"PAS DE GUERRE ENTRE LES PEUPLES, PAS DE PAIX ENTRE LES CLASSES  !"

 

 

 

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"Il faut que les ouvriers sachent bien qu'il n'est de remède à leurs maux que la patience et la résignation."

 

Casimir Périer, premier ministre 1831...

 

 

LES PLANS SOCIAUX

 

Lieux de regroupement de la casse sociale et industrielle en cours dans notre pays

 

Fermetures d'usine, licenciements, chômage technique...

Découvrez les entreprises qui trinquent


Merci à Eco89


Les suppressions d'emplois annoncées depuis septembre 2008 en France.

 

Carte réalisée par la rédaction de Mediapart (www.mediapart.fr)

 

Merci à Philippe Tastet

 

Les 15 et 23 septembre :

continuer et amplifier l’action !

 

LO 13 septembre 2010


Malgré l’ampleur des manifestations du 7 septembre, Sarkozy, Fillon et leurs ministres continuent à pérorer sur le caractère irréversible de leur décision de repousser à 62 ans l’âge légal de départ à la retraite. Les députés continuent à débattre des amendements divers, mais ont déjà voté le recul de l’âge de départ. Rien d’étonnant à cela ! Le Parlement, qui s’intitule pompeusement “représentation nationale”, est composé d’une majorité de députés qui soutiennent ce gouvernement réactionnaire et surtout qui sont dévoués corps et âme aux intérêts du grand patronat.

 

Cela signifie seulement que les travailleurs n’ont rien à attendre du Parlement. Cela signifie que, loi votée ou pas, il faut continuer l’action. Faut-il rappeler que le projet de loi instituant le Contrat Première Embauche (CPE) avait déjà été adopté par le Parlement en 2006 lorsque les manifestations successives et la mobilisation dans la rue avaient contraint Villepin, Premier ministre, à manger son chapeau et à revenir en arrière ?

 

Les centrales syndicales proposent deux journées d’action, l’une le mercredi 15 septembre, l’autre le jeudi 23 septembre, la deuxième devant constituer le point d’orgue avec une journée nationale de grèves et de manifestations. Il faut faire en sorte que les initiatives variées prévues pour le 15 septembre préparent la journée du 23, et que celle-ci mobilise plus de salariés, de retraités, de chômeurs encore que le 7 septembre.

 

Sur la question des retraites, non seulement le gouvernement ne tient pas compte du refus clairement exprimé par les principaux concernés, les retraités d’aujourd’hui et de demain, mais sa proposition de tenir compte de la pénibilité du travail constitue une provocation. Il faut une bonne dose de cynisme pour concéder qu’un travailleur puisse partir en retraite à 60 ans à condition de démontrer, expertise médicale et accord de la Sécurité sociale à l’appui, qu’il a plus de 10 % d’incapacité physique ! Cela fait d’un problème collectif des cas individuels. Comme s’il fallait le témoignage de médecins -et pourquoi pas des pompes funèbres pendant qu’ils y sont ?- pour démontrer que travailler toute sa vie durant sur une chaîne de montage automobile, dans une usine chimique, sur des chantiers du bâtiment ou comme caissière de supermarché, mine la santé, use l’organisme !

 

Ils veulent faire croire aussi que la pénibilité au travail est une exception. Grossier mensonge ! C’est la règle générale. De savants imbéciles peuvent toujours citer bien sûr le cas de tel artiste qui, à 86 ans, chante encore, de tel acteur qui, au même âge, monte encore sur les planches, ou des chercheurs qui n’ont pas l’intention d’arrêter de chercher après 60 ans. Mais quoi de commun entre cette toute petite minorité qui fait un métier qu’elle a choisi et qui correspond à une vocation, et le cas de l’écrasante majorité des salariés qui travaillent parce qu’il faut bien gagner sa vie ? Pour cette écrasante majorité, la pénibilité peut aussi bien provenir d’un effort physique qui devient douloureux avec l’âge, de gestes répétitifs à l’infini, du travail de nuit, que simplement de la pression morale de l’encadrement ou de la charge de travail.

 

Alors, les bavardages du Parlement autour de la pénibilité du travail, sont de la poudre aux yeux. Il faut revenir sur toutes les mesures prises contre la retraite et les retraités depuis Balladur, c’est-à-dire revenir à la retraite à taux plein à 60 ans, et 37 annuités et demie de cotisation. Même à l’époque, tous les retraités étaient loin de toucher une pension décente. Mais les reculs imposés depuis 20 ans constituent une régression majeure.

 

Qu’on ne nous dise pas qu’il y a un problème de financement de la caisse de retraite. C’est indécent alors que des centaines de milliards ont été avancés pour venir au secours des grands banquiers et alors que les profits des grandes entreprises s’envolent malgré la crise. Qu’on prenne donc l’argent là où il est : dans les profits des grandes entreprises et des banques, dans les cadeaux de l’État aux riches !

 

Alors, il faut que la mobilisation se poursuive et s’amplifie. Il faut que ceux des salariés qui sympathisaient avec le 7 septembre sans y participer rejoignent l’action à leur tour. Ce serait aussi un moyen de montrer que la coupe est pleine, qu’il y en a assez de cette succession de mesures qui sont toutes faites pour aggraver la situation des salariés, pour remplir toujours plus les coffres-forts des actionnaires, des banquiers, des spéculateurs et des milliardaires.

 

Arlette Laguiller


Un document d’actualité.

Programme du Conseil national de la Résistance

 

Denis Kessler est ou a été : maoïste, n°2 du MEDEF, Directeur général d’Axa, banquier, président de la fédération française des sociétés d’assurances, président du groupe de réassurance Scor, membre du Conseil économique et social, du Conseil national des assurances, du Comité européen des assurances, de la Commission des comptes de la nation.

 

Dans un éditorial du journal « Challenge », le 4 octobre 2007, il écrit notamment :

« … Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. (…) Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie. Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme… A y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! »

 

C’est à ce chantier que le pouvoir s’emploie avec constance, chaque ministre étant doté d’une masse à démolir déguisée en truelle pour bâtir l’avenir.

Rédigé pendant la guerre (fin 1943 début 1944) par un éventail représentatif de la Résistance, le Programme du Conseil National de la Résistance est un programme de rénovation pour construire une vraie « démocratie sociale », avec une économie planifiée et la maîtrise par la Nation de grands secteurs industriels et des principaux moyens de production et d’échanges.

Il allait permettre le redressement d’une France détruite et ruinée. Porteur d’espoir, d’enthousiasme, se référant comme jamais auparavant à la devise « Liberté, égalité, fraternité », il fut d’emblée une épine dans le pied d’un patronat apatride et égoïste.

 

Par le vice des terribles campagnes médiatiques que notre pays subit depuis des décennies, on s’étonne aujourd’hui, à le lire ou à le découvrir, que ce programme ait été adopté à l’unanimité par des gaullistes, communistes, socialistes, royalistes, chrétiens de droite, bref, un ramassis de bolcheviks dont le MEDEF entend anéantir l’oeuvre sous la bannière de Nicolas Sarkozy.

 

Le Grand Soir

 


VERSION ABREGEE
(VOIR VERSION COMPLETE A LA FIN)

 

Programme du Conseil national de la Résistance

 

Née de la volonté ardente des Français de refuser la défaite, la Résistance n’a pas d’autre raison d’être que la lutte quotidienne intensifiée.

Cette mission de combat ne doit pas prendre fin à la Libération. Ce n’est, en effet, qu’en regroupant toutes ses forces autour des aspirations quasi-unanimes de la Nation, que la France retrouvera son équilibre moral et social et redonnera au monde l’image de sa grandeur et la preuve de son unité.

Ainsi, les représentants des organisations de Résistance, des centrales syndicales et des partis ou tendances politiques groupés au sein du Conseil National de la Résistance, délibérant en Assemblée plénière le 15 mars 1944, ont-ils décidé de s’unir sur le programme suivant, qui comporte à la fois un plan d’action immédiate contre l’oppresseur et les mesures destinées à instaurer, dès la libération du territoire, un ordre social plus juste.

 

I Plan d’action immédiate (…)

 

II Mesures à appliquer dès la libération du territoire

Unis quant au but à atteindre, unis quant aux moyens à mettre en œuvre pour atteindre ce but qui est la libération rapide du territoire, les représentants des mouvements, groupements, partis ou tendances politiques groupés au sein du C.N.R., proclament qu’ils sont décidés à rester unis après la Libération :

 

1) Afin d’établir le gouvernement provisoire de la République formé par le général de Gaulle pour défendre l’indépendance politique et économique de la Nation, rétablir la France dans sa puissance, dans sa grandeur et dans sa mission universelle ;

2) Afin de veiller au châtiment des traîtres et à l’éviction dans le domaine de l’administration et de la vie professionnelle de tous ceux qui auront pactisé avec l’ennemi ou qui seront associés activement à la politique des gouvernements de collaboration ;

3) Afin d’exiger la confiscation des biens des traîtres et des trafiquants de marché noir, l’établissement d’un impôt progressif sur les bénéfices de guerre et plus généralement sur les gains réalisés au détriment du peuple et de la Nation pendant la période d’occupation, ainsi que la confiscation de tous les biens ennemis y compris les participations acquises depuis l’armistice par le gouvernement de l’Axe et par leurs ressortissants, dans les entreprises françaises et coloniales de tout ordre, avec constitution de ces participations en patrimoine national inaliénable ;

4) Afin d’assurer :

- le rétablissement de la démocratie la plus large en rendant la parole au peuple français par le rétablissement du suffrage universel ;

- la pleine liberté de pensée, de conscience et d’expression ;

- la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’Etat, des puissances de l’argent et des influences étrangères ;

- la liberté d’association, de réunion et de manifestation ;

- l’inviolabilité du domicile et le secret de la correspondance ;

- le respect de la personne humaine ;

- l’égalité absolue de tous les citoyens devant la loi.

5) Afin de promouvoir les réformes indispensables :

a) Sur le plan économique :

- l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie ;

- une organisation rationnelle de l’économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général et affranchie de la dictature professionnelle instaurée à l’image des Etats fascistes ;

- l’intensification de la production nationale selon les lignes d’un plan arrêté par l’Etat après consultation des représentants de tous les éléments de cette production ;

- le retour à la Nation des grands moyens de production monopolisés, fruit du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurance et des grandes banques ;

- le développement et le soutien des coopératives de production, d’achats et de ventes, agricoles et artisanales ;

- le droit d’accès, dans le cadre de l’entreprise, aux fonctions de direction et d’administration, pour les ouvriers possédant les qualifications nécessaires, et la participation des travailleurs à la direction de l’économie.

b) Sur le plan social :

- le droit au travail et le droit au repos, notamment par le rétablissement et l’aménagement du régime contractuel du travail ;

- un rajustement important des salaires et la garantie d’un niveau de salaire et de traitement qui assure à chaque travailleur et à sa famille la sécurité, la dignité et la possibilité d’une vie pleinement humaine ;

- la garantie du pouvoir d’achat national par une politique tendant à la stabilité de la monnaie ;

- la reconstitution, dans ses libertés traditionnelles, d’un syndicalisme indépendant, doté de larges pouvoirs dans l’organisation de la vie économique et sociale ;

- un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’Etat ;

- la sécurité de l’emploi, la réglementation des conditions d’embauchage et de licenciement, le rétablissement des délégués d’atelier ;

- l’élévation et la sécurité du niveau de vie des travailleurs de la terre par une politique de prix agricoles rémunérateurs, améliorant et généralisant l’expérience de l’Office du blé, par une législation sociale accordant aux salariés agricoles les mêmes droits qu’aux salariés de l’industrie, par un système d’assurance contre les calamités agricoles, par l’établissement d’un juste statut du fermage et du métayage, par des facilités d’accession à la propriété pour les jeunes familles paysannes et par la réalisation d’un plan quinquennal rural ;

- une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours ;

- le dédommagement des sinistrés et allocations et pensions pour les victimes de la terreur fasciste.

c) Une extension des droits politiques, sociaux et économiques des populations indigènes et coloniales.

d) La possibilité effective pour tous les enfants français de bénéficier de l’instruction et d’accéder à la culture la plus développée, quelle que soit la situation de fortune de leurs parents, afin que les fonctions les plus hautes soient réellement accessibles à tous ceux qui en auront les capacités requises pour les exercer et que soit ainsi promue une élite véritable, non de naissance mais de mérite, et constamment renouvelée par les apports populaires.

Ainsi sera fondée une République nouvelle qui balaiera le régime de basse réaction instauré par Vichy et qui rendra aux institutions démocratiques et populaires l’efficacité que leur avaient fait perdre les entreprises de corruption et de trahison qui ont précédé la capitulation. Ainsi sera rendue possible une démocratie qui unisse au contrôle effectif exercé par les élus du peuple la continuité de l’action gouvernementale. L’union des représentants de la Résistance pour l’action dans le présent et dans l’avenir, dans l’intérêt supérieur de la patrie, doit être pour tous les Français un gage de confiance et un stimulant. Elle doit les inciter à éliminer tout esprit de particularisme, tout ferment de division qui pourrait freiner leur action et ne servir que l’ennemi.

En avant donc, dans l’union de tous les Français rassemblés autour du C.F.L.N. et de son président le général de Gaulle ! En avant pour le combat, en avant pour la victoire afin que VIVE LA FRANCE !

 


VERSION COMPLETE


Programme du Conseil national de la Résistance

Conseil National de la Résistance

 

15 mars 1944

Née de la volonté ardente des Français de refuser la défaite, la Résistance n’a pas d’autre raison d’être que la lutte quotidienne sans cesse intensifiée.

Cette mission de combat ne doit pas prendre fin à la Libération. Ce n’est, en effet, qu’en regroupant toutes ses forces autour des aspirations quasi unanimes de la Nation, que la France retrouvera son équilibre moral et social et redonnera au monde l’image de sa grandeur et la preuve de son unité.

Aussi les représentants des organisations de la Résistance, des centrales syndicales et des partis ou tendances politiques groupés au sein du C.N.R., délibérant en assemblée plénière le 15 mars 1944, ont-ils décidé de s’unir sur le programme suivant, qui comporte à la fois un plan d’action immédiate contre l’oppresseur et les mesures destinées à instaurer, dès la Libération du territoire, un ordre social plus juste.

 

I - PLAN D’ACTION IMMÉDIATE

Les représentants des organisations de résistance, des centrales syndicales et des partis ou tendances politiques groupés au sein du C.N.R.

Expriment leur angoisse devant la destruction physique de la Nation que l’oppresseur hitlérien poursuit avec l’aide des hommes de Vichy, par le pillage, par la suppression de toute production utile aux Français, par la famine organisée, par le maintien dans les camps d’un million de prisonniers, par la déportation d’ouvriers au nombre de plusieurs centaines de milliers, par l’emprisonnement de 300.000 Français et par l’exécution des patriotes les plus valeureux, dont déjà plus de 50.000 sont tombés pour la France.

