donneurs d'ordres, sont allés jusqu'à accuser les défenseurs des droits humains et les journalistes opposants Tunisiens, de collaboration et d’espionnage au profit d'Israël,
et à adopter certaines formes perverses d'incitation au meurtre à leur encontre en les qualifiant de « collabos ». Ce qui équivaut à une sorte de « légitimation » des éventuels
crimes.
De même que M. Slim Bagga, journaliste opposant tunisien résidant en France, s'est vu adressé une lettre de menace de
mort émanant d'un palestinien non identifié habitant le Liban (!) dans laquelle il a été qualifié de traître et d’agent d'Israël, consécutivement à sa collaboration à un livre
qui a dénoncé le pouvoir politique grandissant de l'épouse du président Zine El Abidine Ben Ali, et l'accroissement de son influence dans les domaines économiques et financiers de
l'État.
Tout en exprimant leur entière et indéfectible solidarité à l’égard des défenseurs tunisiens des droits de l'homme,
les organisations signataires de la présente déclaration tiennent les autorités tunisiennes pour responsables desdites campagnes grotesques et vulgaires qui ne sont autres qu'un voile servant à
dissimuler les innombrables sauvageries perpétrées par l'État policier tunisien -- en particulier l'an dernier -- à l'encontre des défenseurs des droits humains et tous ceux qui ont osé critiquer
sa politique répressive. Ainsi, un nombre de plus en plus grand de défenseurs, de journalistes et d'opposants politiques indépendants, se sont transformés en de véritables cibles constantes aux
agressions physiques et verbales humiliantes. Sans parler des détentions arbitraires, des procès fabriqués de toutes pièces, et de l'encerclement des domiciles et des lieux de travail des
activistes politiques, des défenseurs humains, et des principales organisations indépendantes de défense des droits de l'homme.
Les organisations signataires appellent les autorités tunisiennes à prendre, avec effet immédiat, les mesures
permettant l'arrêt desdites campagnes, qui constituent un manquement à la fois grave et flagrant à la déontologie journalistique et à l’essence de la liberté d'expression. Laquelle liberté
n'autorise guère la diffamation et l'atteinte à l'honneur, non plus l'étiquetage de traîtrise ou l'atteinte à la dignité. De même qu’il leur est demandé de mettre un terme définitif à toutes les
formes de harcèlement infligé aux défenseurs des droits humains et à leurs organisations.
Nous sollicitons, en outre, avec insistance les organes chargés de la protection des droits de l'homme auprès des
Nations unies, et à leur tête le rapporteur spécial chargé de la protection des défenseurs des droits de l'homme, à prendre toutes les mesures nécessaires permettant l'arrêt des campagnes de
diffamations et de calomnies visant à légitimer les agressions physiques à l'encontre des défenseurs des droits humains en Tunisie.
Les organisations signataires :
1. Centre Andaloss pour les études sur la tolérance et le rejet de la violence
(Égypte)
2. Programme arabe pour les défenseurs des droits humains (Égypte)
3. Alliance des familles de disparus en Algérie
4. Groupe progrès de la démocratie (Égypte)
5. L'association Bahreïn pour la surveillance des droits de l'homme
6. L'association tunisienne des femmes démocrates
7. L'association pour la défense des droits et des libertés « Âd’l » (Liban)
8. L'association pour la défense des droits des exilés (Palestine)
9. L'association égyptienne pour la promotion de la participation sociétale
10. L'association marocaine des droits de l'homme
11. L'association les droits de l'homme d'abord en Arabie Saoudite
12. Association les droits de l'homme pour aider les prisonniers (Égypte)
13. Association des jeunes du Bahreïn pour les droits de l'homme
14. La maison des services syndicaux et ouvriers (Égypte)
15. La ligue tunisienne de défense de droits de l'homme
16. Réseau arabe d'information sur les droits de l'homme (Égypte)
17. Journalistes pour les droits de l'homme (Soudan)
18. La ligue libyenne des droits de l'homme
19. Les comités de défense des libertés démocratiques et des droits de l'homme en
Syrie
20. Le comité kurde des droits de l'homme en Syrie
21. Le comité pour le respect des libertés et des droits de l'homme en Tunisie
(France)
22. La fondation égyptienne pour la promotion de l'enfance
23. Initiative égyptienne pour les droits personnels
24. Groupe de soutien juridique pour les droits de l'homme (Égypte)
25. Société des études de la femme nouvelle (Égypte)
26. L'observatoire syrien des droits de l'homme
27. Centre Al Ardh pour les droits de l'homme (Égypte)
28. Centre de Bahreïn pour les droits de l'homme
29. Centre arabe pour l'indépendance de la justice et de l’'avocature (Egypte)
30. Centre palestinien des droits de l'homme
31. Centre du Caire pour les études des droits de l'homme
32. Centre El Qods pour l'aide juridique et les droits de l'homme
33. Centre Al Mizane des droits de l'homme (Palestine)
34. Centre Annadîm de soin et d'habilitation psychologique des victimes de violence
(Égypte)
35. Centre des droits de l'enfant égyptien
36. Centre de Damas des études des droits de l'homme
37. Centre d’Amman des droits de l'homme
38. Centre Hichem Moubarak
39. Club Achakaiq arabe des droits de l'homme (Yémen)
40. L'organisation arabe pour la réforme pénale (Égypte)
41. L'organisation palestinienne des droits de l'homme
42. L'organisation égyptienne des droits de l'homme
43. L'organisation marocaine des droits de l'homme
44. L'organisation yéménite pour la défense des droits de l'homme
45. L'organisation « Palestiniennes »
Halte au projet d’exécutions massives
dans les prisons irakiennes !
Des informations obtenues par la Coalition mondiale révèlent que le gouvernement irakien prévoit l'exécution accélérée de près de 1,000 personnes. Dans la tribune ci-dessous, proposée aux
journaux du monde, la Coalition mondiale dénonce ce projet barbare.
Le gouvernement irakien du premier ministre Nouri Al Maliki envisagerait, selon plusieurs sources fiables, de « vider » les couloirs de la mort du pays en exécutant au tournant de l'année les
925 condamnés à mort en attente de leur sort, parmi eux au moins 17 (certains rapports disent 126) femmes.
La peine de mort était déjà l’arme favorite de Sadam Hussein pour contrôler l’opposition et terroriser les populations irakiennes. Après la chute du régime, elle avait été suspendue par
l’autorité provisoire de la Coalition et la constitution n’y faisait pas référence.
Mais, dès le 8 août 2004, le Gouvernement intérimaire irakien, dirigé par Iyad Allawi, rétablissait la peine de mort. Depuis cette date on dénombre pas moins de 1000 exécutions, dont celle de
Saddam Hussein en 2006.
En 2009, le nombre des exécutions a atteint le nombre de 122. Le gouvernement souhaiterait maintenant passer à la vitesse supérieure et exécuter près d’un millier de condamnés à mort. Ce
projet a été reporté après les fêtes de l’Aïd el Kébir, mais devrait être mis en œuvre très prochainement, notamment en prévision des prochaines élections irakiennes prévues pour mars
prochain.
L'Irak se placerait en deuxième position sur la liste noire de la peine de mort
Ce programme se met en place dans le plus grand secret pour ne pas attirer l’attention du monde entier. S’il se réalise, L’Irak figurerait, en deuxième position, derrière la Chine, sur la
liste noire des pays qui procèdent à des exécutions judiciaires, loin devant l’Iran ou les Etats-Unis. Les fragilités politiques de l’Irak ne sont pas des excuses aux manquements aux droits
de l’homme, et encore moins à la programmation d’exécutions massives et secrètes dans les prisons.
Aujourd’hui, 139 pays ont aboli la peine de mort en droit ou en pratique. L’Irak fait partie des 25 pays au monde qui exécutent à grande échelle sur les 58 pays rétentionnistes. Comme la
grande majorité des pays du Moyen Orient, l’Irak a voté contre la résolution des Nations unies pour un moratoire sur l’application de la peine de mort en 2007 et 2008 et a signé la Note de
dissociation initiée par Singapour en 2008 et 2009.
La peine de mort reste un acte barbare et inhumain, de vengeance primaire qui permet surtout aux pouvoirs en place de satisfaire une rue effrayée.
Nous, membres de la Coalition mondiale contre la peine de mort, exhortons le gouvernement irakien de renoncer à ce projet insensé ;
Nous demandons à la communauté internationale de tout faire pour éviter ce massacre programmé.
Nous demandons au gouvernement américain de faire pression sur le gouvernement irakien. Nous demandons aux pays membres de la coalition militaire encore présents en Irak, dont plusieurs sont
ouvertement contre la peine de mort, de faire pression sur le gouvernement irakien pour éviter ce massacre. Nous prions également instamment Madame Catherine Ashton, Haut Représentante de
l’Union Européenne pour les affaires étrangères, de faire pression sur le gouvernement irakien pour que la folie meurtrière cesse.
Et nous appelons les opinions publiques du monde entier, qui devraient être correctement informées de ce qui est en train de se tramer dans les prisons irakiennes, à se mobiliser avec nous
contre cette violence d’Etat totalement contraire aux principes élémentaires de la justice. Ainsi, le
Congrès mondial contre la peine de mort organisé à Genève du 24 au 26 février prochain sera
l’occasion de fédérer les abolitionnistes de ce pays et de porter les voix de l’abolition dans toute la région.
4 janvier 2010
La famille Ben Brik entame une grève de la faim illimitée
MSF 06/01/2010
Azza Zarrad, épouse de Taoufik Ben Brik, a déclaré à Reporters sans frontières, le 6 janvier 2010, à l’issue de sa visite hebdomadaire à son mari dans la prison de Siliana,
l’intention de huit membres de sa famille d’entamer une grève de la faim illimitée pour dénoncer la détention du journaliste.
« Ses cinq frères, deux sœurs et moi-même entamons à compter de ce soir une grève de la fin illimitée. Ça ne peut plus durer. Il faut que le monde entier bouge (…). Quand les mots ne sont
plus écoutés, les seules armes qui nous restent sont nos corps », a déclaré Azza Zarrad.
