Leur monde et

le nôtre

 

On dirait un mauvais roman policier : une veuve multi-milliardaire, héritière d’une des plus grandes fortunes du pays ; une dispute familiale glauque comme savent en sécréter les familles bourgeoises lorsqu’elles se déchirent autour d’un héritage ; un maître d’hôtel indiscret qui enregistre les conversations privées de sa milliardaire de patronne pour donner les cassettes à la fille en procès avec la mère ; une île aux Seychelles ; de l’argent planqué en Suisse ; un artiste à ce qu’il paraît doué, qui l’est en tout cas pour les affaires puisqu’il a réussi à se faire offrir pour un milliard d’euros de cadeaux...

 

Et il y aussi les ministres, dont l’un, ministre du Budget en son temps, a réussi à caser sa femme dans l’officine chargée de gérer la fortune professionnelle de la milliardaire...

 

En décortiquant l’affaire Bettencourt-Woerth, la presse apporte chaque jour de nouvelles révélations. Lorsqu’il était ministre du Budget, Woerth prétendait faire du combat contre l’évasion fiscale sa marque de fabrique. Cela la fichait déjà mal que son épouse soit embauchée comme conseillère fiscale d’une des plus grosses contribuables ou du moins qui devrait l’être. Cela la fiche encore plus mal lorsque le bras droit de la milliardaire reconnaît quelques tricheries fiscales ! Ce bras droit s’est vu épingler la légion d’honneur à sa boutonnière par Eric Woerth, peu de temps après avoir embauché sa femme !

 

Et voilà qu’un hebdomadaire fait état d’un déjeuner entre Eric Woerth et Robert Peugeot peu après que celui-ci, victime d’un cambriolage, se soit fait voler 500 000 euros en lingots d’or. Excusez du peu ! Eric Woerth aurait-il conseillé à Peugeot de réduire la valeur déclarée pour réduire son impôt sur la fortune ? Jamais de la vie, proteste Woerth, Robert Peugeot est simplement un ami avec qui il est normal de déjeuner !

 

Mais, justement ! Toutes ces affaires braquent au moins un petit rayon de lumière sur leur monde, le monde des grands bourgeois avec leurs serviteurs politiques, le monde de ceux qui dirigent la société, le monde de ceux qui peuvent faire des cadeaux d’un milliard ou se faire dérober 500 000 euros en lingots d’or sans que cela écorne leur fortune.

 

En étant l’actionnaire principale du premier groupe mondial de cosmétiques, L’Oréal, madame Bettencourt pèse sur la politique. Pas parce que son défunt mari avait été ministre lui-même, mais parce que des ministres, elle peut se les acheter ou se les fabriquer sur mesure.

 

Car, dans son écurie, il n’y a pas que l’épouse de Woerth. Il y a aussi Luc Chatel, l’actuel ministre de l’Éducation nationale, qui a commencé sa carrière comme chef de produit chez L’Oréal pour y devenir DRH. Même s’il dément avoir été poussé à la politique par les Bettencourt, cela crée tout de même des liens. Des liens entretenus au fil des ans par de l’argent versé par la famille aux grands partis politiques susceptibles de se retrouver au gouvernement. Aux partis de droite de préférence car le coeur de la famille est tout naturellement de ce côté-là. Mais sans être sectaire pour autant : Bettencourt, le défunt mari, était lié d’amitié avec Mitterrand dans un parcours commun qui les avait conduits de l’extrême droite d’avant-guerre à la Résistance.

 

Voilà le beau monde qui nous gouverne. Un beau monde où l’argent coule à flots au point d’éclabousser de temps à autre un ministre mais qui est impitoyable vis-à-vis du pauvre qui ne peut plus payer sa facture de gaz ou son loyer.

 

Toute cette affaire tombe mal pour Eric Woerth qui est en pointe dans l’attaque du gouvernement contre les retraites. Elle lui coûtera peut-être sa carrière car la solidarité témoignée par ses collègues ne les empêchera pas de lui faire des crocs-en-jambe. Mais, au-delà des avatars du moment, tout ce beau monde est lié par une profonde complicité, une complicité de classe. Celle de cette haute bourgeoisie qui sait que ses richesses, ses hôtels particuliers, ses îles paradisiaques, sa capacité à s’acheter les services des hommes politiques, tout cela vient de l’exploitation. Tout cela vient des salaires dérisoires payés aux conditionneuses des usines de L’Oréal et de l’usure des ouvriers sur chaîne de Peugeot-Citroën. Il vient aussi des euros volés aux retraités poussés à travailler plus longtemps et qui, grâce à Woerth et Cie, ont de moins en moins de chances d’obtenir une retraite à taux plein.

 

Alors, Éric Woerth, coupable ou pas de complicité avec madame Bettencourt dans une affaire de fraude fiscale ? Ils sont en tout cas, chacun à sa place, les rouages et les profiteurs d’un système dont les crimes vont bien au-delà d’une affaire fiscale.

 

Arlette Laguiller

28 juin 2010


 

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L'hégémonie capitaliste

en pleine forme !

 

Michel MENGNEAU

Nous vivons une période étrange, un peu partout on peut lire, entendre, que le capitalisme est en crise et qu’il se pourrait que ce soit le début d’une agonie. Ceci est une réflexion générale, cependant des individus un peu plus perspicaces laissent entendre que cette crise est simplement systémique, pourtant il s’agit là encore d’un euphémisme pour nous expliquer que les financiers spéculateurs sont en train d’essayer d’épurer le système de quelques pourritures qui gênaient son fonctionnement, avec la complicité des états, le tout sur le dos du lampiste.

 

C’est même encore plus subtil puisque l’on a laissé croire pendant un moment au retour de l’étatisation, étatisation en réalité fictive par laquelle la finance a réussi à se garantir, sans débourser un liard, des avatars que pourraient amener une spéculation trop risquée. Mais le summum de la manipulation fut pour la dette des états européens, prétexte qui une fois de plus a servi à ce que les spéculateurs puissent prendre tous les risques étant maintenant couverts par la garantie complice des états. Ce n’est d’ailleurs pas encore entièrement tout réglé puisqu’il semble que les bourses font un peu « la gueule » n’ayant pas la totale assurance qu’elles pourraient tout se permettre sans y laisser quelques plumes. Soyons rassurés, elles vont y arriver…

 

Le constat que l’on peut tirer de cette courte analyse est que le capitalisme n’a jamais été aussi puissant. Il serait vain et inconscient de croire que les crises, fort bien orchestrées, étaient des soubresauts d’agonie, au contraire l’hégémonie mondiale de la finance n’en est que plus forte ; l’exemple de la multiplication d’achats de terres en est un exemple, mais cela est encore plus probant avec la mise en place des métropoles globales, voire la privatisation des villes comme c’est la cas aux USA où leur nombre particulièrement significatif est de 20 000 environ, ainsi que l’ouverture de nouveaux marchés avec sous le couvert d’une fausse écologie, etc. Le capitalisme est en train de gagner sur tous les tableaux. La finance gouverne ce monde, c’est malheureusement un triste constat, même si parfois en son sein il y a une sorte de guéguerre comme c’est le cas actuellement entre l’Euro et le Dollar, guerre d’obédience pour l’hégémonie mondiale, mais quand il s’agit de plumer le prolétaire, là tout le monde est d’accord…

Alors le monde du travail Européen se pose des questions, ne comprend pas pourquoi l’industrialisation va disparaître et laisser au chômage un nombre important de travailleurs sans que cela pose problème au système capitaliste, la baisse des pouvoirs d’achats étant théoriquement dommageable pour les économies.

 

C’est pourtant simple à comprendre, le travail est devenu essentiellement la variable d’ajustement du capital et il se trouve que dans la plupart des pays européens le niveau de vie de l’ouvrier est devenu trop élevé pour que les actionnaires puissent tirer des bénéfices substantiels de la production. Donc, on délocalise vers des pays où le code du travail est succinct, et les salaires plus bas, pour ne pas être gêné par des grèves intempestives et avoir la rentabilité maximum.

 

Par conséquence les multinationales vont abandonner pendant un temps les pays développés afin d’y diminuer le pouvoir d’achat et les contraintes de l’encadrement du travail. L’Europe consommera moins, mais peu importe pour les spéculateurs puisque les marchés en pleine expansion, indiens, chinois, brésiliens, vont compenser amplement le manque à gagner de la vielle Europe. Le capitalisme mondialisé va en tirer le maximum de profit en créant un autre secteur consumériste, consommation prétendue créatrice de richesses, jusqu’à ce que l’évolution trop importante de ces pays soit elle-même freinée car le niveau de vie aura suffisamment progressé, des salaires devenus plus substantiel diminuant de fait la rentabilité du capital. A partir de ce moment là, on reviendra dans les pays européens appauvris et où les salaires seront bas, et l’on recommencera à faire travailler les chômeurs de nos pays sur des bases salariales moindres, un code du travail pratiquement inexistant, des conditions que le capital trouvera alors rentable.

 

C’est une sorte de mouvement perpétuel permettant au capital de fructifier dans toutes les conditions. Système qui fait totalement abstraction des peuples pour ne servir qu’une oligarchie dominante.

 

Néanmoins, il n’est pas si facile que cela d’appauvrir un peuple, surtout lorsque l’on a crée le conditionnement consumériste et qu’à partir d’un certain moment on ne peut remplir le caddie qu’à moitié, d’où un profond ressentiment. Alors on tente des expériences pour voir la réactivité des peuples, surtout jusqu’à quel point la stratégie du consentement a fait son effet. Ce fut d’abord aux USA avec les « subprimes » qui ont mis des milliers de gens à la rue, maintenant se sont les retraites qui sont sur la sellette remettant au travail des personnes d’un âge particulièrement avancée. Naturellement, dans ce pays où le capitalisme est pratiquement une affaire de gènes peu de réactions sont venues contrarier ce ballon d’essai. Alors on se tourne vers l’Europe pour voir si là aussi les peuples sont mûrs pour accepter toutes sortes de balivernes.

 

Etait toute désignée la Grèce qui avait fait un peu n’importe quoi, mais aussi pour une autre raison, c’est que le gouvernement est socialiste et qu’il est intéressant de savoir jusqu’à quel point les socialistes vont être consentant au système. D’autant que Papandreou est président de l’International socialiste ce qui pourrait mouiller encore plus ceux-ci dans l’acceptation de la loi des marchés comme ce fut le cas avec Strass-Khan au FMI et Lamy à OMC ; ce qui prouve que les partis socialistes européens sont les faire-valoir du capitalisme (d’ailleurs Portugal et Espagne tous deux socialistes ne sont-ils pas aussi les premiers visés afin de mettre définitivement sous l’éteignoir des régimes qui pourraient à la limite contester). On a donc mis les Grecs au pain sec et à l’eau afin de voir comment ils allaient réagir, en définitive cela donnera aux spéculateurs une petite idée de jusqu’où ils pourront aller pour contraindre les peuples. Vont naturellement suivre la plupart des autres pays européens si l’expérience se révèle positive, comme il n’y a pas de fumée sans feu on entend déjà les rumeurs parlant d’austérité, en France, voire en Allemagne.

 

Il en ressort que la contestation pour contrer les désastres de la loi des marchés ne doit pas être essentiellement catégorielle, voire locale, mais plus générale puisqu’il s’agit en effet de se « débarrasser » du capitalisme mondialisé, seule alternative possible pour le bien-être des peuples. D’ailleurs, la radicalité doit être de mise car certaines solutions intermédiaires proposées actuellement pourraient amener le pire…

 

Le meilleur exemple étant la pétition qui demande à ce que l’on taxe les produits financiers, plus précisément les transactions financières.

 

Là, il s’agit d’une inconscience particulièrement caractérisée. En effet, il est évident que les actionnaires qui verront leurs bénéfices diminués par une quelconque taxe, ou autres formes contraignantes, vont tenter par tous les moyens de récupérer les pertes. Et, sans être particulièrement devin, ils vont se tourner vers la productivité et par conséquence la variable d’ajustement qu’est le travail. On connaît quels sont les moyens à leur disposition, forcer à travailler plus pour le même salaire, augmenter la rentabilité, voire diminuer les salaires, mais ce dont on est sur c’est qu’ils vont réduire la masse salariale, ce qui va forcément faire augmenter le chômage dont « on paiera les allocations avec les recettes de la taxe ».

 

Donc, on tourne en rond, en détruisant encore plus le tissu social, et de surcroît, on fait « avec » le système, apportant ainsi une caution involontaire au principe capitalisme ; un accompagnement de plus en quelque sorte. Il faut écarter ce genre d’aberration !

 

Non, la seul solution c’est de sortir du capitalisme, et le seul combat efficace sera celui-là !

 

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Prendre au mot la dimension mortifère du capitalisme

 

par Alain Bihr (*)

vendredi 11 juin 2010

 

Au fur et à mesure où, semaine après semaine, quasi quotidiennement, la crise générale du capitalisme contemporain nous apporte son lot de nouvelles plus calamiteuses les unes que les autres, c’est la véritable nature de cette crise qui se révèle. Loin d’être seulement une crise économique, fût-elle structurelle, c’est à une véritable crise de civilisation que nous sommes confrontés.

L’expression est certes galvaudée depuis qu’elle a servi à désigner tout et n’importe quoi (surtout n’importe quoi, d’ailleurs !), en permettant le plus souvent de masquer la manière dont elle s’articule avec la dimension économique de la crise : avec la crise dans laquelle la reproduction du capital comme rapport de production se débat depuis maintenant plus d’un tiers de siècle. Par crise de civilisation, j’entends néanmoins que la situation critique dans laquelle le capital est durablement et sans doute même définitivement engagé (et nous avec lui, pour l’instant du moins) conduit à compromettre, inexorablement, toutes les conditions de la vie en société et jusqu’aux acquis les plus fondamentaux de la civilisation.

 

Quelques exemples des tendances régressives du capitalisme contemporain


Ce catastrophisme fera sans doute sourire le lecteur, qui en a entendu d’autres dans le genre. Quelques exemples pris dans l’actualité la plus récente lui feront, je l’espère, toucher du doigt et ce que je veux dire et la gravité de ce qui est en question.

 

Commençons par la nouvelle « réforme » des retraites qui se prépare en France (et ailleurs), en fait un nouveau pas en avant vers la destruction programmée de l’assurance vieillesse, avec à la clef et la nécessité de prolonger la durée de la vie active et l’appauvrissement de la partie la plus âgée de la population, dès lors qu’elle n’exercera plus d’activité professionnelle.

 

Tout le monde sait que la condition humaine se définit, notamment, par la conscience qu’a chaque homme, de sa mortalité, de la finitude de son existence. Il en est résulté, très tôt dans l’histoire et même la préhistoire des sociétés humaines, des rêves d’immortalité dont toutes les religions ont fait leur beurre, en promenant d’illusoires paradis post mortem. De manière plus matérialiste, mais autrement plus efficace, les hommes ont obstinément travaillé depuis des millénaires à améliorer leurs conditions matérielles d’existence : les progrès de la productivité du travail, ceux de l’hygiène publique, ceux de la connaissance scientifique et de la pratique médicale se sont conjugués pour permettre d’augmenter l’espérance de vie moyenne des populations humaines, c’est-à-dire le pourcentage de ceux des humains capables d’atteindre de grands âges tout en faisant reculer les limites de ces derniers.

 

Le capitalisme a eu partie liée avec ces progrès, dont il a étendu le champ et accéléré le rythme. Et, pourtant, non seulement il en aura limité les pleins bénéfices à la partie de la population mondiale concentrée dans les formations dominantes (les soi-disant « Etats développés »), et encore de manière très inégale ; mais aujourd’hui, il fait directement obstacle à la poursuite de ce mouvement, y compris au sein de ces formations. L’augmentation de l’espérance de vie, qui devrait résonner comme une bonne nouvelle, y apparaît comme une catastrophe parce qu’elle oblige à consacrer une part grandissante de la richesse sociale à l’entretien de personnes économiquement (mais non socialement) improductives et que cette contrainte entre directement en contradiction avec les exigences de la reproduction du capital et les intérêts de ses propriétaires. Autrement dit, la survie du capitalisme exige aujourd’hui de sacrifier la réalisation en cours d’un des plus vieux rêves de l’humanité et des plus beaux acquis de la civilisation : le prolongement de la vie et l’entretien de nos vieux.

 

Prenons un deuxième exemple, proche du précédent. C’est un autre rêve de l’humanité que celle d’une vie « sans maladie », d’une santé aussi constante et parfaite que possible. Et c’est un autre acquis de la civilisation que d’avoir progressé dans cette voie et que d’avoir étendu le bénéfice de ces progrès au plus grand nombre. Inutile de rappeler que l’institution d’une prise en charge publique, par le biais de l’impôt et de la cotisation sociale, de la lutte contre la maladie y aura largement contribué. Que des progrès restent à réaliser, là encore, sur un plan mondial, c’est l’évidence même ; comme est évidente la disponibilité actuelle en moyens matériels et personnels à cette fin. Là encore, seule l’incompatibilité de leur mobilisation avec les exigences de la reproduction du capital (qui impose non seulement un partage inégal de la richesse sociale mais encore un usage souvent nuisible de celle-ci) stérilise cette possibilité. Et c’est ainsi qu’on vient nous expliquer que la prise en charge sociale de la maladie et des malades est devenue dispendieuse, qu’il faut mettre fin à la « dérive des dépenses de santé » (quid de la dérive des revenus des professionnels de la santé, des profits des groupes pharmaceutiques et des intérêts des fonds de placement propriétaires des cliniques privés dont ces dépenses réputées inflationnistes sont pourtant la condition soigneusement tue sinon cachée ?) et « rationner l’accès aux soins » au détriment d’une part grandissante de la population, en commençant par la plus paupérisée ?

 

Veut-on un troisième exemple, qui n’est pas non plus sans rapport avec les deux précédents ? Le travail est d’abord une nécessité naturelle, inscrite dans notre condition biologique ; au fil des siècles et au gré du développement de rapports d’exploitation de l’homme par l’homme, il est devenu une contrainte sociale ; et certains y voient même une obligation morale, contractée à l’égard de nos tiers proches ou de la société dans son ensemble. Quoi qu’il en soit, précisément parce qu’il est inscrit à l’horizon de l’existence de la plupart d’entre nous (j’exclus de ce nous les rentiers qui vivent à nos crochets), le travail s’est toujours accompagné du rêve de la fin du travail, qui compte ainsi lui aussi parmi les plus archaïques de l’humanité.

 

Là encore, à défaut de pouvoir le réaliser tel quel, du moins les hommes se sont-ils avancés sur la voie de la réduction de la quantité de travail et donc de la durée du travail que chaque humain doit fournir pour assurer la reproduction matérielle des sociétés dont il est membre, en en augmentant la productivité. Et, sous ce rapport aussi, le capitalisme s’est montré progressiste en développant considérablement les forces productives de la société. Mais, là encore, sur un mode de plus en plus contradictoire, puisque l’économie grandissante de travail vivant (le travail des hommes par opposition au travail mort des machines) que réalise l’accroissement de la productivité du travail se traduit, dans le cadre des rapports capitalistes de production, par une augmentation constante du chômage et de la précarité salariale. Une fois de plus, comme la fée Carabosse, le capital compromet la réalisation d’un antique rêve d’émancipation en cauchemar.