Ils proclament leur volonté de délivrer la patrie en collaborant étroitement aux opérations militaires que l’armée française et les armées alliées entreprendront sur le continent, mais aussi de hâter cette libération, d’abréger les souffrances de notre peuple, de sauver l’avenir de la France en intensifiant sans cesse et par tous les moyens la lutte contre l’envahisseur et ses agents, commencée dès 1940.

Ils adjurent les gouvernements anglais et américain de ne pas décevoir plus longtemps l’espoir et la confiance que la France, comme tous les peuples opprimés de l’Europe, a placés dans leur volonté d’abattre l’Allemagne nazie, par le déclenchement d’opérations militaires de grande envergure qui assureront, aussi vite que possible, la libération des territoires envahis et permettront ainsi aux Français qui sont sur notre sol de se joindre aux armées alliées pour l’épreuve décisive.

Ils insistent auprès du Comité Français de la Libération Nationale pour qu’il mette tout en œuvre afin d’obtenir les armes nécessaires et de les mettre à la disposition des patriotes. Ils constatent que les Français qui ont su organiser la résistance ne veulent pas et d’ailleurs ne peuvent pas se contenter d’une attitude passive dans l’attente d’une aide extérieure, mais qu’ils veulent faire la guerre, qu’ils veulent et qu’ils doivent développer leur résistance armée contre l’envahisseur et contre l’oppresseur.

Ils constatent, en outre, que la Résistance Française doit ou se battre ou disparaître ; qu’après avoir agi de façon défensive, elle a pris maintenant un caractère offensif et que seuls le développement et la généralisation de l’offensive des Français contre l’ennemi lui permettront de subsister et de vaincre.

Ils constatent enfin que la multiplication des grèves, l’ampleur des arrêts de travail le 11 Novembre qui, dans beaucoup de cas, ont été réalisés dans l’union des patrons et des ouvriers, l’échec infligé au plan de déportation des jeunes français en Allemagne, le magnifique combat que mènent tous les jours, avec l’appui des populations, dans les Alpes, dans le Massif Central, dans les Pyrénées et dans les Cévennes, les jeunes Français des maquis, avant garde de l’armée de la Libération, démontrent avec éclat que notre peuple est tout entier engagé dans la lutte et qu’il doit poursuivre et accroître cette lutte.

En conséquence, les représentants des organisations de résistance, des centrales syndicales et des partis ou tendances politiques groupés au sein du C.N.R.

Déclarent que c’est seulement par l’organisation, l’intensification de la lutte menée par les forces armées, par les organisations constituées, par les masses, que pourra être réalisée l’union véritable de toutes les forces patriotiques pour la réalisation de la libération nationale inséparable, comme l’a dit le Général De Gaulle, de l’insurrection nationale qui, ainsi préparée, sera dirigée par le C.N.R, sous l’autorité du C.F.L.N, dès que les circonstances politiques et militaires permettront d’assurer, même au prix de lourds sacrifices, son succès.

Ils ont l’espoir que les opérations de la Libération du pays, prévues par le plan de l’état major interallié, pourront ainsi être, le cas échéant, avancées grâce à l’aide apportée par les Français dans la lutte engagée contre l’ennemi commun, ainsi que l’a démontré l’exemple glorieux des patriotes corses.

Ils affirment solennellement que la France qui, malgré l’armistice, a poursuivi sans trêve la guerre, entend plus que jamais développer la lutte pour participer à la libération et à la victoire.

Pour mobiliser les ressources immenses d’énergie du peuple français, pour les diriger vers l’action salvatrice dans l’union de toutes les volontés, le C.N.R décide :

D’inviter les responsables des organisations déjà existantes à former des comités de villes et de villages, d’entreprises, par la coordination des formations qui existent actuellement, par la formation de comités là où rien n’existe encore et à enrôler les patriotes non organisés.

Tous ces comités seront placés sous la direction des comités départementaux de la libération (C.D.L). Ils seront soumis à l’autorité des C.D.L qui leur transmettront, comme directives, la plate-forme d’action et la ligne politique déterminée par le C.N.R.

Le but des ces comités sera, à l’échelon communal, local et d’entreprise, de faire participer de façon effective tous les Français à la lutte contre l’ennemi et contre ses agents de Vichy, aussi bien par la solidarité et l’assistance active à l’égard des patriotes sous l’impulsion et le soutien donnés aux revendications vitales de notre peuple. Par dessus tout, leur tâche essentielle sera de mobiliser et d’entraîner les Français qu’ils auront su grouper à l’action armée pour la Libération.

Ces comités devront, selon les circonstances et en se conformant aux instructions données par les C.D.L, appuyer et guider toutes les actions menées par les Français contre toutes les formes d’oppression et d’exploitation imposées par l’ennemi, de l’extérieur et de l’intérieur.

 

Ces comités devront :

1) Développer la lutte contre la déportation et aider les réfractaires à se cacher, à se nourrir, à se vêtir et à se défendre, enlevant ainsi des forces à l’ennemi et augmentant le potentiel humain de la résistance ;

2) Traquer et punir les agents de la Gestapo et de la Milice de DARNAND ainsi que les mouchards et les traîtres ;

3) Développer l’esprit de lutte effective en vue de la répression des nazis et des fascistes français ;

4) Développer, d’une part, la solidarité envers les emprisonnés et déportés ; d’autre part, la solidarité envers les familles de toutes les victimes de la terreur hitlérienne et vichyssoise ;

5) En accord avec les organisations syndicales résistantes, combattre pour la vie et la santé des Français pour une lutte quotidienne et incessante, par des pétitions, des manifestations et des grèves, afin d’obtenir l’augmentation des salaires et traitements, bloqués par Vichy et les Allemands, et des rations alimentaires et attributions de produits de première qualité, réduites par la réglementation de Vichy et les réquisitions de l’ennemi, de façon à rendre à la population un minimum de vital en matière d’alimentation, de chauffage et d’habillement ;

6) Défendre les conditions de vie des anciens combattants, des prisonniers, des femmes de prisonniers, en organisant la lutte pour toutes les revendications particulières ;

7) Mener la lutte contre les réquisitions de produits agricoles, de matières premières et d’installations industrielles pour le compte de l’ennemi ; saboter et paralyser la production destinée à l’ennemi et ses transports par routes, par fer et par eau ;

8) Défendre à l’intérieur de la corporation agricole les producteurs contre les prélèvements excessifs, contre les taxes insuffisantes, et lutter pour le remplacement des syndicats à la solde de Vichy et de l’Allemagne par des paysans dévoués à la cause de la paysannerie française.

Tout en luttant de cette façon et grâce à l’appui de solidarité et de combativité que développe cette lutte, les comités de villes, de villages et d’entreprises devront en outre :

a) Renforcer les organisations armées des Forces Françaises de l’Intérieur par l’accroissement des groupes de patriotes : groupes francs, francs-tireurs et partisans, recrutés en particulier parmi les réfractaires ;

b) En accord avec les états majors nationaux, régionaux et départementaux des F.F.I, organiser des milices patriotiques dans les villes, les campagnes et les entreprises, dont l’encadrement sera facilité par des ingénieurs, techniciens, instituteurs, fonctionnaires et cadres de réserve, et qui sont destinés à défendre l’ordre public, la vie et les biens des Français contre la terreur et la provocation, assurer et maintenir l’établissement effectif de l’autorité des Comités départementaux de la Libération sur tout ce qui aura été ou sera créé dans ce domaine pour le strict rattachement aux F.F.I dont l’autorité et la discipline doivent être respectées par tous.

Pour assurer la pleine efficacité des mesures énoncées ci-dessus, le C.N.R prescrit de l’état major national des Forces Françaises de l’Intérieur, tout en préparant minutieusement la coopération avec les Alliés en cas de débarquement, doit :

1) Donner ordre à toutes les formations des F.F.I de combattre dès maintenant l’ennemi en harcelant ses troupes, en paralysant ses transports, ses communications et ses productions de guerre, en capturant ses dépôts d’armes et de munitions afin d’en pourvoir les patriotes encore désarmés ;

2) Faire distribuer les dépôts d’armes encore inutilisés aux formations jugées par lui les plus aptes à se battre utilement dès à présent et dans l’avenir immédiat ;

3) Organiser de façon rationnelle la lutte suivant un plan établi avec les autorités compétentes à l’échelon régional, départemental ou local, pour obtenir le maximum d’efficacité ;

4) Coordonner l’action militaire avec l’action de résistance de la masse de la nation en proposant pour but aux organisations régionales paramilitaires d’appuyer et de protéger les manifestations patriotiques, les mouvements revendicatifs des femmes de prisonniers, des paysans et des ouvriers contre la police hitlérienne, d’empêcher les réquisitions de vivres et d’installations industrielles, les rafles organisées contre les réfractaires et les ouvriers en grève et défendre la vie et la liberté de tous les Français contre la barbare oppression de l’occupant provisoire.

Ainsi, par l’application des décisions du présent programme d’action commune, se fera, dans l’action, l’union étroite de tous les patriotes, sans distinction d’opinions politiques, philosophiques ou religieuses. Ainsi se constituera dans la lutte une armée expérimentée, rompue au combat, dirigée par des cadres éprouvés devant le danger, une armée capable de jouer son rôle lorsque les conditions de l’insurrection nationale seront réalisées, armée qui élargira progressivement ses objectifs et son armement.

Ainsi, par l’effort et les sacrifices de tous, sera avancée l’heure de la libération du territoire national ; ainsi la vie de milliers de Français pourra être sauvée et d’immenses richesses pourront être préservées.

Ainsi dans le combat se forgera une France plus pure et plus forte capable d’entreprendre au lendemain de la libération la plus grande œuvre de reconstruction et de rénovation de la patrie.

 

II - MESURES À APPLIQUER DÈS LA LIBÉRATION DU TERRITOIRE

Unis quant au but à atteindre, unis quant aux moyens à mettre en œuvre pour atteindre ce but qui est la libération rapide du territoire, les représentants des mouvements, groupements, partis ou tendances politiques groupés au sein du C.N.R proclament qu’ils sont décidés à rester unis après la libération :

1) Afin d’établir le gouvernement provisoire de la République formé par le Général de Gaulle pour défendre l’indépendance politique et économique de la nation, rétablir la France dans sa puissance, dans sa grandeur et dans sa mission universelle ;

2) Afin de veiller au châtiment des traîtres et à l’éviction dans le domaine de l’administration et de la vie professionnelle de tous ceux qui auront pactisé avec l’ennemi ou qui se seront associés activement à la politique des gouvernements de collaboration ;

3) Afin d’exiger la confiscation des biens des traîtres et des trafiquants de marché noir, l’établissement d’un impôt progressif sur les bénéfices de guerre et plus généralement sur les gains réalisés au détriment du peuple et de la nation pendant la période d’occupation ainsi que la confiscation de tous les biens ennemis y compris les participations acquises depuis l’armistice par les gouvernements de l’axe et par leurs ressortissants, dans les entreprises françaises et coloniales de tout ordre, avec constitution de ces participations en patrimoine national inaliénable ;

4) Afin d’assurer :

- l’établissement de la démocratie la plus large en rendant la parole au peuple français par le rétablissement du suffrage universel ;

- la pleine liberté de pensée, de conscience et d’expression ;

- la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’Etat, des puissances d’argent et des influences étrangères ;

- la liberté d’association, de réunion et de manifestation ;

- l’inviolabilité du domicile et le secret de la correspondance ;

- le respect de la personne humaine ;

- l’égalité absolue de tous les citoyens devant la loi ;

5) Afin de promouvoir les réformes indispensables :

a) Sur le plan économique :

- l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie ;

- une organisation rationnelle de l’économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général et affranchie de la dictature professionnelle instaurée à l’image des Etats fascistes ;

- l’intensification de la production nationale selon les lignes d’un plan arrêté par l’Etat après consultation des représentants de tous les éléments de cette production ;

- le retour à la nation des grands moyens de production monopolisée, fruits du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques ;

- le développement et le soutien des coopératives de production, d’achats et de ventes, agricoles et artisanales ;

- le droit d’accès, dans le cadre de l’entreprise, aux fonctions de direction et d’administration, pour les ouvriers possédant les qualifications nécessaires, et la participation des travailleurs à la direction de l’économie.

b) Sur le plan social :

- le droit au travail et le droit au repos, notamment par le rétablissement et l’amélioration du régime contractuel du travail ;

- un rajustement important des salaires et la garantie d’un niveau de salaire et de traitement qui assure à chaque travailleur et à sa famille la sécurité, la dignité et la possibilité d’une vie pleinement humaine ;

- la garantie du pouvoir d’achat national pour une politique tendant à une stabilité de la monnaie ;

- la reconstitution, dans ses libertés traditionnelles, d’un syndicalisme indépendant, doté de larges pouvoirs dans l’organisation de la vie économique et sociale ;

- un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État ;

- la sécurité de l’emploi, la réglementation des conditions d’embauchage et de licenciement, le rétablissement des délégués d’atelier ;

- l’élévation et la sécurité du niveau de vie des travailleurs de la terre par une politique de prix agricoles rémunérateurs, améliorant et généralisant l’expérience de l’Office du blé, par une législation sociale accordant aux salariés agricoles les mêmes droits qu’aux salariés de l’industrie, par un système d’assurance conte les calamités agricoles, par l’établissement d’un juste statut du fermage et du métayage, par des facilités d’accession à la propriété pour les jeunes familles paysannes et par la réalisation d’un plan d’équipement rural ;

- une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours ;

- le dédommagement des sinistrés et des allocations et pensions pour les victimes de la terreur fasciste.

c) Une extension des droits politiques, sociaux et économiques des populations indigènes et coloniales.

d) La possibilité effective pour tous les enfants français de bénéficier de l’instruction et d’accéder à la culture la plus développée, quelle que soit la situation de fortune de leurs parents, afin que les fonctions les plus hautes soient réellement accessibles à tous ceux qui auront les capacités requises pour les exercer et que soit ainsi promue une élite véritable, non de naissance mais de mérite, et constamment renouvelée par les apports populaires.

Ainsi sera fondée une République nouvelle qui balaiera le régime de basse réaction instauré par Vichy et qui rendra aux institutions démocratiques et populaires l’efficacité que leur avaient fait perdre les entreprises de corruption et de trahison qui ont précédé la capitulation.

Ainsi sera rendue possible une démocratie qui unisse au contrôle effectif exercé par les élus du peuple la continuité de l’action gouvernementale.

L’union des représentants de la Résistance pour l’action dans le présent et dans l’avenir, dans l’intérêt supérieur de la patrie, doit être pour tous les Français un gage de confiance et un stimulant. Elle doit les inciter à éliminer tout esprit de particularisme, tout ferment de division qui pourrait freiner leur action et ne servir que l’ennemi.