Reporters sans frontières appelle les autorités à entendre les demandes de la famille de Taoufik Ben Brik. En outre, l’organisation dénonce de nouvelles pressions policières sur les journalistes
indépendants au cours des deux dernières semaines.
« Les méthodes utilisées sont pernicieuses, visant à isoler totalement les journalistes de l’étranger. Privés de connexions Internet ou dans l’impossibilité de recevoir des appels
téléphoniques de l’étranger, les journalistes tunisiens sont totalement coupés du monde », estime Reporters sans frontières.
La surveillance est montée d’un cran supplémentaire le mardi 5 janvier, à l’occasion de la grève de la faim organisée par le Comité tunisien de protection de journalistes en solidarité avec
Taoufik Ben Brik et Zouhaïer Makhlouf, actuellement incarcérés. « Je suis suivi en permanence, dans le moindre de mes mouvements, depuis dimanche », a déclaré
Lotfi Hajji à Reporters sans frontières.
En outre, le 31 décembre au soir, alors qu’il rentrait chez lui, le journaliste Slim Boukhdhir a été poursuivi par des policiers en civil. « Ils attendent que je sois seul,
sans témoin, pour m’enlever, comme le 28 octobre dernier. D’ailleurs, j’ai reconnu un des hommes. Depuis le 29 octobre, je suis en permanence contrôlé », a déclaré le journaliste à Reporters
sans frontières. En outre, la somme d’argent envoyée le 30 décembre par Reporters sans frontières, via Western Union, à Slim Boukhdhir, a été retirée le 31 décembre depuis Tunis, par une autre
personne que le destinataire.
Le 30 décembre, Neji Bghouri, journaliste au quotidien gouvernemental La Presse et secrétaire général du Syndicat des journalistes tunisiens (cf CP du mois d’août), a
été empêché d’accéder aux bureaux de sa rédaction par plusieurs agents de la police politique qui invoquaient des “instructions“. Il a fallu l’intervention de plusieurs de ses collègues pour que
les policiers le laissent passer. Le 31 décembre, un dispositif policier avait été mis en place sur l’autoroute menant de Tunis à Kairouan, afin d’empêcher Neji Bghouri de se rendre à Kairouan où
il était attendu pour donner une conférence. Il a dû renoncer et regagner Tunis.
Le 28 décembre, le correspondant de Radio Kalima à Gabès (400km au sud-est de Tunis), Moaz Jemai, alors qu’il était à Tunis, a été suivi. Alors qu’il dînait au
restaurant, il s’est fait voler ses papiers d’identité, son matériel professionnel et son salaire de 1500 dinars (800 euros) par une personne qu’il suspecte comme travaillant pour la police
politique. Alors qu’il est allé porter plainte pour vol, le policier qui l’a reçu lui a clairement fait comprendre que tous ses effets lui seraient rendus dès le lendemain, avec en plus une somme
d’argent importante, à condition qu’il cesse sa collaboration pour Radio Kalima. Comme il a exprimé son refus, Moaz Jemai est sans papiers.
Mouldi Zouabi, correspondant de Radio Kalima à Jendouba (150 km au sud-ouest de Tunis), a été convoqué à la police à de nombreuses reprises, et des policiers ont exercé
des pressions afin que son fils soit exclu de l’école primaire dans laquelle il est scolarisé.
Kanaky : mobilisation pour la libération de nos camarades
et contre les conditions de détention !
USTKE 07/01/2010
"L’année qui s’achève a été exceptionnelle et restera gravée dans l’histoire de notre organisation syndicale.
Riche en événements sociaux avec notamment les grèves de Carsud, TDF et Aircal pour ne citer que celles là, elle le fut également sur le plan politique avec l’arrivée dans les institutions
municipales et provinciales des élus du Parti Travailliste.
Les arrestations suivies des incarcérations de nos camarades dont beaucoup sont encore privés de liberté et parmi eux le président de l’ustke, ont clôturé une année où notre organisation
syndicale a été soumise à rude épreuve.
Une expérience unique dans l’histoire de notre Pays avec la criminalisation sans réserve d’un syndicalisme de terrain, engagé, qui dérange.
Une volonté d’humilier l’ustke par le pouvoir colonial avec la complicité de la classe politique locale qui dans sa grande majorité est devenue le relais des intérêts des multinationales qui
sont légions sur notre sol depuis les derniers accords politiques. Cette offense à l’endroit des responsables de notre organisation est une dédicace que nous lançons à la mouvance
indépendantiste pour rappeler l’urgence de clarifier les orientations des uns et des autres par rapport au projet politique que le seul nom de Kanaky ne peut plus résumer.
L’implication de plusieurs responsables indépendantistes met à jour des divergences profondes entre la société à laquelle nous aspirons et celle de ceux qui forts d’une connivence sournoise
ont exigé l’arrestation des syndicalistes de l’ustke.
Cette complicité sans réserve de la majeure partie de la classe politique indépendantiste à la répression orchestrée par l’Etat colonial contre l’ustke est une des révélations de l’année 2009
qui s’est achevée.
De la même façon, la montée lors des dernières élections municipales et provinciales du Parti Travailliste créé à l’initiative de l’ustke est la réponse de militants qui ne se reconnaissent
plus dans les orientations illisibles prônées par les responsables de la mouvance indépendantiste.
L’arrivée de quatre représentants du Parti Travailliste au Boulevard Vauban (siège du Congrès de la Nouvelle Calédonie), trois élus à la Province Nord et quatre élus à la Province des Iles,
après seulement deux années d’existence est l’autre révélation politique de l’année 2009.
Ajouté à cela, les péripéties rencontrées en 2009 et notamment l’incarcération de nos camarades a mis en évidence une situation insupportable qui est celle des conditions de détention au Camp
Est, héritage du bagne calédonien. Si par le passé notre organisation était déjà intervenue à plusieurs reprises par le biais de ses représentants syndicaux pour dénoncer cet état de fait, la
situation depuis, loin de s’être améliorée, n’a pas cessé d’empirer. C’est la dernière leçon de l’année qui s’est achevée.
La présence de nos camarades en tant que détenus a permis de dresser un état alarmant du Centre Pénitentiaire où l’insalubrité se conjugue avec surpopulation. Une situation que vivent nos
camarades avec plus de 420 détenus dans une prison censée en accueillir 192. Une population carcérale composée à plus de 95% de kanaks et qui l’année passée a totalisé plus de 16 évasions. Un
record inégalé sur l’ensemble du territoire Français. La véritable image de la France coloniale dans le pacifique.
Au moment où débute cette nouvelle année il nous faut continuer à nous battre pour la libération dans les meilleurs délais de nos camarades dont chaque jour passé en prison constitue une
atteinte à la libre expression du droit syndical, au droit de grève et au final à la prétendue démocratie tant exhibée par la patrie des droits de l’homme.
Il nous faut nous mobiliser à nouveau pour dénoncer et œuvrer pour un changement radical des conditions de détentions.
En réponse à une tournée récente en France du collectif pour la défense des droits et des libertés et pour la libération des syndicalistes, une délégation de sept parlementaires (sénateurs et
députés européens) et élus de la République est présente en Kanaky depuis le 5 janvier dernier jusqu’au 16 janvier prochain pour se faire sa propre opinion sur les conditions de détention au
Camp Est et apporter son soutien aux syndicalistes de l’Ustke.
Durant leur séjour, il est demandé à l’ensemble des structures de l’organisation, fédérations, unions provinciales et communales de l’ustke de rester mobilisées dans le cadre d’un programme
diffusé par le bureau confédéral et consultable auprès de leurs responsables.
La solidarité de toute l’organisation est nécessaire dans ce contexte particulier et c’est ensemble que nous saurons apporter la réponse adéquate à toute cette répression."
Le Bureau Confédéral
Gaza, un an après l’offensive israélienne
MSF 25 décembre 2009
Le 27 décembre 2008, l’opération militaire israélienne "Plomb durci" était lancée sur la bande de Gaza. Elle s’est caractérisée par des raids et des bombardements aériens intensifs, ainsi que
par une offensive terrestre lancée le 3 janvier 2009. Après 22 jours, la guerre de Gaza prend fin le 18 janvier 2009.
Le bilan est lourd : près de 1 300 Palestiniens tués (parmi lesquels 900 civils dont 300 enfants) et environ 5 300 blessés. Quelles sont les conséquences - humanitaires, médicales et
économiques - de cette guerre ? Comment se ressentent-elles encore aujourd’hui ?
Si les problèmes rencontrés par le secteur de la santé palestinien de Gaza sont encore plus criants aujourd’hui, après que la violence eut atteint son paroxysme avec l’opération il y a un an,
ils étaient déjà pré-existants et persistants, et ce en dehors de ce type d’épisode de violence extrême.
La capacité du système de santé à fonctionner correctement est aujourd’hui très affaiblie. Une bonne partie de l’équipement médical n’est pas fiable et, du fait de l’embargo, il est très
difficile de faire rentrer certaines pièces détachées. Les services médicaux doivent également faire face à des pénuries de médicaments.
Plus de 5 000 personnes ont été blessées pendant la guerre de janvier. Depuis, beaucoup sont handicapées et le seul centre de rééducation de la bande de Gaza a lui aussi du mal à importer les
matières premières et les composants nécessaires à la production de membres artificiels. L’attente pour enfin être appareillé ou recevoir une prothèse s’étire jusqu’à la mi-2010.
Et, alors que 150 personnes handicapées attendent, des munitions non-explosées continuent de tuer ou de blesser. « Deux enfants sont morts et trois au moins ont été blessés en jouant
avec ces munitions. Après un an, les enfants de Gaza perdent encore la vie suite à la guerre » déplore Jean-Luc Lambert, chef de mission MSF.
Les personnes défigurées et/ou brûlées devraient pouvoir bénéficier d’une intervention en chirurgie plastique et de soins post-opératoires. Or le seul chirurgien plastique de Gaza peine à
prendre tout le monde en charge, d’autant que les accidents domestiques, comme les explosions de bouteilles de gaz, et les affrontements inter-palestiniens continuent de faire leur lot de
victimes.