 

Allez, un dernier exemple pour faire bon compte. L’ensemble des « rêves » précédents s’articule sur celui de rendre les hommes « maîtres et possesseurs de la nature ». En développant l’appareillage industriel du travail humain ainsi que les connaissances scientifiques qui en sont pour partie la condition, le capitalisme aura également contribué à la réalisation de ce dernier rêve. Tout en le transformant là encore en cauchemar dès lors que ce projet de domination de la nature revient à traiter cette dernière comme un immense réservoir de matières premières et d’énergie dans lequel on pourrait puiser sans tenir compte de sa finitude ainsi que comme un immense dépotoir dans lequel on pourrait rejeter les résidus et déchets de la production industrielle, sans tenir davantage compte de la finitude des écosystèmes à les absorber. La catastrophe écologique qui en résulte n’est nullement accidentelle ni par conséquent évitable : elle est inscrite dans le productivisme inhérent à la reproduction indéfinie du capital tout comme dans le caractère aveugle et incontrôlable d’un procès social de production divisé entre de multiples capitaux indépendants et rivaux les uns des autres [1].

 

Le communisme ou la mort !


Je pourrais multiplier les exemples, en montrant comment le capitalisme contemporain compromet de même d’autres acquis de la civilisation, tels que l’élévation du niveau intellectuel et culturel de la population obtenue par l’intermédiaire de la diffusion de l’accès à l’écrit ou encore l’autonomie affective et réflexive de l’individu. Mais plutôt que de multiplier ainsi les exemples, tentons d’en dégager le sens général ainsi que les conséquences à en tirer sur le plan politique.

 

Il y a en gros un siècle, Rosa Luxembourg avait bien défini ce qui allait être l’enjeu du XXe siècle en posant le dilemme suivant : le socialisme ou la barbarie. Et, en effet, faute d’avoir su réaliser le socialisme et pour l’avoir lamentablement parodié sous la forme de la social-démocratie et atrocement défiguré sous la forme du stalinisme, le siècle écoulé n’a pas été avare de barbaries. Aujourd’hui, au terme d’un siècle d’élargissement et d’approfondissement de l’emprise du capitalisme sur l’humanité, l’enjeu s’est lui-même radicalisé : ce sera le communisme ou la mort ! Ou bien nous serons capables de dépasser le capitalisme en réalisant le projet communiste d’une société réconciliée avec elle-même ainsi qu’avec la nature (pour faire bref), ou bien les tendances mortifères du capitalisme à l’œuvre dans les régressions précédemment pointées iront jusqu’à leur terme.

 

La première condition pour conjurer cette perspective est bien de prendre conscience que de telles tendances sont ici à l’œuvre et d’en mesure la violence potentielle. Or on est encore très loin du compte y compris parmi ceux qui dénoncent les régressions précédentes et se mobilisent contre elles, sans pour autant deviner de quoi elles sont grosses. La plupart d’entre eux jugeront sans doute que j’exagère voire que je délire en parlant de telles tendances. Qu’ils réfléchissent un moment aux faits suivants :

 

• Instituer un allongement de la durée de cotisation et donc d’activité pour pouvoir prétendre à une pension à taux complet, alors même que les carrières professionnelles sont par ailleurs de plus en plus raccourcies par l’allongement du délai d’accès à un premier emploi stable et la multiplication, en cours de vie active, des périodes de chômage, n’est-ce pas programmer sciemment le raccourcissement de l’existence des retraités par usure au travail d’un grand nombre et par baisse de leurs revenus pour tous ?

 

• Que peut bien signifier le fait que l’on ait calculé que « (…) un peu plus de la moitié des dépenses de santé du régime général est destinée aux malades de 55 ans et plus de 30% à ceux de 70 ans et plus » et que « Le montant moyen de dépenses médicales représente 5238 euros chez les seniors contre une moyenne nationale de 1793 euros. » [2] ? Sinon qu’on induit ainsi l’idée que les « seniors » coûtent cher non seulement à l’assurance-vieillesse mais encore à l’assurance-maladie et qu’on ferait d’une pierre deux coups si l’on pouvait abréger leur existence ? Et pour en rajouter une touche, méditons le ballon d’essai suivant d’un Alain Minc, toujours à la pointe de l’entreprise de déconstruction de l’Etat-providence : « J’ai un père qui a 102 ans. Il a été hospitalisé pendant 15 jours en service de pointe, il en est sorti. La collectivité française a dépensé 100.000 euros pour soigner un homme de 102 ans. C’est un luxe immense, extraordinaire, pour lui donner quelques mois, ou j’espère, quelques années de vie. Je trouve aberrant que quand le bénéficiaire a un patrimoine ou quand ses ayants droit ont les moyens, que l’Etat m’ait fait ce cadeau à l’œil. Et donc, je pense qu’il va bien falloir s’interroger sur le fait de savoir comment on récupère les dépenses médicales sur les très vieux en ne mettant pas à contribution ou leur patrimoine quand ils en ont un ou le patrimoine de leurs ayants droit. Ce serait au programme socialiste de le proposer. » [3]

 

• Que peut bien signifier que les gouvernants s’entêtent (en France du moins) à maintenir en activité des réacteurs nucléaires à bout de souffle (initialement programmés pour durer trente ans, on projette de les faire fonctionner quarante ans voire au-delà) ou à construire des réacteurs de « nouvelle génération » (type EPR) dont on sait qu’il présente des risques spécifiques d’accidents graves (type Tchernobyl) sinon que c’est là une manière de dire aux populations qu’elles doivent accepter de courir de tels risques ? Tout comme il faudra que les générations futures acceptent de vivre pendant des centaines et même des millions d’années à côté ou au-dessus de poubelles débordant de déchets nucléaires.

 

• Que peut signifier la récurrence des « marées noires » (la dernière en date qui vient de se déclencher dans le golfe du Mexique promet de dépasser toutes les précédentes réunies) et le fatalisme avec lequel elles sont accueillies par ces mêmes gouvernants et leurs hérauts médiatiques sinon que la poursuite de la « croissance économique » (= la reproduction du capital) vaut bien qu’on lui sacrifie le milieu marin tout entier s’il le faut ?

 

Jaurès disait que le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage [4]. Aujourd’hui le capitalisme n’est plus mortifère seulement sur les champs de bataille qu’il multiplie pourtant un peu partout sur la planète. C’est par l’ensemble des dimensions de sa dynamique de reproduction qu’il est déjà actuellement mortifère ou qu’il s’apprête à devenir de jour en jour davantage. Il devient urgent d’en faire naître et d’en aiguiser la conscience dans le mouvement social.

 

Quelques mots d’ordre radicaux, (mais pas trop, tout de même !)


A cette fin, je propose que soient diffusés dans les prochaines mobilisations des slogans qui, loin de s’opposer aux tendances mortifères en question, surenchériront sur ces dernières de manière à les rendre les plus explicites et intelligibles possible. Par leur caractère à la fois absurdes et monstrueux, ces slogans doivent amener à prendre conscience du nihilisme radical et de la profonde barbarie qui animent le capitalisme contemporain. Ce qui n’exclut pas de recourir à l’humour noir pour faire rire jaune ! La liste suivante en fournit quelques exemples qui n’ont aucune prétention à l’exhaustivité. Je fais confiance dans l’imagination des militants pour en inventer d’autres :

 

• Institution d’une durée légale maximale de vie pour tous ! L’idéal serait la fixation de cette durée à 65 ans puisque cela permettrait de supprimer l’assurance vieillesse (par euthnasie), ce qui fera plaisir à la patronne du MEDEF, Laurence Parisot. Mais, pour ne pas trop choquer le public (j’entends déjà d’ici l’indignation des Thibaut – CGT –, Mailly _ FO – et Chérèque –CFDT) et ménager une transition, on peut envisager de partir de l’espérance de vie actuelle (disons 80 ans) et de diminuer l’âge en question d’un semestre par an jusqu’à atteindre 65 ans en 2040. C’est raisonnable, non ?

 

• Institution d’un capital santé pour tous, c’est-à-dire d’un montant global de prise en charge de soins sur l’ensemble de l’existence, depuis la naissance, au-delà duquel il appartiendra à chacun de payer intégralement les soins auxquels il voudra recourir… s’il peut. On laissera le soin aux « partenaires sociaux » de fixer ce montant, en veillant cependant à ce qu’il ne soit pas trop élevé. Selon le principe bien connu que « Les soins, ce n’est pas obligatoire, même et surtout quand on est malade ! ».

 

• Rétablissement de l’esclavage. On a beaucoup trop et injustement décrié l’esclavage qui présente pourtant bien des avantages. Car l’esclave est assuré, outre sa ration de coups de fouet ou de bâton, d’être nourri, logé et blanchi (même médiocrement) et de ne jamais connaître les affres du chômage et de l’inactivité. Chacun pourra donc choisir librement de devenir esclave plutôt que de rester travailleur salarié ou chômeur, en ayant la possibilité de se vendre lui-même au plus offrant et de racheter ultérieurement sa propre liberté le cas échéant. Evidemment, il conviendra d’instituer une bourse aux esclaves, où le cours de chaque catégorie d’esclaves devra fluctuer selon les règles imprescriptibles d’« une concurrence libre et non faussée ». La Croix Rouge et Amnesty International seront autorisés à enquêter et à rapporter sur les conditions de vie des esclaves, en veillant à ce qu’ils ne soient soumis à aucun traitement inhumain ni dégradant.

 

• Institutions de primes de risque écologique. Les personnes qui accepteront de vivre et de travailler dans des conditions écologiquement dangereuses ou a fortiori dégradées se verront gratifiées d’une augmentation de leur capital santé et d’un allongement de leur durée légale d’existence…

 

• Et pour résumer le tout : « La vie est un luxe que tout le monde n’est pas (plus) en droit de se payer ! »

 

 

(*) Alain Bihr vient de publier aux Editions Page deux, dans nouvelle collection « Empreinte », La logique méconnue du Capital.


1. Voir l’article : « Le capitalisme peut-il se mettre au vert ? » publié dans la revue La Brèche, numéro 5, mars 2009.

 

2. Etude de l’impact du vieillissement de la population sur les depenses de sante, CNAMTS

 

3. Déclaration faite à l’émission "Parlons Net", France-Info, 7 mai 2009.

 

4. Les véritables propos de Jaurès sont les suivants : « Toujours votre société violente et chaotique, même quand elle veut la paix, même quand est à l’état d’apparent repos, porte en elle la guerre, comme une nuée dormante porte l’orage ». Textes choisis, Editions Sociales, 1959, p. 88.

 

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Marxisme et religion

 

On présente souvent les marxistes comme hostiles et intransigeants face à la religion se revendiquant de la célèbre formule de Marx : « La religion est l’opium du peuple ».

 

Par Giulia Acqua

In "Que faire ?"


À la base : le matérialisme historique

 

Pour comprendre l’attitude du marxisme envers la religion, il faut d’abord nous pencher sur l’analyse matérialiste du système. L’homme se pense et pense son rapport au monde dans un système. C’est ce qu’explique Marx lorsqu’il écrit que « Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur être ; c’est inversement leur être social qui détermine leur conscience. » [1] Autrement dit, cette société dans laquelle nous vivons nous permet de nous penser, et nous construisons notre conception du monde à partir de celle-ci et non l’inverse. Le matérialisme historique s’oppose à la philosophie classique qui pense le monde à partir de l’idée. Lorsque Descartes écrit le fameux cogito : « Je pense donc je suis », il théorise que le monde qui nous entoure n’est jamais indépendant de notre pensée. La seule certitude de l’homme c’est qu’il doute de tout ce qui l’entoure. Si on ne peut être sûr que ce qui nous entoure est réel on ne peut en revanche douter de notre existence puisque le fait de douter la prouve. Le matérialisme historique se construit en opposition frontale à cette conception puisqu’il suppose l’acceptation du monde matériel indépendamment de notre pensée : j’ai non seulement la certitude que le monde existe en dehors de ma pensée de celui-ci, mais aussi que ma conscience se détermine en fonction de lui et non, comme dans la vision cartésienne, lui en fonction d’elle.

 

La conception classique du monde aboutit à l’acceptation de la religion, comme l’écrit John Molyneux : «  L’idéalisme philosophique et la religion sont intimement liés. Si l’esprit a la priorité sur la matière, quel esprit cela peut-il être sinon celui de Dieu ? » [2]. Le matérialisme historique dénonce ainsi ­l’évidence de la religion. Il est incompatible avec celle-ci puisque si la matière précède l’esprit, l’esprit divin n’a plus de sens. Mais alors, en tant que matérialiste, comment expliquer la religion ? On ne peut pas se contenter de rejeter la religion comme une illusion. Il faut donc être en mesure d’en donner une lecture matérialiste.

 

Contestations du système

 

Si notre conscience se construit en fonction du monde, il faut donc conclure que c’est la société qui produit la religion. La religion est une réponse à l’aliénation humaine. En tant que produit du système, elle est la réponse à un besoin pour l’être humain opprimé dans un système d’en sortir partiellement. La religion naît et se développe à partir de l’oppression des hommes. Elle permet de limiter cette sensation d’oppression et les peines qui en découlent en faisant espérer une autre vie après la mort sans souffrances. La religion permet à l’être humain de croire à une autre société que celle dans laquelle il vit et elle lui donne de l’espoir dans un monde désespéré.

 

Beaucoup ont entendu et entendent encore l’expression « opium du peuple » comme la définition que donne Marx de la religion. Si, en effet, Marx définit la religion comme un opium, l’analyse qu’il en fait ne se limite pas à cette comparaison : « La misère religieuse est, d’une part, l’expression de la misère réelle, et, d’autre part, la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature accablée par le malheur, l’âme d’un monde sans cœur, de même qu’elle est l’esprit d’une époque sans esprit. C’est l’opium du peuple. » [3] Autrement dit, la religion est contradictoire : elle est un opium visant à apaiser une partie de la population, renforçant en cela le système dans lequel nous vivons, mais elle est aussi le début d’une contestation du système. En effet tout en maintenant des illusions sur la religion, l’homme peut critiquer et remettre en cause le système qui l’oppresse et combattre pour son renversement. C’est pourquoi Marx écrit qu’elle est à la fois : « l’expression de la misère réelle, et, d’autre part, la protestation contre la misère réelle ». En tant que marxistes nous devons combattre la religion en tant que facteur d’aliénation de l’homme : « Le dépassement de la religion en tant que bonheur illusoire du peuple est l’exigence de son véritable bonheur. » [4] Mais ce dépassement n’implique pas la suppression de la religion comme préalable nécessaire à l’émancipation sociale. Si nous sommes pour l’abolition du salariat, nous ne le combattons pas frontalement : nous pensons que c’est dans la lutte contre le système qui le génère que peuvent se créer les conditions de son dépassement. De la même manière nous ne pouvons supprimer la religion en la niant mais nous pouvons mettre en place les conditions qui mèneront à son inutilité et à sa disparition. L’erreur à ne pas commettre aujourd’hui est de stigmatiser les croyants au lieu de tenter de réduire sur eux l’emprise de ceux qui détiennent et vivent de ce pouvoir religieux, de la même manière que nous cherchons, au quotidien, à affaiblir le pouvoir politique et économique. En d’autres termes, ce ne sont pas les fumeurs d’opium que nous devons combattre mais ceux qui vendent l’opium tout comme ceux qui entretiennent un système dans lequel la religion est nécessaire.


Comment à la fois considérer la religion comme un symptôme de la société et une contestation de celle-ci ? Comment les marxistes doivent-ils lutter contre la religion sans rejeter une partie de la population ? Nous ne pouvons détacher la religion de notre vision du système, et les deux doivent être combattus mais aussi analysés ensemble. Pour Lénine, si les marxistes promeuvent une compréhension scientifique du monde, « cela ne veut pas du tout dire qu’il faille mettre la question religieuse au premier plan ». Au contraire, « Il serait absurde de croire que, dans une société fondée sur l’oppression sans bornes et l’abrutissement des masses ouvrières, les préjugés religieux puissent être dissipés par la seule propagande. Oublier que l’oppression religieuse de l’humanité n’est que le produit et le reflet de l’oppression économique au sein de la société serait faire preuve de médiocrité bourgeoise. Ni les livres ni la propagande n’éclaireront le prolétariat s’il n’est pas éclairé par la lutte qu’il soutient lui-même contre les forces ténébreuses du capitalisme. L’unité de cette lutte réellement révolutionnaire de la classe opprimée combattant pour se créer un paradis sur la terre nous importe plus que l’unité d’opinion des prolétaires sur le paradis du ciel » [5].


La religion face au système : Comprendre et combattre l’islamophobie

 

À diverses époques, différentes religions ont été stigmatisées et ses croyants persécutés. Ce phénomène est toujours lié à des intérêts politiques et économiques. Aujourd’hui pour diverses raisons politiques, on voit se développer dans les sociétés occidentales une islamophobie grandissante accompagnée du rejet et d’un racisme envers les personnes d’origine arabe.

 

L’Islam est aujourd’hui une religion victime de nombreuses discriminations depuis la loi interdisant le voile dans les écoles publiques françaises, en passant par l’interdiction récente du burkini dans certaines piscines municipales ou encore par le débat actuel lancé par le gouvernement sur le port de la burka en lien avec celui lancé sur l’identité nationale. Cette discrimination ne touche pas seulement la France mais l’ensemble du monde occidental (cf. : récemment la loi contre la construction de minarets en Suisse). À tout bout de champ, dans les médias, à travers les discours d’hommes politiques, l’Islam est associé au terrorisme et à l’intégrisme religieux. On se souvient de certaines formules de Nicolas Sarkozy proférées, lors de la campagne présidentielle, à l’égard de la communauté musulmane : « Je ne veux plus de filles excisées, plus de filles mariées de force, plus de moutons égorgés dans les baignoires. »

 

Mais comment expliquer et comprendre le développement de l’islamophobie dans les sociétés dites occidentales ? Il se trouve que la grande majorité des peuples qui détiennent les réserves mondiales de pétrole est musulmane. Alimentée par la théorie du choc des civilisations, cette raison devint suffisante pour développer ce qui, aux États-Unis, fut nommé « guerre contre le terrorisme ». Cette guerre idéologique et politique sans limites a conduit à des guerres biens réelles au Moyen Orient – notamment en Irak et en Afghanistan – et à la stigmatisation des populations du monde arabe. Ces guerres, justifiées idéologiquement de la même manière que l’étaient les guerres coloniales par l’importation de la démocratie et du modèle occidental, ont rencontré d’importantes résistances sur place. Or, la résistance des peuples du Moyen Orient à l’impérialisme s’est souvent exprimée sous la forme de l’Islam. Pour citer John Molyneux qui analyse la montée de l’islamophobie : « Si les gens qui peuplent le Moyen Orient ou l’Asie centrale avaient été bouddhistes, ou si le Tibet contenait des champs pétrolifères comparables à ceux de l’Arabie saoudite ou de l’Irak, nous serions aujourd’hui confrontés à une floraison de bouddhophobie. » [6] Dès lors, la meilleure façon de rendre ces guerres acceptables est le développement d’un racisme latent par l’idée que l’islam serait une religion arriérée et dangereuse, incapable de se renouveler et de se réadapter. C’est ce que l’on entend dans la bouche des médias, de nombreux hommes politiques de droite comme de gauche, c’est cette théorie que développent les théoriciens du choc des civilisations et qui a donné lieu à un livre écrit par Huntington que Bush, durant la guerre en Irak et en Afghanistan, invoquait pendant ses discours pour justifier les attaques et les envois de troupes supplémentaires [7]. Les principales critiques que l’on entend à l’égard de l’Islam portent sur le lien particulier qu’entretiendrait l’islam avec le sexisme. Il est important quand on parle de ce lien de chercher à comprendre l’origine du problème. Encore une fois, je m’appuierai sur l’analyse de John Molyneux : « Ce n’est pas la conscience religieuse musulmane qui détermine la position des femmes dans la société musulmane, mais la situation réelle des femmes qui modèle les croyances religieuses musulmanes. L’Islam est née dans la péninsule arabique. Pendant des siècles, cette grande ceinture a été essentiellement pauvre, sous-développée et rurale, et le demeure aujourd’hui à un degré très important. D’autres sociétés, de l’Irlande à la Chine, porteuses de niveaux de développement et de structures sociales similaires, exercent une oppression semblable sur les femmes et sur les gays. » [8] L’idée que l’Islam serait une religion particulièrement sexiste et que le voile se limite à l’incarnation de ce sexisme, permet à la classe dirigeante de stigmatiser non seulement les musulmans mais l’ensemble de la population arabe. Ainsi, le prétexte du voile, de la burqa et de l’extrémisme religieux permettent non seulement de justifier et de banaliser une forme détournée de racisme mais aussi de faire des musulmans un bouc-émissaire idéal face aux problèmes économiques dans la société. Cette technique n’est pas nouvelle, et de même que certains analystes ont fait une comparaison entre la crise de 1929 qui a précédé la seconde guerre mondiale et la crise que nous vivons actuellement, on peut comparer la montée croissante et inquiétante de l’islamophobie au développement de l’antisémitisme qu’a connue la société à une autre époque « de crise ».