 

En avant donc, dans l’union de tous les Français rassemblés autour du C.F.L.N et de son président le général De Gaulle !

 

En avant pour le combat, en avant pour la victoire afin que VIVE LA FRANCE !

 

LE CONSEIL NATIONAL DE LA RÉSISTANCE

 

Propriété sociale

Robert Castel :

« La retraite est le droit social par excellence »

 

Par Olivier Vilain 27 mai 2010

in Basta !


Le sociologue Robert Castel défend cette « propriété sociale » que constitue le droit à la retraite, et qui évite – pour combien de temps ? - aux salariés vieillissants de devenir pauvres. L’ancien disciple de Pierre Bourdieu et Michel Foucault rappelle que « la percée la plus décisive en matière de droits sociaux », dont la retraite, a été réalisée dans une France qui allait bien plus mal qu’aujourd’hui : un pays dévasté par la Seconde guerre mondiale, avec une productivité qui s’était effondrée, mais où la volonté politique de redistribuer les richesses produites était bien présente. Entretien.

 

© Creajama / Basta !

 

Pourquoi avez-vous signé l’appel lancé par la Fondation Copernic et l’association Attac en faveur de la retraite par répartition ? Un appel qui tire un bilan désastreux des précédentes réformes et qui alerte sur le risque de paupérisation des retraités.


Il faut prendre une position assez ferme sur la question des retraites. C’est pourquoi j’ai signé cet appel. L’enjeu est tel qu’il est important de rassembler la gauche pour faire prévaloir ses orientations. Voilà ma position. Je me distingue néanmoins de cet appel sur un point : je ne pense pas que l’âge de départ à la retraite soit nécessairement le principal objectif à défendre. Mais dans le contexte actuel, très défavorable aux salariés, il faut faire très attention lorsque l’on manipule cette idée de modulation : je ne prône pas un allongement de la durée de cotisation, surtout pas ! Il ne m’apparaît pas nécessaire, dans l’idéal, de traiter de la même façon qu’un ouvrier quelqu’un qui n’a pas eu un métier aussi épuisant, ce qui impliquerait des négociations sérieuses en fonction des types de métiers.

Une réforme du système de retraite en vue de lui assurer les financements nécessaires doit impérativement respecter deux éléments. D’une part, la possibilité de partir à la retraite au-delà des 60 ans statutaires n’a de sens que pour quelques professions privilégiées. D’autre part, le droit à la retraite exige la définition d’une pension minimale suffisamment élevée afin de permettre l’autonomie économique des individus.

 

La réforme qui se dessine va diminuer les revenus des retraités alors que ceux-ci ont déjà des difficultés à constituer des droits à la retraites suffisants en raison de la déstructuration du monde du travail. Le droit à la retraite est-il menacé ?


Il m’apparaît nécessaire de défendre un véritable droit à la retraite par répartition qui donne un socle suffisant de ressources pour continuer d’avoir une vie correcte après la vie de travail, c’est-à-dire qui permet à chaque salarié de continuer à bénéficier d’un minimum d’autonomie économique. Pierre Laroque, « l’inventeur » de la Sécurité sociale à l’issue de la Second guerre mondiale, affirmait d’ailleurs qu’elle était instituée en tant que « garantie donnée à chaque homme qu’en toutes circonstances il pourra assurer dans des conditions satisfaisantes sa subsistance ». Il ne devrait donc pas exister de retraités pauvres. Or, le risque actuel est bien que la retraite devienne progressivement un minima de subsistance.

Du point de vue du droit, la pension de retraite fonctionne comme un salaire indirect, grâce auquel une partie du produit de son travail revient, avant la fin de sa vie, au travailleur lui-même. Ceux qui ont participé à la production de richesses peuvent ainsi continuer de bénéficier d’une partie de la richesse produite, une fois qu’ils ont arrêté de travailler à cause de leur âge avancé. Une partie du travail des salariés leur revient ainsi sous forme de protection, même si leurs patrons en ont accaparé la plus grande part dans ce système capitaliste. Ce droit permet ainsi de les affranchir de la dépendance qui était la condition du vieux travailleur avant l’instauration de la retraite. Cette dépendance le laissait soit à la charge de ses enfants, soit au bon vouloir de la charité ou aux prises avec les hospices pour indigents. Une situation épouvantable !

 

Certains universitaires estiment que les retraités sont des privilégiés dans cette période de chômage de masse et de revenus plus faibles. Ils vivraient un véritable « âge d’or » contrairement aux jeunes largement victimes de l’accroissement des inégalités. Partagez-vous cette position ?


Avec le mouvement d’implantation du droit à la retraite, à partir du lendemain de la Seconde guerre mondiale, le phénomène du « vieux pauvre », si caractéristique de l’histoire ouvrière, s’est atténué. La plupart des salariés des « Trente glorieuses » ont été « couverts » par la retraite, et l’on assiste désormais plutôt à un développement massif de la pauvreté parmi les jeunes. En suivant le raisonnement selon lequel les jeunes retraités, qui ont entre 60 et 70 ans, représenteraient une classe d’âge privilégiée, il y a la tentation de les désigner comme étant trop riches. C’est un raisonnement pervers ! Cette recrudescence de la pauvreté chez les jeunes s’explique surtout par la faible qualité des emplois qui leur sont proposés et leur fort taux de chômage. Ce phénomène ne doit pas être le prétexte pour dépouiller les « vieux » salariés ! Surtout qu’il existe encore des retraités pauvres. Un phénomène qui s’explique notamment par l’arrivée à la retraite de salariés qui n’ont connu que le régime de chômage de masse et de faibles salaires en raison notamment du travail intermittent ou à temps partiel.

 

Comme en 1993 et 2003, la réforme de 2010 est menée au nom du sauvetage de notre système de retraite. Vous n’avez pas l’air inquiet malgré les prévisions très pessimistes sur son financement, pourquoi ?


L’idéal serait une société de plein emploi. Dans ce cas, le financement des systèmes sociaux ne figurerait même pas à l’agenda politique. Or, nous sommes de toute évidence dans une phase du capitalisme qui développe, au contraire, le chômage et la précarité. Il faut avoir à l’esprit l’élément suivant : si la croissance facilite les choses, elle ne remplace pas la volonté politique. Ainsi, dans les discours publics sur la retraite, on oublie souvent de rappeler que la percée la plus décisive en matière de droits sociaux a été réalisée avec la Sécurité sociale en 1945 et 1946 ; c’est-à-dire dans une France dévastée, dont la productivité était tombée en deçà du seuil atteint en 1929. Le financement du système de protection sociale dans son ensemble, et des retraites en particulier, nécessite une meilleure répartition de la valeur ajoutée entre le capital et le travail. Dans une perspective de gauche, c’est un principe évident.

Pour que le droit à la retraite soit assuré, il faut garantir une certaine égalisation des conditions en procédant à une certaine répartition des richesses, à défaut de mettre en place des politiques générant davantage d’égalité. Par exemple, il faudrait que le salarié payé tout au long de sa vie au Smic — c’est un cas de figure qui existe — ait au moins de quoi vivre une fois à la retraite, sans basculer dans l’assistance. Comme l’a dit, en 1895, Jean Jaurès en défendant la loi sur les retraites ouvrières et paysannes : il faut « qu’il n’y ait plus là comme une organisation de charité, mais comme la reconnaissance du droit ». La retraite est en effet le droit social par excellence que ce soit pour la classe ouvrière et, plus largement pour l’ensemble des travailleurs, car ce mécanisme permet d’accéder à une sorte de propriété sociale, commune à chaque salarié.

 

Derrière l’actuelle réforme gouvernementale, se dessine déjà un mouvement en faveur d’un « big bang » à la suédoise. Se référant au modèle suédois, à la CFDT, au PS, au Modem et même à l’UMP, des voix s’élèvent pour unifier les régimes de retraites, individualiser les droits, au risque de renforcer les fonds de pensions. Est-ce une voie à suivre ?


Le modèle suédois en matière de retraite ? Il faut se méfier des modes. De même dans le domaine du travail, on nous vante la « flexécurité » à la danoise. Bien sûr, nous avons toujours à apprendre de la comparaison internationale. Toutefois, les promoteurs des concepts comme le « modèle suédois des retraites » ou celui de « flexécurité à la danoise » en font une importation extrêmement sélective et partielle. Ainsi, ces modèles fonctionnent dans leur pays d’origine comme un tout. Or, personne en France ne propose de les transposer dans leur ensemble, c’est-à-dire avec leurs conditions d’application. Ainsi, dans ces pays, on compte 80% des salariés affiliés à un syndicat. On y trouve aussi un modèle social-démocrate qui impose des prélèvements sociaux bien plus importants qu’en France et une solide tradition de concertations entre patronat et syndicats.

Dans le cas des assurances privées, on voit réapparaître immédiatement la distinction entre pauvres et riches. Ces derniers sont les seuls à pouvoir épargner suffisamment pour compenser l’affaiblissement des retraites du régime général de la Sécurité sociale. Si on soumet le droit à la retraite aux fluctuations du marché, inutile de dire que cette option comporte beaucoup de risques. Il suffit d’écouter ce qui se passe à la Bourse ces jours-ci... Revenons plus particulièrement au système de retraite suédois, sans entrer dans les détails, je reste méfiant en raison du rapport de force dominant en France, qui est très défavorable aux salariés. Dans ces conditions, il y a tout à craindre que l’importation d’un soi-disant « modèle suédois » en matière de retraite ne serve en définitive qu’à déconstruire notre propre système de retraite en revenant sur le principe de la répartition.

 

Recueillis par Olivier Vilain


 

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Commentaires: 1

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    Marie-Claire St-Denis (vendredi, 25 juin 2010 01:21)

    En lisant votre article qui traite du constat du capitalisme et de ses méfaits, je dois vous
    informer qu'un livre récemment paru explique très bien le fonctionnement de ce phénomène.
    Ce livre : "Le dernier Testamenet de l'Occident" traite de fond en comble ce sujet en détail
    en expliquant les causes, sa nature et les conséquences de ses effets qui se traduisent par le
    matérialisme.

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La résistance sociale en Grèce :

bilan et perspectives

 

Dimitris FASFALIS 25 mai 2010

Manifestation à Athènes le 5 mai dernier. Source : Avgi, 6 mai.

Malgré le succès de la mobilisation du 5 mai, la résistance sociale en Grèce peine à percer la censure médiatique. Quand ce n’est pas le mensonge, c’est le silence que les médias lui réservent, à l’image de l’éditorial de Libération le 6 mai dernier : « La spirale du pire. Une grève générale qui dégénère, une banque incendiée, trois victimes et des manifestations destinées à se poursuivre. » Les amalgames et les raccourcis trompeurs réussiront sans doute à disqualifier le mouvement social aux yeux de plusieurs. Il importe donc d’étudier la brève histoire du mouvement de résistance en Grèce.

 

La grève générale du 5 mai


Le succès de cette journée de grève interprofessionnelle et de manifestations ne fait pas de doute. L’appel à la grève de la Confédération générale des travailleurs grecs (GSEE) et du syndicat de la fonction publique (ADEDY) a été massivement suivi par les salariés du public et du privé. A l’exception de Larissa, toutes les grandes villes grecques ont vu des manifestations contre le plan d’austérité : Tripoli, Patra, Volos, Ioannina, Igoumenitsa, Hérakleion, et aussi Thessalonique où des milliers de manifestants ont battu le pavé. C’est à Athènes cependant que les manifestations ont été les plus importantes : la marée humaine qui s’est emparée des rues de la capitale a rassemblé près de 250 000 personnes. Les cortèges reflétaient la diversité de la classe ouvrière de la métropole : salariés du privé, comme ceux des Chantiers navals de Skaramanga, salariés des services publics, comme les enseignants ou encore ceux de l’ex-entreprise publique d’électricité (DEH), chômeurs et retraités, étudiants et lycéens, travailleurs immigrés et collectifs de sans-papiers. Les slogans des différents cortèges exprimaient tous le refus des travailleurs de payer pour la crise déclenchée par le capital financier : « Non à la tempête anti-ouvrière », « Non à la flexibilité, oui aux 35 heures », « Salariés, soulevez-vous ! Ils nous prennent tout », « Nous avons payé leurs profits, nous ne paierons pas leur crise ». (1)

Johanna, trente ans, est venue manifester pour « dire non au FMI. Ils veulent nous faire croire qu’il est nécessaire qu’il débarque ici, mais je n’y crois pas une seconde. La situation va empirer : ils baissent nos salaires, suppriment les emplois de vacataires, réduisent les pensions. Qui accepterait un tel traitement ? » Un sentiment profond d’injustice anime les manifestants. Yannis, trente ans, professeur d’une grande école : « Tout le monde sent qu’il n’y a pas de justice. De l’argent, il y en a mais on ne veut pas aller le chercher où il est… Je ne vois pas ce qu’il est possible de faire : ils ne nous ont proposé qu’une seule option ». (2)

Ilias Vretakou, vice-président d’ADEDY, a expliqué les enjeux du mouvement contre le plan de rigueur dans son discours aux manifestants :

 

« Nous envoyons d’Athènes un message de combat et de résistance aux travailleurs de tous les pays d’Europe, contre la barbarie des marchés du capital, des gouvernements et de l’Union européenne. Le gouvernement, le FMI, l’Union européenne ont décidé de conduire les travailleurs, la société grecque, à la barbarie sociale la plus sauvage que nous ayons jamais vécu. Ils aplanissent les travailleurs et la société. On nous vole nos salaires, on nous vole nos retraites, on nous vole nos droits du travail et de protection sociale, on nous vole notre droit à la vie. Ils imposent la jungle des relations de travail, ils abolissent le salaire de base le plus bas, ils développent le contrat de première embauche, ils libéralisent les licenciements, ils diminuent les allocations sociales, diminuent le taux horaire des heures supplémentaires. Ils donnent la possibilité aux employeurs de jeter à la rue un vieux salarié et avec le même argent d’embaucher trois ou quatre jeunes précaires. » (3)

De vifs applaudissements ont notamment salué le message de solidarité de Claus Matecki, responsable du syndicat allemand DGB, et de Paul Fourier de la CGT (France) qui avait déclaré : « Aujourd’hui, nous sommes tous Grecs ! Merci et bon courage. » (4)

Si la Coalition de la gauche radicale (Syriza) et le Parti communiste grec (KKE) ont une présence importante dans la manifestation, les socialistes (Pasok) en sont absents même si le plan d’austérité a suscité des remous au sein de l’aile gauche du parti. Parmi les manifestants, nombreux sont ceux qui ont voté socialiste en octobre 2009. Ils sont aujourd’hui déçus et en colère de découvrir que la gauche victorieuse aux élections législatives a capitulé face à la politique néolibérale du capital. Dimitra, retraitée de la région d’Athènes, n’a pas de mots assez durs lorsqu’elle parle de Georges Papandréou (premier ministre socialiste). Elle espérait qu’avec la victoire des socialistes « les choses s’améliorent ». « Quand je pense que j’ai voté pour cet abruti ! » s’exclame-t-elle aujourd’hui. (5)