On estime que 40% des patients souffrant d’une maladie chronique n’ont pas pu recevoir leur traitement pendant l’offensive de janvier (la priorité étant alors donnée aux urgences vitales).
Cela a bien évidemment un impact à long terme sur la santé de ces patients. « La chimiothérapie - qui combine souvent trois médicaments, alors que seuls deux sont disponibles à Gaza -
est partiellement disponible. Et, alors que 30% de la totalité des cancers à Gaza concernent le sein, il est impossible d’importer le produit chimique utilisé pour les rayons X nécessaires à
la mammographie » constate Jean-Luc.
Les patients ne pouvant être pris en charge dans la bande de Gaza devraient être soignés en dehors du Territoire, mais les demandes d’autorisation de sortie sont si compliquées à obtenir,
aussi bien du côté Israélien que du côté palestinien, que certains ne peuvent quitter Gaza à temps pour leurs rendez-vous.
L’impact psychologique de " Plomb durci " est difficile à mesurer.
« L’équipe de psychologues MSF doit répondre à un afflux de demandes. La liste d’attente est conséquente. » Les enfants sont particulièrement touchés (échec ou absentéisme scolaire,
agressivité, énurésie...)
La violence domestique est devenue un vrai problème social.
« Pendant la guerre, le manque d’abris sûrs contre des bombardements quasi-continuels et la fermeture hermétique et continue des frontières ont placé la population civile, prise au
piège, dans une position extrêmement vulnérable. Les gens ont perdu tout sens de la sécurité, composante fondamentale du bien-être psychologique général ». Selon l’OMS, entre 20 000 et
50 000 personnes vont continuer à souffrir d’affections mentales, à long terme, suite à l’offensive.
Un marasme économique.
Les moyens d’existence ont été systématiquement détruits, notamment en janvier dernier. De nombreuses petites entreprises, industrielles et commerciales, ainsi que des maisons privées ont été
anéanties ou fortement endommagées. Le montant de ces destructions atteint un coût total estimé, selon les Nations Unies, de 139 millions de dollars.
140 000 Gazaouïs sont aujourd’hui sans emploi, c’est 50% de la population qui est au chômage (contre 32% en 2007). « Ces chiffres sont parmi les plus élevés du monde. L’imposition du
blocus est à l’origine de la perte de 120 000 emplois dans le secteur privé. Or, en moyenne, chaque travailleur doit faire vivre 6-7 membres de sa famille et ce alors que 70% des familles
vivent avec moins de 1 dollar par jour. Aujourd’hui, 75% de la population de Gaza, soit plus de 1,1 millions de personnes, dépendent de l’aide alimentaire ».
Les restrictions liées à la sécurité renforcée, la dernière offensive militaire, la limitation de plus en plus drastique des zones de pêche et d’agriculture affectent l’approvisionnement
alimentaire et provoquent des fluctuations majeures sur les prix. En janvier 2007, plus de 600 chargements entraient chaque jour dans Gaza, aujourd’hui on en compte moins de 100, dont 70%
concernent les produits alimentaires.
Enfin, à l’approche de l’hiver, les limitations sur les importations des matériaux de construction vont encore dégrader des conditions de vie déjà précaires pour les 20 000 déplacés vivant
toujours pour la plupart, un an après, sous des abris de fortune ou dans les décombres de ce qui reste de leur maison.
Pénuries en électricité, en eau et en assainissement.
Lors de "Plomb durci ", des infrastructures cruciales pour l’approvisionnement en électricité et en eau, ainsi que le système d’assainissement ont été visés et partiellement détruits.
« Il ne subsiste qu’une seule centrale électrique sur Gaza. 60% des besoins en énergie sont pourvus grâce à l’achat d’électricité en Israël et en Egypte. Les coupures de courant, qui
durent de 4 à 8 heures, sont quotidiennes et 10% de la population n’a pas du tout accès à l’électricité ».
Le système d’alimentation en eau est lui aussi extrêmement fragile et 90% de l’eau fournie aux habitants de Gaza est - selon les normes de l’OMS - impropre à la consommation. Chaque jour, ce
sont environ 80 millions de litres d’eaux usées, ne pouvant pas être traitées, qui sont déversés dans la Méditerranée, avec tous les risques pour la santé et l’environnement, notamment sur
les produits de la pêche, que cela induit. Les cas de maladies dues à l’eau, comme les diarrhées aiguës, augmentent. Or, aucune reconstruction ou réparation majeure de ces infrastructures
publiques n’a pu, à ce jour, être effectuée.
« Il est vraiment urgent aujourd’hui de lever le blocus. Tout manque, y compris les livres ou les crayons. Hôpitaux et écoles n’ont plus ni fenêtres ni toits. Tout doit être
reconstruit : les maisons, les structures de santé, les infrastructures publiques... Ensuite la population pourra à son tour se reconstruire, physiquement et psychologiquement »
conclut Jean-Luc.
50 ans
de non indépendance
des pays africains,
ça se fête ?
HNS-Info 23 décembre 2009
Cette année 2010 sera marquée par la célébration des 50 ans d’indépendance de nombreux pays africains (dont 14 ex-colonies françaises) : le Bénin, le Cameroun, la Centrafrique, le
Congo-Brazzaville, la République Démocratique du Congo (RDC), la Côte d’Ivoire, le Gabon, le Burkina Faso, Madagascar, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Nigeria, le Tchad, le Togo, le
Sénégal et la Somalie.
En Europe, les gouvernements et les grands médias des anciennes métropoles, comme la France et la Belgique, ne manqueront pas ce rendez-vous... Seul problème : il ne sera pas historique.
Ces commémorations officielles se feront dans un déni d’histoire pour les peuples colonisés.
En Belgique la « grand-messe » se déroulera le 30 juin avec une volonté affichée de ne pas parler du passé qui fâche : la colonisation de la République Démocratique du Congo
(RDC). Chacun s’y affaire, des responsables politiques en passant par les grandes chaînes de télévision, dont certaines diffuseront un journal télévisé spécial depuis Kinshasa. Les
commémorations de l’indépendance de la RDC seront festives, artistiques et résolument « tournées vers l’avenir ». Finalement rien de très étonnant, tout cela s’inscrit parfaitement
dans la vision néo-coloniale que les Européens ont de l’Afrique : un continent sans Histoire mais aux folklores des plus fous. Cette vision raciste de l’Afrique se résume en deux phrases
extraites du cynique discours de Dakar prononcé par Nicolas Sarkozy en juillet 2007 : « Le drame de l’Afrique n’est pas dans une prétendue infériorité de son art, sa pensée, de sa
culture (...) le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire ».
En France, Nicolas Sarkozy a confié à Jacques Toubon la mission de mettre en œuvre une initiative « 2010-Année de l’Afrique », ayant pour objectif, dans le cadre de la célébration
du 50ème anniversaire de l’indépendance, « de souligner et de confirmer l’évolution des relations entre la France et l’Afrique subsaharienne qui doivent rester privilégiées tout en étant
renouvelées, équilibrées et transparentes. » [1] Si l’objectif de cette mission n’est pas assez clair, il suffit de se tourner vers
les deux collaborateurs qui assisteront Jacques Toubon pour définitivement comprendre que c’est la Françafrique, et non les indépendances, qui sera commémorée. Il s’agit de William Bénichou,
un cadre de la coopération qui fut en poste en Centrafrique, au Burundi, au Togo et au Bénin, et de Laurent Viguier, ancien numéro deux du Service d’information du gouvernement (SIG). J.
Toubon, ancien garde des Sceaux, a déjà rencontré une dizaine de chefs d’État africains, l’objectif officiel étant de les associer au maximum aux cérémonies dont l’apothéose se déroulera le
14 juillet avec un défilé des contingents militaires africains sur les Champs-Élysées, en présence des ces 14 chefs d’État...
Pourquoi aujourd’hui l’Europe enlèverait-elle enfin sa tenue de colon ? La camisole de force des pays africains a tenu jusqu’ici… 50 ans de fausses indépendances ! Alors musiques,
cortèges, folklores : le néo-colonialisme a de beaux jours devant lui, puisque ce qui compte c’est l’avenir ! Voilà le refrain qui sera chanté lors des commémorations officielles...
Une autre chanson est possible
Plusieurs voix se sont déjà élevées contre cette mascarade, comme celle d’Amadou Seydou Traoré, le doyen de l’US-RDA (Union soudanaise-Rassemblement démocratique
africain) [2], qui a déclaré en octobre dernier, à l’occasion d’une conférence sur l’accession du Mali à l’indépendance que « le
cinquantenaire du Mali est une injure à la mémoire des combattants, des résistants à la pénétration coloniale et à la mémoire de ceux qui ont donné leur vie pour que ce pays soit indépendant.
(...) Le cinquantenaire est en train d’être fait contre nos concitoyens, avec ceux qui les ont persécutés (...) La France envisage cette année de fêter sa générosité… ».
Il paraît essentiel que les citoyens européens s’inscrivent en solidarité avec les peuples africains pour dénoncer les commémorations de ces indépendances par les gouvernements néo-coloniaux
et l’instrumentalisation de ces dates historiques pour resserrer d’un cran la vis/le vice paternaliste. Il faut forcer les États colons à reconnaître leurs responsabilités historiques et à
changer radicalement leurs politiques de « coopération ».
Les commémorations doivent être historiques et doivent s’inscrire dans une perspective de réparation
Les indépendances de 1960 n’ont malheureusement pas brisé les chaînes de l’oppression : le pillage des ressources naturelles, moteur de la colonisation, perdure encore aujourd’hui et les
dettes des pays en voie de développement, héritage colonial, constituent un très puissant instrument de domination politique et économique. En RDC par exemple, l’État belge et la Banque
mondiale ont organisé, en violation du droit international, le transfert de la dette coloniale à charge du Congo au moment de son indépendance, avant de soutenir financièrement la dictature
de Mobutu. La dette fait donc le lien entre la période coloniale et la situation actuelle, elle est illégitime et doit être annulée sans condition. Cette injustice doit aujourd’hui être
connue par tous pour que la pression citoyenne oblige les responsables politiques à rompre tous les liens néo-coloniaux et à réparer les dommages infligés au peuple congolais.