Les marxistes dans le NPA et la religion

 

Aujourd’hui, une grande partie de la population est croyante. Nous ne pouvons le nier, et nous devons à partir de ce fait considérer que les révoltes actuelles sont menées par des travailleurs dont une partie est croyante. La révolution ne peut s’envisager sans cette partie de la population. En tant que matérialistes nous ne pouvons pour autant adopter une foi religieuse. Toutefois, on ne peut la combattre par des discours, des articles ou des tracts mais par une pratique commune : le militantisme. Le NPA est un parti qui regroupe aussi bien des marxistes que des militants aux trajectoires très diverses. Il vise à rassembler tous ceux et celles qui veulent se battre pour engager une confrontation concrète contre le système capitaliste dans son ensemble. Si le NPA a pour objectif d’être un parti de masse il est inévitable que dans ses rangs une partie des travailleurs soit croyante. Rejeter des travailleurs sous le seul prétexte qu’ils sont croyants serait une erreur. D’une part, cela reviendrait à abandonner des populations ouvrières aux discriminations que leur fait subir la classe dirigeante, ce dont pourraient profiter des organisations qui instrumentalisent la religion et le politique que l’on prétendrait combattre. De la même manière, cela ne permettrait pas de combattre le racisme autour duquel la classe dirigeante essaye aujourd’hui d’unir les travailleurs qui ne sont pas victimes de cette stigmatisation. Enfin, cela reviendrait à croire que les croyances religieuses seraient par essence incompatibles avec toute volonté de transformation de la société.

 

Alors que le Parti Ouvrier Social-Démocrate de Russie était à l’époque un parti ouvertement marxiste, Lénine défendait pourtant que même un prêtre y aurait sa place. Du moment qu’ « il s’acquitte consciencieusement de sa tâche dans le parti sans s’élever contre le programme du parti, nous pouvons l’admettre dans les rangs de la social-démocratie, car la contradiction de l’esprit et des principes de notre programme avec les convictions religieuses du prêtre, pourrait, dans ces conditions, demeurer sa contradiction à lui, le concernant personnellement. ». Plus généralement, poursuivait-il, « nous devons non seulement admettre, mais travailler à attirer au parti social‑démocrate tous les ouvriers qui conservent encore la foi en Dieu ; nous sommes absolument contre la moindre injure à leurs convictions religieuses, mais nous les attirons pour les éduquer dans l’esprit de notre programme, et non pour qu’ils combattent activement ce dernier. » [9]

 

La lutte contre la religion est subordonnée à la lutte des classes et un parti anticapitaliste comme le NPA se doit d’intégrer tous les éléments du prolétariat qui sont prêts à combattre le système, y compris ceux qui conservent des idées religieuses.

 


À Lire...

Le texte de Marx d’où est tirée la fameuse citation sur l’« opium du peuple » est l’Introduction à la Contribution à la critique de La philosophie du droit de Hegel. Fort heureusement, le texte est beaucoup plus beau que le titre ! On peut le lire sur Internet à l’adresse suivante : http://www.marxists.org/francais/ma...

 

De nombreux écrits de Marx et Engels sur la religion ont été rassemblés dans un livre publié en 1968 aux Éditions Sociales. On le trouve encore parfois en librairie, mais on peut aussi le télécharger sur http://classiques.uqac.ca/classique...

 

On peut y ajouter les critiques que faisaient Engels au Programme des émigrés blanquistes de la Commune, (http://www.marxists.org/francais/en...)

 

Lénine a écrit deux textes courts et faciles à lire sur la question : « Socialisme et religion » (http://www.marxists.org/francais/le...) et « De l’attitude du parti ouvrier à l’égard de la religion » (http://www.marxists.org/francais/le...). Ce dernier expose de façon particulièrement claire et utile l’attitude qui doit être celles des révolutionnaires marxistes : la subordination de la lutte contre la religion à la lutte de classes. On peut d’ailleurs en savoir plus sur l’attitude des bolcheviks en lisant sur notre site « Les bolcheviks, l’Islam et la liberté religieuse » de Dave Crouch (http://quefaire.lautre.net/archives...).

 

Parmi les textes récents, celui de notre camarade Michaël Lowy, « Opium du peuple ? Marxisme critique et religion », est une excellente introduction générale. (http://www.npa2009.org/content/opiu...). Celui de Gilbert Achcar est plus long, et aborde la question de l’attitude des révolutionnaires envers la religion de peuples colonisés (http://www.npa2009.org/content/marx...). Sur notre site, le texte de John Molyneux « Pas seulement un opium » est un excellent résumé de l’approche marxiste envers la religion, et une critique utile de l’athéisme borné (http://quefaire.lautre.net/archives...).

 

Sur la question de l’Islam politique, Chris Harman a écrit au milieu des années 90 un texte fondamental, « Le prophète et le prolétariat » (http://tintinrevolution.free.fr/fr/...). À l’occasion du débat autour de l’exclusion de jeunes filles portant un foulard de l’école publique, Antoine Boulangé a écrit une brochure qui reste d’une brûlante actualité : « Foulard, laïcité et racisme » (http://quefaire.lautre.net/ancien/a...).

 

Enfin, à propos des débats suscités par la candidature d’une camarade voilée au Danemark, on relira avec profit l’article de Nina Trige Andersen paru dans le numéro 10 de l’ancienne formule de cette revue, « Les musulmans, la gauche et les féministes auto-proclamés » (http://quefaire.lautre.net/que-fair...).

 

Notes

[1] Karl Marx, Préface à la Critique de l’économie politique, http://www.marxists.org/francais/ma...

[2] John Molyneux, Pas seulement un opium : marxisme et religion

[3] K. Marx, L’Introduction à la Critique de la philosophie du droit de Hegel, Ellipses, 2000, http://www.marxists.org/francais/ma...

[4] K. Marx, idem.

[5] Lénine, Socialisme et religion, http://www.marxists.org/francais/le...

[6] John Molyneux, op. cit.

[7] Samuel Huntington, Le Choc des Civilisations, Éditions Odile Jacob, Paris, 2007.

[8] John Molyneux, op. cit.

[9] Lénine, De l’attitude du parti ouvrier à l’égard de la religion, http://www.marxists.org/francais/le....

 

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L’ami (Haaretz)

 

Comme l’a montré la rencontre de cette semaine entre Elie Wiesel et Obama, avec des amis comme ça Israël n’a pas besoin d’ennemis.


Vous les colons de Pisgat Ze’ev, vous qui vous êtes imposés à Shekh Jarrah, vous qui convoitez Silwan, vous qui vous êtes infiltrés dans les quartiers musulmans, et vous aussi, Nir Barkat, Maire de cette ville nationaliste, pouvez cesser de vous inquiéter : Jérusalem toute entière vous appartient pour toujours. Le prix Nobel de la paix, Elie Wiesel a été à la Maison Blanche voir son ami, Barack Obama, en mission pour un autre ami, Benjamin Netanyahu, et en sortant il a dit qu’il avait bon espoir qu’Obama suive son conseil de reporter les pourparlers sur Jérusalem.

 

Avec des amis comme ça, Israël n’a pas besoin d’ennemis. Soixante deux ans après avoir déclaré son indépendance, Israël a encore besoin de colporteurs juifs influents -parfois Wiesel et parfois Ron Lauder- pour aller intercéder après du Noble Maître. Quarante trois ans après le début de l’Occupation, tous ces gens unissent leurs efforts dans un seul but : la maintenir.

 

Il n’y a pas beaucoup de Juifs qui, comme Wiesel, trouvent porte ouverte à la Maison Blanche et que le Président écoute. Et que fait Wiesel de cette chance unique ? Il demande à Obama de reporter les pourparlers sur Jérusalem. Il ne lui parle pas de la nécessité de mettre fin à l’occupation, ni d’établir une paix juste (et un Israël juste), ni de l’horrible injustice qui est faite aux Palestiniens. Non, il lui parle de maintenir l’occupation.

 

Et lorsqu’il est invité à déjeuner par le Président, au lieu de profiter de son soit disant ascendant moral pour supplier son hôte de ne plus tolérer la mauvaise volonté d’Israël, il marchande un report. Il l’a fait apparemment pour le bien d’un pays dont le Premier Ministre, il y a juste un an, a fait un discours sur la solution de deux états mais n’a rien fait depuis pour la mettre en œuvre. Un pays que la Syrie supplie presque de faire la paix et un pays contre qui les Palestiniens ont arrêté depuis longtemps de perpétrer des attentats. Mais ce pays refuse de faire la paix. Et voyant tout cela qu’est-ce que cet ami recommande ? de reporter. De reporter et reporter encore, comme Netanyahu qui l’a envoyé lui a demandé de le faire.

 

Cet homme dont le comité du prix Nobel a dit :" C’est un messager pour l’humanité ; son message est un message de paix, de pardon et de dignité humaine", fait juste le contraire. Pas de paix, pas de pardon, pas de dignité humaine, en tous cas pas pour les Palestiniens. Après la ridicule campagne de publicité américaine faisant valoir que Jérusalem est citée dans la Bible (plus de 600 fois) et pas une seule fois dans le Coran, peut-être que malheureusement le Président du changement va écouter l’avis de son ami, le survivant de l’Holocauste, et détruire toute chance de paix.

 

Wiesel fera le nécessaire et Obama reportera. Environ un quart de million de Palestiniens vivront sous occupation israélienne encore une génération. Un quart de million ? Non, trois millions et demi parce que pour Obama, Wiesel et en fait tout le monde, il est clair qu’il n’y aura pas de paix si on ne divise pas Jérusalem.

 

Et qu’en sera-t-il si Obama reporte les pourparlers sur Jérusalem comme le lui demande son ami ? Et les reporter jusqu’à quand ? Encore 43 ans ? Ou peut-être 430 ans ? Et qu’arrivera-t-il en attendant ? 100 000 colons de plus ? Le Hamas au gouvernement en Cisjordanie aussi ? Et pourquoi ? Parce que Jérusalem n’est pas mentionnée dans le Coran, les Palestiniens qui y vivent n’ont pas le droit de décider de leur sort ?

 

Et qu’en est-il de la sainteté de Jérusalem, troisième ville sainte de l’Islam après la Mecque et Medina ? Quel est le rapport entre la sainteté et l’indépendance, de toutes façons ? Que se passera-t-il si les pourparlers sont reportés et qu’ils parlent de l’eau comme le souhaite Netanyahu ? Aucune de ces questions n’a été posée a l’ami.

 

Comme c’est triste que ce soient ces gens-là qui soient considérés par les Juifs comme des modèles ! On dirait qu’ils croient que le soutien automatique et aveugle à Israël et ses caprices est le signe d’une vraie amitié - que maintenir l’occupation sert les buts d’Israël et ne menace pas son avenir. Ils écoutent leur conscience et dénoncent les injustices dans le reste du Monde, mais quant il s’agit d’Israël, on dirait qu’un voile leur tombe sur les yeux et on ne les entend plus.

 

Si j’étais Elie Wiesel un illustre survivant de l’Holocauste, un lauréat du prix Nobel, je dirais à mon ami de la Maison Blanche, au nom de la paix, de l’avenir d’Israël et de la paix dans le monde : "Je vous en prie, Monsieur le Président, soyez ferme. Israël dépend de vous plus que jamais. Il est si isolé que sans le soutien américain il disparaîtrait. C’est pourquoi, Monsieur le Président", je dirais à Obama, en mangeant la nourriture kosher qu’on me servirait, "soyez un vrai ami pour Israël et évitez lui la catastrophe".

 

Gidéon Levy

Haaretz. 6 mai 2010


Texte Original :

http://www.haaretz.com/print-editio...

 

 

Traduction par D. Muselet pour le Grand Soir

 


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Mensonges, manipulations et mauvaise foi :

la réforme des retraites en trois dimensions

 

In www.jennar.fr


Analyse du « Document d’orientation sur la réforme des retraites »

Le gouvernement vient d’adresser aux syndicats et au patronat son « Document d’orientation sur la réforme des retraites ».


Il persiste et signe dans son intention d’aggraver encore les conditions de travail des salariés et celles dans lesquelles ils pourront prendre leur retraite. Trois dimensions caractérisent ce projet : le gouvernement ment, il manipule l’opinion et il fait preuve d’une mauvaise foi sans pareille.

 

Mensonges
Le gouvernement affirme que « la véritable cause du déséquilibre de nos régimes de retraites est la démographie ». C’est doublement faux. Le Conseil d’orientation des retraites a indiqué dans son rapport d’avril 2010 que la principale raison de l’aggravation des déficits sociaux était la crise financière : en 2006, donc avant la crise, le déficit de l’ensemble du système de retraite était de 2,2 milliards d’euros ; en 2008, il atteignait 10,9 milliards et il devrait être de 32,2 milliards en 2010.


D’autre part, l’allongement de l’espérance de vie ne devient une catastrophe que si on refuse de mettre en débat la richesse produite, sa nature, son évolution et la manière dont elle est répartie.

 

Manipulations
Le gouvernement affirme s’engager à « écarter toute solution qui baisserait le niveau de vie des Français ou augmenterait le chômage ». Or, prétendre inciter les salariés à travailler plus longtemps, que ce soit en reculant l’âge légal de la retraite ou en augmentant la durée de cotisation, entraîne inéluctablement une baisse du niveau des pensions, malgré tous les serments qui prétendent le contraire. C’est déjà le résultat des contre-réformes de 1993 et de 2003, ce sera le cas avec celle de 2010 si elle est effective.


Alors que le chômage continue d’augmenter, le travail forcé des seniors se substituera à l’emploi des jeunes. Le « travailler plus » des uns se traduira par l’exclusion et la précarité des autres, jeunes, femmes, non diplômés. La reconnaissance de la pénibilité du travail semble se limiter pour le gouvernement aux salariés déjà « cassés » par leur travail, qu’on ne contraindra (peut-être) pas à travailler plus longtemps…


Toute alternative au « travailler plus » est a priori exclue sans possibilité de discussion : toute augmentation des cotisations est interdite. On nous dit que les déficits des régimes de retraite se chiffreront par dizaines de milliards d’euros, voire plus de 100 milliards en 2050 : mais on refuse d’accompagner l’évolution démographique par une augmentation des cotisations au fur et à mesure que la richesse s’accroît. Pourtant la seule application du taux de cotisation patronale aux dividendes distribués comblerait immédiatement tout le déficit actuel de la Caisse nationale d’assurance vieillesse, le régime général de la Sécurité sociale.


Quant à la « contribution supplémentaire de solidarité sur les hauts revenus et les revenus du capital sans restitution au titre du bouclier fiscal », elle restera largement symbolique au regard des sommes nécessaires. Le flou règne sur ces nouveaux financements, mais le choix de reculer l’âge légal de la retraite et/ou de rallonger la durée de cotisation est présenté comme ferme et définitif.

 

Mauvaise foi
Le gouvernement réaffirme l’impératif de solidarité et sa confiance dans le système par répartition. Mais il organise en même temps la baisse inéluctable du niveau des pensions parce que de moins en moins de salariés pourront satisfaire aux nouvelles obligations de travailler plus longtemps. Il ouvre ainsi la voie à tous ceux qui, comme le Medef ou les compagnies d’assurance, veulent élargir le champ des retraites complémentaires par capitalisation auxquelles pourront souscrire les titulaires de hauts revenus ou de hauts salaires. Les inégalités sociales en seront encore aggravées, dans la société et au sein même du salariat.


Loin de consolider la solidarité du système par répartition, le document gouvernemental met au programme des prochaines années une « réforme systémique » pour transformer notre système en un système « par points » ou « par comptes notionnels ». Le Conseil d’orientation des retraites, dans son rapport de janvier, a montré comment une logique individualiste viderait alors de tout son sens le système par répartition. Les pensions seraient calquées sur les contributions personnelles de chaque salarié cotisant : adieu au principe de solidarité qui inspire les fondements de la Sécurité sociale. Alors même que – comme le reconnaît le Conseil d’orientation des retraites – cette réforme systémique n’aurait aucune efficacité face à un choc économique ou démographique.


La logique profonde de la réforme annoncée des retraites n’est donc pas de préserver la solidarité mais au contraire de rassurer les marchés financiers : à l’image de ce qui se passe en Grèce, en Espagne et maintenant partout en Europe, le gouvernement veut montrer sa détermination à faire payer la réduction des déficits publics aux salariés et à la population, en laissant intacts les revenus et le pouvoir de la finance.


L’association Attac, initiatrice, avec la Fondation Copernic, d’un appel pour « Faire entendre les exigences citoyennes sur les retraites » qui se traduit aujourd’hui par de multiples actions de sensibilisation de la population sur l’enjeu des retraites, participera à toutes les initiatives qui seront prises dans les jours et les semaines à venir pour faire échouer le projet du gouvernement.


Attac France
Le 17 mai 2010


Pour en savoir plus :
- http://www.france.attac.org/spip.php?rubrique24
- http://www.exigences-citoyennes-retraites.net/

 

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Prolétaires de toute l’Europe unissez-vous !

 

Mohamed BELAALI

Les événements qui se déroulent sous nos yeux en Grèce et leurs conséquences économiques politiques et sociales sont d’une grande importance. Il s’agit d’un conflit de classes exemplaire. Que voyons-nous ? Face au capital et ses patrons, ses banquiers, ses spéculateurs, ses agences de notation, ses marchés financiers, ses institutions financières comme le FMI de Dominique Strauss-kahn, la Commission européenne, la BCE, les dirigeants des États de l’Union, les parlementaires etc. etc., se dresse courageusement le peuple grec notamment les travailleurs. Il s’agit d’un combat inégal entre le capital et le travail. D’un côté des parasites en tout genre qui, comme des vautours, dévorent encore ce qui reste de leur proie grecque, de l’autre des hommes et des femmes qui luttent pour leur emploi, leur salaire, leur retraite, leur école, leur hôpital...

 

Les marchés financiers profitant de la situation, stimulés par les agences de notation, exigent pour leurs éventuels prêts à la Grèce des taux d’intérêt exorbitants. Les milliards apportés par les États européens et le FMI ont été empruntés sur les marchés à 1,4 ou 1,5 % et prêtés à la Grèce à 5 % ! « /En aidant la Grèce, on s’aide nous-mêmes. Les 6 milliards/ d’euros prêtés à la Grèce par la France /on ne les a pas trouvés dans les caisses de l’Etat. On les emprunte à un taux d’environ 1,4 ou 1,5% et on les prête aux Grecs à environ 5%. Donc nous ferons un gain là-dessus. C’est bon pour le pays, c’est bon pour la Grèce, c’est surtout bon pour la zone euro. Il faut rassurer les marchés » /déclarait M.Eric Woerth, ministre français des affaires sociales (1) ; c’est la notion capitaliste de l’aide ! Marchés financiers, gouvernements européens, FMI , tels des vampires pompent ainsi généreusement la richesse du peuple grec.