Prenant pour cible les symboles de la culture marchande et du capitalisme financier, des jeunes portant des cagoules (ceux qu’on appelle les « koukoulofori ») ont retenu l’attention des médias. La banque Marfin sur l’avenue Egnatia a été incendiée et trois de ses employés y ont trouvé la mort. Obligés par leur employeur de travailler en dépit de la grève générale, ils étaient enfermés à clé dans l’établissement ce qui, en l’absence d’un plan d’évacuation, a rendu d’autant plus difficile leur sortie de l’immeuble en flammes. La réponse du mouvement social a été sans ambiguïté. Le soir même du 5 mai, le président de l’ADEDY a expliqué que ces « pratiques fascistes ont pour but de faire peur aux gens à l’heure où le combat de masse est nécessaire afin de barrer la route aux mesures qui plongent la vie des Grecs dans le malheur. » (6) Le lendemain, c’est une foule endeuillée qui s’est rassemblée à la place Syndagma, devant le Parlement grec, pour s’opposer à l’adoption du plan de rigueur par les députés de l’Assemblée nationale. (7)

L’exaspération populaire à l’égard du gouvernement socialiste de G. Papandréou n’est pas étrangère à ces violences. Le plan d’austérité imposé à la Grèce par les marchés financiers, le FMI et l’Union européenne est un déni flagrant de la souveraineté nationale et de la démocratie. D’autre part, le gouvernement reste inflexible depuis février et refuse d’entendre le message de la rue. Il renforce même l’autoritarisme du plan. Les mesures d’application du plan seront donc prises par ordonnances du ministre des Finances sans interférence parlementaire. L’Assemblée nationale ne sera que consultée pour la mise en application du plan qu’elle a adopté le 6 mai dernier. Autant de mépris du peuple et de la démocratie rendent légitimes aux yeux de certains le recours à la violence. Au final, le parti de l’ordre dirigé par les socialistes a donc pour corollaire la violence des « koukouloforoi » dans les mobilisations sociales. Au-delà des encagoulés, le manque de légitimité démocratique du plan d’austérité alimente un anti-parlementarisme prononcé au sein d’une partie du mouvement. Des slogans comme « Qu’il brûle ! Qu’il brûle le Parlement ! », « Qu’il brûle ce bordel de Parlement ! » ou encore « Donnez les voleurs au peuple ! » ont été scandés à plusieurs reprises dans la manifestation du 5 mai. Quelques dizaines de manifestants ont d’ailleurs tenté de percer le cordon sécuritaire du Parlement, avant d’être violemment repoussés par la police. (8)

 

Avant et après le 5 mai


Le 5 mai a été un succès parce qu’il a été préparé : la mobilisation unitaire et massive n’a pas été une riposte spontanée de la population, mais plutôt l’aboutissement de deux mois et demi de journées d’action des syndicats ouvriers. Dès le 24 février, le mouvement syndical s’est engagé dans l’opposition au plan de rigueur annoncé, refusant ainsi de laisser aux classes dirigeantes et leurs porte-parole le monopole de l’information et de la politique. C’est justement ce travail critique, mené par des mobilisations dans les rues et les lieux de travail, qui a permis au mouvement social d’incarner d’autres scénarios possibles que celui écrit par le capital financier. Dans la foulée, l’idée réactionnaire faisant du plan un mal nécessaire a été ébranlée, ouvrant la voie à une riposte populaire.

Le 24 février, une première grève interprofessionnelle intervient en réponse aux mesures d’austérité proposées par le gouvernement. Elle réserve du même coup un accueil à la hauteur des circonstances aux émissaires de l’Union européenne dépêchés à Athènes pour inspecter les comptes du pays. Dans les rues, 45 000 manifestants battent le pavé à Athènes ; à Thessalonique, ils sont 10 000. Dans un des cortèges à Athènes, Dimitri, vingt-huit ans et ingénieur en génie civil, explique les raisons de la mobilisation : « Nous voulons un travail, un salaire correct et une véritable assurance sociale. Notre pays doit respecter des normes de l’Union européenne qui sont injustes. » (9) Une deuxième grève générale de 24 heures a eu lieu le 11 mars, accompagnée de manifestations dans les principales villes.

Si les journées de grève interprofessionnelle – le 24 février, le 11 mars et le 5 mai – constituent sans doute les moments forts des mobilisations populaires contre l’offensive néolibérale, toute une série de mobilisations plus restreintes ont joué un rôle déterminant pour construire une dynamique de mobilisation et pour assurer la continuité du mouvement. Fabien Perrier, envoyé spécial de l’Humanité, décrit l’atmosphère d’agitation sociale qui règne à Athènes à la fin avril : « A Athènes, chaque jour, les rues bruissent des cris des manifestants ou des différents corps professionnels en colère. » (10) Plusieurs de ces mobilisations ont été des moyens pour préparer les journées de grève générale à venir. Le 5 mars a été par exemple une journée de rassemblements dans plusieurs villes afin d’amorcer la mobilisation de la grève interprofessionnelle du 11 mars. Le rassemblement du 5 mars à Volos réunissait non seulement des syndicalistes mais aussi des salariés licenciés de la METKA, avant de se terminer en un concert de solidarité de plusieurs artistes. De même, le 1er mai a permis de relancer les mobilisations de masse avant la grève générale du 5 mai. Le syndicat de la fonction publique (ADEDY) appelait à la grève dès le 4 mai pour la même raison. L’appel a été suivi et a donné lieu à des manifestations.

Ces mobilisations ont également permis d’engager la bataille pour gagner l’opinion. Plusieurs actions du mouvement ont été des réponses adressées au gouvernement à chaque tournant de la crise. Ainsi, aussitôt que Georges Papandréou, premier ministre, s’est adressé aux médias le 25 avril pour signaler l’activation du mécanisme européen de soutien financier, des centaines de manifestants ont répondu dans les rues du centre-ville d’Athènes par leur slogan : « Cet abattoir du FMI la lutte du peuple le détruira ! » (11) Deux jours plus tard, le 27 avril, les fonctionnaires étaient en grève et des enseignants campaient sur la place Syndagma, devant le Parlement, pour dénoncer la saignée subie par l’éducation. Parallèlement, le port du Pirée était bloqué par une grève de 24 heures des marins à l’appel de leur syndicat. Petit à petit, ce qui paraissait avant comme une fatalité aux yeux de la majorité devient une question de rapports de forces. Un sondage du journal To Vima établissait l’opinion en désaccord avec les réductions de salaire à 79,5%. Au sein du mouvement social, ses participants prennent de l’assurance et l’idée que l’issue de la lutte n’est pas écrite d’avance enregistre des progrès. Despina, vingt-sept ans, n’est pas allée manifester le 4 mai aux côtés des fonctionnaires. Mais elle souligne néanmoins que « ceux qui se mobilisent ont raison : ils ont tout compris. Les fonctionnaires sont les premiers [dans la ligne de mire du gouvernement] ; c’est toute la Grèce qui va souffrir. Les syndicats sont unis, le pouvoir commence à trembler. » (13)

On ne peut que saluer ce mouvement de résistance contre la dictature du capital financier. Les mobilisations des deux derniers mois ont été dignes des traditions héritées des combats contre la dictature des colonels (1967-74) et de la Résistance. Plusieurs questions demeurent cependant en suspens. Tout d’abord, celle de la stratégie des grandes centrales syndicales : face à un gouvernement qui refuse d’entendre les cris de protestation du peuple, et qui, de surcroît, bâillonne le parlement pour mettre en œuvre un plan édicté par les marchés de capitaux, les grèves interprofessionnelles de 24 heures ne risquent-elles pas de devenir la preuve aux yeux de tous de l’impuissance du mouvement ? Combien de temps le gouvernement socialiste et ses alliés de l’Union européenne pourraient-ils tenir face à une grève générale illimitée et conduite par des assemblées générales populaires ? Ensuite, vient une deuxième question : comment assurer la continuité du mouvement sans un organe démocratique central qui porte la voix de ses différentes composantes dans les rues, les lieux de travail, les médias et les quartiers ?

Ces deux questions nous semblent cruciales car elles détermineront dans les semaines à venir la réussite ou l’échec du mouvement à élargir le champ du possible et ainsi battre la fatalité de la régression sociale dont le sort est lié à celui de la barbarie néolibérale. L’enjeu est de taille : l’avenir immédiat de l’Etat social en Europe est aujourd’hui décidé dans les rues d’Athènes.

 

Dimitris Fasfalis

 

(1) Avgi, 6 mai 2010.
(2) L’Humanité, 6 mai 2010.
(3) Avgi, 6 mai 2010.
(4) L’Humanité, 6 mai 2010.
(5) L’Humanité, 11 mai 2010.
(6) Avgi, 6 mai 2010.
(7) Avgi, 7 mai 2010.
(8) Avgi, 6 mai 2010.
(9) L’Humanité, 25 février.
(10) L’Humanité, 27 avril.
(11) Avgi, 25 avril 2010.
(12) L’Humanité, 5 mai 2010.
(13) L’Humanité, 5 mai 2010.

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Démocratie d’entreprise ?

Femmes, syndicalistes… et administratrices de sociétés du CAC 40

 

Par Ivan du Roy 18 mai 2010

In Basta !


Chez les multinationales du CAC 40, la course à la féminisation des très masculins conseils d’administration est lancée. Epouses de PDG, femmes de ministres ou rares dirigeantes d’entreprise sont la cible des chasseurs de tête. Pourtant, d’autres profils d’administratrices existent au sein de quelques grands groupes : des représentantes des salariés, parfois militantes de syndicats considérés comme la bête noire du patronat. Quelle influence y ont-elles ?

 

 

Faut-il se prénommer Bernadette Chirac, Florence Woerth ou Nicole Dassault pour siéger au conseil d’administration d’une grande entreprise ? La première a été nommée au conseil du groupe de luxe LVMH. La deuxième, épouse du ministre du Travail Eric Woerth (dont la société gère la fortune de Liliane Bettencourt, héritière de L’Oréal, estimée à dix milliards d’euros) sera présentée à l’assemblée générale des actionnaires d’Hermès début juin. La troisième est tout simplement l’épouse de Serge Dassault, propriétaire du groupe du même nom. Les grandes entreprises sont montrées du doigt pour la très faible présence féminine au sein de leurs conseils d’administration : à peine 10% d’administratrices pour les 500 plus grandes sociétés hexagonales. Les mâles dirigeants ont donc lancé leurs chasseurs de tête traquer la femme, « épouse de » ou issue de l’establishment bien évidemment. Histoire de donner l’image d’une apparente diversité des genres.

D’autres femmes siègent déjà au sein de quelques grandes entreprises. Elles sont invisibles médiatiquement et ne viennent pas de l’oligarchie dirigeante. Elles ne sont ni directrice d’un fonds d’investissement quelconque, ni haut fonctionnaire, encore moins épouse d’un PDG ou d’un ministre. Aucun chasseur de tête ne leur court après pour féminiser des « boards » patriarcaux et grisonnants. Et pour cause : elles sont syndiquées.

 

Quand la CGT et Sud siègent au Conseil d’administration


C’est une loi de 1993, votée sous le gouvernement Balladur, qui oblige les entreprises publiques privatisées, ou en voie de l’être, à intégrer au moins deux administrateurs représentants des salariés (et pas seulement les actionnaires salariés). Les conseils d’administration d’Air France, de France Télécom, d’EDF ou de La Poste accueillent ainsi des salariés élus par le personnel. Et ce sont assez régulièrement des femmes. Exemple le plus révélateur : La Poste compte sept femmes sur vingt administrateurs (soit 35%), trois sont des représentantes des salariés. Si France Télécom - Orange peut se targuer de figurer parmi les moins mauvais élèves du CAC 40 en matière de féminisation de son conseil d’administration, c’est grâce, là encore, à ses élues salariées. Le CA de l’opérateur historique des télécoms compte trois femmes sur quinze membres, soit 20% d’administratrices : Claudie Haigneré, ancienne astronaute, présidente de la Cité des Sciences et de l’Industrie, y côtoie deux syndicalistes, Ghislaine Coinaud, de la CGT, et Verveine Angeli, de Sud.

La présence des femmes « partout », Verveine Angeli y est favorable, y compris dans les instances de direction des grandes entreprises. Mais elle ne pense pas que « leur présence changera des instances dont la fonction est très discutable et qui ne sont pas un espace de démocratie ». A 52 ans, elle a intégré le conseil de France Télécom - Orange en février dernier, lors du renouvellement des trois représentants des salariés (CGT et Sud pour les non cadres, CFDT pour les cadres). Les élus ont dû suivre deux jours de formation sur les comtes annuels, le rôle et la fonction des administrateurs indépendants.

 

Mesures sociales ou dividendes pour les actionnaires ?


Au-delà de la question de la féminisation de ce cercle très fermé des dirigeants, que change la présence de représentants des salariés, hommes ou femmes, au sommet de la pyramide ? « Nous disposons des informations sans attendre qu’elles soient publiées. Cela donne une compréhension beaucoup plus fine des problèmes stratégiques auxquels sont confrontés les dirigeants. C’est une bonne indication de l’état d’esprit patronal », explique la syndicaliste, tout en relativisant : « Lors de la présentation des comptes, c’est beaucoup de langue de bois. Et quand ils ne veulent pas répondre à une question précise, c’est quasiment peine perdue. » Exemple : à l’occasion de la fusion, au printemps, entre la filiale d’Orange en Grande-Bretagne et T-Mobile (filiale de Deutsche Telekom), les documents fournis au CA indiquent que les synergies vont produire plusieurs centaines de millions d’euros d’économie, « sans que l’on sache par quoi cela passe exactement ». Les organisations syndicales apprendront plus tard par la presse les premières conséquences sociales de ces « synergies » : plus de 200 emplois supprimés outre-Manche, alors que le Times prévoit au total la suppression de 2.000 postes.

Le conseil d’administration est également le lieu où se manifestent les tensions entre les politiques sociales et les stratégies financières. La situation à France Télécom, qui a connu à l’automne une crise sociale et morale sans précédent, révélée par la multiplication des suicides, est emblématique. Son chiffre d’affaires a baissé en 2009 et devrait poursuivre son déclin en 2010 vu le contexte européen. Parallèlement, des investissements doivent être réalisés, notamment pour mettre en œuvre les mesures sociales annoncées par le nouveau directeur général, Stéphane Richard. En même temps, la direction veut à tout prix maintenir le versement aux actionnaires des dividendes annoncées, soit 1,4 euro par action (ce qui constitue en 2008 près de 50% des bénéfices). Si cette contradiction est mise en évidence au sein du « board », elle n’a pas été clairement tranchée.

 

Que faire des jetons de présence ?