A y regarder de plus près, l’héritage colonial (et le maintien de l’exploitation) est omniprésent dans le quotidien des Européens : des produits de consommation (le chocolat belge) aux
énergies (le nucléaire français) en passant par le paysage urbain (les noms de rues, statues, monuments...), beaucoup d’éléments rappellent le pillage des ressources et l’exploitation des
peuples. L’architecture urbaine et les noms des rues de nos villes sont un bon exemple. En célébrant les « héros » de l’époque, ce patrimoine commémore de façon positive la
colonisation en mettant en exergue le mythe de la civilisation. Le paysage urbain n’est pas neutre, il représente à la fois le pouvoir, qui en général en est le commanditaire, et la doxa
« c’est-à-dire un ensemble d’opinions, de préjugés populaires, de présuppositions généralement admises sur lesquelles se fonde toute forme de
communication » [3]. Contester le patrimoine architectural urbain apparaît dès lors comme un bon moyen de remettre en question
l’histoire officielle tout en soulevant des questions de fond, comme le maintien des rapports de domination à travers notamment le mécanisme de la dette ou le pillage des richesses.
Les initiatives citoyennes se multiplient ici et là, notamment pour que les monuments coloniaux, vitrine de l’histoire officielle, soient mis en contexte et explicitent le rôle criminel des
puissances coloniales. Il faut que ces mouvements, porteurs de revendications fortes, se renforcent pour s’inviter dans les commémorations, trop propres, du passé colonial de nos
pays [4].
Ainsi, le 23 août 2009, à l’occasion de la journée internationale du souvenir de la traite des Noirs, plusieurs organisations françaises lançaient une campagne nationale « Débaptiser les
rues de négriers ? » à l’endroit des principaux ports de la façade atlantique : Bordeaux, Nantes, La Rochelle et Le Havre. « Il s’agit de s’interroger sur l’héritage
urbain d’un commerce florissant qui a fait la fortune des nations européennes. C’est une démarche pédagogique et citoyenne en vue d’une meilleure appropriation urbaine et d’une meilleure
intégration sociale et politique. Mais aussi de réparation en tirant les conséquences juridiques et sociales de la qualification de crime contre l’humanité ».
En Belgique, le collectif Mémoires Coloniales, dont le CADTM est le membre fondateur, travaille depuis plus d’un an dans le même sens, en réclamant, entre autres, que soient apposées sur les
monuments coloniaux des plaques explicatives. A l’occasion du cinquantenaire de la non indépendance de la RDC, le collectif Mémoires Coloniales lance la campagne « 2010 : il est
tant que la Belgique reconnaisse ses responsabilités historiques : excuses et réparations » et propose d’inaugurer à Bruxelles le 30 juin un monument « Patrice
Lumumba » [5] en hommage aux combattants de l’indépendance. A travers cette campagne et cette action, le collectif souhaite ouvrir le
débat sur la question des excuses et des réparations de la Belgique pour la colonisation et l’ingérence politique dont elle est encore aujourd’hui coupable. La question de l’assassinat du
leader indépendantiste congolais [6] sera remise à l’ordre du jour, notamment autour de la revendication pour la création de la Fondation
Lumumba. En 2001, la commission parlementaire belge chargée d’enquêter sur l’assassinat de Lumumba a reconnu le rôle que le gouvernement et le roi belges ont joué dans celui-ci. Dès lors,
selon les recommandations de la commission, le gouvernement belge s’était engagé à financer une Fondation Patrice Lumumba à hauteur de 3 750 millions d’euros, complétés par une dotation
annuelle de minimum 500 000 euros, dans le but d’aider au développement démocratique au Congo. Le gouvernement belge n’a toujours pas tenu son engagement. La fondation devrait aujourd’hui
détenir une enveloppe d’au moins 4 millions d’euros. La création de cette fondation pourrait constituer un premier fonds de réparation.
Comme un caillou dans une botte coloniale, ces différentes actions, bien que symboliques, envoient des messages forts et dérangent profondément ceux qui continuent de marcher sur l’Afrique.
Rendons hommage aux peuples colonisés et levons-nous à leurs côtés
Les commémorations des 50 ans de la non indépendance des pays africains offrent une occasion pour les peuples du monde entier de dénoncer ensemble les multiples facettes du colonialisme et du
néo-colonialisme. C’est le système capitaliste, qui porte en son sein la colonisation, qu’il faut combattre. Que ce soit en Afrique, en Palestine, à Mayotte ou dans d’autres colonies,
l’oppression et la négation des peuples se font dans une logique de profit. Depuis 50 ans rien n’a changé, la « coopération » a montré ses différents visages : de la
Françafrique à la Mafiafrique, en passant par le « développement » et sa mise en œuvre à travers des fausses politiques d’« aide » publique, sans oublier le rôle des
institutions financières internationales comme la Banque mondiale et le FMI qui usent du mécanisme de la dette pour maintenir leur domination... Les pays africains ont été colonisés au nom
d’un soi-disant idéal « civilisateur », ils le sont toujours au nom d’un soi-disant « développement » basé sur la croissance et non la réalisation des droits humains
fondamentaux...
Il est temps que cela cesse, il nous appartient de faire changer les choses ! Commémorons nous aussi les indépendances, en créant aux côtés des Africaines et Africains et de tous les
peuples colonisés, un front commun solidaire, pour faire tomber les systèmes d’oppressions que nos politiciens et leurs complices perpétuent en toute impunité.
Pauline Imbach
Notes
[1] http://www.elysee.fr/documents/inde...
[2] Le 18 octobre 1946, à Bamako, capitale du Soudan français (actuellement le Mali), se tient un événement qui marque une étape importante dans
l’évolution politique des peuples de l’Afrique française. Des centaines de militants, venus de toute l’Afrique, assistent à l’ouverture d’un congrès qui se terminera par la création du premier
mouvement politique panafricain : le Rassemblement démocratique africain (RDA). Pour la première fois, des hommes politiques d’Afrique occidentale et d’Afrique équatoriale françaises se
rassemblent pour reconquérir leurs droits. Le 21 octobre, le RDA voit le jour sous la direction de Houphouët-Boigny. Dans presque tous les territoires, il devient la principale force politique.
Mais son apparentement au Parti communiste lui attire les foudres de Paris dès le début des années 1950. Sans pour autant l’abattre complètement : ses sections restent à l’avant-garde de la
marche vers l’émancipation. Soixante ans plus tard, l’héritage du RDA perdure avec le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI-RDA) créé à l’origine par Houphouët-Boigny, et au Mali avec l’Union
soudanaise (US-RDA) fondée par Mamadou Konaté et Modibo Keita.
[3] Source : wikipédia
[4] A l’occasion de la Semaine anticoloniale, qui aura lieu du 18 au 26 février 2010, de nombreuses activités seront organisées. Voir http://www.anticolonial.net/
[5] Le collectif organise également une action en hommage à Patrice Lumumba le 17 janvier 2010 à l’occasion de l’anniversaire de son assassinat.
Infos : pauline@cadtm.org
[6] Lire « L’Affaire Lumumba, une seule interprétation possible : le meurtre » par le Collectif Mémoires Coloniales. http://www.cadtm.org/L-Affaire-Lumu...
Catastrophe de Bhopal :
25 ans d’impunité
Par Agnès Rousseaux (21 décembre 2009)
In Basta !
La catastrophe de Bhopal, en Inde, c’était en décembre 1984 : plusieurs milliers de morts, un demi million de personnes empoisonnées par une fuite de produits toxiques dans une
usine de pesticides. Le PDG de l’entreprise court toujours, après un quart de siècle de procédures, de compromissions et de complicités locales. Les habitants, eux, continuent de mourir.
L’écrivain indien Indra Sinha raconte leur histoire dans un roman, « Cette nuit-là ».
© Greenpeace/Raghu Rai
C’est l’histoire de la plus grande catastrophe industrielle au monde : 20 000 morts, plus de 500 000 personnes empoisonnées suite à une fuite de produits toxiques d’une usine de pesticides à
Bhopal, en décembre 1984. 25 ans plus tard, le site de l’usine indienne n’a toujours pas été décontaminé. Les responsables vivent aux États-Unis, sans être inquiétés par la justice. Cette
histoire, Indra Sinha, a voulu en faire un roman (« Cette nuit-là », éditions Albin Michel).
Publicitaire, né en Inde et vivant en Grande-Bretagne, il a laissé tomber la pub il y a quelques années pour se consacrer à Bhopal et ses habitants. Il a réuni des fonds pour construire et faire
fonctionner un hôpital qui vient en aide aux victimes de la catastrophe industrielle.
Aujourd’hui, il ne mâche pas ses mots pour accuser l’entreprise états-unienne Union Carbide Corporation (rachetée en 2001 par Dow Chemical) qui est à l’origine du drame, mais aussi le
gouvernement indien, prêt à toutes les compromissions pour ne pas faire fuir les investisseurs étrangers.
Une catastrophe prévisible
Quand on relit les faits, 25 ans après, les responsabilités de la multinationale américaine et les négligences sautent aux yeux. En 1978, Union Carbide Corporation (UCC) construit une usine à
Bhopal pour accompagner la « révolution verte » de l’Inde et produire deux pesticides, le Temik et le Sevin. 5000 tonnes par an, à base d’isocyanate de méthyle (MIC), dérivé du
phosgène - ou « gaz moutarde »- utilisé comme arme chimique lors de la première guerre mondiale (son inhalation provoque des œdèmes pulmonaires). « La plupart des ingénieurs
disent qu’on ne doit pas stocker le MIC, sauf si cela est absolument nécessaire. Il est volatile même sous sa forme liquide, il peut exploser au contact de lui-même , explique Indra
Sinha. Il faut le garder réfrigéré à 0°C et en très petite quantité. » Mais à Bhopal, UCC ne s’embarrasse pas de toutes ces précautions, « on stocke des quantités de MIC
dans un tank grand comme une locomotive ».