 

La crise grecque montre également et d’une manière éclatante la faillite de toute la construction européenne. Ses institutions se sont révélées incapables de réagir et d’apporter la moindre solution à un pays pourtant membre de l’Union. La BCE, la Commission européenne, le Conseil européen, l’Eurogroupe et le Parlement européen sont comme tétanisés, paralysés face à cette crise. En revanche elles sont très promptes et actives pour imposer au peuple grec les différents plans dits d’austérité. Elles exécutent servilement les ordres des spéculateurs parasites et des requins de la finance internationale. Faut-il rappeler qu’en dehors du Parlement européen, aucune institution ne possède la légitimité démocratique. Dans ces conditions, elles ne peuvent agir que sous le contrôle et les exigences des marchés financiers. Jean-Claude Junker président de l’Eurogroupe n’a-t-il pas déclaré d’ailleurs que /« Si les marchés mettent en cause la crédibilité de la démarche grecque, des mesures additionnelles devront être prises. La zone euro n’interviendra que lorsque cela aura été fait » ? /C’est exactement ce qui s’est passé : après le premier plan d’austérité, les marchés financiers et les agences de notation avec la complicité des États de l’Union ont estimé que ce premier plan n’était pas suffisant pour mettre la Grèce à l’abri d’un défaut de paiement. Le 6 mai 2010, le parlement grec vota un deuxième plan détruisant un peu plus ce qui reste encore des services publics et poussant les travailleurs grecs à la misère. « /Nous pouvons garantir que le pays ne fera pas faillite »/ a lancé le ministre des Finances*, *Georges Papaconstantinou. Signalons au passage que ce plan, « d’une sévérité inédite »(3) selon la presse bourgeoise elle-même, a été voté grâce aux voix des socialistes du Pasok et de... l’extrême droite !

 

Pendant que les parlementaires discutaient de la manière la plus efficace pour étrangler les travailleurs grecs afin de satisfaire les marchés financiers, l’Union Européenne, le FMI etc. des dizaines de milliers de manifestants scandaient « /FMI et UE nous volent un siècle d’acquis sociaux »//, ou encore //« Non à la destruction des droits des travailleurs », // //« La crise ce sont les dirigeants qui doivent la payer : les voleurs, les spéculateurs »// etc. /

 

Entre les deux plans, les taux d’intérêt des obligations d’État grec à dix ans se sont envolés. Ils ont atteint des niveaux historiques à 12,506 % le 7 mai 2010 alors qu’ils ne sont qu’ à 2,727 % en Allemagne et de 3,030 % en France (4). A quand le troisième plan ?* *L’ enrichissement de quelques uns n’a d’égal que la souffrance du plus grand nombre. Vive l’Union Européenne !

 

Les bourgeoisies européennes sont donc déterminées à exploiter le peuple grec jusqu’à la moelle épinière. Les gouvernements européens de droite ou socio-démocrates, au solde de ces classes dominantes, ne reculeront devant rien pour briser la résistance des travailleurs grecs. Ils n’hésiteront pas à utiliser tout leur appareil répressif pour imposer leur volonté et garder leurs privilèges. Aujourd’hui c’est le peuple hellénique qui paie très cher les conséquences de la crise du capitalisme dont seule la bourgeoisie est responsable. Demain, sera peut-être le tour des travailleurs espagnols, portugais, irlandais, italiens, français etc. Le capital ne connait pas de frontières. Dans sa logique et ses lois, il ne connait que le profit. Nicolas Sarkozy, par la voix de son premier ministre François Fillon, prépare déjà les travailleurs à supporter les conséquences des « réformes » qu’il comptait imposer avec ou sans les marchés financiers. Le gouvernement français peut même utiliser la situation grecque pour accélérer sa politique de destruction des acquis sociaux afin que la richesse reste concentrée entre les mains d’ une minorité de la population.

 

La classe ouvrière européenne n’a pas d’autres choix que de se préparer au combat que lui impose le capital si elle ne veut pas que sa situation, déjà dégradée, ne s’aggrave encore davantage. Mais ce combat ne peut être gagné que dans l’unité de l’ensemble des travailleurs européens. L’union de tous les prolétaires d’Europe est donc une nécessité vitale.

 

Mohamed Belaali


 

L'énergie, une obsession du

 

productivisme capitaliste…

 

 

Le Ragondin Furieux 03/05/2010

 

Cette fois il ne s'agit pas de raffinage de denrées nourricières pour produire de l'éthanol mais de méthanisation de ces mêmes productions agricoles à partir de laquelle on va obtenir du gaz méthane. Si ce procédé peut être une bonne solution pour nos déchets périssables qui vont ainsi produire de l'énergie tout en ne posant plus de problème de stockage ou d'incinération, ainsi que la production d'éthanol dans le cas de surproduction agricole, cela reste un détournement inconcevable de l'agriculture lorsque l'on va cultiver volontairement pour nous alimenter en énergie, que ce soit pour les agro-carburants comme pour le méthane !

 

Les solutions alternatives doivent d'abord commencer par la réduction de nos consommations d'énergie ce qui diminuera dans un premier temps la notion de productivisme. Le concept d'énergie renouvelable ne doit pas non-plus tomber dans la même erreur de ce qui amena la suractivité humaine, dont on ne peut que constater les ravages au fil des jours. Il est évident qu'il est préférable de favoriser le photovoltaïque sur le toit des immeubles, voire sur les maisons individuelles que subventionner la prolifération de grandes étendues cultivables transformées en champs de capteurs solaires. Dans le même ordre d'idée, de l'énergie à n'importe quel prix, il y a un autre secteur tout à fait discutable : c'est l'éolien terrestre, mais surtout pour sa rentabilité aléatoire…, si ce n'est d'enrichir que celle des promoteurs du partenariat public/privé ; en l'occurrence les grandes multinationales qui par ce biais réduisent à leur merci des municipalités devenant tributaires du bon vouloir du diktat capitaliste. On reconnaît là la continuité d'un productivisme dévastateur que l'on va tenter d'atténuer sous le nouveau leitmotiv fumeux du capitalisme appelé pompeusement la « croissance verte ».

 

On pourrait citer moult exemples tant ils commencent à faire florès, mais nous prendrons celui de la méthanisation qui pourrait devenir de plus en plus d'actualité, d'autant que pour l'Europe, entre autres, les agro-carburants observent une certaine pose due à deux conjonctures, un regard plus perspicace de la part des utilisateurs sur l'arnaque des « biocarburants » (appellation trompeuse utilisée pour mieux faire vendre, la mode du préfixe  « bio » servant d'appel commercial) et aussi, de la part des raffineurs, une mise en veilleuse momentanée que l'on doit à un prix du pétrole un peu moindre. C'est d'ailleurs l'une des raisons de la baisse du prix des céréales (la demande est moindre, les cours chutent), ce qui ne va pas perdurer lorsque le pétrole augmentera. On peut donc constater que le prix ne nos aliments dépend de moins en moins de la demande alimentaire, mais des fluctuations du marché de l'énergie, et c'est là que le drame est en préparation.

 

Alors, pour produire de l'énergie, on veut aussi méthaniser en achetant des terres afin d'y semer des céréales pour en tirer au final du méthane. On pourrait croire que cela se passe en Afrique du Sud ou plus généralement en Afrique subsaharienne où les multinationales investissent à tour de bras pour produire des agro-carburants, ou dans les marécage de Malaisie qui sont surexploités par des plantations de palmier à huile œuvre de Nestlé et consort, sans oublier la déforestation industrielle de l'Amazonie. Non cela se passe à notre porte, dans la Creuse à proximité de Guéret, sur les bords de la Gartempe où la société Abiodis veut acheter 300 hectares de terres pour produire des céréales qui seront méthanisés dans l'usine de Guéret. Il n'y a pas besoin d'être grand clerc pour deviner que l'on va avoir affaire à de l'agrobusiness hyper productiviste afin de sortir des rendements maximums d'une terre qui ne sera qu'un support ; les engrais, pesticides, insecticides, voire les OGM étant les bases de cette agriculture.

 

Voilà, cette course à l'énergie prétendue verte va transformer encore plus le monde agricole en une sorte d'usine à produire des carburants, des méthanes, des amidons pour les polymères, etc. et ceci et de surcroit entre les mains d'industriels productivistes qui vont finir par faire disparaître totalement l'agriculture paysanne si nous n'y mettons pas un frein.

 

C'est ce qu'ont essayé de faire lors de la séance plénière du conseil régional du Limousin le 20 avril des élus conscients et responsables en déposant une motion s'opposant à la vente des terres. Le résultat sans surprise demandera néanmoins quelques explications. Pour rappel : l'UMP et le PS ont voté contre, Europe-Ecologie et ADS se sont abstenus, « Limousin, terre de Gauche » a voté pour.

 

L'UMP, défenseur de la croissance capitaliste, qu'elle soit verte ou pas d'ailleurs, peu importe pourvu que le capital exulte, était dans son jardin et on ne peut que remarquer une fois de plus qu'ils vont favoriser l'industrie capitaliste, qu'ils vont maquiller de « bio » pour mieux faire passer la pillule.

 

Les socialos de plus en plus incompétents, farouches promoteurs du fumiste développement durable ne pouvaient faire autre chose que d'emboiter le pas aux capitalistes rois du libre échange et des marchés, ce qui les classe dans la même catégorie que les amis à Sarkozy. C'est à se demander s'ils savent ce que veut dire écologie hormis pour bien paraître dans les salons et tromper le gogo, ceci avec la bénédiction des écolos bobos de la nébuleuse Europe écologie.

 

La nébuleuse, voilà le cas intéressant, car ces faux-culs se sont abstenus ! Pour nous faire voir la veille d'élection un « hélicolo » tartuffe consommer quelques milliers de litres de carburant pour filmer une planète en décomposition, ils savent faire… Pousser des cris d'orfraie quand on a mis la boite de conserve dans la mauvaise poubelle, ils savent faire…Par contre, quand il s'agit de s'attaquer aux vrais problèmes, raison de plus lorsqu'ils ne sont pas médiatisés ou plus simplement médiatiques, et qu'ils peuvent être des freins à la fumeuses croissance verte, là, il n'y a plus personne. Car surtout, ce qu'ils oublient de dire c'est qu'ils ne sont pas anticapitalistes, anti-productivistes surtout, ou du moins lorsqu'ils abordent le sujet du bout des lèvres ; enfumage puisque c'est pour ne pas paraître trop en retard avec les vrais écologistes qui eux le sont car éradiquer le capitalisme est un concept incontournable pour sauver la planète. Dans d'autres temps nous aurions cité Coluche qui avait un mot très adapté à ces personnages et leurs agissements, nous ne le citerons pas, nous dirons plus poliment : des baratineurs électoralistes s'adaptant aux contextes qui les arrangent, et menteurs de surcroît ! On comprend mieux le rapproche qui pourrait se faire avec le PS, on va assembler les tartufes, ça nous promet un spectacle peu ragoûtant qui va cependant encore tromper le naïf….

 

Par contre, nous devons remercier les élus de « Limousin, terre de gauche » d'avoir voté pour cette motion qui, de plus, proposait une réflexion très intéressante en évoquant un engagement sur la maitrise du foncier. Il y aurait d'ailleurs beaucoup à faire sur ce sujet dans le milieu agricole, ne serait-ce que pour l'obédience discutable des Chambres d'agriculture ou de la SAFER (Société d'Aménagement Foncier et d'Etablissement Rural), pour ne citer que ces deux instances.

 

On peut faire une petite remarque, pas anodine dans sur le fond, quant aurait-il été si Limousin, terre de Gauche était rentré dans l'exécutif avec le PS ?

 

Nonobstant, comme il y a des élus particulièrement intelligents dans ce mouvement, ils auraient voté contre le projet et pour la motion, nous en sommes persuadé, mais la position aurait été probablement plus difficile à soutenir, donc la situation actuelle totalement indépendante du PS favorise bien la liberté d'expression sans arrière pensée. Cela aurait sans doute aussi posé la même interrogation si « Tous ensemble, la Gauche vraiment ! » des Pays de Loire avait eu suffisamment de voix pour s'accoquiner avec le PS au second tour, puisque Notre-Dame-des Landes, enjeux écologique et sociétal considérable, eut été un problème difficilement surmontable et une ambiguïté lors de la cohabitation.

 

Bref, des hommes sensés ont pris la bonne décision en soutenant la motion dont ils étaient aussi les instigateurs. L'espoir est qu'ils servent d'exemples et que nous soyons vraiment vigilants sur cette lancée pour que l'ultralibéralisme débridé -avec son corolaire le productivisme capitaliste pour lequel les exploiteurs veulent absolument s'accaparer de tout pour continuer à nous faire faire croire que l'on pourra indéfiniment produire de l'énergie sans détruite la planète- soit combattu sans concession !!!.

 

Voir la motion sur le site : www.terredegauche.fr


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« Réforme »

des retraites : l’escroquerie à la démographie

 

par Arlette Laguiller, Lutte Ouvrière

mardi 20 avril 2010


L’argumentation de tous ceux qui proclament qu’il serait nécessaire de réformer les retraites, c’est à dire de la quasi totalité des hommes politiques de la bourgeoisie, droite et gauche confondues, des économistes et des commentateurs qui leur emboîtent le pas, se veut de bon sens : l’allongement de la durée de la vie imposerait une telle réforme. Mais c’est une escroquerie, car s’il est vrai que le nombre d’actifs a diminué, le problème n’est pas là.

Si les caisses de retraite sont menacées de déficit, la raison essentielle ne réside pas dans l’augmentation à venir du nombre des retraités, mais dans la diminution des rentrées destinées à alimenter ces caisses de retraite. Une diminution qui ne cesse de s’aggraver depuis près de quarante ans, et qui se détériore encore plus vite depuis l’explosion de la crise financière en 2007.

 

Pour maintenir ses profits, le patronat a réduit depuis des années les effectifs des entreprises, faisant produire autant, voire plus, par moins de travailleurs. Les plans de licenciements, les fermetures d’entreprises, se sont multipliés, entraînant ces dernières années une augmentation massive du chômage. Et celle-ci est devenue une nouvelle arme aux mains des patrons pour refuser toute augmentation des salaires, en prétendant que ceux qui ont la chance d’avoir un emploi devraient s’estimer heureux.

 

La stagnation des salaires des travailleurs qui ont gardé leur emploi (c’est-à-dire leur diminution de fait si l’on tient compte de l’inflation), les pertes salariales de la plupart de ceux qui ont retrouvé un travail, les maigres allocations de chômage de ceux qui y ont droit, la misérable aumône du RSA, sans compter le nombre grandissant de ceux qui ne sont plus indemnisés, de ceux qui essaient de survivre en courant de « petit boulot » en « petit boulot », ou avec des temps partiels imposés, tout cela explique les difficultés prévues pour l’avenir des caisses de retraite.

 

Or, qui est responsable des bas salaires, si ce n’est le patronat ? Qui est responsable des licenciements et du chômage, si ce n’est ce même patronat ? Qui est responsable de la généralisation de ces emplois qui obligent à vivre avec quelques centaines d’euros par mois, sinon le patronat et le gouvernement à son service ? La démographie n’est pour rien là-dedans. Et la justice la plus élémentaire voudrait que ce soient les responsables de cet état de fait, les industriels et les banquiers, dont les profits sont florissants malgré la crise, qui supportent les frais de cette situation.

 

Mais l’État, le gouvernement, sont au service de ces industriels et de ces banquiers. Et les seuls qu’ils envisagent de faire payer, ce sont les travailleurs.

 

Le camp des gens qui nous gouvernent, c’est celui du patronat. On en a encore eu un exemple quand, le 13 avril, Peugeot-Citroën, qui avait pourtant reçu des millions d’euros de dons du gouvernement, sans compter des milliards d’euros de prêts, prétendument destinés à « défendre l’emploi », a annoncé la fermeture de son site de Melun-Sénart. Décision aussitôt entérinée par le gouvernement, sous le fallacieux prétexte qu’il ne s’agissait pas d’un site de production.

 

Mais les travailleurs auraient tort de compter sur une hypothétique victoire de la gauche aux prochaines élections pour s’opposer aux attaques que le gouvernement peaufine contre les retraites. Aucun gouvernement de gauche n’a remis en cause les décisions qui avaient été prises par la droite contre les retraites. Et il ne le fera pas plus dans l’avenir. Le président d’un « laboratoire d’idées » socialiste, un proche de Strauss-Kahn, formule ainsi sa position sur le problème des retraites : « Il va falloir demander des efforts à quelqu’un : les retraités ou les actifs » ! Mais ce prétendu socialiste n’imagine même pas de demander des efforts aux industriels et aux banquiers responsables de la situation.

 

« Sauver le régime des retraites » comme ils disent, en garantissant à chacun la possibilité de partir à soixante ans, avec un montant décent, il n’y a qu’une lutte déterminée des travailleurs, de l’ensemble des travailleurs, qui pourra l’imposer.

 

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Social-démocratie et collaboration de classes

par Mohamed BELAALI

« Dans tous ces écrits, je ne me qualifie jamais de social-démocrate, mais de communiste. Pour Marx, comme pour moi, il est absolument impossible d’employer une expression aussi élastique pour désigner notre conception propre » (*)
F. Engels

 

Didier Migaud et Michel Charasse ont été nommés par Sarkozy, l’un premier président de la Cour des comptes, l’autre au Conseil constitutionnel. L’un est député socialiste, l’autre est un ancien ministre et ami de Mitterrand. Mais Sarkozy a recruté également Michel Rocard pour effectuer plusieurs missions, entre autres, pour réfléchir au grand emprunt national et servir d’ambassadeur de France chargé des négociations internationales relatives aux pôles Arctique et Antarctique. Jack Lang, lui, a été envoyé à Cuba comme émissaire spécial du président et en Corée du Nord pour « mission d’information ». Eric Besson, qui a quitté Ségolène Royal et le PS juste après les résultats du premier tour des présidentielles de 2007, est nommé d’abord Secrétaire d’État avant de devenir Ministre de l’immigration. Martin Hirsch était confortablement installé dans son fauteuil de Haut Commissaire aux Solidarités Actives et à la Jeunesse avant de quitter le gouvernement le 22 mars 2010. Jean-Marie Bockel occupe le poste de secrétaire d’État auprès de la ministre de la Justice et des libertés. Bernard Kouchner, ministre des gouvernements socialistes de Michel Rocard à Lionel Jospin, travaille aujourd’hui pour Sarkozy en tant que ministre des Affaires étrangères et européennes. Le cas de Dominique Strauss-kahn est plus délicat et moins flagrant. Sarkozy n’avait, si l’on peut dire, que soutenu activement sa candidature à la présidence du Fonds Monétaire International (FMI). Il ne s’agit là que de la personnification d’une collaboration de classes d’un courant politique ancien, celui de la social-démocratie.

 

Ces hommes qui se déclarent toujours de « gauche » occupent des postes de ministres, de secrétaires d’État, de présidents ou membres d’institutions importantes pour aider Sarkozy à appliquer une politique entièrement au service des classes dominantes. Répudier et renier ses propres principes politiques est devenu une habitude chez les socio-démocrates. Et ce renoncement se fait naturellement sans état d’âme et sans scrupule. Il est difficile de distinguer sérieusement aujourd’hui un dirigeant social-démocrate d’un dirigeant de droite, tellement leurs idées et leurs pratiques politiques se confondent. Privatisations, destruction des services publics, précarisation et « flexibilisation » de l’emploi, baisse des charges pour les entreprises, cadeaux fiscaux accordés aux plus riches, réduction des dépenses publiques, mépris des couches populaires et soumission au patronat sont quelques aspects de leur gestion commune du libéralisme. Leur vénération du marché et du profit les rend insensibles et indifférents aux injustices, aux inégalités et à l’irrationalité du capitalisme qui produit en même temps richesses pour une minorité et misère pour la majorité de la population. La guerre reste pour eux , comme pour la bourgeoisie, l’un des moyens qu’ils utilisent au niveau international pour régler les conflits.