Pour les organisations syndicales, le CA est donc davantage un espace d’information qu’un lieu d’influence. « La participation de représentants de salariés oblige les dirigeants à une certaine transparence sur les questions stratégiques et financières. C’est particulièrement important dans les multinationales où les comités d’entreprises ont des responsabilités limitées à une branche ou une filiale, et où les comités de groupes ne sont pas des instances assez réglementées pour que la contrainte en matière d’information au personnel soit réellement efficace », positive Verveine Angeli. Tout dépend également du président. « Michel Bon passait peu par le CA au prétexte que les représentants des salariés risquaient de divulguer des secrets. Thierry Breton était très autoritaire. Didier Lombard accordait toujours la parole quand les syndicats la demandaient et leur laissait développer leur point de vue », se souvient Hélène Adam, ancienne élue Sud.

D’ici 2016, les conseils d’administration des entreprises du CAC 40 devront, selon la nouvelle réglementation, compter 40% de femmes. Il est peu probable qu’ils aillent les chercher parmi les salariées. « La course actuelle à la féminisation est liée aux déclarations gouvernementales, mais plus généralement à la façon dont le système souhaite intégrer à son profit la revendication égalitaire », analyse Verveine Angeli. « Elle accompagne des avancées réelles sur l’égalité professionnelle dans les entreprises, mais laisse de côté d’autres éléments fondamentaux : très fortes inégalités maintenues dans le travail en général et dans la sphère privée, intégration d’évolutions dérisoires au plan général… Cela dit, cette course ne va pas être simple, car le milieu des administrateurs étant un cercle assez fermé, le peu de femmes dans les CA est à l’image du peu de femmes à tous les postes de responsabilité dans les grandes entreprises. »

Autre question, celle des jetons de présence que perçoivent également les administrateurs salariés. Sud a ainsi touché 33.312 euros au titre de sa présence au CA de France Télécom en 2009. La somme est placée sur un compte spécifique et reversée à des associations de chômeurs, de lutte contre l’exclusion ou contre la spéculation financière.

 

Ivan du Roy


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Pourquoi la multiplication des faillites restaure

le taux de profit

 

NPA

La prolifération des faillites est caractéristique de la crise du capitalisme. Comment comprendre cet extraordinaire gâchis ?

On ferme. Tout le monde dehors ! Ces derniers mois, la vie de centaines de milliers de personnes a été brisée par les défaillances d’entreprises. Incapables de payer les salaires, les fournisseurs ou les banques, des entreprises entrent en redressement judiciaire et, dans trois quarts des cas, terminent par la faillite et la liquidation.
Pour comprendre ce phénomène, la théorie de Marx de la valeur se révèle incontournable. Le travail humain est la seule source de création de valeur. Pour les capitalistes, la force de travail se présente comme une marchandise. Pour extraire la plus-value (Pl), le travail vivant doit se matérialiser dans des marchandises. Le capital variable (V) désigne sa valeur mise en jeu dans la production, c’est-à-dire les salaires. Le capital constant (C) est la valeur des moyens de production et des matières premières utilisées. Le taux de profit (Tp) se calcule en divisant la plus-value par le capital employé égal à la somme du capital variable et du capital constant.

Tp = Pl / V+C
La plus-value est réinjectée dans la circulation des marchandises pour un nouvel accroissement de la plus-value et des profits. Mais la crise correspond à un blocage de la circulation du capital : le blocage conduit à la diminution du capital variable, à la baisse des salaires et à la diminution de la masse de travail employée. Le processus de travail se ralentit, ou s’arrête totalement par endroits, du capital est réellement détruit. Les salariés sont jetés dehors. Les machines qui ne sont pas utilisées ne sont pas du capital. Les matières premières qui gisent non utilisées ne sont pas du capital. Les marchandises qui pourrissent dans les magasins, tout cela c’est de la destruction de capital. Leur valeur d’usage et leur valeur d’échange s’effondrent. Certains capitalistes font faillite. La valorisation de ces sociétés, la valeur d’échange de leur capital est réduite ou définitivement détruite. (1)
La formule du taux de profit explique que les faillites, parce qu’elles suppriment des emplois (du capital variable) et dévalorisent des machines (du capital constant), contribuent à faire remonter le taux de profit. Elles facilitent aussi les acquisitions d’entreprises à bon marché. Une entreprise réalise 3 millions d’euros de profits pour un capital investi de 100 millions d’euros, soit un taux de profit de 3 %. Si, du fait de la crise, de nouveaux propriétaires l’achètent pour 10 millions d’euros au lieu de 100, leur taux de profit est alors de 30 %. La destruction de capital lors de la Grande Dépression des années 1930 et la Deuxième Guerre mondiale a ainsi rendu possibles les « Trente glorieuses ».

La destruction massive du capital
L’Observatoire des défaillances d’entreprises nous renseigne sur les chiffres clés région par région2. Interprétés à la lumière des découvertes de Marx, ils donnent la mesure de la destruction du capital en France à un rythme annuel supérieur à 10 milliards d’euros.
La défaillance de cinq entreprises concerne 3 300 salariés : Vigimark Sécurité (1 500 salariés), A&O Systems (800), Leduc (400), Auvergne Aéronautique (350) et France Europe Sécurité (250) et au total, ce sont 22 754 emplois menacés ou détruits en mars 2010. La hausse atteint 13 % par an. Sur douze mois, le cumul atteint 222 000 emplois, soit 24 % de plus que l’an passé ! La progression est effrayante : en juillet 2007, 100 000 emplois étaient déjà menacés ou détruits par les défaillances d’entreprises et la barre des 200 000 est franchie depuis juillet 2009. La diminution violente du capital variable dépasse 6 milliards d’euros en valeur annuelle.
Sur douze mois, l’encours fournisseurs de matières premières et de moyens de production des défaillances a passé la barre des 4 milliards d’euros. L’État est aujourd’hui le deuxième créancier des entreprises défaillantes, l’ensemble des dettes fiscales et sociales culmine à 2 milliards d’euros, légèrement plus qu’avec les banques. La diminution du capital constant représente une part du bilan total des entreprises défaillantes de 13 milliards d’euros en valeur annuelle.
Injuste et violent, le capitalisme est aussi inefficace car il conduit à la destruction du capital. Un nombre sans cesse croissant de gens commencent à chercher une explication à ce qui se passe et une autre voie. Les militants anticapitalistes peuvent aller à leur rencontre et fournir l’explication marxiste des crises du capitalisme. La crise peut entrer dans une phase de dépression où les faillites des États, des entreprises et des particuliers risquent d’exploser (3). Parce que les politiques de droite comme de gauche fondées sur l’économie bourgeoise montrent leurs limites, les découvertes et la méthode de Marx reviennent à l’ordre du jour pour sortir du capitalisme.


Frédéric Gudéa


1. Les crises du capitalisme, Karl Marx, Demopolis 2009. Préface de Daniel Bensaïd.


2. À lire et télécharger gratuitement sur www.coface.fr


3. Lire article dans Tout est à nous ! n°35


 

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Le NPA Vichy soutient les Salariés

de Vivanco !

CRC-Vivanco :

une lutte qui dure

 

samedi 24 avril 2010

Les salariés de CRC-Vivanco, à Neuilly-le-Réal (Allier), sont en lutte depuis la liquidation judiciaire de leur entreprise. Un désastre social savamment organisé au fil des années.

En 2002, la société Genica, spécialisée dans l’emballage d’accessoires audio et de téléphonie, se fait absorber par son principal concurrent Vivanco France. Filiale du groupe Vivanco GMBH, coté à la bourse de Francfort, Vivanco France est détenu majoritairement par un fonds d’investissement américain, la Lone Star. En 2005, des réductions d’effectifs commencent.

En 2007, Vivanco renonce au contrat avec Carrefour, son principal client. L’activité du site baisse donc de 50 %, et ne survit qu’avec les commandes de la Fnac.

En 2008, le directeur du site, David Le Moal, se disait « plus que confiant en l’avenir » et prédisait un chiffre d’affaires de 30 millions d’euros en trois ans, rassurant ainsi les salariés. Pourtant, quelques mois plus tard, il cède l’activité accessoires GSM qui représentait la plus grosse part d’activité du site.

En juillet 2009, la société Vivanco France est scindée en deux, avec d’un côté l’administration et de l’autre la production. Celle-ci devient salariée de CRC, filiale de Vivanco. Du même coup, le président du groupe, Philippe Gerding, annonce qu’il ne versera plus un centime pour le site bourbonnais.

Le 7 décembre 2009, Vivanco et CRC sont placés en procédure de sauvegarde par la direction. Entre-temps, Vivanco coupe les vivres de CRC qui se retrouve en cessation de paiement. Le 8 mars 2010, la liquidation judiciaire est prononcée – avec une dette de 520 000 euros qui seront payés par le contribuable – et 34 salariés se retrouvent sans emploi. Avec leurs avocats, ils entament des négociations qui n’aboutissent à rien ; la société leur propose 4 000 euros, payés en deux fois, en plus de leurs indemnités de licenciement, ce que les salariés rejettent en bloc. Ils portent plainte pour escroquerie et réclament 60 000 euros.

Depuis, ils vont d’action en action : blocage de la nationale 7, opération escargot, manifestations, etc. Ils occupent le site 24 heures sur 24, à tour de rôle, avec l’aide de différents syndicats et organisations politiques (dont le NPA), de la préfecture et du conseil général. Seule la droite fait la sourde d’oreille. Pourtant, le ministre Christian Estrosi était averti de l’affaire par le député de l’Allier Guy Chambefort. Mais rien n’avance, un enterrement de première classe est en train de se produire et Vivanco trouve le moyen de répondre à coups de procédures. Chaque salarié reçoit ainsi une assignation en référé car la direction estime que les salariés occupent abusivement le site. Le 21 mars, ils se rendent avec leurs avocats pour la deuxième fois au supermarché Leclerc à Moulins pour obtenir un soutien alimentaire pour leur lutte, ce que le directeur du magasin avait déjà fait en leur donnant une palette de denrées alimentaires.

Les travailleurs déterminés ont décidé de passer la vitesse supérieure si rien ne bouge dans les prochains jours, de faire venir des bouteilles de gaz sur le site pour être sûrs de se faire entendre par les médias nationaux et, bien sûr, l’État.

Comité NPA de Vichy (Voir sur le site national)

 

 

> Autres liens :

 

CRC/VIVANCO : trois salariés en grève de la faim :

 

http://www.lariposte.com/CRC-VIVANCO-Les-salaries-en-greve-de-la-fain-pour-1361.html

 

CRC-Vivanco : de la prospérité à la grève de la faim :

 

http://www.lariposte.com/CRC-Vivanco-de-la-prosperite-a-la-greve-de-la-faim-1364.html

 


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Des salariés racontent

« Barre toi ! »

ou le licenciement à visage inhumain

 

Par Nolwenn Weiler 7 mai 2010, in Basta !


En 2007, 208 salariés de l’usine Barre-Thomas à Rennes sont virés comme des malpropres, après 30 ans de boîte pour certains. Une poignée d’entre eux décide de recueillir les témoignages, à vif, de leurs collègues. Deux ans plus tard, ils publient leur livre. Basta ! a rencontré à Rennes ces survivants de la machine à broyer.


 

« On voulait que les gens sachent  », martèle Denis Jacq, technicien en outillage, qui a passé 34 ans et 7 mois à travailler dans les ateliers rennais de l’équipementier automobile Barre-Thomas, avant d’être licencié en mai 2007. « Qu’ils sachent comment, à notre époque, on licencie des gens qui ont fait 30 ans de boîte. » François Macquaire, juriste à la CFTC (Confédération française des travailleurs chrétiens), et co-auteur du livre Barre-toi ! (édité fin 2009) poursuit : « C’est important de savoir comment peuvent se passer concrètement les licenciements, à une époque très virtuelle, avec des patrons virtuels comme les actionnaires. »

 

Virée en 30 minutes


Cela donne des récits comme celui de Chantal, qui se souvient : « Le chef est venu me chercher à 9h20. Et à 9h30, il fallait être sorti de l’usine. Ce 26 octobre 2007, comme tous les matins, je conditionnais des pièces. Les chef d’atelier est venu me dire « Bonjour ! Vous pouvez me suivre. » Puis il a ajouté : « Vous partez ! Je ne suis pas un chien, je vous laisse 30 minutes. » Il m’a emmenée directement au bureau sans rien dire, comme si j’allais à l’abattoir. Les gens des machines se sont tous arrêtés pour me regarder. Les collègues pleuraient pour moi. (...) J’ai été licenciée comme une chienne. »

 

« Toutes les personnes que nous avons rencontrées ont eu cette même impression d’un manque total de respect, poursuit Denis Jacq. Ils ont ressenti beaucoup de brutalité dans la façon de leur annoncer leur licenciement. Ce qui m’a marqué aussi, c’est la santé de certaines personnes. Beaucoup de celles et ceux que nous avons interrogés pour le bouquin étaient très stressés, très marqués physiquement.  » A licenciement expéditif, effets négatifs immédiats. « Avec la dureté et la soudaineté des licenciements, les effets ne se sont pas fait attendre, reprend François Macquaire. Les gens se sont retrouvés du jour au lendemain, seuls, chez eux, avec leurs interrogations : pourquoi moi, où j’ai déconné ? Il y a une culpabilité terrible, du fait que rien ne leur a été expliqué, ni annoncé. Ils pensent qu’ils ont mal fait leur travail. Ils cherchent absolument une raison personnelle. Alors, qu’en fait, il n’y en a simplement pas.  »

 

Ouvriers devenus écrivains


« Être ensemble pour faire les recueils, cela nous a motivés, raconte Denis Jacq. On pourrait même dire cela nous changeait les idées ! On sentait que les gens étaient heureux de parler, de s’exprimer. Il y avait comme un soulagement. Ils évacuaient des sentiments enfermés. »

 

« Parfois, c’était dur », ajoute François Macquaire, qui se souvient de récits emprunts de douleur et de tristesse. « D’ailleurs, celui par qui le livre a été déclenché, s’est assez vite retiré du projet. Il trouvait ça trop difficile de digérer son propre licenciement en même temps qu’il écoutait, et réécoutait les histoires des collègues. » A ces difficultés de fond, se sont ajoutés les soucis de forme. « C’était un travail énorme. Nous étions dans l’artisanat avec un grand A. Les corrections, la mise en page, les séances de dédicaces, les rencontres, tout cela était parfaitement nouveau pour nous. Nous avons appris en faisant.  » Il y a aussi eu quelques pressions, les enjoignant de stopper leur projet. Un coup de fil par ci, une pression sur les collègues toujours en poste par là. Finalement, rien n’est venu à bout de la volonté de ces auteurs nouveaux-nés, dont l’ouvrage, préfacé par Edmond Hervé, ancien maire de Rennes et sénateur d’Ille-et-Vilaine, est intelligemment illustré de dessins de BD.