Très vite, malgré les économies faites sur la prévention des risques, l’usine devient déficitaire. La direction veut la démanteler et la vendre. Elle diminue les frais de fonctionnement. La
moitié des salariés sont licenciés. L’équipe des réparateurs passe de 8 à 2 personnes. La formation de sécurité est réduite de 6 mois à 2 semaines. Les instructions sont en anglais, une langue
que ne parlent pas la plupart des salariés... « En 1982, un audit montre les dangers de cette usine, notamment concernant l’unité de fabrication du MIC. Dans d’autres usines d’Union
Carbide, aux États-Unis, des travaux ont été effectués. Mais ici, à Bhopal, malgré les nombreux incidents, rien n’est fait. » L’alarme est éteinte pour éviter de déranger en
permanence les voisins. En cas de problème aucun plan d’évacuation n’est prévu pour les habitants.
« Un mémo d’Union Carbide Corporation souligne que 1,25 millions de dollars ont été économisés, mais qu’il sera sans doute difficile de faire plus », ajoute Indra Sinha.
Pour économiser 37 dollars supplémentaires par jour, la direction prend la décision d’arrêter la réfrigération du tank contenant le MIC... Un journaliste de Bhopal, Raj Keswani, écrit une lettre
au premier ministre du Madhya Pradesh pour lui demander de réagir avant que Bhopal « ne se transforme en chambre à gaz d’Hitler ». Quelques semaines avant la catastrophe, il
écrit un article intitulé « Nous allons tous être anéantis ».
Déni de l’entreprise et compromissions du gouvernement indien
Le 3 décembre, un peu avant minuit, se produit le désastre : une fuite toxique d’une cinquantaine de tonnes d’isocyanate de méthyle et autres produits réactifs. Des milliers de personnes
sont tuées ou blessées. La réaction de Union Carbide ? « Ils ont juste fermé la porte et sont partis », commente Indra Sinha. Aujourd’hui encore, Dow Chemical comme l’UCC
avant elle, refuse toujours de communiquer la composition exacte des gaz qui se sont échappés en invoquant le sacro-saint « secret industriel ». Une attitude qui n’aide pas les médecins
qui s’occupent des nombreuses victimes.
Sans ces éléments, difficile en effet de savoir quelle est la cause exacte des cancers qui se multiplient chaque année ou des mutations génétiques, et comment envisager les meilleurs
traitements... Est-ce l’inhalation des gaz ? L’eau contaminée ? La réponse est d’autant plus difficile qu’en 1994, le Conseil de recherche médical indien (ICRM) a arrêté ses recherches,
sans être autorisé à publier toutes ses études. Selon le Dr Ganesh, de l’hôpital Nehru de Bhopal, 53% des victimes du gaz souffriraient de dérèglement chromosomique. Aujourd’hui encore, l’eau
contient des métaux lourds - zinc, plomb ou mercure, jusqu’à six millions de fois la normale. Les nappes phréatiques sont gorgées de pesticides, drainés par les pluies de mousson depuis 25
ans. Ces poisons attaquent les corps, la peau, les organes, et même les foetus. Ils se transmettent aussi par le lait maternel.
Une situation que nie le gouvernement régional du Madhya Pradesh. « A part quelques fuites de kérosène, tout est propre. Allez frotter la terre contre votre bouche, votre visage, et si
jamais il vous arrive quoi que ce soit, alors prévenez-moi », a récemment déclaré, sans aucune vergogne ni respect des victimes, Babular Gaur, ministre chargé des victimes de Bhopal.
Celui-ci avait même proposé, pour les 25 ans de la catastrophe, d’organiser des « portes ouvertes » de l’usine, afin de démontrer l’innocuité du site. Le ministre indien de
l’Environnement, Jairam Ramesh, a raconté à des journalistes qu’il avait pris dans ses mains des déchets et qu’il n’était pas tombé malade. Une remarque « aussi cynique que s’il avait
touché une cigarette et dit "regardez, je n’ai pas attrapé le cancer" », soupire Indra Sinha. Le don “amical" que Dow Chemical a versé au BJP, le parti politique (droite nationaliste)
dont fait partie Babular Gaur, explique pour une large partie l’aveuglement des responsables politiques.
Le prix d’une vie
Pour cette catastrophe, Union Carbide Corporation a versé 470 millions de dollars d’indemnités (sans aucune obligation de réhabilitation du site). 570 000 habitants ont touché en moyenne 500
dollars de compensation, pour toute leur vie [1]. « L’équivalent de 7 centimes par jour, à peine le prix d’une tasse
thé... », s’indigne Indra Sinha. « L’assurance de l’entreprise a pris en charge la plus grande partie. Union Carbide n’a mis que 25 millions de dollars de sa
poche ». En comparaison, pour la catastrophe d’AZF en France, qui a fait 30 morts, Total a déboursé environ 2 milliards d’euros pour indemniser victimes et sinistrés. Mais une vie
de Bhopal pèse bien moins lourd qu’une vie française. Précisons que Dow possède une usine de pesticides en France, à Drusenheim en Alsace (voir la carte des usines de pesticides implantées en
France métropolitaine, à la fin d’article).
En 1989, l’État indien, qui représentait les victimes, a accepté une somme six fois moins importante que celle initialement demandée. Une décision qui a dégagé l’UCC de toute responsabilité
civile ou pénale. Deux ans plus tard, des survivants de la catastrophe ont déposé une requête demandant la réouverture du dossier. La Cour suprême indienne a alors relancé les poursuites contre
l’entreprise. Le rachat en 2001 de l’UCC par Dow Chemical a permis de faire disparaître l’entité juridique responsable de la catastrophe.
Aujourd’hui le chiffre d’affaires de Dow Chemical est de 39 milliards de dollars (en 2008). Son slogan : « Un monde en croissance apporte une responsabilité
croissante [2] »... « L’entreprise essaye de redorer son image, en dépensant 3 ou 4 millions de dollars en publicité depuis
3 ans, autour du thème “l’élément humain” », explique Indra Sinha. Il suffit de lire le site internet de l’entreprise pour comprendre le décalage avec la réalité : « Chez
Dow, nous croyons dans le pouvoir de “l’élément humain” pour changer le monde. Nous accordons une grande importance à l’écoute de nos communautés et nous œuvrons pour être non seulement de “bons
voisins” mais aussi une entreprise citoyenne. (...) à travers d’authentiques relations nous construisons des communautés meilleures, plus fortes et plus durables dans les lieux où nous sommes
implantés. » [3]. Nous voilà rassuré ! D’autant que, si survenait un problème, le premier actionnaire de Dow serait sans doute
là pour aider les victimes... puisqu’il s’agit de l’assureur Axa, qui détient 7% du capital.
Toutes les victimes de Bhopal ne sont pas encore nées
Dans la clinique Sambhavna, créée par Indra Sinha, 40 000 personnes ont été
soignées gratuitement. « Leurs corps sont surchargés de produits toxiques. Ailleurs, on leur en donne encore davantage, ils sont sur-médicamentés. Tout en organisant des opérations
chirurgicales si besoin, la clinique Sambhavna utilise des traitements à base d’allopathie mais aussi à base de plantes et de médecine ayurvédique, pour réduire les effets toxiques ».
Le premier principe ? « Ne pas faire empirer les choses. Du fait de possibles interactions, tout produit chimique avalé, même une aspirine, peut avoir un effet
désastreux. »
À Bhopal, aujourd’hui encore, plus de 100 000 personnes sont malades, souffrant de cancers, de problèmes respiratoires ou de malformations congénitales. Victimes du gaz, victimes de l’eau, ou de
ce cocktail empoisonné. Des tonnes de déchets, des bacs éventrés s’amoncellent toujours sur le site. En mai 2004, une décision de la Cour suprême indienne a permis d’améliorer l’accès à une eau
potable, par la mise en place de citernes. Mais celles-ci sont difficilement approvisionnées. Selon les ONG, il manquerait plus de 800 000 litres d’eau pour satisfaire les besoins des quartiers
les plus concernés.
Les victimes demandent toujours, en vain, l’extradition de Warren Anderson, PDG d’Union Carbide Corporation en 1984. Il vivrait aujourd’hui près de New York. Dow Chemical cherche à implanter de
nouvelles usines en Inde. Mais l’entreprise fait face à de nombreuses contestations de la part des habitants. Un centre de recherche de Dow a récemment été détruit par des militants indiens.
Malgré les manifestations, les marches, les grèves de la faim, 25 ans après, le problème est loin d’être réglé. Dans les prochaines années naîtront encore de nouvelles victimes de la catastrophe
industrielle de Bhopal.
Agnès Rousseaux
Notes
[1] Avec pour critère, une espérance de vie restante de 30 ans et un revenu moyen par ménage de 800 roupies, soit 23 euros.
[2] « A growing world brings growing responsibility »
[3] « At Dow, we believe in the power of the Human Element to change the world. We place a high value on listening to our communities
and strive not just to be a good neighbor, but a global corporate citizen. We understand that our promise is our most vital product and through authentic relationships we are building better,
stronger, more sustainable communities in the places where we do business ». Source : http://www.dow.com/commitments/corp_cit.htm
Sahara Occidental : Aminatou Haidar autorisée à rentrer chez elle
HNS-Info 21 décembre 2009
Nous apprenons que le 17 décembre les autorités marocaines se sont engagées à rendre le passeport d’Haminatou Haidar et l’autorisent à rentrer chez elle. Amnesty International reste vigilante
afin de s’assurer complètement qu’elle ne sera pas inquitée à son retour au Sahara occidental. Nous remercions toutes celles et ceux qui ont participé à notre pétition.
Aminatou Haidar, en grève de la faim dans l’aéroport de Lanzarote en Espagne depuis le 16 novembre, a été hospitalisée en soins intensifs le jeudi 17 décembre au matin. La défenseure
sahraouie proteste toujours contre son expulsion et la confiscation par les autorités marocaines de son passeport alors qu’elle revenait des Etats-Unis où elle a reçu un prix des droits de
l’homme le 14 novembre.
Qui est- elle ?
Agée de 42 ans et mère de deux enfants, elle a reçu de nombreuses récompenses prestigieuses pour son inlassable action pour la défense des droits humains.