 

Les socio-démocrates ont depuis longtemps renoncé à vouloir changer le monde. Ils se sentent plus à l’aise, tellement le mot révolution leur fait peur, dans la gestion de la brutalité et de la barbarie du capitalisme qu’ils considèrent comme un système naturel et donc inéluctable.

 

Déjà en 1891, après la chute de Bismarck, les socio-démocrates allemands ont abandonné leur programme révolutionnaire contre un programme de réformes démocratiques. Depuis, les socio-démocrates au pouvoir en Europe, avec des différences de degré et non d’essence, n’ont cessé de mener des politiques de collaboration de classes.

 

En 1914 ils ont voté, au Reichstag, les crédits de la guerre impérialiste avec ces termes : « Nous n’abandonnerons pas la patrie à l’heure du danger ». Avec ce vote, les dirigeants socio-démocrates allemands ont contribué à déclencher l’une des plus meurtrières guerre de l’histoire : 9 millions de morts ! La Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO) se rallie, elle aussi, à l’effort de guerre et à « l’Union sacrée » juste après l’assassinat de Jean Jaurès en juillet 1914 ! Socio-démocrates et classes dominantes sont ainsi unis pour mener ensemble cette terrible guerre.

 

Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, figures emblématiques de la classe ouvrière allemande, sont assassinés en 1919 sur ordre de la social-démocratie.

 

Ces évolutions ont brisé l’unité du mouvement socialiste. En France, le congrès de Tours de 1920 a consacré la rupture entre les révolutionnaires et les réformateurs (socio-démocrates) qui ont gardé le nom de la SFIO jusqu’à la fin des années soixante avec la création du parti socialiste. Et on va taire par pudeur les positions honteuses de la social-démocratie concernant la colonisation.

 

Aujourd’hui, cette collaboration de classe est encore plus flagrante ; elle est même revendiquée et assumée : « Les différences entre la droite et la gauche sont obsolètes » disait T. Blair (1). La « troisième voie » n’a t-elle pas été présentée justement comme le dépassement de la gauche et de la droite ?

 

Subjugués par le marché et la mondialisation capitaliste, les socio-démocrates anglais vont jusqu’à emprunter à M Thatcher ses convictions politiques et économiques. Le Labour party est devenu le New Labour pour mieux marquer leur adhésion au néolibéralisme. Cette thatcherisation du parti travailliste a été facilitée, entre autres, par la défaite des mineurs anglais qui avaient mené un combat héroïque contre Thatcher et l’État britannique en déclenchant l’une des plus dures et des plus longues grèves (1984/1985) de l’histoire de la classe ouvrière anglaise. Les lois conservatrices anti-syndicales n’ont pas été remises en cause par Blair lorsqu’il est arrivé au pouvoir en 1997. L’Employment Act de 2002 ne cherchait, au contraire, qu’à étouffer les revendications des salariés et développer le partenariat (partnership) c’est-à-dire la paix sociale entre travailleurs et patrons.

 

La politique étrangère menée par la social-démocratie anglaise et son avatar la troisième voie, est surtout marquée par l’alignement inconditionnel sur les États-Unis. La guerre en Irak, qui a fait près de deux millions de morts, est un exemple éloquent de cette coopération étroite entre les républicains américains et les socio-démocrates anglais. Blair n’était-il pas d’ailleurs le meilleur soutien de Bush dans cette boucherie irakienne ? L’autre allié de T. Blair n’est que le social-démocrate allemand Gerhard Schröder. La collaboration de classes passe cette fois non pas par la troisième voie, mais par « le nouveau centre » !

 

De 1998 à 2005, Schröder a mené des politiques économiques et sociales en faveur du patronat que même le gouvernement Kohl ne pouvait réaliser. Le marché du travail a été flexibilisé et précarisé par les réformes de l’Agenda 2010 et les lois Hartz (2003/2005). Les indemnités chômage ne sont versées que sur 12 mois seulement au lieu de 32 auparavant. Les chômeurs de longue durée, qui sont tenus d’accepter n’importe quelle offre d’emploi, ne reçoivent qu’une allocation minimale de 350 euros mensuel. Les pensions de retraite ont été diminuées etc. Schröder a ainsi précarisé et paupérisé l’ouvrier allemand. Par contre, il a fortement baissé les impôts pour les plus riches. Ainsi le taux marginal d’imposition est passé de 53 à 42 %.

 

En 2005, la collaboration de classe s’est concrétisée par la formation de la « grande coalition » formée du SPD et de l’Union chrétienne-démocrate CDU-CSU. Là encore, il est difficile de distinguer le SPD des partis bourgeois avec lesquels il gouverne. Il est devenu au fil du temps, par sa politique antisociale, un instrument efficace au service de la bourgeoisie allemande.

 

Le SPD, comme les Verts d’ailleurs, a engagé la Bundeswehr (l’armée allemande) dans la guerre au Kosovo et en Afghanistan. C’est cette même armée qui est responsable du massacre de Kunduz en 2009 qui a coûté la vie à 142 personnes dont de nombreux civils. En France, le Parti socialiste (PS) ne fait pas exception à cette complicité de classes chère aux socio-démocrates européens. Si des politiques en faveur des classes dominantes ont été menées dès 1983, c’est surtout le gouvernement Jospin (1997-2002) qui s’est le plus éloigné des classes populaires. Jospin ne disait-il pas lui-même « mon programme n’est pas socialiste » ? Son gouvernement s’est illustré effectivement par un nombre impressionnant de privatisations et d’ouvertures de capital d’entreprises publiques : France Télécom, Air France, EADS, Crédit lyonnais, Thomson Multimédia, GAN, CIC, Crédit Foncier de France (CFF), Caisse nationale de prévoyance (CNP) etc. etc. En terme de recettes liées à ces privatisations, Jospin a fait mieux que ses deux prédécesseurs de droite Juppé et Balladur réunis ! Les conséquences de cette vente massive au privé sont désastreuses pour les salariés et les citoyens usagers des services publics : suppressions de postes par milliers, restructuration et dégradation de la qualité du service rendu. Le « new management », introduit dans ces entreprises privatisées notamment à France Télécom, a poussé nombre de salariés au suicide.

 

Dominique Strauss Kahn et Laurent Fabius, deux ministres du gouvernement Jospin, ont adopté des mesures fiscales très avantageuses en faveur des stocks options. Laurent Fabius a également mené une politique fiscale très favorable pour les entreprises et les classes aisées. Par contre lorsqu’il s’agit des intérêts des ouvriers, le gouvernement Jospin semble indifférent. Son dynamisme et son volontarisme à servir le patronat n’a d’égal que son impuissance à défendre les ouvriers :« l’État ne peut pas tout » déclarait Jospin lorsque Michelin avait annoncé le licenciement de 7500 salariés !

 

Sarkozy prépare en ce moment un plan pour venir à bout de ce qui reste encore du régime de retraite par répartition. Pour lui faciliter la tâche, François Hollande expliquait le 28 mars 2010 « qu’il faut sans doute allonger la durée des cotisations ». Martine Aubry disait-elle autre chose lorsqu’elle a déclaré, avant de se rétracter, « je pense qu’on doit aller, qu’on va aller très certainement, vers 61 ou 62 ans » ?

 

Cette collaboration interne de classe, se prolonge également sur le plan externe. La guerre impérialiste en Yougoslavie était menée, main dans la main, par Chirac et Jospin derrière l’OTAN.

 

Dans un communiqué conjoint du 24 mars 1999, on apprend que « le président de la République, en accord avec le gouvernement, a décidé la participation des forces françaises aux actions militaires, devenues inévitables, qui vont être engagées dans le cadre de l’Alliance atlantique » (2). Le 23 mars c’est à dire le jour même où les attaques aériennes contre la Yougoslavie furent décidées, Jospin déclarait à l’ Assemblée nationale « la France est déterminée à prendre toute sa part à l’action militaire devenue inévitable ». Même détermination, même collaboration de classe et même soumission à l’impérialisme américain !

 

« Les armes vont parler » disait François Mitterrand pour annoncer la première guerre du Golfe en 1991. Lorsqu’il s’agit de défendre ses intérêts, la bourgeoisie ne recule devant aucun moyen y compris le plus abject, la guerre. Et elle n’éprouve aucune difficulté à entraîner dans son sillage la social-démocratie.

 

Au sud de l’Europe, les socio-démocrates se distinguent, eux, par un zèle particulier à servir les classes dominantes. Ainsi le Pasok (parti socialiste grec) et le Parti socialiste portugais, tous les deux au pouvoir, ont décidé avec la complicité de leurs parlements et contre leurs populations, des plans d’austérité dirigés contre les classes populaires : gèle des salaires et des retraites, hausse de la TVA payée essentiellement par les pauvres, privatisations massives (au Portugal), suppressions ou réductions de certains acquis sociaux, réductions des dépenses publiques etc. (3). Au moment où le capitalisme connaît une crise profonde, ces partis socialistes au pouvoir tentent par tous les moyens de le sauver ! Étrange socialisme que celui de la social-démocratie !

 

En Espagne l’âge de départ à la retraite a été repoussé. José Luis Zapatero, socialiste lui aussi, a condamné ainsi les salariés espagnols à travailler jusqu’à l’âge de 67 ans ! Le premier ministre espagnol a également apporté son soutien(avec d’autres socialistes européens) à la candidature de José Manuel Barroso à la présidence de la Commission européenne. Non seulement l’ancien premier ministre portugais est à la tête de l’une des institutions les plus libérales, qui a détruit tout ce que des générations entières ont construit comme progrès social en Europe, mais il est aussi l’organisateur du sommet (aux Açores portugaises avec George W. Bush, Tony Blair et José Maria Aznar), où fut décidée la guerre en Irak.

 

Aujourd’hui, plus qu’hier encore, la social-démocratie est très éloignée des intérêts des classes populaires. Au pouvoir, elle déploie un zèle singulier pour servir les riches et les puissants. S’il lui arrive de jeter quelques miettes aux dominés, c’est pour mieux cacher sa vraie nature et se présenter comme une alternative aux représentants des dominants. Elle a une lourde responsabilité dans l’étouffement des mouvements sociaux et elle est toujours prompte à participer aux guerres impérialistes. En un mot, elle est, à l’intérieur comme à l’extérieur, au service de la classe dominante. Il est peut-être temps de songer à construire une alternative en dehors de ce courant politique qui constitue un véritable obstacle au changement et au dépassement du capitalisme.

 

Mohamed Belaali, in Le Grand Soir 16 avril 2010

 

(*) F. Engels, préface à la brochure du Volksstaat de 1871-1875. Marx, Engels « La social-démocratie allemande ». 10/18, 1975, page 7.

 

(1) Cité par Philippe Marlière :http://www.cahiersdusocialisme.org/...

(2) Communiqué des autorités françaises, le 24 mars 1999, Documents d’actualité internationale, 1999, no 9, p 342 http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/IM...

(3) http://www.lemonde.fr/europe/articl.... Pour le Portugal voir Le Monde du 27 mars 2010

 

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Quand le lobby des pesticides empêche la commercialisation de produits naturels

 

 

Par Sophie Chapelle in Basta ! 14 avril 2010

 

Insecticides naturels ou fertilisants bio s’échangent sans problème ailleurs en Europe. Pas en France. Se procurer un tel produit pour entretenir son potager ou protéger son champ y est puni par la loi. Le purin d’ortie ou l’huile de neem sont considérés comme des produits toxiques au même titre qu’un pesticide de synthèse. Qu’importe, particuliers et paysans pratiquent la désobéissance civile.

 

 

L’annonce avait fait sourciller les multinationales de l’agro-business comme Syngenta, Bayer ou BASF. En septembre 2008, Michel Barnier, alors ministre de l’Agriculture et de la Pêche, présente le plan « Ecophyto 2018 » en Conseil des ministres. S’inscrivant dans la suite du Grenelle de l’environnement, ce plan vise à réduire de 50 % l’usage des pesticides, en 10 ans « si possible ». « C’est un nouveau modèle agricole français qui se construit », s’enthousiasmait à l’époque Michel Barnier.

Un an et demi plus tard, les impasses réglementaires continuent de se dresser devant les agriculteurs, arboriculteurs et jardiniers en quête d’alternative aux pesticides. « Nous avons l’impression que les services de la protection des végétaux s’inquiètent beaucoup plus des préparations naturelles peu préoccupantes que des produits chimiques et toxiques qui peuvent être cancérigènes », s’indigne Jean Sabench, responsable de la commission pesticides à la Confédération paysanne.

 

« L’industrie a gagné »

 

« Préparations naturelles peu préoccupantes » ? Ce terme est issu de la Loi sur l’eau et désigne les préparations à base de composant naturel comme la prêle, l’ortie, la fougère, l’argile, le vinaigre blanc ou le petit lait. Utilisées pour renforcer la capacité des plantes, ces préparations prennent la forme d’extrait fermenté, de décoction, d’infusion ou de macération. Le purin d’ortie en est devenu l’emblème quand, fin 2005, la Loi d’orientation agricole contraint ces produits à subir les mêmes tests, contrôles et procédures que les produits « phytopharmaceutiques » – un qualificatif juridique appliqué aux pesticides chimiques – en vue d’obtenir une autorisation de mise sur le marché national.

 

En 2006, la mobilisation des associations permet d’amender la loi. Les préparations naturelles pourront bénéficier d’une procédure simplifiée. Mais le décret du ministère de l’Agriculture publié en juin 2009 continue d’exiger l’inscription sur la liste européenne des produits « phytopharmaceutiques ». « Au dernier moment, l’industrie a gagné car l’administration a mis une contrainte supplémentaire inadmissible », explique Jean Sabench. Problème pour les structures de l’agriculture bio : les études exigées avant la commercialisation sont excessivement coûteuses. « Le ministère de l’Environnement voulait nous aider à financer les études. Quand ils ont vu le nombre de préparations et le coût global ils nous ont dit qu’ils n’avaient pas les moyens de le faire », raconte l’agriculteur de la conf’.

 

Désobéissance civile

 

Producteur de fruits bio dans la Loire, Jean-Luc Juthier assure ne pas pouvoir vivre de son travail sans ces produits-là. « En agriculture biologique, on connait certaines impasses techniques avec le puceron ou le ver de la cerise par exemple. Nous avons donc décidé de continuer à utiliser ces préparations dans la transparence avec les services de l’État et nos organismes certificateurs. C’est en quelque sorte de la désobéissance civile. » Une situation difficilement tenable sur le long terme. « Il y a eu un contrôle chez un revendeur d’huile de neem (utilisée comme insecticide bio), commente Guy Kastler de l’Association pour la promotion des produits naturels peu préoccupants. L’administration lui a demandé de le détruire comme un déchet industriel toxique alors que depuis des siècles les populations indiennes utilisent les graines et les feuilles de cet arbre comme cosmétique ou vermifuge pour les enfants. » Le 3 avril dernier à Saint-Chamond (Loire), des agriculteurs, jardiniers, élus et consommateurs ont décidé de poser le problème sur la place publique en épandant symboliquement de l’huile de neem sur les plantes.

 

Pour les défenseurs des préparations naturelles peu préoccupantes, cet acharnement juridique trouve sa source dans le procès autour de l’huile de neem. En 1995, l’Office européen des brevets accorde à une entreprise américaine, W.R. Grace, un brevet sur les vertus fongicides de cette huile. Immédiatement, une procédure d’opposition est entamée par une coalition internationale comprenant notamment la Fédération internationale de l’agriculture biologique. Les opposants démontrent que le pouvoir fongicide de l’huile de neem est une connaissance ancienne et répandue chez les agriculteurs indiens et ne peut donc constituer une invention. Au terme d’une longue bataille juridique et technique, l’Office européen revient finalement sur sa décision en mai 2000 et confirme l’annulation du brevet en 2005. « Depuis ce procès, il y a une fixation sur l’huile de neem », assure Guy Kastler. « Tout le monde peut faire du purin d’ortie ou broyer du neem et faire de l’huile. Cela relève du domaine public, poursuit Jean Sabench. Mais pendant les discussions au ministère de l’Agriculture, nous nous sommes heurtés à l’industrie des pesticides, qui a continuellement pratiqué une opposition frontale. »

 

L’exception française

 

Première consommatrice de pesticides en Europe, la France continue aujourd’hui de classer les préparations naturelles dans les « phytopharmaceutiques ». D’autres pays européens, soumis aux mêmes directives et règlements, reconnaissent et classent ces préparations dans une catégorie à part. En Allemagne par exemple, les substances de base acceptées par le règlement européen bio n’ont pas besoin d’être inscrites sur la liste européenne. Plus de 400 préparations sont ainsi commercialisées dans ce pays. «  En Espagne, il suffit de vérifier que les préparations naturelles sont peu toxiques et efficaces et l’on peut faire l’inscription à peu de frais, explique Jean Sabench. Nous réclamons une réglementation qui soit également logique en France. »

 

Les associations, syndicats et collectivités locales mobilisées demandent l’adoption en France d’un amendement à la loi Grenelle 2 affirmant que les préparations naturelles peu préoccupantes ne sont pas des pesticides et permettant leur commercialisation et leur utilisation effectives. Dans les ministères, les lobbies s’agitent. Arriveront-ils une fois de plus à imposer leur morbide point de vue ?


Sophie Chapelle

 

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Privilèges

Les retraites dorées des seigneurs du capitalisme

 

Par Ivan du Roy in Basta ! 15 avril 2010

 

Une centaine de grands patrons d’entreprises cotées en Bourse bénéficient d’un précieux régime de retraite complémentaire, les fameuses "retraites chapeaux". Grâce à elles et pour parer à une baisse de leur rémunération, ils seront à l’abri du moindre besoin pour leurs vieux jours. Car c’est en millions d’euros que les prestations faiblement soumises à l’impôt leur sont versées. Une injustice qui rime avec folie des grandeurs, à l’heure où le droit à la retraite du plus grand nombre est remis en cause.

 

 

Pas question d’augmenter les cotisations patronales pour financer le régime des retraites. Cela handicaperait la compétitivité des entreprises, dixit la patronne du Medef, Laurence Parisot. Les grandes entreprises cotées en bourse ne se privent pourtant pas de provisionner des dizaines de millions d’euros pour financer de faramineuses retraites complémentaires à leurs dirigeants, ces « retraites chapeaux » qui défraient régulièrement la chronique. Comme si malgré leurs salaires souvent excessifs, leurs stock-options, et leurs parachutes dorés, les PDG à la retraite risquaient de galérer, tel un smicard qui voit sa pension baisser irrémédiablement.

 

La « retraite chapeau », c’est un régime de retraite complémentaire qu’une grande entreprise offre à ses dirigeants pour compléter le régime de base. C’est le Conseil d’administration qui en fixe les modalités et les conditions d’obtention. Exemple : un dirigeant de la World Company perçoit un salaire annuel d’un million d’euros. Lors de son départ en retraite à 60 ans, et même si son ancienneté ne dépasse pas quelques années, son entreprise lui assure un taux de remplacement de sa rémunération (salaire, primes, jetons de présence…) de 50%. Elle lui versera donc directement une rente qui viendra largement compléter, à hauteur de 500.000 euros par an, les pensions versées par la Sécurité sociale et la caisse de retraite des cadres (celles-ci sont soumises à un plafond). Et ce, jusqu’à son décès. Comme vous allez le constater, la réalité dépasse allègrement cette modeste fiction.

 

400 fois le minimum vieillesse

 

Selon l’Autorité des marchés financiers, une centaine de dirigeants d’entreprises cotées (CAC 40 et SBF 120) bénéficient en France de ce régime très spécial. Dans notre tableau ci-dessous, nous avons regroupé les montants des retraites chapeaux versées à 24 dirigeants de grandes entreprises. Ces informations sont publiques mais dispersées dans les volumineux bilans financiers des grands groupes, divulguées ici ou là, au gré des révélations sur les faramineuses rémunérations des patrons, par un article dans la presse économique ou dans des blogs juridiques et financiers. Chaque année, ces 24 dirigeants reçoivent ensemble près de 30 millions d’euros en pension retraite !