 

Un autre rapport au travail ?


Depuis la sortie de l’ouvrage, les auteurs n’ont pas chômé. Ils sont très sollicités pour des dédicaces et rencontres avec les lecteurs. Ils ont même eu l’honneur, et le bonheur, d’échanger avec Florence Aubenas (auteure d’un livre sur les travailleurs précaires) à propos des travers du monde du travail lors d’une table ronde récemment organisée à Rennes. « Nous aimerions que ce livre soit un support pour la discussion, un lanceur de conversations et de prises de consciences, espère François Macquaire. Nous ne nous opposons pas au principe du licenciement. Simplement, nous pensons qu’il y a des façons de faire qui ne sont pas tolérables. Il faut rester humain. On peut licencier sans détruire. Et en respectant le droit. »

 

En même temps que la genèse du livre, les salariés de Barre-Thomas ont intenté une action en justice contre leur ancien employeur. Et ils ont gagné. Le 12 février 2009, le tribunal de Grande instance de Rennes déclarait nul le plan social. Cette décision était confirmée le 24 septembre 2009 par la Cour d’appel de Rennes. « Cette victoire, ça nous a fait plaisir !  » sourit Denis Jacq. Chaque licencié va recevoir une indemnité de 30.000 euros brut.

 

S’il ne vise pas la révolution, ni le grand soir, le bouquin Barre toi ! est l’occasion d’interroger le rapport des hommes à leur travail. Jean-Luc, l’un des auteurs, parle du bonheur de « reprendre en main sa vie, de ne plus dépendre de la société, de se réapproprier son destin et, donc, de faire des choix. » Denis, lui, admet ne pas si mal vivre la perte de son travail... puisqu’il a découvert voici plus de 20 ans, « qu’il y a des choses plus importantes que le travail dans la vie  ». Mais ça, c’est une autre histoire... et, peut être, un autre livre.

 

Nolwenn Weiler

En savoir plus :

 

Barre-toi ! Le blog


Pour prendre contact avec les auteurs, rendez-vous sur leur blog. Ils sont disponibles pour intervenir auprès d’associations, d’universités ou de syndicats.

 

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Déclaration unitaire des organisations de jeunesse :

la retraite, une affaire de jeunes !

 

Le gouvernement s’est engagé dans une nouvelle réforme à marche forcée du système de retraites. « Je veux dire aux jeunes de 20 ans que c’est justement pour eux que nous faisons cette réforme », affirme le ministre du travail Eric Woerth. Nous ne sommes pas dupes de cette hypocrisie. Une nouvelle fois, ce qui est mis en place au nom des jeunes se fait sans eux, et surtout contre eux. En limitant le débat à l’acceptation pure et simple d’un nouvel allongement de la durée de cotisation, le gouvernement adresse aux jeunes un message implicite, mais clair : la retraite ce n’est plus pour vous ! Jeunes en insertion, salariés ou étudiants, c'est sur nous que reposera le financement du système de retraite dans les années à venir, et c’est nous qui subirons toute modification du système actuel. Nous refusons d’être les grands oubliés d’un débat qui nous concerne !

 

Jeunes, nous sommes attachés au droit à une retraite à 60 ans financée par répartition


Attachés à la solidarité entre les générations, nous souhaitons financer un système de retraite par répartition de haut niveau qui garantisse un niveau de pension permettant de vivre pleinement le temps de la retraite. Nous refusons que la retraite par répartition devienne un « filet de sécurité » a minima, insuffisant pour vivre. Nous refusons la logique d'une retraite basée sur la capitalisation individuelle, inefficace économiquement et inégalitaire socialement. Nous dénonçons la double peine que nous imposerait un nouvel allongement de la durée de cotisation ou un recul de l’âge légal de départ en retraite: nous finançons les pensions d'aujourd'hui, nous refusons d'avoir à épargner en plus pour nos vieux jours dans des fonds de pension qui peuvent être ruinés du jour au lendemain !

 

Un débat de société escamoté par une nouvelle opération comptable


Parce que la nature du système de retraite qui se met en place contribue à façonner la société de demain, nous refusons la volonté du gouvernement de réduire ce débat à une simple équation comptable. En se limitant à jouer sur la durée de cotisation, le gouvernement s’attaque directement à la solidarité sans aborder les véritables enjeux du système : garantie d’un taux de remplacement, pénibilité, allongement de la durée d’étude et d’insertion, chômage, inégalités hommes – femmes (Aujourd’hui le temps partiel subi, la précarité de l’emploi impactent fortement la retraite des femmes.), répartition du temps de travail et des richesses.


En instrumentalisant les analyses du COR (conseil d’orientation des retraites) pour imposer l’allongement de la durée de cotisation comme seule perspective, le gouvernement élude la question centrale de la répartition des richesses. Depuis 20 ans, la part de la richesse produite attribuée aux salaires ne cesse de diminuer au profit du capital.

 

Alors que notre pays n’a jamais été aussi riche, nous n'acceptons pas qu'il soit demandé à la jeunesse de travailler plus longtemps pour toucher une retraite moins importante, conduisant ainsi notre génération à vivre des conditions de retraites moins bonnes que celles de nos parents ! Il n’est pas acceptable que l’allongement de la durée de la vie soit synonyme de régression sociale.

 

Allonger la durée de cotisation ? Pour nous, c’est non !


Cela priverait les jeunes du droit à une retraite à 60 ans à taux plein. Pourquoi cet acharnement à reculer l’âge de départ en retraite quand le chômage des jeunes explose? L’augmentation des besoins de financement est une chance qu’il faut saisir. Nous refusons que le catastrophisme ambiant serve d’argument pour esquiver une nouvelle fois le débat sur la nécessaire augmentation des financements solidaires des retraites par répartition : taxation des stocks options et des revenus financiers, suppression du bouclier fiscal, élargissement de l’assiette des cotisations, suppression d’exonérations de cotisations. Si de nouvelles ressources doivent être immédiatement mobilisées, une véritable politique de l'emploi et de revalorisation salariale destinée à lutter contre le chômage et la précarité est également indispensable pour apporter les recettes nécessaires à la pérennité de notre système de retraite solidaire.

 

Le système de retraites doit prendre en compte l’évolution de la société !


Nous réclamons des réformes qui garantissent nos droits sociaux, et nous souhaitons faire évoluer le système pour mieux prendre en compte l’évolution de la société et pérenniser le système par répartition.

L’allongement de la durée des études et le recul de l’âge moyen d’entrée dans un emploi stable (27 ans) conduisent les jeunes à commencer à cotiser plus tard que par le passé. Nous exigeons :

 

• la validation des années d'études et de formation dans le calcul des annuités ouvrant droit à la retraite, afin d’offrir à chaque jeune la garantie de pouvoir étudier sans être inquiété par son avenir, même lointain ;

• la validation des périodes de stages, intégrée dans une véritable règlementation contraignante (rémunération à 50% du SMIC dès le premier mois, reconnaissance et encadrement dans la formation) ;

• la validation des périodes d’inactivité forcée, et la prise en compte la situation des jeunes en situation d’insertion professionnelle pour qui l'enchaînement de stages, de CDD, d’emplois à temps partiel, de périodes d’intérim ou de chômage conduisent à accumuler des droits à retraite très incomplets ;

 

En ignorant plus longtemps ces évolutions qui caractérisent notre génération, le gouvernement refuse de garantir aux jeunes qu’ils pourront à leur tour bénéficier d’une retraite solidaire à de haut niveau !

 

Les jeunes seront au rendez-vous du débat public pour affirmer que la retraite est l’affaire de tous !


Nous affirmons notre volonté d’agir ensemble dans les prochains mois afin de défendre l’exigence d’un système de retraites par répartition fondé sur la solidarité, qui garantisse à nos aînés comme aux générations futures une retraite de haut niveau à 60 ans.

 

Les jeunes refusent d’être les grands oubliés du débat qui s’ouvrent et exigent du gouvernement qu’il renonce à l’allongement de la durée de cotisation. Nous demandons à être associés aux discussions en cours.

Nous appelons à la création de comités jeunes locaux pour organiser la campagne au sein de la jeunesse. Nous appelons les jeunes à se saisir du débat sur les retraites, à participer aux initiatives de mobilisation.

 

Le gouvernement ne peut aborder le débat sur les retraites sans l’avis des générations directement concernées par cet enjeu social majeur : les jeunes d’aujourd’hui !


Organisations signataires :

UNEF, UNL, FIDL, Sud Etudiant, LMDE, CGT, FSU, UEC, Attac Campus, JOC, Génération Précaire, MJS, MJCF, Jeunes Verts, JRG, Réseau jeunes du PG, NPA, Gauche Unitaire Jeunes, Branche jeune d’AL


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    De la Panouse Vivien (mardi, 04 mai 2010 20:00)

    Je voudrais changer la phrase de Casimir Périer :

    "Il faut que les ouvriers sachent bien qu'il n'est de remède à leurs maux que la patience, la vigilance et une tête, un coeur et un bras remplis à chaque instant d'une caritas (autrement dit, d'un amour) fraternelle aussi forte que le Soleil est chaud.

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La fabrique des robots

 

par Elsa Fayner, in Témoignage Chrétien, 15/04/2010


 
Plus de 260 000 salariés travaillent dans des centres d'appels téléphoniques. Près de 0,8% de la population active. Et des conditions de travail plus que douteuses.

Quelle est la différence entre une Box bleue à 29,99 € et une Box rouge à 29,99 € ? Aucune. Comment convain­cre les clients de s’y abonner ? En proposant une hotline technique réactive, en apportant des propositions et des conseils personnalisés 24h/24, bref en suscitant une relation de confiance suffisante pour influencer leurs choix.

C’est le travail d’employés d’un nouveau genre, victimes d’une nouvelle forme de mécanisation du travail inventée dans les call centers ou centres d’appels. Les entreprises qui travaillent sur des marchés de masse (téléphonie, fournisseurs d’accès internet, banques de détail, assurances, etc.) ont inventé la « relation clients », qu’il faut sans cesse entretenir. « On considère que l’acquisition d’un nouveau client coûte beaucoup plus cher que d’en garder un déjà acquis. Ce rapport peut aller de 1 à 5 », peut-on ainsi lire dans un document de l’Institut des métiers de France Télécom, « L’évolution des métiers des centres d’appels, en lien avec le développement du CRM (Gestion de la relation client) ». Il s’agit de connaître de mieux en mieux chaque client afin de lui fournir une réponse personnalisée et d’anticiper ses demandes. Le tout à un moindre coût. Car un réseau d’agences coûte cher. L’apparition et le développement des centres d’appels répondent à une double volonté : améliorer la satisfaction du client tout en réduisant les coûts.

Sondages - Trois mille cinq cents centres d’appels ont été recensés en France en 2008. Ils fonctionnent pour des services après-vente, hotlines techniques, services de conseils et de renseignements. Ils servent à démarcher de nouveaux clients, proposer de nouvelles prestations aux anciens, mener des enquêtes, des sondages, etc. Les employeurs sont principalement les télécoms, la banque-assurance, les fournisseurs d’accès internet, l’énergie, les médias et l’édition.

La plupart de ces centres d’appels, 2 700 d’entre eux, sont internes aux entreprises dont ils vendent les produits ou services. Ils emploient 210 000 salariés et dégagent 7 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Tandis que 20 % des activités de relation client sont externalisées auprès de prestataires. Dans ces cas-là, ce sont des sous-traitants comme Teleperformance, B2S, Acticall, etc., qui passent et reçoivent les appels pour SFR, Bouygues, Orange, CNC Assurances, ou autres. Cette solution revient moins cher aux entreprises. Le prix horaire en centre d’appels internalisé tourne autour de 55 € alors qu’il avoisine les 26 € en centre externalisé, selon l’Association française de la relation clients.

De manière générale, dans les centres d’appels, l’organigramme prend la forme d’une pyramide écrasée : dans les centres externes par exemple, 88 % des salariés sont des employés et seulement 4 % des cadres. Rémunération mensuelle brute, en 2008 : 1 520 €, selon les chiffres du SP2C, le Syndicat des professionnels des centres de contact. Le secteur a cependant fait des efforts pour fidéliser le personnel, et aujourd’hui, dans les trois quarts des cas, les contrats sont à durée indéterminée. Mais ils n’ont pas l’air de convaincre totalement : l’ancienneté moyenne diminue, elle est passée de 3,7 ans en 2007 à 3,2 ans en 2008.

S’adapter - L’originalité des cen­tres d’appels se situe à deux niveaux. Tout d’abord, leurs responsables ne s’intéressent pas uniquement au temps de travail, à la répétition mécanique du script, cette conversation pré-écrite qui défile à l’écran et qu’il faut lire sans rien oublier. Ils s’occupent également de l’implication du salarié afin que ce dernier fasse un usa­ge de son temps de travail et de ses compétences le plus efficacement possible. Il faut convaincre cha­que client, savoir trouver les mots qui lui parlent, s’adapter, mettre le ton, ménager les silences, faire preuve d’inventivité… tout en restant dans les rails.

Cet usage du temps subjectif de travail qui préoccupe de plus en plus la direction doit en effet servir les objectifs de l’entreprise, analyse José Calderón dans son étude « Le travail face à la restructuration productive : le cas d’un centre d’appels » (1). Ainsi, poursuit le chercheur, l’appel à l’implication des travailleurs s’organise avec la mise en place de dispositifs de contrôle de type normatif qui visent à standardiser et à rationaliser le comportement au travail, à partir d’un modèle prédéterminé du « bon conseiller ». En centre d’appels, les « compétences sociales » des salariés deviennent un outil mis à la disposition des responsables pour parvenir à leurs fins. « Les centres d’appels représentent ainsi l’évolution peut-être paradigmatique du taylorisme vers une nouvelle organisation de type néo-tayloriste qui requiert une certaine implication de la part des travailleurs », conclut le chercheur.

La deuxième originalité des centres d’appels réside dans l’utilisation de nouveaux moyens technologiques. Car la combinaison de la téléphonie et de l’informatique permet l’émergence d’un contrôle qui s’impose de manière diffuse. Concrètement, le téléopérateur est suivi dans tous ses gestes et toutes ses réponses par l’ordinateur. Au fur et à mesure de la conversation, dont le script se déroule à l’écran, le téléopérateur coche des cases, classe les refus et les ventes en fonction de différents critères. Ses classements doivent entrer dans les statistiques. Sinon, cela signifie qu’il a fait des erreurs ou qu’il a tenté de botter en touche. Voilà pour le suivi quantitatif.

Par ailleurs, les nouveaux moyens technologiques permettent au chef d’équipe, mais également à n’importe quel responsable, d’écouter le téléopérateur durant les conversations téléphoniques, sans prévenir. Ces conversations peuvent également être enregistrées et réécoutées avec le salarié pour identifier ses points forts et ses points faibles. C’est ainsi que le système est présenté : les managers sont là pour aider l’opérateur à se conformer à des attentes que tout concourt à présenter comme lui étant extérieures. Ce qui rend le contrôle peu tangible et entrave pour les travailleurs les possibilités de s’y opposer.