Elle vient de recevoir le prix du courage civil 2009, octroyé par la "John Train Fondation" américaine. Elle a également reçu en 2008, le prix de la fondation Robert Kennedy, le prix Silver
Rose de Solidar, une alliance internationale indépendante, (Autriche, 2007), le prix Juan Maria Bandres Humain Rights (Espagne, 2006). Elle a également reçu le prix Andreï Sakharov pour les
droits de l’homme, de la part du Parlement européen et le prix Ginetta Sagan Fund de Amnesty International (section Etats unis). Elle a été proposée pour le prix Nobel de la Paix.
Les faits
Présidente du Collectif des défenseurs sahraouis des droits de l’homme (CODESA), Aminatou Haidar a été interceptée par des responsables de la sécurité à son arrivée à l’aéroport de Laayoune
le 13 novembre 2009, alors qu’elle rentrait d’un voyage d’un mois à l’étranger, notamment aux Etats-Unis.
Ces agents de la sécurité se sont offensés de ce qu’elle ait indiqué sur sa carte de débarquement « Sahara occidental » et non « Sahara marocain » comme lieu de résidence,
et qu’elle n’ait pas fait mention de sa nationalité marocaine.
Elle a été interrogée en présence du procureur général du roi à Laayoune par un groupe d’une quinzaine d’agents de la police judiciaire et de responsables de la sécurité. Des questions lui
ont été posées sur ses convictions politiques et ses activités en faveur des droits humains, sur ce qu’elle avait fait au cours de son séjour à l’étranger, on lui a demandé qui avait payé son
voyage et quels soins médicaux lui avaient été prodigués en Espagne. Elle a été retenue à l’aéroport jusqu’au lendemain. La police lui a alors demandé de reconnaître officiellement la
souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, ce qu’elle a refusé de faire.
Le 14 novembre 2009, elle était placée dans un avion à destination de Lanzarote, aux Canaries, où elle se trouve actuellement. D’après les autorités marocaines, Aminatou Haidar a en fait
« renoncé » à sa nationalité marocaine.
Depuis son arrivée à Lanzarote, Aminatou Haidar n’a pas quitté l’aéroport et demande à pouvoir rentrer à Laayoune. Elle a entamé une grève de la faim le 15 novembre 2009 à minuit pour
protester contre son expulsion forcée. Elle souffre d’anémie, d’un ulcère et de troubles oculaires.
Les défenseurs des droits humains sahraouis et le roi du Maroc Mohamed VI
L’expulsion d’Aminatou Haidar est la dernière en date d’une série de mesures prises par les autorités marocaines contre des défenseurs sahraouis des droits humains et des partisans de
l’autodétermination pour le Sahara occidental. En octobre 2009, les autorités marocaines ont confisqué les documents de voyage de six militants sahraouis – Sidi Mohamed Daddach, Ahmed Sbai,
Laarbi Massoud, Atig Brai, Ibrahim Ismaili et Sultana Khaya – les empêchant ainsi de se rendre en Mauritanie et en Espagne.
Sept prisonniers d’opinion sahraouis sont incarcérés à la prison civile de Salé depuis le 16 octobre 2009. Ils ont été arrêtés le 8 octobre 2009 à l’aéroport Mohammed V de Casablanca, à la
descente de l’avion qui les ramenait d’Algérie. Ahmed Alnasiri, Brahim Dahane, Yahdih Ettarouzi, Saleh Labihi, Dakja Lashgar, Rachid Sghir et Ali Salem Tamek sont membres de plusieurs
organisations de défense des droits humains et groupes de la société civile, notamment l’Association marocaine des droits humains, AMDH), l’Association sahraouie des victimes des graves
violations des droits de l’homme commises par l’État du Maroc, ASVDH) et le Collectif des défenseurs sahraouis des droits de l’homme, CODESA). Plusieurs d’entre eux se consacrent depuis très
longtemps à la situation au Sahara occidental et à la collecte d’informations sur les violations des droits humains qui y sont perpétrées.
Le 6 novembre 2009, à l’occasion d’un discours commémorant l’anniversaire de la Marche verte à l’issue de laquelle le Maroc a pris possession de l’ancien territoire espagnol du Sahara
occidental en 1975, le roi Mohamed VI a déclaré que remettre en question « l’intégrité territoriale »du Maroc – référence au rattachement du Sahara occidental – ne serait pas
toléré. « On ne peut jouir des droits de la citoyenneté et les renier à la fois en complotant avec les ennemis de la patrie », a averti le roi, laissant entendre ainsi que les
Sahraouis qui réclament l’autodétermination pourraient être privés de leur citoyenneté marocaine pour avoir exprimé leur opinion.
Recommandations d’Amnesty International
Amnesty International demande instamment aux autorités marocaines de s’acquitter de ses obligations internationales au titre de l’article 12.4 du Pacte international relatif aux droits civils
et politiques (PIDCP). Celui-ci précise que « Nul ne peut être arbitrairement privé du droit d’entrer dans son propre pays ». Le Maroc a ratifié le PIDCP.
Aminatou Haidar doit être autorisée à regagner Laayoune immédiatement sans condition et les autorités marocaines doivent lui restituer ses documents de voyage et papiers d’identité.
Les autorités marocaines doivent également restituer aux six militants sahraouis les documents de voyage et papiers d’identité qui leur ont été confisqués en octobre et respecter leur droit
de circuler librement.
Source : Amnesty International
La Jérusalem arabe se vide de sa population
Pour empêcher que la partie orientale de la Ville sainte ne devienne la capitale d’un Etat palestinien, les autorités israéliennes accélèrent la politique d’expulsion des
Palestiniens, souvent présents depuis des générations.
10.12.2009 | Ann Wright |
In COURRIER INTERNATIONAL
Les palestiniens n’ont pas droit à une “croissance naturelle”
Beaucoup d’autres quartiers de la Ville sainte font l’objet de revendications. Les plus grands projets de colonisation sont celui de Ras El-Amoud, sur le mont des Oliviers, en cours de
réalisation, celui de Shepherd Hotel, encore à l’étude, et celui des terrains adjacents à Karm El-Mufti, à Sheikh Jarrah. Les quartiers musulmans et chrétiens de la vieille ville sont de plus en
plus entourés de postes de guet, de gardes armés et de drapeaux israéliens, signes caractéristiques d’une enclave colonisée. De l’autre côté de la vieille ville, dans la banlieue palestinienne
plus populaire de Silwan, les familles sont davantage confrontées à une menace de démolition que d’expulsion. C’est le sort qui attend notamment 88 maisons d’Al-Bustan, au centre de Silwan, pour
permettre l’aménagement du Jardin de la Cité de David, conçu comme un prolongement du site archéologique visant à prouver que le roi David vivait sur ces terres. “Ne faites pas 1 500 sans-abri
pour un parc à thème”, lit-on sur la bannière déployée sur le centre socioculturel de Wadi Hilweh. Mais le bruit court que l’unique préoccupation du conseil municipal de Jérusalem est de savoir
s’il convient de démolir tous les bâtiments à la fois – comme cela avait été fait en 1967 pour le quartier des Maghrébins, contigu au mur des Lamentations – ou de les démolir plus discrètement,
un par un. D’autres quartiers de la Ville sainte ont déjà subi des démolitions. A la différence des colons juifs, les familles palestiniennes n’ont pas droit à une “croissance naturelle”. Quand
ils demandent un permis d’agrandir leur maison, il leur est rarement accordé. En 2009, le nombre de permis de construire qui leur a été octroyé s’est limité à 140, alors que la pénurie de
logements se compte par milliers. Les Palestiniens construisent donc illégalement et reçoivent des ordres de démolition. Certaines familles dépensent des fortunes en procès, honoraires d’avocat,
amendes, mais les ordres de démolition n’en restent pas moins valables et peuvent être appliqués à tout moment, généralement le matin et sans avertissement. Actuellement, quelque 1 800 ordres de
démolition restent en suspens à Jérusalem-Est.
Le conseil municipal de Jérusalem est essentiellement composé de membres de partis religieux juifs et du Likoud. Il garde constamment un œil sur la courbe démographique. Le plan d’aménagement de
la Ville sainte pour 2020, qui a été publié en 2004, vise à limiter la population palestinienne à 30 % de la population de la ville, alors que, compte tenu de leur taux de fécondité élevé, le
pourcentage devrait être plus proche de 40 %. Le maire, Nir Barkat, a confirmé ces chiffres lorsqu’il est entré en fonction, en 2008. Aujourd’hui, quelque 300 000 Israéliens juifs vivent à
Jérusalem-Ouest, et 250 000 – soit autant que de Palestiniens – à Jérusalem-Est.
Les Palestiniens sont ainsi concentrés sur des surfaces de plus en plus exiguës. La surpopulation a des conséquences plus graves que la pauvreté. Ceux qui appartiennent à la classe moyenne ou qui
ont les moyens de partir ailleurs le font. L’économie locale commence à s’effondrer. Mais les Palestiniens doivent souffrir en silence : ce sont des habitants de la Ville sainte, mais pas des
citoyens d’Israël ; ils ne vivent pas de leur plein droit à Jérusalem, ils y sont simplement tolérés. Leur précieuse carte d’identité de Jérusalem peut leur être retirée à tout moment, même si
leur famille y vit depuis des générations.
Entre répression et manipulations : le courageux combat des syndicats autonomes algériens
par le Comité international de soutien au syndicalisme autonome algérien (CISA, comintersaa@gmail.com ), 15 novembre 2009
La défense des droits des travailleurs n’est nulle part une tâche aisée. Mais en Algérie plus qu’ailleurs, être syndicaliste est aujourd’hui un combat de tous les instants. Les dispositions de
l’état d’urgence en vigueur depuis le coup d’État de janvier 1992 et l’interruption des élections législatives compliquent très sérieusement l’action quotidienne des authentiques syndicalistes
membres des divers « syndicats autonomes » de la fonction publique. Ceux-ci sont apparus au tout début des années 1990 – à la faveur d’une brève ouverture démocratique – pour défendre les
intérêts des fonctionnaires, rôle que n’assurait plus de longue date le syndicat unique UGTA (Union générale des travailleurs algériens), devenu dès 1963 un simple rouage du régime.