 

Dirigeant Societe date de depart de l’entreprise Pension retraite annuelle Equivalence en minimum vieillesse
Owen-Jones Lindsay L’Oreal 2006 3,4 millions 400
Zacharias Antoine Vinci 2006 2,2 millions 259
Landau Igor Aventis 2005 1,8 million 211
Fourtou Jean-Rene Aventis 2002 1,6 million 188
Dehecq Jean-Fran ois Sanofi-Aventis En fonction 1,6 million 188
de Royere Edouard Air Liquide 1995 1,6 million 188
Beffa Jean-Louis Saint-Gobain En fonction 1,5 million 176
Forgeard Noel EADS 2007 1,2 million 141
Bernard Daniel (1) Carrefour 2005 1,2 million 141
Fourtou Jean-Rene (2) Vivendi 2005 1,2 million 141
Pauget George Credit agricole En fonction 1,13 million 133
Proglio Henri Veolia 2009 1 million 117
Schweitzer Louis Renault 2005 1 million 117
Collomb Bertrand Lafarge 2003 1 million 117
Joly Alain Air Liquide 2001 1 million 117
Potier Benoit Air Liquide En fonction 1 million 117
Morin Thierry Valeo 2009 880000 94
Pebereau Michel BNP-Paribas 2003 800000 94
Bouton Daniel Societe Generale 2008 730000 86
Folz Jean-Martin Peugeot Citroen 2007 630000 74
Weinberg Serge PPR 2005 600000 70
Richard Pierre Dexia 2008 583000 68
de Pouzilhac Alain Havas 2005 137500 16
Gazet du Chatelier Christian Solendi 2007 130000 15
en euros / par an
Retraite moyenne tout regime 15500
Minimum vieillesse 8500

 

© Basta !

 

(1) La Justice a annulé fin 2008 la provision d’environ 30 millions d’euros destinée à la retraite chapeau de Daniel Bernard.

(2) Jean-René Fourtou a renoncé en 2005 à sa seconde retraite chapeau octroyée par le Conseil d’administration de Vivendi.

 


 

Lindsay Owen-Jones, l’ancien PDG de L’Oréal, reçoit ainsi une pension annuelle de 3,4 millions d’euros. Soit 400 fois le minimum vieillesse ! Deuxième sur le podium de ces retraites qu’on ne peut même plus qualifier de dorées, l’ancien PDG de Vinci, Antoine Zacharias touche 2,2 millions d’euros. Il est talonné par Igor Landau et Jean-René Fourtou, tous les deux anciens dirigeants d’Aventis. L’argument patronal pour justifier ces mégas pensions est toujours le même : il faut « fidéliser » les dirigeants en intégrant ces retraites chapeaux dans leurs contrats et les protéger d’une chute brutale de revenus lors de leur départ en retraite. Cette justification ne tient pas un instant lorsqu’on connaît les différentes et colossales rémunérations de ces dirigeants en activité. La moyenne de la rémunération brute globale des patrons du CAC 40 atteignait avant la crise 2,2 millions d’euros annuels (chiffres de 2006). Et ce n’est qu’une moyenne.

 

Rente à vie

 

Pendant les dix années qui ont précédé sa retraite, la rémunération d’Antoine Zacharias, champion des stock-options, s’est ainsi élevée au total à 250 millions d’euros. En lui assurant une retraite conséquente, on ne peut que saluer la charitable initiative de Vinci pour éviter l’indigence à son ancien PDG. Sans sa retraite chapeau, celui-ci aurait sans doute été obligé d’hypothéquer son pavillon de banlieue pour errer de centres d’hébergements en hôtels meublés tout en pratiquant la mendicité. Sa généreuse pension le protègera de ces désagréments. Mais qu’en est-il des 90.000 autres salariés du groupe de BTP dont le salaire mensuel moyen est de 2.750 euros ? Le misérable régime général, c’est bon pour la plèbe !

 

« L’ex PDG d’Airbus a également réussi à négocier une retraite ’’chapeau’’ de pas moins de 100.000 euros par mois. Avec à peine plus de 60 ans, il peut ainsi espérer amasser une rente cumulée de 30 millions d’euros sur les 25 prochaines années. Si ce chiffre de 100.000 euros par mois a été par la suite démenti par l’interessé, ce dernier n’a pas infirmé l’information du versement par Airbus d’une retraite chapeau conséquente », observe, en octobre 2007, Le Figaro à propos de Noël Forgeard qui a laissé, comme chacun sait, Airbus (EADS) dans une situation loin d’être admirable.

 

Des provisions par millions

 

Pour financer les retraites chapeaux de ces hauts dirigeants, les grandes entreprises provisionnent des sommes considérables : 40 millions à Vinci, 32,9 millions à la Société générale, 28,6 millions à BNP Paribas, 13 millions à Veolia pour la retraite chapeau du seul Henri Proglio (quand il prendra sa retraite après son passage à EDF), entre 8 et 11 millions au groupe PPR (Fnac, Conforama, Gucci…) pour Serge Weinberg, 3 millions à Solendi, une entreprise qui gère le « 1% logement »…

 

Bizarrement, on n’entend pas Laurence Parisot monter au créneau pour défendre la « compétitivité » des entreprises menacées par les retraites chapeaux. Pourtant, ces provisions représentent un pourcentage non négligeable de la trésorerie : 5% du bénéfice net 2010 de la Société Générale, 2,2% du bénéfice net 2010 de Veolia dans le cas d’Henri Proglio. Et calculées sur l’espérance de vie moyenne après 60 ans, ces provisions devront être ré-alimentées si un ex-PDG vit plus vieux que prévu. Et ce, quelle que soit la situation financière de l’entreprise dans 10, 20 ou 30 ans. Une garantie durable dont ne bénéficient pas la grande majorité des salariés.

 

Le cas Daniel Bernard, ancien PDG de Carrefour, demeure emblématique. Lors de son départ en 2005, les actionnaires apprennent qu’il va bénéficier à ses 60 ans d’une retraite complémentaire annuelle de 1,243 million d’euros par an, correspondant à 40% de sa dernière rémunération. « Compte tenu d’une espérance de vie moyenne de 85 ans, cela représentait donc la coquette somme de 31 millions d’euros. Outre cette confortable retraite, Daniel Bernard avait obtenu le versement d’une clause de non-concurrence, équivalent à trois années pleines de salaires, soit 9,4 millions d’euros », précise Le Nouvel Observateur. Soit près de 40 millions… Manque de chance, trop pressé de profiter de sa rente viagère, Daniel Bernard s’en va à 58 ans. La nouvelle direction de Carrefour conteste la retraite chapeau devant la Justice. La pension sera finalement annulée en appel fin 2008. Rassurez-vous, privé de ses droits à la retraite, le malheureux Daniel Bernard a su rebondir : il a pris la présidence d’une chaîne de bricolage britannique Kingfisher (Castorama…), est administrateur d’Alcatel (100.000 euros en 2009 pour participer aux réunions) et de Capgemini.

 

Trois ans de cotisation : 1,2 million de pension

 

Autre cas insolite : celui de Jean-René Fourtou. Il figure deux fois dans notre tableau, et ce n’est pas une erreur ! Car les retraites chapeaux peuvent se cumuler. Aventis s’est engagé à lui verser une pension de 1,6 million d’euros après son départ en 2002. Puis Vivendi Universal, dont il est PDG de 2002 à 2005, lui promet, pour à peine trois années de labeur, une retraite complémentaire de 1,2 million [1]. Dans un magnifique accès de sobriété, l’ancien triple PDG (Rhône-Poulenc, Aventis, Vivendi) renonce à toucher sa seconde retraite complémentaire. « Je considère que celle que je touche comme ancien président d’Aventis est suffisante », déclare-t-il, en 2005, devant l’assemblée générale des actionnaires, craignant d’être éclaboussé par le scandale de la retraite chapeau de son collègue de Carrefour. Quelle délicate attention ! Il reste cependant Président du Conseil de surveillance de la multinationale et touche à ce titre une rémunération d’un million d’euros annuel. Et après Aventis, Vivendi lui assure un bien-être minimum pour plusieurs générations : « Au total, en trente mois, il avait virtuellement amassé 27 millions d’euros au moment de son départ, essentiellement en stock-options (son dernier salaire s’élevait à 3,4 millions d’euros). De quoi goûter paisiblement sa semi-retraite de président du conseil de surveillance (un million d’euros par an) », rappelle le quotidienLes Echos.

 

La discrète multinationale Air Liquide, fournisseur de gaz « rares » (hydrogène, azote…) pour l’industrie, est aussi particulièrement généreuse avec ses anciens dirigeants. Son président d’honneur, Édouard de Royère, empoche chaque année une modeste pension de retraite équivalente à 188 allocations de solidarité aux personnes âgées (minimum vieillesse). Édouard de Royère est également membre du Conseil d’administration du groupe financier Fimalac, propriétaire à 60% du groupe Fitch et de son agence de notation financière du même nom (Fitch Rating). Celle-là même qui, avec les agences Moody’s et Standard & Poors, évalue les États en fonction de leurs dettes publiques. C’est elle qui a récemment abaissé la note de la Grèce, précipitant le pays dans la crise… et l’obligeant à affaiblir son système de protection sociale, dont son régime de retraite. C’est, entre autre, pour éviter un tel sort, que le gouvernement Sarkozy accélère la remise en cause de l’assurance vieillesse. Remise en cause qui, bien évidemment, ne concerne pas les retraites chapeau.

 

Vous frisez l’exaspération ? Ce n’est pas terminé. Les montants provisionnés par les entreprises pour financer ces retraites chapeaux sont très faiblement imposés. Les contributions de l’entreprise ne sont pas soumises aux cotisations sociales, ni à la CSG ou à la CRDS. Elles n’alimentent donc pas les caisses de retraite. Jusqu’à fin 2009, elles étaient imposées entre 6% et 12%. Quant aux pensions versées aux dirigeants, elles étaient taxées à 8%. Considérées comme une rente viagère, elles bénéficient d’un abattement de 10% pour le calcul de l’impôt sur le revenu. Le Premier ministre François Fillon a annoncé en avril 2009 qu’il taxerait les retraites chapeaux « de façon confiscatoire ». En 2010, la taxation de ces provisions a été doublée (entre 12% et 24%) et une contribution de 30% est mise en place pour les rentes dépassant huit fois le plafond de la Sécurité sociale, soit au-delà de 276.960 euros annuels. On reste très loin d’une mesure confiscatoire. À l’aune de la réforme des retraites, ces mégas privilèges ne sont, pour l’instant, pas menacés. La baisse des pensions du retraité moyen – qui touche 1.288 euros par mois [2] – est, elle, déjà programmée. Vous avez dit inégalités ?

 

Ivan du Roy

 

Notes

 

[1] Montant cité dans le rapport parlementaire du député Philippe Houillon sur les rémunérations des dirigeants, juillet 2009.

 

[2] Selon le Conseil d’orientation des retraites

 

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"Vie de merde, bouffe de merde, corps de pauvres"

 

À chaque fois que je rentre dans la banlieue où j'ai grandi, dans le neuf-un, je suis frappé par plusieurs choses: (1) tout est bien propre avec des fleurs partout malgré les voitures qui brûlent, (2) les zones commerciales à l’américaine (des magasins/entrepôts construits à la va-vite autour d’un parking) remplacent les dernières forêts, (3) on voit que les gens ont de moins en moins d’argent et les supermarchés ont supprimé les produits les plus luxueux au profit des gammes premier prix, (4) la laideur commerciale et l’indigence des publicités omniprésentes sont d’une violence extrême et (5) il y a plein de gens vraiment très gros partout. Plus que gros. Carrément obèses, en fait.

 

Il y a quatre ans, j’avais été mixer mon premier disque à Detroit. Là-bas, la laideur structurelle de la ville et l’obésité des gens faisaient partie de l’exotisme. Mais chez moi, dans le neuf-un, la violence de cette pauvreté culturelle et visuelle mélangée à l’épidémie d’obésité m’a énormément choqué. Je ruminais ma déception quand je suis tombé sur plusieurs livres et articles sur la nourriture, l’obésité, les classes sociales et la révolution verte. Comme d’habitude, il faut savoir séparer le bon grain de l’ivraie, même si ce n’est pas facile. 

 

Une des théories en vogue dans le Nord de l’Europe est que l’obésité est une maladie mentale. Ce serait une sorte d’anorexie à l’envers, mixée à des comportements d’addiction, de faiblesse morale et de dérèglements comportementaux. Au lieu de laisser les laboratoires nous mener en bateau et nous concocter des pilules magiques qui font maigrir sans aucun effet secondaire, les médecins et psychologues se voient en grands prêtres du contrôle de soi, à mettre en place des thérapies pour empêcher les gens de se bâfrer comme des cochons.

 

Un truc de paresseux

 

C’est vrai que je me sens mal à l’aise quand je vois à Amsterdam ces touristes américaines obèses qui se remplissent de mégamenus XL de frites, de hamburgers et de wraps (contenant au moins une demi-feuille de laitue) mais qui font une crise d’asthme si la serveuse leur sert un coca normal au lieu du coca light qu’elles ont demandé.

 

Voir des obèses manger trop, c’est presque aussi insoutenable que ces publicités pour les fondations de protection des animaux où ils vous montrent des chiots malheureux dans des cages. Il y a quelque chose d’obscène dans ce gavage d’obèses.

 

Cependant, même si on a envie de crier que ces Américains sont obèses parce qu’ils sont paresseux et gourmands, je me demande s’il y a là une explication valable. Car qui connaît les États-Unis sait que plus on est pauvre, plus on est soit super maigre, soit super gros. Les corps des Américains signent leur appartenance à une classe sociale, bien avant leur accent ou leurs vêtements. Les riches ont des corps athlétiques et des dents parfaites, les pauvres n’ont ni l’un ni l'autre, et la classe moyenne essaye de limiter les dégâts pour ne pas trop ressembler aux pauvres.

 

Quand on sait à quel point la méritocratie américaine est un mythe, et que la richesse comme la pauvreté sont avant tout hérités, on se dit qu’il doit y avoir autre chose que la volonté personnelle qui fait que les riches sont beaux et les pauvres sont moches. Donc l’idée que les gros le sont parce qu’ils sont paresseux, aussi évident que cela paraisse, ça me paraît quand même très douteux.

Les psy ont beau essayer de nous vendre leur thérapie anti-morfales, je n’y crois pas.

 

 

Un truc de classe

 

Un des bouquins essentiels de la décennie dont j’ai déjà parlé dans la Revue n°10 de Minorités est The Spirit Level, Why More Equal Societies Almost Always Do Better de Richard Wilkinson et Kate Picket. On y découvre un lien statistique direct entre les maladies et les inégalités. Pour résumer rapidement, plus une société est inégale, plus les gens sont gros, dépressifs et violents. Plus une société est égalitaire, plus ses membres contrôlent leur propre vie : moins de criminalité, moins de violences, moins d’adolescentes enceintes, moins de viols, moins d’obésité, moins de maladies, moins d’extrême-droite...

 

Notre couple de sociologues anglais avoue cependant ne pas pouvoir vraiment expliquer dans les détails comment cela est possible: tout montre que les inégalités sont un facteur de stress individuel et collectif qui a des conséquences dramatiques, mais ils ne parviennent pas vraiment à mettre la main sur des articles scientifiques qui expliqueraient pourquoi vivre dans une société inégalitaire produit de l’obésité.

 

Finalement, je suis tombé sur un article de chercheurs, repris ensuite dans Slate, qui ont réussi à démontrer quelque chose de vraiment intéressant: l’obésité n’a pas de lien direct prouvable avec la quantité de nourriture ingérée, et elle n’est pas la cause de toutes les maladies en général associées à un important surpoids. L’obésité est en fait un symptôme d’empoisonnement alimentaire.

 

Pour résumer, le corps humain se protège de la nourriture de merde en stockant les éléments qu’il ne sait pas dégrader ou transformer à l’extérieur du corps, dans la couche de gras externe. Plus on mange de la merde, plus on se retrouve à dégouliner de gras sur le ventre, les seins et les fesses. Et puis, au bout d’un dizaine d’années, quand le corps n’arrive plus à se défendre et n’arrive plus à stocker toutes ces horreurs dans le gras externe, les organes internes sont touchés, et les maladies associées à l’obésité se font sentir.

 

 

Nation malbouffe

 

Dans Fast Food Nation, un livre très bien fait que j’avais dévoré en une traite, Eric Schlosser explique comment l’industrialisation de l’alimentation américaine est allée de pair avec une économie de bas salaires, d’un prolétariat ultra mobile et corvéable à merci, et la construction d’une Amérique inégalitaire où les infrastructures payées par tous sont au service des intérêts de quelques industriels.

 

Il raconte l’exploitation des adolescents par les chaînes d’alimentation rapide, l’indigence des contrôles d’hygiène, la très très mauvaise qualité des ingrédients utilisés par l’industrie alimentaire, la cruauté envers les animaux et les travailleurs sans papiers (dont les restes peuvent se mélanger dans votre hamburger), mais aussi le mensonge généralisé. 

 

Le premier mensonge est celui de la composition des produits vendus: gras de très mauvaise qualité, graisses trans (désormais interdites dans certains États ou villes), bas morceaux, additifs en tous genre. Le plus frappant est celui de l’odeur et du goût: pour cacher que nous bouffons littéralement de la merde, la viande est dotée d’un parfum « viande bien saisie sur le barbeque», les frites pré-cuites sont parfumées aux bonnes-frites-qui-n’existent-plus, la mayonnaise est parfumée au fromage et la bouillie de restes de poulets passés à la centrifugeuse pour augmenter la quantité d’eau est, elle aussi, parfumée au poulet.

 

Quand à l’umami, ce cinquième goût découvert par les Japonais, celui qui nous fait adorer le poulet frit ou la viande bien saisie, il ne doit rien aux ingrédients ou à la cuisson: il vient d’additifs chimiques destinés à tromper votre palais.

 

Non seulement on nous vend de la merde dans des jolis emballages, mais on trompe notre instinct et notre odorat. 

 

Une histoire qui traîne beaucoup sur le net et dans les journaux est celle de cette américaine qui a laissé traîner dehors un Happy Meal™, ce menu concocté avec amour par McDonald pour les enfants, juste pour voir. Ignoré par les champignons, les bactéries et les insectes, il n’avait pas bougé un an après. Si même les bactéries et les champignons n’en viennent pas à bout, et que les mouches (qui ne sont pas connues pour être de fines bouches) s’en désintéressent, comment peut-on imaginer que notre corps puisse le dégrader pour y trouver les éléments dont il a besoin? Je sais que ça a refroidi beaucoup de parents autour de moi qui ont lu cette histoire.

 

 

Empoisonnement collectif planifié

 

Il suffit de se promener dans n’importe quel supermarché américain, néerlandais ou britannique pour réaliser à quel point la bouffe industrielle domine: il est presque impossible de se concocter un repas avec des produits non transformés exempts d’additifs destinés à tromper vos sens. Manger sainement demande des ressources pécuniaires et organisationnelles que les pauvres ne peuvent pas se permettre. 

 

Cette évolution, on la retrouve désormais dans ma banlieue d’origine: les magasins de primeurs ont fermé depuis longtemps, remplacés par des boutiques télécom, les supermarchés font de plus en plus de place pour les plats préparés par l’industrie alimentaire (avec des marges très intéressantes) au détriment des produits frais non transformés (dont la marge est bien moindre). Vendre un poireau à quelques dizaines de centimes pour faire une soupe rapporte énormément moins que vendre un litre de soupe à plusieurs euros, surtout quand elle consiste surtout en de l’amidon, des exhausteurs de goût, des gras de mauvaise qualité et du sel.