Ce contrôle présente en effet un côté extrêmement « soft », analyse l’Institut National de Recherche et de Sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS), dans une note scientifique et technique. Mais il peut se révéler beaucoup plus dur, par exemple quand il s’incarne dans les procédures et les objectifs de performance. Pour l’INRS, ces nouveaux modes de collaboration entre travailleurs et technologies « permettent, par leur évolution conjointe, l’émergence de formes de travail inédites ».

Les chercheurs qui travaillent sur les centres d’appels soulignent l’existence de deux modèles dominants. Le premier est basé sur des systèmes technologiques qui peuvent ne pas être très sophistiqués, avec une organisation caractérisée par un faible niveau de confiance envers les salariés (visant des objectifs définis quantitativement, cherchant à minimiser les coûts, pratiquant une surveillance stricte). Le second, plus récent, s’appuie en revanche sur des solutions technologiques sophistiquées, une autonomie importante des équipes et des hommes, un besoin de personnel au niveau de qualification plus élevé (sélection pointue à l’embauche et formation en interne).

Si le premier modèle cherche à s’imposer par un contrôle strict des coûts, le second insiste, lui, sur la qualité et la richesse du service proposé, précise l’INRS. D’où découlent deux types de management : par contrôle, ou par délégation de responsabilité. Cela dit, poursuit l’INRS, rares sont les centres d’appels qui se situent pleinement dans l’une ou l’autre de ces catégories. Ils se trouvent plutôt à des niveaux intermédiaires.
Ces choix sont partiellement contraints par le contexte externe, le créneau économique de l’entreprise, mais ils résultent également de sa conception de la relation à la clientèle et le type de service qu’elle souhaite proposer.

1. Le travail face à la restructuration productive : le cas d’un centre d’appels, de José Calderón, Formation Emploi n° 96 (2006).

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Pour sauver les retraites,

400 personnalités appellent à taxer les revenus financiers

 

 

Par Ivan du Roy, in Basta !, 07/04/2010

 

Dans un appel, près de 400 économistes, syndicalistes ou personnalités politiques dénoncent les graves conséquences sociales qu’entraînerait un allongement de la durée de cotisations. Pour pérenniser le système de retraite, ils proposent un nouveau partage de la richesse produite.

 

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Les mesures envisagées par le gouvernement pour financer les retraites « condamneraient à la pauvreté la plupart des futurs retraités, surtout les femmes et tous ceux et celles qui ont connu et connaîtront des périodes de chômage et de précarité importantes ». Et ce, dans un contexte où, depuis quinze ans, la succession des réformes du système de retraite a « déjà fait baisser le niveau des pensions d’environ 20 % ». Ce réquisitoire est dressé par près de 400 universitaires, économistes, sociologues ou philosophes, de Philippe Corcuff à Henri Sterdyniak (Observatoire français des conjonctures économiques). Ils ont été rejoints par des responsables syndicaux (CGT, Solidaires, FSU, Unef) ou associatifs (Attac, Fondation Copernic, Agir contre le chômage…), et par plusieurs élus ou personnalités de gauche, de Cécile Duflot à Olivier Besancenot, en passant par Noël Mamère, Marie-George Buffet, Patrick Braouezec, Jean-Luc Mélenchon, des proches de Benoît Hamon, comme Razzy Hammadi, secrétaire national du PS, ou des nouveaux élus d’Europe Écologie. Ils lancent ensemble, ce 7 avril, un appel pour « faire entendre les exigences citoyennes sur les retraites ».

 

Face à des syndicats très divisés sur le sujet, et à des leaders politiques, en particulier au PS et à Europe Écologie, plutôt timorés, cet appel vise à lancer la mobilisation alors que la première phase de concertation s’ouvre le 12 avril, sous l’égide du nouveau ministre du Travail Eric Woerth, et que le Conseil d’orientation des retraites (COR) doit adopter son nouveau rapport le 14. La bataille autour des retraites est lancée.

 

Solidarité entre générations

 

Les principales pistes gouvernementales, et du Medef, pour assurer le financement du système – l’allongement de la durée de cotisation et la suppression de l’âge légal de départ - sont battues en brèche par les signataires : « Exiger que les salariés travaillent et cotisent plus longtemps, alors que l’âge moyen de cessation d’activité est de 59 ans, ne vise qu’à baisser le niveau des pensions. De plus, cette logique remet en cause la solidarité intergénérationnelle. Il n’y a aucun sens à augmenter l’âge de la retraite alors que le chômage de masse sévit pour les jeunes. » Ils craignent également que le COR ne change le mode de calcul des cotisations, donc le montant des pensions perçues, au gré des exigences de financement de l’assurance vieillesse. « Cela aggraverait encore la baisse du niveau des pensions et contraindrait les salariés, particulièrement les salariés pauvres et effectuant les travaux pénibles, à travailler toujours plus longtemps. »

 

Plutôt que d’allonger l’âge de départ à la retraite « à 62, voire 65 ou 67 ans, comme le demande le Medef », l’appel propose un nouveau partage de la valeur ajoutée qui résorberait les déficits des caisses de retraite. Ses signataires rappellent que les dividendes ont explosées, passant de 3,2 % du PIB en 1982 à 8,5 % en 2007, pendant que la part des salaires dans la valeur ajoutée chutait en parallèle. Il s’agit donc de s’attaquer aux revenus financiers, qui profitent largement aux plus riches, plutôt que de demander aux salariés de « travailler toujours plus ». « Le financement des retraites est possible à condition d’en finir avec l’actuel partage éhonté de la richesse au bénéfice des revenus financiers. C’est ce partage qui constitue le tabou à faire sauter, et non l’âge de départ. Il s’agit là d’un choix politique de justice et de solidarité. » Une mobilisation « citoyenne » qui doit se mettre en place d’ici l’automne, quand le Parlement se saisira du projet de réforme.

 

Ivan du Roy

 

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Sans-papiers :

appel unitaire à la mobilisation citoyenne !


 

L’ensemble des organisations signataires ci-dessous, réunis ce jeudi 1er avril, condamnent l’évacuation par les forces de l’ordre de ce matin des sites de grève des travailleuses et travailleurs sans papiers de la rue du Regard et de l’avenue Daumesnil.

 

Depuis 6 mois, 6000 travailleurs sans papiers sont en grève. Ils travaillent ici, ils cotisent, paient des impôts mais n’ont aucun droit en retour et risquent quotidiennement l’expulsion.

 

Après avoir été désavoué dans les urnes, et au lendemain de la présentation par M. Besson en Conseil des Ministres de son nouveau texte sur l’immigration, le gouvernement a décidé d’employer la manière forte. La brutalité policière utilisée a notamment provoqué l’hospitalisation d’un militant de la CGT.

 

Les organisations signataires :

 

  • condamnent cette évacuation qui constitue une atteinte au droit de grève de ces travailleurs,

  • réaffirment leur soutien total à la grève des travailleuses et travailleurs sans papiers pour leur régularisation,

  • exigent que le Ministre du travail M. Woerth reprenne les négociations et rédige une nouvelle circulaire sur des critères simplifiés et harmonisés au plan national pour mettre fin à l’arbitraire préfectoral,

  • appellent les militant-e-s et l’ensemble des citoyen-ne-s à apporter leur soutien et leur protection aux sites de grève,

  • font appel à la solidarité active et financière de l’ensemble des citoyen-ne-s et à la multiplication des comités de soutien,

  • marquent leur volonté d’organiser, en accord avec les grévistes et les 11 organisations syndicales et associatives qui coordonnent le mouvement, des initiatives fortes de mobilisation et de solidarité dans les plus brefs délais.

 

Alternative Libertaire

Les Alternatifs

Fédération pour une Alternative Sociale et Ecologique

Gauche Unitaire

Lutte Ouvrière

NPA

Parti Communiste Français

Parti de Gauche

Parti Communiste des Ouvriers de France

Verts - Europe Ecologie

 

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Violence patronale

 

Intérim :

une entreprise

sans foi ni loi


Par Loudo S. 24 mars 2010, in Basta !

 

Salariés insultés, syndicalistes agressés… Depuis cinq mois, une agence d’intérim parisienne multiplie les provocations contre les travailleurs sans papiers qu’elle emploie dans le bâtiment. Ceux-ci ont osé se mettre en grève pour le simple respect de la loi : leur droit à être déclaré et régularisé.

 

 

 

« La société Multipro est un rempart et ne cédera pas devant le fascisme. Tous unis contre le mensonge, la calomnie et le terrorisme », annonce un écriteau sur la devanture. Les « fascistes », « calomniateurs » et autres « terroristes » sont, selon cette entreprise de travail temporaire, les salariés sans papiers qu’elle refuse de déclarer. L’avertissement n’a, semble-t-il, pas dissuadé ces derniers : 32 travailleurs sans papiers sont en grève depuis le 23 octobre 2009. À l’appel de leur syndicat, Solidaires, plusieurs dizaines de soutiens ont manifesté ce 19 mars devant l’agence d’intérim, dans le 11ème arrondissement de Paris, pour obliger la direction à négocier puis à signer les contrats de travail nécessaires à l’obtention de papiers.

 

Multipro multirécidiviste

 

« On est venu lui montrer que la rue ne lui appartient pas », lance Sébastien du syndicat Solidaires. C’est pourtant la rue que le directeur adjoint de l’agence, Thierry Belhassen - le fils d’André Belhassen, directeur de Multipro - choisit pour rappeler que, non content d’avoir le verbe haut, il pouvait avoir la tête dure. Face à un syndicaliste qui a l’insolence de venir lui parler, le directeur adjoint conclut l’échange par un coup de tête zidanesque. L’arrivée de la police lui permet ensuite d’aller chercher ses employés dans les locaux de l’agence, moquant les slogans « Thierry voyou, patron voleur » des manifestants. Le vendredi étant jour de paye, il transforma pour l’occasion le restaurant du coin de la rue en agence d’intérim.

 

Multipro a l’habitude de créer des agences. Alors que la direction prétendait ne pas pouvoir payer la taxe Anaem relative à l’embauche d’étrangers pour raison financière, elle a ouvert une agence près de la place de la Nation, à Paris, pour remplacer celle occupée par le collectif de grévistes, boulevard Ménilmontant. C’est devant cette nouvelle boutique que le 24 février dernier s’étaient rassemblés près de 400 soutiens, militants associatifs, syndicaux et élus afin de protester contre les violences patronales du 19 février, envers les grévistes. Les dirigeants de Multipro n’en sont pas à leurs premiers coups d’éclats. Pour l’instant, dans une quasi impunité.

 

À patron têtu, grévistes obstinés

 

Alliant insultes racistes, agressions physiques et mutisme, les dirigeants persistent depuis cinq mois dans leur entêtement mais ne signent toujours pas les formulaires d’embauche Cerfa, nécessaires à la régularisation. Après avoir accepté de reconnaître quatre grévistes lors de pourparlers le 9 janvier, ils sont finalement revenus sur leur décision arguant un manque de travail. Le directeur, André Belhassen, a transmis au procureur de la République l’ordonnance du référé daté du 25 janvier qui stipule l’expulsion des locaux.

 

Côté grévistes aussi, on s’organise : « Plusieurs plaintes ont été déposées, une enquête est instruite par le Procureur de la République parce qu’on va pas le laisser faire », préviennent-ils au mégaphone. L’inspection du travail a également été saisie pour que les négociations reprennent mais, précise Sébastien, « par l’intermédiaire des avocats vu ce qu’il s’est passé ». En parallèle, grévistes et syndicats poursuivent leurs actions. La semaine passée, ils ont occupé les dépôts de chantiers des entreprises LDT, Sotravia et Doyère pour interpeller les principaux donneurs d’ordres de Multipro.

 

Loudo S.

 

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Le 23 mars,

tous en grève,

tous dans la rue.

 

NPA

 

retraites-quatre.JPG

Pas de moratoire sur les retraites, a annoncé le gouvernement. Pour s’opposer à la destruction du système par répartition, les syndicats appellent à une journée de mobilisation le 23 mars.
Faisons en sorte qu’elle soit massive.


Sarkozy et Fillon l’ont dit et redit : le résultat des élections régionales n’influencera pas les décisions gouvernementales prévues. C’est en premier lieu le dossier des retraites qui va être mis sur la table avec un projet de loi présenté au gouvernement cet été, et un vote au Parlement, en septembre.Notre système de retraite est fondé sur la répartition, c’est-à-dire la solidarité entre générations, la prolongation du salaire, hors de toute capitalisation. En 1983, la gauche applique certaines de ses promesses : retraite à 60 ans, taux de pension passant de 40 à 50 % du salaire et calculée sur les dix meilleures années.


C’est le Livre Blanc de Rocard en 1985, mettant en avant le péril démographique et le déficit croissant, qui va fonder les contre-réformes réalisées jusqu’à aujourd’hui. Dès lors, l’entreprise de démolition s’accélère : passage à 40 annuités pour le privé, prise en compte des 25 meilleures années, indexation des pensions sur les prix (Balladur 1993), création de la CRDS puis CSG, alignement du public sur le privé. Seule la grande mobilisation de 1995 retarde la liquidation des régimes spéciaux.


Ce sont les mêmes arguments qui reviennent aujourd’hui : catastrophisme démographique et déficit insupportable. Mais l’insupportable, c’est le million de retraités sous le seuil de pauvreté et la moitié qui survit avec une pension inférieure à 1 000 euros. L’insupportable ce sont les trois quarts des femmes qui ne touchent que le minimum vieillesse (678 euros), avec des pensions inférieures de 40 % à celles des hommes.


Les mesures envisagées par le gouvernement ne s’attaqueront pas à ces scandales. Au contraire ! Reporter l’âge de départ légal en retraite, augmenter le nombre d’années de cotisation nécessaires alors que les deux tiers des salariés ne sont plus au travail à 60 ans et avec 5 millions de chômeurs, sont des escroqueries.
Mais l’objectif n’est pas là. Ils veulent faire payer aux retraités « leur crise » en diminuant encore les pensions tout en s’attaquant aux fondements du système, la répartition. Par l’introduction dans le régime obligatoire d’un mécanisme par « points » ou « notionnel » dans lesquels la pension dépend de la situation économique et de l’espérance de vie. Et en favorisant la capitalisation : les salariés qui en ont les moyens pourront prendre des assurances pour éviter la misère des retraites de base.


La déferlante de publicité pour les assurances vieillesse privées montre l’intérêt des assureurs pour l’affaiblissement de notre système de retraite.