Être syndicaliste en Algérie
Dans l’Algérie des années 2000, animer un syndicat autonome consiste autant à défendre les travailleurs qu’à esquiver les manœuvres incessantes de déstabilisation, d’infiltration et de corruption
du pouvoir – qui les tolère sans les reconnaître officiellement. Les organisations syndicales indépendantes, en refusant toute sujétion autre que celle due à leurs adhérents, sont la cible
principale de l’action des services de la police politique de l’armée, le DRS (Département de renseignements et de sécurité, ancienne Sécurité militaire). Venus combler l’absence totale de
représentation des travailleurs, les syndicats autonomes sont depuis leur création la cible permanente d’entreprises d’intimidation, de division de leurs rangs et de corruption de leurs
dirigeants, dans le but d’éliminer toute forme d’expression revendicative.
En effet, le maintien de l’ordre politique passe par l’émiettement de toutes les contestations et la vassalisation de tous ceux qui prétendent se poser en tant qu’interlocuteurs responsables. La
démarche est constante dès les premiers jours de l’indépendance. Il est significatif à cet égard d’observer que le premier congrès de l’UGTA, en janvier 1963, a été la première victime de cette
stratégie de mise en coupe réglée de tous les acteurs sociaux. Les délégués au congrès ont été arrêtés pour permettre à des individus relevant des appareils sécuritaires de tenir le congrès à
leur place et d’« élire » une direction choisie par le pouvoir. Aucune structure ne doit exister en dehors de celles au service du régime.
Comme ce fut le cas après l’indépendance, l’élimination du champ social de toute organisation autonome par rapport au pouvoir réel, c’est-à-dire les chefs du DRS, est la préoccupation constante
des dirigeants algériens depuis la fin de la brève période d’ouverture démocratique entre novembre 1988 et juin 1991. Le système politique algérien, derrière une façade institutionnelle destinée
à la consommation externe, est une dictature qui a pour leviers exclusifs la rente pétrolière et un appareil répressif omniprésent.
Une dictature masquée
Cette dictature militaro-policière se camoufle derrière des institutions qui, de la justice au Parlement en passant par le président de la République, ont une existence formelle mais qui ne sont
nulle part et à aucun moment des cadres d’autorité effective ni des centres de régulation politique. Ces institutions sans substance, animées tant bien que mal par un personnel coopté, ne sont en
définitive que les courroies de transmission des directives émanant du groupe effectivement dirigeant. Issues d’élections frauduleuses soigneusement mises en scène, les institutions croupions ne
doivent leur existence qu’à la nécessité de se conformer au modèle qui rassure les Occidentaux, principaux partenaires étrangers, soucieux d’un minimum de formalisme.
De fait, la gestion du pays est entre les mains d’un groupe d’individus au sommet des appareils sécuritaires, qui n’apparaissent pas sur la scène politique officielle et ne rendent de comptes à
personne. Cette dictature « honteuse » ne peut tolérer, pour durer, la moindre contestation organisée. La pérennité de cet ordre repose donc sur un contrôle social tatillon, interdisant
l’émergence de toute expression libre et de toute organisation susceptible de la mettre en question.
La scène politique algérienne est parfaitement verrouillée, les partis récalcitrants sont privés d’expression, réduits à une existence végétative, dans l’impossibilité de se déployer et ne
recueillant dans les urnes que ce que le pouvoir effectif veut bien leur concéder. À de très rares exceptions, comme la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH) ou SOS-Disparus,
le mouvement associatif témoin d’une « société civile » également préfabriquée est constitué d’une myriade d’associations subventionnées qui, pour l’essentiel, regroupent quelques individus sans
relais dans la société.
Seule soupape tolérée par le régime, la presse écrite privée – les « médias lourds », radio et télévision, restant exclusivement dans les mains de l’État – fait preuve d’une certaine liberté de
ton, pour autant que les lignes rouges non écrites, mais fermement tracées, ne soient pas franchies. Ces lignes rouges sont connues : il est interdit de mettre en cause les vrais responsables du
cercle dirigeant effectif, de les nommer et de critiquer le centre du régime, la police politique militaire. En revanche, la presse dispose d’une certaine latitude pour critiquer le chef de
l’État, le gouvernement et les autres institutions. Sous tutelle directe du DRS, les directeurs de journaux sont ainsi tenus d’assister à un briefing hebdomadaire au siège spécialisé de la police
politique. La presse reste néanmoins le seul espace de très relative liberté consentie à la population.
Les syndicats autonomes face à la répression
Héritage vivace de la période d’ouverture, de la Constitution de 1989 et des lois promulguées en 1990, les syndicats autonomes sont en première ligne de la répression et des manœuvres de
déstabilisation de l’appareil sécuritaire et de ses relais. Si l’aventurisme politique inauguré par le coup d’État militaire du 11 janvier 1992 a entraîné le démantèlement des principaux
garde-fous de l’État de droit, le rééchelonnement de la dette en 1994 a permis le basculement dans l’économie de bazar et la corruption généralisée. L’orientation libérale et l’annihilation de la
politique sociale ont provoqué le basculement de catégories entières dans la précarité et la misère.
Aujourd’hui, dans un pays qui se targue de sa santé financière, exclusivement due à la rente pétrolière, la moitié de la population vit en deçà du seuil de pauvreté. L’affairisme des clientèles
du régime et la corruption aux niveaux les plus élevés des hiérarchies de pouvoir sont facilités par l’affaiblissement des structures de l’État et le désordre entretenu par ceux-là mêmes qui
dirigent l’appareil répressif. L’ajustement structurel et la pression sur les salaires ont frappé de plein fouet les fonctionnaires de tous les secteurs et les travailleurs en général.
L’éducation et la santé ont notamment payé au prix fort la thérapie à courte vue et globalement inopérante du FMI.
Ce recul social – relégué au second plan par la « sale guerre » conduite contre la population lors des années 1990 par les chefs de l’armée et du DRS, au prix de 200 000 morts – n’est aujourd’hui
combattu que par les syndicats autonomes. L’UGTA, ancienne organisation de masse du parti unique, caporalisée dès les premiers jours de l’indépendance par la police politique, n’est plus qu’un
instrument, totalement discrédité, de contrôle social. Privée de toute représentativité, dirigée par des hommes notoirement impliqués dans des scandales financiers, la vieille centrale est
l’ombre spectrale du syndicat fondé le 24 février 1956 par Aïssat Idir.
L’UGTA, l’un des rarissimes syndicats au monde à avoir approuvé un programme d’ajustement structurel du FMI, n’est plus qu’un sigle commode convoqué par le gouvernement pour figurer l’illusoire «
adhésion des masses laborieuses » aux gesticulations d’une « Algérie Potemkine » cachant de plus en plus difficilement la réalité de la dictature. Les sections combatives qui subsistent encore
sont laminées par les coups de boutoir de la direction nationale de l’UGTA, qui les fragilisent en leur ôtant la protection syndicale et les offrent comme victimes expiatoires à l’administration.
Les syndicats autonomes sont aujourd’hui les seules organisations qui défendent les travailleurs et les seules qui échappent à la mainmise de la police politique. Les mouvements sociaux dans la
fonction publique ont démontré les capacités de mobilisation des syndicats libres et montré les limites des capacités d’intimidation de la police politique. Arrestations arbitraires, gardes à vue
illégales de militants syndicaux alternent avec les fermetures de locaux, toutes les formes de brimades et de harcèlements.
Des méthodes éprouvées pour stériliser le champ politique
Depuis les années 1990, le DRS déploie en effet vis-à-vis des syndicats autonomes tout l’éventail des techniques de manipulation mises en œuvre dès 1962 pour stériliser le champ politique, et
renouvelées après la fermeture de la « parenthèse démocratique » de 1989-1991. Les partis alors légalisés et ayant encore une base réelle et une direction indépendante du pouvoir ont
systématiquement été depuis l’objet de manœuvres de division interne. Scénario classique : des militants « dissidents » agissant sur ordre décident d’un congrès de « redressement », une direction
est alors élue dans les conditions les plus illégales et le parti passe sous la coupe du pouvoir. La plus illustre victime de ce genre de « redressement » – le mot arabe tas’hihiyya est passé
dans le langage courant pour désigner ce type de coup d’État téléguidé – a été en janvier 1996 le vénérable Front de libération nationale, dont le secrétaire général Albelhamid Mehri a alors été
déposé suite à ce que ses exécutants ont appelé un « complot scientifique ». Au mépris de toute légalité, la ligne indépendante du FLN approuvée par les militants a été changée du jour au
lendemain, pour un alignement absolu sur les orientations du pouvoir.
Face à ce type de manœuvres, dans une situation d’état d’urgence structurel et d’omnipotence de la police politique, tout recours à la justice est inévitablement voué à l’échec. Dans
l’organisation politique algérienne, la justice n’est pas une institution, elle n’est qu’un appareil obéissant. Et le paysage est ainsi modelé : de nombreuses organisations factices – partis,
syndicats, associations –, sans base ni programme crédible, occupent le terrain médiatique quand le besoin d’une agitation politique est ressenti par le système. On le voit bien à l’occasion des
élections présidentielles, quand des structures virtuelles sont fugacement ranimées pour servir de faire-valoir et jouer le rôle d’une opposition de pure figuration.
Systématiquement appliquées, ces méthodes, qui semblent être les seules connues par la police politique, ont été notoirement utilisées sur le front de la « sale guerre » des années 1990 : les
mêmes techniques ont servi à la création de faux maquis, pour infiltrer et noyauter les groupes armés, jusqu’à les manipuler pour perpétrer les pires massacres de 1996 à 1998. L’objectif
d’instrumentalisation de la violence islamiste – la mettre au service d’une stratégie de communication du régime – a d’ailleurs globalement fonctionné. La dictature s’est ainsi justifiée en
permanence, se prévalant du combat contre les extrémistes religieux pour se maintenir.