 

Tout à coup, les statistiques des sociologues commencent à faire sens: les sociétés inégalitaires (États-Unis et Royaume-Uni en tête) sont celles où la pauvreté est la plus violente, mais aussi où l’industrie alimentaire a le plus développé d’alimentation à bas prix pour satisfaire les besoins caloriques des plus pauvres. Car leur revenu disponible y est aussi bien moindre que dans les société plus égalitaires.

 

Les pays européens qui suivent cette pente facile de l’inégalité sont aussi ceux qui sont les plus touchés par l’industrialisation de l’alimentation, réponse économique à la baisse des salaires réels et la violence organisationnelle qui est exercée sur les familles. Dans une société où les gens n’ont plus beaucoup l’occasion de manger ensemble parce qu’on leur demande d’être flexibles tout en les payant moins, la malbouffe industrielle est une réponse normale.

 

 

Manger bouger point FR

 

Alors quand je vois ces campagnes gouvernementales « manger bouger » après des publicités pour de la malbouffe à la télé, je commence à voir rouge. On laisse les classes moyennes se paupériser, on transforme leurs villes en centres commerciaux vulgaires uniquement accessibles en voiture où la seule nourriture possible est de la merde parfumée, et on nous dit qu’il faut bouger sinon on va tous être gros.

 

Maintenant qu’on sait que nos corps deviennent obèses parce qu’on nous fait ingérer des produits toxiques, et qu’on mange de la merde car c’est l’organisation optimale si on veut maximiser les profits de quelques uns tout en maintenant les salaires  des autres aussi bas que possible sans que les gens aient faim, ça ne vous fait pas tout drôle d’entendre dire partout que si vous bougiez un peu votre cul vous seriez moins gros?

 

Ce qui m’énerve encore plus, c’est qu’on sait désormais que le modèle américain de développement est une catastrophe: une nature à bout de souffle, des villes laides où l’on vit mal, des classes moyennes paupérisées qui sont obligées de vivre à crédit parce que travailler ne nourrit plus son homme, et un quasi-monopole de l’alimentation industrielle qui a conduit à une obésité pandémique et une morbidité inconnue jusque là, même chez les enfants.

 

Donc on sait. Mais rien n’est fait, on continue comme ça.

 

Tout va bien, le pays se modernise. Vous reprendrez bien un peu notre merde parfumée?

 

Mais n'oubliez pas de vous bouger le cul, bande de gros paresseux.

 

Laurent Chambon

par Laurent Chambon - Dimanche 04 avril 2010

Laurent Chambon est docteur en sciences politiques, spécialiste des minorités en politique et dans les médias, il a siégé pour le Parti travailliste à Amsterdam Oud-Zuid de 2006 à 2010, est chercheur à l'Université de Poitiers pour le projet MinorityMedia et est co-fondateur de Minorités.

 

 

 

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A quoi devons-nous faire face ?

 

"Face à un antisémite, je suis juif.

Face à un stalinien, je suis trotskiste.

Face à une armée, je suis fusillé pour l'exemple.

Face à Tsahal, je suis palestinien.

Face à Sarkozy, je suis pêcheur au Guilvinec.

Face à Castro, je suis homo.

Face à la CIA, je suis guevariste.

Face à Poutine, je suis tchétchène.

Face à l'OTAN, je suis afghan.

Face au pape, je suis capote.

Face aux Pinochet, je suis Victor Jara.

Face aux curés, je suis athée.

Face à la société machiste, je suis féministe.

Face à l'optimisme, je suis sceptique.

Face à la fatalité, je suis optimiste.

Face à la pluie, je suis gouttière.

Face à l'avenir, je suis suranné.

Face à l'autorité, je suis rebelle.

Face aux institutions, je suis Marcos.

Face aux marchés financiers, je suis alter.

Face au Grenelle, je suis radical-écolo.

Face à la bourgeoisie, je suis hors-classe.

Face à la condition humaine, je suis Malraux.

Face à la pub, je suis décroissant.

Face à la beauté, je suis tribun.

Face à l'éternité, je suis étoile filante.

Face au raciste, je suis sans-papiers.

Face à la mort, je suis déicide.

Face à l'écriture, je suis poids-plume.

Face au commerce, je suis gratuit.

Face aux certitudes, je suis affligé.

Face au capitalisme, je suis abolitionniste.

Face aux conventions, je suis dissident.

Face à la vieillesse, je suis poupon.

Face à la jeunesse, je suis subordonné.

Face à la vertu, je suis Robespierre.

Face à la vanité, je suis escarbille.

Face aux vérités, je suis conditionnel.

Face aux souvenirs, je suis infécond.

Face au terrorisme d'Etat, je suis Rouillan.

Face à la propriété, je suis vol."

 

 

Par Velveth, in Mediapart

 

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  • #1

    De la Panouse Vivien (mercredi, 05 mai 2010 11:16)

    Camarade, " Face au pape, je suis capote" est une réduction qui sert le capitalisme.







  • #2

    Michel (mercredi, 05 mai 2010 18:05)


    En quoi cela sert-il le capitalisme, Camarade ??

    Ce sont des sentences, des "raccourcis" certes, mais qui parlent. A mon sens, bien sûr.

    Dans ce cas précis, c'est une antinomie "provocante" pour le papisme...

    On pourrait faire un développement pour chacune de ces sentences, mais c'est un autre sujet !

  • #3

    De la Panouse Vivien (samedi, 08 mai 2010 18:26)

    Vous écrivez :

    "Face à un antisémite, je suis juif". Là c'est OK : les antisémites sont contre les juifs etc...C'est donc clairement être du côté de la victime.
    " Face à un stalinien, je suis trotskiste". Là c'est OK : le trotskisme est le bon côté de l'ex-socialisme soviétique, le stalinisme son mauvais côté.
    "Face à une armée, je suis fusillé pour l'exemple." Encore OK : on a tranché la vie d'un mec parce qu'il a commis une faute miltaire, ce n'est pas bien.
    "Face à Tsahal, je suis palestinien.". Toujours d'accord : la peur de disparaître sous le nombre et sous la haine conduit les Israéliens à oppresser les Palestiniens. Et il ne faut pas être du côté des oppresseurs.
    Mais "Face au pape, je suis capote", non : trop de gens bien en place et pratiquant de sales affaires ont intérêt à ce que l'Eglise s'occupe seulement de problèmes de sexe (comme Benoît XVI l'a fait dans son voyage en Afrique ) ou de questions internes (du genre de l'ouverture en direction des intégristes). Ce qu'ils redoutent, c'est qu'elle critique l'injustice et le pouvoir de l'argent. Mais si de votre côté il y a l'équation "pape=anti-capote", alors...





  • #4

    Michel (dimanche, 09 mai 2010 01:45)


    @ Vivien :

    Merci pour le message.

    Précision : je ne suis pas l'auteur de ce texte !

    Comme je le disais précédemment, ce sont des sentences et donc c'est réducteur. Bien entendu qu'il ne faut pas réduire le pape à la "capote"... je suis anticlérical et je ne pense pas que l'oligarchie catholique romaine critique le pouvoir de l'argent : celle-ci a toujours été du côté du pouvoir contre les peuples. Je ne stigmatise pas les individus (prêtres ou autres) qui, eux, ont pu faire des choses positives tout au long de l'histoire...

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Scores élevés

du FN :

une surprise ?

 

Les résultats du 1er tour des élections régionales l’avaient déjà montré: l’extrême droite, et en premier lieu le Front National, a obtenu des résultats significatifs. Avec 12% des suffrages au niveau national, celui-ci reste solidement ancré dans le paysage politique, malgré l’émergence de listes concurrentes en grande partie issues de ses propres rangs (comme le Parti de la France de Carl Lang). Si des listes comme Alsace d’abord (4, 98%) et la Ligue du Sud en région Provence-Alpes-Côte-D’azur (2, 69%), portées notamment par les Identitaires qui confirment leur implantation dans certaines régions, obtiennent des scores non négligeables, le FN conserve néanmoins son statut de premier parti d’extrême-droite.

 

Avec respectivement 20, 29% des voix en PACA, 18, 31% dans le Nord-Pas-de-Calais et 14, 01% en Rhône-Alpes, les trois principales figures du FN que sont Jean-Marie Le Pen, sa fille Marine, et Bruno Gollnisch, réalisent des scores importants, avec des moyens financiers et des capacités militantes pourtant nettement plus faibles que dans les années 90. En s’emparant de la question sociale, Marine Le Pen a confirmé son implantation dans une région considérée comme un bastion historique de la gauche (elle finit 2ème dans le Pas-de-Calais), et a ainsi marqué des points dans la bataille pour la succession à la tête du FN, malgré le bon score de son rival Bruno Gollnisch.

 

Le second tour n’a fait que confirmer ces (bons) résultats: non seulement le recul de l’abstention par rapport au premier tour (de 53, 6 à 48, 9%) n’a pas désavantagé le FN, mais celui-ci progresse même nettement partout où il s’est maintenu (jusqu’à 26, 5% dans le Vaucluse et 24, 4% dans le Pas-de-Calais). Il obtient ainsi une moyenne de près de 18% des voix ainsi qu’un total de 118 conseillers régionaux. Si il perd des voix par rapport aux régionales de 2004, il améliore ses scores dans une bonne partie des régions où il s’est maintenu, notamment dans le Nord-Pas-de-Calais.

 

Le fait que le FN soit non seulement en capacité de se maintenir au second tour dans 12 régions, mais aussi d’améliorer ses scores au second, a fait mentir ceux qui, y compris à gauche, prétendaient au lendemain de l’élection de Nicolas Sarkozy que le FN était un parti moribond. Qui peut s’en étonner? Si la stratégie du candidat à la présidentielle Sarkozy, qui avait repris une bonne partie des thèmes de campagne «traditionnels» du FN avait porté ses fruits en 2007 (en «siphonnant» une partie de l’électorat du FN), sa politique sécuritaire, anti-sociale et raciste n’a fait que renforcer les idées de l’extrême droite, qui a su profiter de l’incapacité du «président du pouvoir d’achat» à apporter des réponses à la crise.

 

Pour détourner la colère des couches populaires victimes de la crise économique et sociale provoquée par sa propre politique, Sarkozy et l’UMP ont renforcé un peu plus un climat de racisme et de stigmatisation des musulmans, amplifié notamment lors du débat sur «l’identité nationale» mené par Eric Besson, responsable l’année dernière encore de l’expulsion de 30000 étrangers. Les petites phrases sur les «Auvergnats», sur des candidats comme Ali Soumaré (que le candidat UMP du Val d’Oise disait avoir confondu avec «un joueur de l’équipe réserve du PSG»), le projet de loi sur la Burqa, mais aussi les petites phrases d’un Georges Frêche (réélu avec plus de 54% des suffrages dans le Languedoc-Roussillon) ne peuvent que légitimer un peu plus les idées de l’extrême-droite et donner confiance à ses militants les plus radicaux, qui depuis quelques mois multiplient les actes racistes ou les agressions contre des militants du mouvement social…

 

Le NPA, tout en continuant à mener une politique anti-raciste, de solidarité entre les travailleurs et entre les peuples contre la politique de Sarkozy et du patronat, appelle à la reprise de mobilisations unitaires face à une extrême-droite de «retour» sur la scène électorale et face à sa frange la plus radicale.

 

NPA 26/03/2010

 

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Dictature de la finance

Les Etats européens livrent leurs populations aux spéculateurs


Par Nadia Djabali 16 mars 2010 in Basta !

 

On les croyait temporairement stigmatisés suite à leur responsabilité dans la crise financière. Loin de faire profil bas, les marchés financiers repartent à l’assaut de ce qui reste du « modèle social européen ». Objectif : faire payer les populations en menant une offensive sans précédent contre les salaires, les services publics et les droits sociaux, avec la complicité des gouvernements. Si la Grèce est aujourd’hui dans le collimateur, tous les pays européens sont concernés.

 

Photo : Répression des manifestations contre le plan d’austérité, Athènes,

5 mars 2010 (droits réservés)

 

Le 27 janvier 2010, l’état grec lève sans difficulté 8 milliards d’euro d’emprunt sur les marchés financiers. La demande pour ces obligations était cinq fois plus importante que l’offre proposée. Le 4 mars, la Grèce réussit à nouveau à emprunter 5 milliards d’euros. « Preuve qu’en dépit de la conjoncture extrêmement néfaste, l’économie grecque reste forte », déclare-t-on au ministère des Finances à Athènes. Ces deux épisodes laissent perplexes compte tenu de la kyrielle de déclarations alarmistes sur la possible faillite des finances publiques de la péninsule hellénique.

 

Fonds spéculatifs, Hedge Funds et banques d’affaires joueraient-ils à la spéculation, tout en sachant qu’un État ne peut pas faire faillite et que les contribuables passeront tôt ou tard au guichet pour éponger les dettes ? Ne serait-ce pas là une opportunité politique pour donner un sérieux tour de vis à l’État « providence » en le démantelant encore plus ? Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne et Jean-Claude Juncker, président de l’Eurogroupe, ont complimenté Athènes pour les efforts de rigueur déployés par le gouvernement social-démocrate de Georges Papandréou. Selon Jean-Claude Trichet, le gel des salaires et celui des retraites sont des mesures « convaincantes » pour réduire un déficit estimé à 30 milliards d’euros. Avec une question : qui doit payer la crise ? Les populations ou les acteurs des marchés financiers ?

 

Hausse des prix, baisse des salaires et chômage de 18%

 

Beaucoup moins convaincue par ces mesures, la population grecque craint de payer le plan de rigueur par une longue récession. « Ces mesures sont cruelles, injustes et partiales », s’indigne Stathis Anestis, de la Confédération générale des travailleurs grecs (GSEE). « Les travailleurs ne doivent pas payer seuls la crise par une baisse des salaires et la remise en cause d’acquis sociaux. Le pays subit une attaque sans précédent qui ne concerne pas seulement la Grèce, mais aussi d’autres pays visant à la suppression des droits sociaux. » Pourtant, les dirigeants syndicaux continuent à soutenir le gouvernement Papandréou tout en subissant une pression très forte de leur base pour qu’ils s’opposent aux mesures de rigueur. Les grèves de 24 heures proposées par les deux principales centrales syndicales (GSEE et Adedy) en laissent plus d’un dubitatifs. Le 3 mars, un rassemblement devant le Parlement a rapidement dégénéré. Yannis Panagopoulos, dirigeant de la GSEE, a été molesté par des jeunes manifestants et a dû être évacué alors qu’il entamait son discours.

 

Le Parlement grec votait, en procédure d’urgence, un texte intitulé « Mesures d’urgence pour faire face à la crise financière ». Objectif : regagner la crédibilité des marchés en économisant 4,8 milliards d’euros en 2010. Outre le gel des pensions de retraite des fonctionnaires et des salaires du public comme du privé, les 13ème et 14ème mois versés aux fonctionnaires seront amputés de 30% et 60%. La TVA passe de 19 à 21%, les taxes sur l’alcool augmentent de 20%, le prix des cigarettes de 63%. Le prix de l’essence monte de 8 centimes au litre, et le diesel de 3 centimes, alors qu’un mois plus tôt le prix des carburants avait déjà augmenté de 25 centimes. Et ce n’est pas fini : « De nouvelles solutions devront être envisagées en 2011 et 2012 », prévient le Finlandais Olli Rehn, commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires. « Le renforcement des restrictions budgétaires va briser toute reprise de la consommation et de l’activité, commente Agnès Benassy-Quéré directrice du CEPII (Centre d’études prospectives et d’informations internationales), au moment où le taux de chômage pourrait atteindre 18% suite à l’expiration des programmes d’emplois publics financés par l’Union européenne. »

 

Où est passée la solidarité européenne ?

 

L’électrochoc subi par la population grecque ne comporte aucune contrepartie. Ni le FMI (Fonds monétaire international), ni les États européens n’ont prêté de l’argent. Ces derniers y sont contraints par le traité de Maastricht : celui-ci prévoit une clause qui interdit à un État membre de répondre des engagements financiers d’un autre. Le 15 mars à Bruxelles, les ministres des Finances de l’Eurogroupe (de la zone euro) sont tombés d’accord. Des prêts bilatéraux d’un montant de 20 à 25 milliards d’euros pourraient être consentis à la Grèce en cas de besoin. « Mais nous pensons que la question ne se posera pas » a d’ores et déjà annoncé Jean-Claude Juncker, président de l’Eurogroupe et Premier ministre du Luxembourg. Aucun calendrier, aucun montant, aucun taux d’intérêt n’est rendu public. Jean-Claude Juncker a évoqué des taux élevés afin d’ « inciter fortement » la Grèce à retourner au plus vite vers les marchés financiers pour trouver de l’argent. Les 11 millions de Grecs apprécieront cette grande solidarité. Cette solution « dont n’aurait pas besoin la Grèce » devra néanmoins être avalisée par les dirigeants européens lors d’un prochain sommet, sans doute les 25 et 26 mars.

 

Grande absente du dispositif : la Banque centrale européenne (BCE). Cette dernière a le droit de prêter de l’argent aux banques privées, mais ses statuts l’empêchent d’acheter directement des obligations d’État. « On a aujourd’hui cette chose absolument inouïe que, quand vous vous appelez la République française, vous devez payer 3,4% ou 3,5% d’intérêts alors que si vous vous appelez BNP-Paribas, vous allez payer 0,5% », s’insurge l’économiste Jacques Sapir, « le fait que la BCE n’ait pas aligné les taux auxquels les État peuvent emprunter sur les taux auxquels elle prête aux banques, c’est aujourd’hui scandaleux. »

 

Cette situation illustre également les choix politiques qui ont présidé à la construction européenne : mettre à la disposition des banques privées un véritable marché européen de la dette publique. Car la BCE peut en revanche racheter à des banques les obligations d’Etat qu’elles détiennent, à condition qu’elles soient bien notées. « C’est l’acquisition directe de titres souverains par la BCE qui est interdite. Mais pas l’acquisition tout court. Celle-ci n’est pas seulement possible : elle est quotidienne », écrit Frédéric Lordon. « Les titres de la dette publique, abondamment détenus par les banques, sont l’un des instruments privilégiés de leur refinancement auprès de la banque centrale. Et pour cause : quoi qu’on daube à leur sujet, ils demeurent les plus sûrs ». Parmi les institutions financières qui ont spéculé sur la dette grecque, on trouve les américains Goldman Sachs ou JP Morgan, et en Europe, BNP-Paribas ou la Kommertzbank. Selon la banque des règlements internationaux, les banques françaises détiendraient 75,4 milliards de dollars d’obligations grecques.

 

Les agences de notation contre-attaquent

 

La crise grecque a été déclenchée après la décision de deux agences de notations (Fitch et Standard & Poor) de dégrader la note de la dette grecque en décembre 2009. « Attention, la Grèce ne pourra faire face à ses échéances de remboursement » : tel est le message envoyé aux marchés. Cette décision est amplifiée par l’annonce concomitante de la BCE de renforcer ses critères de rachat de titres, sous-entendant qu’elle refuserait les obligations helléniques. Parallèlement, la valeur des « CDS » - des titres financiers qui assurent un créancier en cas de défaillance de l’emprunteur (l’Etat grec en l’occurrence) - adossés à la dette grecque s’envole. Rappelons que ces mêmes agences de notation et CDS avaient été montrés du doigt pour leur rôle dans la crise lors des sommets du G20 à Washington en 2008 puis à Londres en 2009. Que s’est-il passé depuis pour les réglementer ? Absolument rien.