L’organisation de la confusion : le « clonage »
Vis-à-vis des syndicats autonomes, ces méthodes ont été utilisées jusqu’à la nausée par le DRS. Arrestations arbitraires succèdent aux suspensions de salaires, aux carrières bloquées, aux mises à
pied injustifiées. L’arsenal des brimades, des vexations, des brutalités et des manipulations policières est entièrement mobilisé. Avec une prédilection pour ce que les militants syndicaux ont
appelé le « clonage ». Une manœuvre visant à susciter la confusion auprès des bases en dupliquant une organisation jugée indésirable. La démarche est simple : il s’agit de créer à l’intérieur des
syndicats réellement autonomes une « dissidence » qui débouchera rapidement sur une scission, en manipulant les militants les plus opportunistes ou les plus fragiles, par la technique du bâton et
de la carotte ou, accessoirement, par le chantage exercé sur ceux qui traînent des « casseroles ».
Si la dissidence au sein des organisations syndicales autonomes est un phénomène connu et pris en compte dans leurs pratiques et stratégies, elle change de nature lorsqu’elle est instrumentalisée
dans le but d’annihiler toute ligne syndicale et toute autonomie. En effet, la pratique couramment utilisée est de faire croire que certains militants ne sont plus d’accord avec la prétendue «
radicalité » (ou parfois, à l’inverse, la prétendue « mollesse ») de leur syndicat et décident en quelque sorte de corriger le tir en pratiquant un « redressement » – la fameuse tas’hihiya. Le
seul objectif sera de mettre au-devant de la scène une nouvelle organisation clone de l’original et prête en réalité à tous les compromis avec le régime, y compris en mettant en scène des
initiatives « ultraradicales » mais absurdes et vouées à l’échec, autre manière d’affaiblir la volonté collective de revendication. Pour être efficace, cette pratique exige que la nouvelle
direction se présente comme étant issue d’un nouveau congrès, pour installer le désarroi au sein des adhérents et même des analystes, puisque, après la scission de facto, deux syndicats portent
le même nom (ou à peine différent dans certains cas).
La méthode a été appliquée au SNAPAP (Syndicat national autonome du personnel de l’administration publique) en mai 2004 – après une première tentative du même ordre en février 2002, mais qui fit
long feu –, ses dirigeants ayant refusé de soutenir la candidature d’Abdelaziz Bouteflika à la présidentielle d’avril : un « dissident » isolé a organisé un congrès qui a bénéficié du soutien
actif de l’administration. Ce SNAPAP-bis a immédiatement reçu une subvention, alors que le SNAPAP n’a eu droit qu’à de dérisoires soutiens conjoncturels des pouvoirs publics. Au mépris de toute
loi et de la réalité factuelle, la justice a attribué au SNAPAP-bis le petit appartement (avec toute la documentation et le matériel qui y étaient entreposés) qui servait de siège au syndicat.
L’expulsion manu militari des occupants légitimes s’est effectuée avec brutalité et sans aucun recours possible.
Le CNAPEST (Conseil national autonome des professeurs de l’enseignement secondaire et technique) a subi la même manœuvre. Actif depuis le début des années 2000, le CNAPEST n’a obtenu son agrément
que 10 juillet 2007, quasiment en même temps que son clone, le « SNAPEST » (les prétendus dissidents ont en effet – après hésitations dues à l’adoption tardive d’une « stratégie » – légèrement
modifié le nom de l’organisation). Le clonage concerne même les regroupements de syndicats autonomes. Créée en avril 2006, l’Intersyndicale de la fonction publique (IAFP), réunissant les
authentiques syndicats autonomes, s’est vue immédiatement dupliquée par un clone dénommé « Coordination des syndicats de la fonction publique ». D’autres syndicats autonomes, comme celui des
pilotes de ligne par exemple, existent théoriquement mais n’ont plus d’activités sur le terrain. Pour cette catégorie, le DRS ne juge pas utile de créer des clones.
Et l’on pourrait ainsi multiplier les exemples. Pour éclairer le lecteur, il nous a paru important d’établir une « table de correspondance » entre les vrais syndicats autonomes et leurs clones,
selon les informations dont le CISA a pu avoir connaissance.
Algérie, 2009 : tableau de correspondance entre syndicats autonomes et syndicats clones
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Syndicats d'origine
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Clones
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SNAPAP (Syndicat national autonome du personnel de l'administration publique ; président : Rachid Malaoui ; secrétaire général : Nassira Ghozlane)
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SNAPAP- bis (dirigé par Belkacem Felfoul, ex-député retraité)
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CNAPEST (Conseil national autonome des professeurs de l'enseignement secondaire et technique ; coordonnateur : Larbi Nouar)
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SNAPEST (dirigé par Mériane Meziane)
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SATEF ( Syndicat autonome des travailleurs de l'éducation et de la formation ; secrétaire général : Mohand-Salem Sadali )
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SATEF- bis (dirigé par Abdelmadjid Basti)
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CNES (Conseil national des enseignants du supérieur, coordination des sections CNES ; porte-parole : Kaddour Chouicha)
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CNES- bis (dirigé par Abdelmalek Rahmani)
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SNTE (Syndicat national des travailleurs de l'éducation ; secrétaire général : Mohamed Bennoui )
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SNTE- bis (dirigé par Abdelkim Boudjnah)
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UNPEF (Union nationale des personnels de l’éducation et de la formation)
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UNPEF-bis (son président est conseiller du ministre de l’Éducation)
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Intersyndicale de la fonction publique (IAFP)
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Coordination des syndicats de la fonction publique
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Toutes ces manœuvres bénéficient du soutien automatique du ministère du Travail, chargé en principe de veiller au respect de la réglementation en matière de libre exercice de droit syndical. Ce
ministère est dirigé depuis juin 2002 par le même individu, Tayeb Louh, lui-même ancien syndicaliste autonome. La carrière de Tayeb Louh est révélatrice des stratégies antisyndicales du DRS.
Magistrat, Tayeb Louh avait été l’un des fondateurs en 1993 d’un syndicat autonome des magistrats (Syndicat national de la magistrature), qui avait fait l’objet de harcèlements ayant défrayé la
chronique et d’un « redressement » en bonne et due forme. C’est avec étonnement que les syndicalistes avaient appris la nomination en qualité de ministre du Travail de ce transfuge des luttes
sociales. Sans surprise, ils constatent depuis que le ministre converti se livre avec constance aux pratiques dont il avait été un temps victime.
Ainsi, chaque fois qu’un clone est créé à l’initiative du DRS, le ministère du Travail refuse d’intervenir pour clarifier la situation. Pour enfoncer le clou, d’autres instances officielles –
mais aucunement habilitées à intervenir en matière syndicale – se chargent de désigner le « bon » syndicat, celui avec lequel toutes les autorités doivent coopérer, ce qui suppose l’exclusion de
celui qui n’a pas été désigné. Un exemple notoire est l’affaire du télégramme émis le 17 janvier 2009 par le ministère de l’Intérieur pour choisir le clone du SNAPAP : les administrations étaient
sommées de refuser de travailler avec les sections légitimes (élues par les adhérents) au prétexte de l’existence de représentants du clone, désignés par l’administration et n’ayant aucune
légitimité élective. Quant aux décisions de justice, elles sont évidemment toujours à l’avantage des clones.
L’impératif de la solidarité
Ces pratiques n’ont pas la même influence sur tous les travailleurs. Car si pour les plus engagés d’entre eux, les enjeux sont clairs et les acteurs identifiés, pour d’autres, le retrait et la
prudence sont de mise tant qu’une clarification n’intervient pas, le pouvoir et ses relais médiatiques tentant en permanence de discréditer le vrai syndicat en présentant le conflit entre
celui-ci et son clone comme l’expression d’une lutte pour des strapontins. De plus, pour beaucoup de travailleurs, l’engagement dans un syndicat ne supposait pas une prise de risques aussi
importante (opposition au DRS), ce qui a contribué à éloigner nombre d’entre eux des luttes syndicales.
Dans ces conditions, la détermination et l’opiniâtreté des militants des authentiques syndicats autonomes n’en sont que plus respectables. Avec courage, ils se battent depuis des années contre la
détérioration croissante des conditions de vie et de rémunération des travailleurs algériens et les manœuvres de désintégration de leurs organisations syndicales représentatives. Après la
meurtrière « éradication » des opposants – principalement islamistes mais pas seulement – lors de la « sale guerre » des années 1990, ils restent aujourd’hui les seuls à lutter pied à pied, de
façon structurée à partir de la fonction publique, contre une situation sociale dramatique, face à laquelle la majorité désespérée des citoyens n’a plus comme unique moyen d’expression que
l’émeute. Apparues au début des années 2000, les violentes jacqueries qui secouent périodiquement les grandes villes comme les moindres douars pour tous les motifs possibles liés à la « malvie »
– pénuries d’eau, de logements, d’infrastructures, etc. – se sont multipliées depuis 2004 et sont devenues quotidiennes en 2009, au point de faire de l’Algérie, de l’est à l’ouest, un chaudron
social en permanence au bord de l’explosion généralisée.
Mais jusqu’à présent, la combinaison du quadrillage omniprésent des hommes du DRS, de la répression policière et d’une justice aux ordres toujours prompte à sanctionner lourdement les émeutiers a
réussi à maintenir ces révoltes populaires en deçà du seuil de cette explosion. Car les détenteurs du pouvoir réel, les généraux du DRS et leurs affidés, sont particulièrement déterminés pour
briser toutes les initiatives collectives qui permettraient de structurer ces révoltes, au risque de menacer sérieusement leur principal objectif : poursuivre à leur seul profit – comme ils le
font depuis trente ans – l’accaparement des richesses du pays, par la corruption et les prélèvements de commissions sur les exportations d’hydrocarbures comme sur les importations des biens de
consommation ou d’équipements, que l’Algérie ne produit plus.
Dans ce sombre contexte, il est donc essentiel que cesse l’isolement international des militants des syndicats autonomes de la fonction publique, les seuls en Algérie à se battre de façon
collective face aux manœuvres, aux « clonages » et à la répression – et plus globalement contre l’atroce malvie imposée à tout le peuple par le pouvoir. La grève dure, massivement suivie, engagée
depuis le 8 novembre 2009 par les syndicats d’enseignants en est une illustration vivante. Qui plus est, le combat q
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