 

La Grèce est par ailleurs loin d’être le seul État confronté à des déficits élevés. Vingt-trois des vingt-sept pays de l’UE sont sous le coup d’une procédure pour déficit excessif. Devant une telle déroute, on peut s’interroger sur les règles édictées par le traité de Maastricht. « Les objectifs de 3% du PIB pour le déficit et de 60% du PIB pour la dette n’ont aucun fondement économique », assènent François Denord et Antoine Schwartz [1], « ils expriment une conception libérale de l’action publique. Celle qui prône un État respectueux du principe d’équilibre budgétaire, solvable, pouvant se présenter auprès des investisseurs et des marchés. »

 

Il faut dire que la crise des subprimes est passée par là. Les États ont assuré à travers l’argent des contribuables la survie de la finance mondiale. Après avoir injecté des centaines de milliards de dollars dans le système financier, les moyens publics se sont raréfiés à mesure que les marchés reprenaient du poil de la bête. Ceux-là même qui ont été sauvés par les États les menacent aujourd’hui en utilisant l’argent qu’États et banques centrales leur ont prêté à des taux historiquement bas. « Ils ont commencé par l’Islande, l’Ukraine et la Hongrie et montent en gamme avec la Grèce, explique l’économiste Julia Cagé dans une note publiée par la fondation Terra Nova, avec en perspective demain, l’Espagne, le Portugal, l’Italie et le Japon. »

 

Mesures draconiennes en Irlande, résistance en Islande

 

En Irlande, la situation n’est pas fameuse. Après avoir voté des économies budgétaires de 3 milliards d’euros en 2009, le gouvernement a mis en place un plan d’économie de 4 milliards pour 2010. La somme est colossale pour un pays de 4,5 millions d’habitants. L’État irlandais prévoit ainsi d’économiser 1 milliard en réduisant les salaires dans la fonction publique, 760 millions dans les dépenses sociales et 2 milliards dans les dépenses de fonctionnement et d’investissement. Ces mesures draconiennes seront inévitablement accompagnée d’une hausse du chômage, de la baisse des recettes fiscales et, par voie de conséquence, de l’aggravation des déficits publics.

 

Les Islandais ne s’y sont pas trompés. Le 6 mars, ils ont massivement rejeté par voie de référendum une loi qui prévoyait que l’Islande rembourse 3,8 milliards d’euros au Royaume-Uni et aux Pays-bas pour indemniser les clients fortunés britanniques et néerlandais de la banque islandaise Icesave qui avaient perdu leurs avoirs lors de la crise financière. « Ce vote du peuple islandais prend une signification particulière alors que le peuple grec essaie de résister à la violente purge que le gouvernement grec et l’Union européenne veulent lui imposer pour, là aussi, lui faire payer le prix d’une crise dont il n’est nullement responsable. Une même politique d’austérité drastique touche, ou va toucher, tous les pays européens », prévient l’Union syndicale Solidaires le 8 mars.

 

Budgets sociaux dans le collimateur

 

Le lendemain, l’agence Fitch menace le Royaume-Uni, la France et l’Espagne de dégrader leur note si ces pays ne prennent pas des mesures de réduction de déficit « plus crédibles ». Le message est clair : ce ne sont pas les Etats qui régulent la finance mais celle-ci qui fixe les grandes orientations de leurs politiques budgétaires. Pour la France, qui a décidé de lever sur les marchés les 35 milliards du « grand emprunt », une telle mesure serait lourde de conséquences. Paris a déjà émis 8,1 milliards d’euros d’obligations. Il reste près de 27 milliards à récupérer. Une dégradation de la note augmenterait le taux d’intérêt et creuserait le montant de la dette à rembourser par les contribuables.

 

Pourtant, depuis près d’une décennie, la France fait de gros efforts pour plaire à l’orthodoxie des marchés. La révision générale des politiques publiques (RGPP) prévoit d’ici 2012, le non remplacement de 160 000 fonctionnaires et l’économie de 7,7 milliards d’euros. Le 11 mars dernier, l’Insee a publié le résultat d’une étude démontrant que 360 000 emplois avaient été détruits en 2009 (600 000 depuis 2008). Dans le cadre de cette économie de pénurie, les dysfonctionnements des services publics se multiplient : de la protection sociale (notamment les Caisses d’allocation familiale) à l’éducation, en passant par les hôpitaux ou le Pôle emploi, la machine s’enraye au détriment des usagers, élèves ou patients. Quant aux chômeurs en fin de droit leur nombre est estimé par le Pôle emploi à un million d’ici la fin 2010, dont 400 000 se retrouveraient sans aucune ressource.

 

Faudra-t-il tailler encore plus dans les budgets sociaux pour satisfaire les marchés ? « Des solutions existent pour sortir du piège de la dette. Mais elles supposent un affrontement avec le patronat et les marchés financiers. Tous les gouvernements européens sont aujourd’hui en train de préparer une politique d’austérité drastique pour faire payer la crise aux salariés et plus largement aux populations, le tout sous le contrôle étroit de la Commission européenne et de la BCE. Il est aujourd’hui grand temps que les salariés européens se mobilisent pour imposer d’autres orientations », souhaite l’Union syndicale Solidaires. La balle est dans le camp du mouvement social et syndical.

 

Nadia Djabali

 

Notes

 

[1] L’Europe sociale n’aura pas lieu, Raisons d’agir, avril 2009

 

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ABUS SEXUELS

Prêtres pédophiles : "une perversion individuelle doublée d'une perversion institutionnelle"


Interview de Christian Terras, rédacteur en chef de la revue catholique critique Golias par Bérénice Rocfort-Giovanni

 

 

Face aux récents scandales de pédophilie en Europe, le Vatican affirme avoir agi avec "rapidité et "détermination". Comment jugez-vous cette ligne de défense ?

- La réaction du Vatican s'explique par l'accumulation d'affaires depuis une quinzaine d'années. Aujourd'hui, le rythme s'accélère. La proportion de cas dévoilés en Europe est sans commune mesure avec ce qui s'est passé aux Etats-Unis. Par conséquent, le Vatican s'arc-boute. Il botte en touche en disant: "c'est pareil dans le reste de la société". Ce sont les prétextes habituels pour ne pas remettre en cause le fonctionnement de l'Eglise. Mais le constat ne suffit plus. Les vagues s'amoncellent et font chavirer la barque de Pierre. En pleine année sacerdotale, ces affaires tombent très mal. Il n'y a pas pire image qu'un prêtre qui salit un enfant. Le Vatican est confronté à une tempête qu'il ne veut pas affronter.

Que faudrait-il alors modifier dans le fonctionnement de l'Eglise catholique pour prévenir les abus sexuels ?


- L'Eglise catholique, de par son idéologie très moralisatrice et dogmatique, n'est plus opérante dans la prise en compte de l'humanité et de la psychologie des hommes et des femmes. Elle maintient dans un carcan les candidats au sacerdoce. Or, une mutation radicale devrait avoir lieu au niveau des personnels permanents, à savoir les prêtres et les évêques. Ils ne devraient plus seulement être recrutés parmi les mâles célibataires. L'Eglise doit aussi revoir sa morale fondée sur la dichotomie bien/mal. Au-delà de la question du célibat, c'est une révolution culturelle qui doit s'engager. Ce changement avait été envisagé avec le Concile Vatican II en 1962, mais il a ensuite été stoppé net en 1968, avec l'encyclique "Humanae vitae", qui interdit notamment la contraception. Ce texte, qui a constitué un véritable séisme, a persuadé l'opinion que l'Eglise était incapable d'engager une réflexion sur la sexualité sans être culpabilisante.

Le célibat des prêtres est régulièrement pointé du doigt. Pensez-vous qu'il soit la cause principale des abus ?

- Le célibat est l'un des éléments qui pousse les prêtres à commettre des actes pédophiles, mais ce n'est pas l'unique explication. De nombreux candidats au sacerdoce présentaient une grande immaturité sur le plan sexuel et camouflaient, inconsciemment, leur pédophilie. On a embarqué ces personnes dans une aventure pour laquelle elles n'étaient pas prêtes.
Pendant des années, l'Eglise a manqué de discernement et a couvert leurs transgressions, en se contentant de déplacer les prêtres pédophiles. La perversion individuelle s'est alors doublée d'une perversion institutionnelle. Le système s'apparente à du crime organisé. La justice a rétabli des repères moraux.

On a du mal à comprendre que l'Eglise catholique, pour laquelle la morale est si importante, couvre de tels abus…

- Tout comme il existe une raison d'Etat, il y a une raison d'Eglise. Elle l'emporte sur le droit des victimes. Pour éviter le face-à-face avec la justice des hommes, l'Eglise préfère s'arc-bouter sur une défense minimaliste. Elle refuse de remettre en cause le système qui a causé et cautionné les abus. Elle balade les familles de victimes.

Comment, dans ce contexte d'omerta, les langues ont-elles pu se délier?

- Un grand nombre de familles catholiques, très pratiquantes, ont été les victimes de prêtres en qui elles avaient une entière confiance. Lorsqu'elles ont demandé des comptes, les évêques se sont contentés de déplacer les personnes incriminées. La prise de conscience des familles a alors été très douloureuse. Dans notre culture de sécularisation, le droit des enfants a émergé. Les parents ont réussi à se détacher de la notion de sacralisation du prêtre et sont rentrés dans une dynamique associative, notamment aux Etats-Unis, dans les années 1990. Les victimes américaines ont ainsi reçu des dédommagements très importants. Ce modèle a fait école en Europe. En France, le procès de l'abbé Bissey, en 2000, a été un électrochoc. Non seulement l'abbé Bissey a écopé de 18 ans de prison, mais la justice a également sanctionné l'autorité hiérarchique, en la personne de l'évêque Pierre Pican. Par solidarité de caste, des évêques ont mis du temps à comprendre cette condamnation. Il a fallu que justice soit rendue pour que l'Eglise prenne peu à peu conscience de la responsabilité institutionnelle. Les évêques signalent désormais de plus en plus les cas de pédophilie.

Qu'a changé l'arrivée de Benoît XVI ?

- Benoît XVI est profondément affecté par ces scandales, car des faits se sont déroulés dans son pays d'origine, l'Allemagne. Son frère, Georg Ratzinger, faisait partie d'une chorale où des membres disent avoir subi des abus. Par ailleurs, l'abbaye d'Ettal fait l'objet d'une enquête pour des actes de pédophilie présumés remontant aux années 70. L'abbaye dépend du diocèse de Munich, dirigée à l'époque par le cardinal Joseph Ratzinger, l'actuel pape. Benoît XVI est donc touché à titre personnel.
D'une manière générale, ce pontificat a radicalisé une orientation très intransigeante en matière de morale et de sexualité. Mais de nombreux chrétiens se détachent désormais de cette vision. Ils ne cautionnent pas les abus et n'hésitent plus à s'exprimer. L'Eglise devient un objet institutionnel comme un autre. Elle est confrontée à un effet boomerang, car souvent les victimes ne parlent que plusieurs années après les faits. Le besoin de vérité est très vivace.

Le pape doit s'adresser prochainement aux catholiques d'Irlande. Qu'attendez-vous de son message ?

- J'ai peur que son discours ne soit qu'un acte de repentance. S'il reste dans un registre purement compassionnel et s'il dédouane l'Eglise, une fois de plus, le Vatican aura raté le rendez-vous avec l'Histoire. Je crains que l'on ne puisse discerner dans les paroles du pape une remise en cause, pourtant nécessaire, de l'institution.

 

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Journal suisse romand anticapitaliste, féministe et écologiste pour le socialisme du 21e siècle



Secret

bancaire:

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

une propagande

mise à nu


Ce que les milieux dirigeants de ce pays essaient d’inscrire dans la tête de chaque habitant·e depuis des décennies, ce que matraque la grande presse quotidiennement, c’est que le secret bancaire est vital pour la place financière helvétique et pour la Suisse dans son ensemble : pour son économie, ses emplois et même son « identité » la plus profonde… En 1931 déjà, le conseiller fédéral Jean-Marie Musy prononçait un discours sur « la question du contrôle des banques » devant un parterre de banquiers suisses réunis pour leur assemblée annuelle : « La fuite de capitaux déposés dans nos banques, qui pourrait être la conséquence de l’institution du contrôle officiel, causerait à notre économie nationale un mal dont le peuple tout entier aurait à souffrir ».

    Cette propagande a continué au cours des années avec une constance redoutable. Pour lui donner un vernis de scientificité, les milieux dirigeants et le patronat bancaire s’appuient sur quelques études menées par des « experts ». Ainsi d’une publication du Professeur lausannois J.-C. Lambelet commanditée par les banques privées genevoises et parue en 2001, qui affirme dans sa conclusion que si le secret bancaire était affecté, cela aurait des « conséquences catastrophiques » pour la Suisse. Le Prof. Lambelet, qui n’a pas froid aux yeux, avance même qu’il faudrait « fermer Genève » en cas de levée du secret bancaire !

    Or, au cours de 2009, les autorités fédérales ont été obligées d’affaiblir le secret bancaire de manière non négligeable, en renonçant à la distinction entre fraude et évasion fiscales. S’en est-il suivi, comme le martelaient en chœur le Conseil fédéral et les milieux bancaires un écroulement de la place financière suisse ? Y a-t-il eu des faillites de banques en cascade et un effondrement de l’économie ? Pire, Genève aurait-elle été rayée de la carte ?

    Non seulement rien de tout cela ne s’est produit, mais en plus, selon le dernier rapport de la Banque nationale suisse, la somme totale des actifs étrangers sous gestion dans les banques suisses en 2009 est restée quasiment stable. Les banquiers privés ont même reçu passablement de nouveaux dépôts (ce qui n’empêche d’ailleurs pas les banques, UBS en premier lieu, de licencier pour accroître leurs marges de bénéfices).

    Car où les riches fraudeurs trouveraient-ils des conditions aussi avantageuses qu’en Suisse ? Quel autre paradis fiscal possède une monnaie aussi puissante et des entreprises de premiers rangs dans des secteurs aussi divers et essentiels que l’agroalimentaire, les technologies informatiques, la pharma, les assurances, l’horlogerie, la cimenterie, l’import-export, l’industrie des machines, etc. En outre, les paradis fiscaux concurrents comme Jersey, Hong-Kong, Singapour ou le Liechtenstein sont aussi sous pression internationale et ne constituent donc guère des alternatives à la Suisse.

    Il faut savoir que la gestion de fortune, si elle engendre de gros bénéfices que se partagent les propriétaires et les dirigeants des banques, ne crée en revanche que peu de postes de travail. Quand on sait qu’un gestionnaire de fortune administre un portefeuille de l’ordre de 200 millions de francs en moyenne, il n’y a pas besoin d’être très doué en économie pour comprendre que les possibilités de création d’emploi sont limitées.

Non seulement toute la propagande autour d’un secret bancaire prétendument vital au pays s’est avérée n’être que du vent, mais il se pourrait bien que la vérité soit à chercher dans l’affirmation opposée : le secret bancaire entraîne des coûts élevés, en particulier pour les salarié·e·s et les gens ordinaires, ceux et celles qui n’ont pas la chance d’être multimillionnaires.


    La principale raison est assez simple à saisir : le secret bancaire offre aux riches résidant en Suisse la possibilité de frauder le fisc du pays. Rappelons que si la distinction entre fraude et évasion est en train d’être supprimée pour les fiscs d’une série de pays, elle ne l’est pas pour le fisc suisse ! Le manque à gagner pour les collectivités publiques se montent à plusieurs milliards par année, une somme que les salarié·e·s doivent doublement payer : par une charge fiscale plus élevée d’un côté et des plans d’austérité, de l’autre.

    De plus, la défense du secret bancaire et d’une place financière axée sur la gestion de fortune a pour corollaire une politique monétaire nuisible aux salariés, car le maintien d’un franc fort pénalise les exportations suisses dans un contexte de crise économique où les licenciements et les mesures de mise au chômage partiel dans l’industrie et les services se comptent par millier.

    Dans ces conditions, il est vraiment incompréhensible que le Parti socialiste et l’Union syndicale suisses ne prennent pas clairement position en faveur de la suppression du secret bancaire en matière fiscale. Le Parti socialiste s’est à ce point rallié à la vision des classes dominantes qu’il ne prend même plus la peine de maintenir la division traditionnelle du travail entre une direction du parti critiquant le secret bancaire et des ministres socialistes au Conseil fédéral le défendant bec et ongles !

    C’est d’autant plus regrettable que, d’un point de vue internationaliste, le secret bancaire contribue à priver les Etats du Tiers-Monde de quelque 5 à 10 milliards de recettes annuelles, somme qui permettrait de créer dans ces pays des centaines de milliers d’emploi. Cette réalité fait du secret bancaire non seulement une nuisance pour les salarié-es vivant en Suisse mais encore un instrument honteux de l’exploitation économique des pays pauvres.

Hadrien Buclin

 

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Merci à Slovar pour cet article

Economie :

 

Les grandes fortunes des familles du business français !

 

 

Alors, que le Président déplore la désindustrialisation du pays, que le chômage vient d'atteindre la barre symbolique des 10% de la population active et que Christine Lagarde vient de faire des promesses inconsidérées auprès de la Comission Européenne (qui pourraient en cas d'échec nous valoir la pire des cures d'austérité)

Il est réjouissant de constater qu'il existe encore quelques "ménages" et familles qui résistent plutôt bien à la crise !

" Ils sont frères et sœurs, pour d'autres il s'agit d'un père, d'une mère, de leurs enfants ou encore d'une myriade d'oncles et tantes, de cousins plus ou moins éloignés. Leur point commun ? Ils possèdent des pans entiers de l'économie française en étant actionnaires de ces grandes entreprises et en en actionnant leurs manettes. En coulisses ou en occupant les plus hautes fonctions managériales. Découvrez ces puissantes familles du business français" - Ecrit le Journal du Net

L'expression moderne : "Familles du business français" nous rappelle une autre appellation, issue des années 30 : "les deux cent familles"

L'expression "deux cents familles" désignait les deux cents plus gros actionnaires (sur près de 40 000) de la Banque de France pendant l'Entre-deux-guerres. Avant la réforme de 1936, ils constituaient l'Assemblée générale de la Banque de France.

C'est Edouard Daladier, alors Président (Radical) du Conseil qui a lancé le slogan en 1934 : " Deux cents familles sont maîtresses de l'économie française et, en fait, de la politique française. Ce sont des forces qu'un État démocratique ne devrait pas tolérer, que Richelieu n'eût pas tolérées dans le royaume de France. L'influence des deux cents familles pèse sur le système fiscal, sur les transports, sur le crédit. Les deux cents familles placent au pouvoir leurs délégués. Elles interviennent sur l'opinion publique, car elles contrôlent la presse"

Dans La Banque de France au mains des 200 Familles (Comité de vigilance des intellectuels antifascistes, 1936), Francis Delaisi recensait ces 200 familles, parmi lesquelles :

Famille Caruel de Saint-Martin (Manufacture de Tabacs) - Famille Darblay (Industrie) - Famille Davillier (Banque) - Famille Fould (Banque) - Famille Gradis (Commerce) - Famille Hottinguer (Banque) - Famille Lazard (Banque) - Famille Louis-Dreyfus (Négoce de grains) - Famille Mallet (Banque) - Famille Mirabaud (Banque) - Famille Petiet (Industrie, UCPMI) - Famille Raphaël (Banque) - Famille Robillard (Manufacture de Tabacs) - Famille Rothschild (Banque) - Famille Schlumberger (Industrie) - Famille Schneider (Industrie) - Famille Stern (Banque) - Famille Vernes (Banque) - Famille Wendel (Industrie) - Famille Worms (Banque, Armement naval) - Source Wikipedia

Des noms qui sonnent encore à l'oreille, pour certains ! et dont les héritiers d'aujourd'hui, continuent à engranger quelques bénéfices ....

Mais qui sont aujourd'hui "ces puissantes familles du business français" qui détiennent une grande partie de l'activité économique du pays ?


 

 

Qui sont les puissantes familles de l'économie française ? © JDN

 

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