Pourtant, les moyens pour financer les retraites existent, mais il s’agit d’un choix de société. Inutile de convoquer des dizaines d’experts en démographie, sociologie ou économie. Face au déficit de la branche vieillesse de la Sécu (8 milliards d’euros), délibérément organisé par les gouvernements de droite et de gauche depuis trente ans, il y a des solutions car dans le même temps, la part des salaires dans la répartition des richesses a diminué de 10 %.


Voilà ce qu’il faut changer. Une augmentation de 300 euros pour tous les salariés représente 31 milliards d’euros pour les retraites, 100 000 chômeurs de moins c’est 1, 3 milliard de cotisations et 1 % de cotisation patronale sur l’ensemble du salaire rapporterait 4, 9 milliards. Avec l’augmentation des salaires directs et socialisés et la création d’emplois, nos revendications concernant les retraites peuvent être satisfaites.


Face à de tels enjeux, la mobilisation de tous est indispensable. Pourtant, tout en étant incomplète (CGT-CFDT-UNSA-FSU-CGC-Solidaires), l’alliance des organisations syndicales est des plus discrète sur les revendications et peu offensive sur les modalités d’actions.

 

La première mobilisation du 23 mars doit être l’occasion pour toutes et tous de montrer notre volonté de faire reculer le gouvernement. Il faut s’en saisir. Mais cette première journée ne doit pas rester sans lendemain. Partout dans les quartiers, dans les entreprises, il faut susciter des initiatives regroupant organisations syndicales, politiques, associations, toutes celles et tous ceux qui, sur cette question, ne veulent rien lâcher.

Robert Pelletier

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«Tous les mensonges sont bons pour fermer des lits»

 

REPORTAGE

 

Des centaines de salariés de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris se sont rassemblés ce vendredi devant le siège de leur employeur, à Paris, pour protester contre les suppressions d'emplois qui les menacent.

 

Libé 12/03/2010

 

Devant le siège de l'AP-HP, ce vendredi à Paris.

Devant le siège de l'AP-HP, ce vendredi à Paris. (© AFP photo AFP)

 

Ils sont plusieurs centaines ce vendredi midi devant le 3 avenue Victoria, siège de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris, dans le IVe arrondissement parisien. Présents pour les premiers depuis 10 heures du matin. Tous sont salariés de l'AP-HP. A l'appel de l'intersyndicale CFDT, CFTC, FO, SUD, CGT, ils se sont rassemblés pour protester contre «les suppressions d'emplois et des restructurations» dans les hôpitaux franciliens, «conséquence de la loi Bachelot».

 

Depuis la veille, un groupe de leurs collègues occupe pacifiquement les locaux et a déployé des drapeaux syndicaux aux balcons.

 

Des personnalités politiques candidates aux élections régionales sont présentes sur le pavé, notamment Olivier Besancenot (NPA), Jean-Luc Mélenchon (Parti de gauche), et la première adjointe au maire de Paris, la socialiste Anne Hidalgo.

 

Non loin, les salariés de l'AP-HP expliquent volontiers les motifs de leur colère. Dont Marcel, 34 ans, agent administratif (non syndiqué) à l'hôpital Trousseau. «Ce plan qu'ils appellent de réorganisation est purement économique. Leur but est juste de démanteler les services de soin, de casser le service public.» Marcel craint que la majeure partie de l'activité de Trousseau soit «rebasculée sur les hôpitaux Necker ou Debré». Le salarié ne comprend pas cette logique administrative. «On vient de nous faire une maternité haute technologie dernier cri. Elle aura trois ans en juin. Quel intérêt?»

 

Hélène, également agent administratif, avoue son inquiétude : «C'est sûr, ils ne vont pas reprendre tous les personnels.» Et la salariée d'anticiper: «Ils vont nous faire trois propositions de postes, et si on refuse, ce sera la porte.»

 

Quelle suite pensent-ils que leur mouvement du jour va prendre ? «Il y a des AG dans tous les hôpitaux de l'AP-HP. On attend maintenant des nouvelles de nos collègues qui occupent le siège.» Et de menacer: «On n'est pas encore en grève générale, mais ça peut le devenir.»

 

A quelques dizaines de mètres, devant la porte du siège de l'AP-HP gardée par une dizaine de gendarmes mobiles, quatre salariés sont assis dans des fauteuils roulants auxquels sont accrochés des pancartes: «Avec Leclercq (le directeur général, ndlr), le pays où l'AP-HP est précaire.» ou encore: «Economies sur des vies : - 300 millions d'euros, - 4.000 postes. 1,6 million d'euros de gâchis (H1N1)»

 

De l'autre côté de l'avenue, Catherine, 52 ans, scande elle aussi des slogans hostiles à la réorganisation. Cette secrétaire médicale salariée de l'AP-HP depuis seize ans travaille à l'hôpital Clémenceau de Champcueil, dans l'Essonne. Cet établissement de gérontologie risque de perdre 37 lits de rééducation et de «soins de suite». Soit «quatre emplois». Elle ne sait pas si elle va conserver le sien. «Ils disent qu'ils veulent redéployer cette activité à l'hôpital Rothschild (XIIe), parce que nous accueillons une majorité de patients parisiens. C'est archi faux. Ils sont prêts à tous les mensonges pour justifier leurs arbitrages. Nous recevons au maximum 3% de Parisiens.»

 

Quatre jeunes salariés du même hôpital Clémenceau de Champcueil écoutent à quelques mètres. Marie-Claire est ergothérapeute. Typhaine, Laëtitia et Guillaume sont psychologues. Les deux premières sont en CDI. Les deux derniers, en CDD, craignent de perdre leur emploi.

 

«Il y a de grandes chances que nous ne soyons pas renouvelés. Mais les arguments de l'administration sont fallacieux. Ils veulent juste fermer les hôpitaux de proximité. Déjà que nos patients ne reçoivent pas beaucoup de visites... Si en plus on les déménage à Paris, alors qu'ils viennent de l'Essonne, de Seine-et-Marne et du Loiret...» Et les quatre jeunes professionnels de s'interroger sur les motivations de fermeture de lits : «Nous avons un taux de remplissage de 95%. Et il faut douze jours pour obtenir un lit... Vraiment, on ne comprend pas... Tous les mensonges sont bons pour fermer des lits...»

 

Il est 13h30. Les manifestants lèvent le camp.

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Education nationale : entre 13% et 50%

de grévistes

 


Plusieurs syndicats de l'éducation avaient déjà manifesté le 30 janvier à Paris (AFP)

Plusieurs syndicats de l'éducation avaient déjà manifesté le 30 janvier à Paris (AFP)

Les chiffres de la participation à la grève des enseignants dans les collèges et lycées, à l'appel de l'intersyndicale SNES-FSU, FO, CGT, Sud-Education, FAEN et SNALC, diffèrent vendredi matin 12 mars selon les sources. Elle serait de 50% selon le syndicat Snes-FSU, Frédérique Rolet, et de 13% selon une "estimation provisoire" du ministère de l'Education nationale.

 

Un écart important


Ainsi, "à la mi-journée", selon le communiqué diffusé par le ministère à 10h45, le taux de participation serait de 8,03% dans les lycées professionnels, 11,7% dans les lycées d'enseignement général et 15,14% dans les collèges, soit une "moyenne pondérée" de 12,9% de grévistes parmi les enseignants du second degré.
"Autour de 50% des professeurs" sont grévistes, soit "un peu plus d'un sur deux dans les collèges" et "environ 40% dans les lycées", a assuré de son côté la cosecrétaire générale du syndicat Snes-FSU, Frédérique Rolet.
Le Snes-FSU reproche notamment au ministère de rapporter le nombre des grévistes constatés le matin à l'ensemble des personnels, qu'ils soient en exercice ou non le jour de la grève.
Selon le SNUipp-93, les écoles des villes proches de Paris connaissaient 40 à 60% de grévistes et le reste du département 20 à 30%.

 

Une soixantaine de manifestations


L'intersyndicale SNES-FSU, FO, CGT, Sud-Education, FAEN et SNALC des personnels des collèges et lycées appelle à une grève nationale vendredi contre les suppressions de postes -plus de 16.000 prévues en 2010 dans l'Education- et les réformes du gouvernement dans le second degré. Une soixantaine de manifestations sont prévues un peu partout en France, selon les syndicats. A Paris, un cortège partira à 14h30 du jardin du Luxembourg en direction du ministère de l'Education nationale. Cet appel à une journée de mobilisation avait été lancé mi-février lors des grèves qui touchaient plusieurs lycées de l'académie de Créteil suite à des violences dans deux établissements.

 

Etats généraux sur la violence à l'Ecole


Jeudi, le ministre de l'Education nationale Luc Chatel a installé le conseil scientifique chargé d'organiser les Etats généraux sur la violence à l'Ecole promis à la suite de ces mouvements, des Etats généraux qui se tiendront les 7 et 8 avril. Ce conseil est composé de 15 personnalités spécialisées sur les questions d'éducation, de comportement, ou encore de délinquance juvénile, dont certaines viennent des Etats-Unis, du Canada, d'Israël, de Grande-Bretagne, du Luxembourg et de Belgique. Il devra "apporter une expertise de haut niveau sur les phénomènes de violence et leurs causes, avec notamment une approche internationale", précise un communiqué du ministère. Il devra également "identifier les thématiques qui vont structurer la réflexion des Etats généraux" et "accompagner, dans une logique de suivi et d'évaluation, la mise en œuvre des préconisations qui émergeront".

"Remise en cause de l'éducation prioritaire"


Mais pour les syndicats, les difficultés des personnels et les tensions trouvent leurs causes dans la politique menée par le gouvernement. Le SNES, premier syndicat des enseignants des collèges et lycées, dénonce ainsi dans un communiqué les "suppressions massives de postes", les réformes "inacceptables du lycée, de la formation des enseignants et de la gouvernance des établissements" ou encore, selon lui, la "remise en cause de l'éducation prioritaire" et la "casse du service public d'orientation".

 

Pour "le retrait de réformes"


Dans les collèges et les lycées, "les conséquences de cette politique sont durement ressenties: accroissement de la charge de travail des personnels, dégradation de leurs conditions de travail, détérioration des conditions d'études pour les élèves", estime le SNES. Dans un communiqué, l'intersyndicale, qui a sollicité à deux reprises ces dernières semaines, mais sans succès, une audience auprès de Luc Chatel, demande au ministre "le retrait de réformes, dictées en grande partie par la recherche frénétique d'économies budgétaires, conduisant à la suppression massive d'emplois indispensables au service de l'Ecole de la République"

 

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SÉCURITÉ SOCIALE.

 

Les Caisses d’allocations familiales

«au bord de l'implosion»

 

Le Parisien 11/03/2010

 

Caisses obligées de fermer pour écluser les dossiers en attente, téléphones sonnant dans le vide, allocataires au bord de la de nerfs... Les Caisses d’allocations familiales (CAF) , submergées de demandes du fait de la , craquent de tous côtés.

 

Dans une lettre confidentielle , que nous nous sommes procurée, envoyée le 26 février à , ministre du Travail, le président du conseil d’administration de la Caisse nationale des allocations familiales (Cnaf), Jean-Louis Deroussen, alerte sans détour le gouvernement sur le fait que, « depuis juillet 2009, la demande sociale explose ».

 

« En ce début d’année 2010, la situation des CAF semble s’aggraver dangereusement », à tel point « que l’ensemble de l’institution est proche de l’implosion », conclut-il. Pis, poursuit cette missive, même la mise en place de « dispositions à l’ampleur inédite », comme la « réduction de l’offre de service en accueil physique » ou la « multiplication des CDD » n’a «pas permis de rétablir durablement un équilibre qui demeure très fragile ». Ces derniers mois, plusieurs syndicats avaient déjà tiré la sonnette d’alarme, pointant la charge de travail accrue des 36 000 agents. Dans le Val-de-Marne, des centres ont dû fermer dix jours, fin 2009, afin de digérer les retards. En Seine-Saint-Denis, les retards de versement ont parfois atteint plusieurs mois.


Les versements de RSA menacés

 

Aujourd’hui, la crise s’est propagée à tout le réseau. Et pour cause… selon une note d’information interne, que notre journal a pu consulter, le nombre de visites dans l’une des 123 CAF a bondi de 14,8 % en 2009, le nombre de pièces à traiter a progressé de 10,9 %, tandis que le nombre d’appels téléphoniques, lui, grimpait de 36,6 % !

 

« A ce rythme, les retards de versement, notamment pour le RSA, vont se multiplier », s’alarme un directeur. Dans sa lettre, Jean-Louis Deroussen, lui, réclame « instamment » que le gouvernement revoie « les moyens alloués à la branche famille », d’autant qu’en 2010 les CAF se verront confiées de « nouvelles charges » comme les impayés de loyers, le RSA jeunes ou la CMU complémentaire.  Contacté hier, l’entourage de Xavier Darcos attend d’avoir « des précisions supplémentaires sur ces surcharges avant de se décider » et rappelle que « les 1 200 créations de postes décidées lors de la création du RSA commencent à arriver sur le terrain ». Beaucoup ne seront là qu’en 2011 : chaque nouvelle recrue doit être formée pendant dix-huit mois avant d’être opérationnelle.

 

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Les annonces de Total ne calment pas les salariés des raffineries

 

La direction a décidé ce lundi l'arrêt de l'activité raffinage à Dunkerque, mais projette d'installer sur le site un centre d'assistance technique et une école de formation, ainsi que sa participation à la construction d'un terminal méthanier avec EDF.

 

Libé 08/03/2010

 

Ce lundi matin, devant le siège de Total à La Défense.

Ce lundi matin, devant le siège de Total à La Défense. (Reuters)

 

«Les annonces de Total, c'est zéro.» Thierry Dufresne résume le sentiment des centaines de salariés de Dunkerque et d'autres raffineries, venus manifester devant les tours de Total de La Défense (Hauts-de-Seine) alors que s'y déroule un comité central d'entreprise. «Tout ce qu'ils proposent, c'est une plateforme technique avec environ 200 emplois», ajoute ce syndicaliste CGT membre du comité central d'entreprise, qui se tenait dans la matinée.

 

Total a annoncé l'arrêt de l'activité raffinage à Dunkerque, un projet d'y installer un centre d'assistance technique et une école de formation, et une participation à la construction d'un terminal méthanier avec EDF.

Ce dernier projet vise à créer une cinquantaine d'emplois directs, alors que le site nordiste en compte 370, mais le groupe assure que l'emploi sera garanti pour tous ses salariés à travers les autres activités.

 

Pourtant, au pied des bureaux de Total à La Défense, l'amertume a envahi les salariés partis en cars de Dunkerque au petit matin, ainsi que leurs collègues venus d'autres sites.

 

«C'est très difficile depuis septembre (date d'arrêt provisoire de la raffinerie de Dunkerque, ndlr), témoigne David, 32 ans, en charge de la sécurité des installations. Tout ce qu'on veut, c'est bosser et on a encore des moyens de pression pour les faire plier», ajoute-t-il, alors que les salariés nordistes sont en grève depuis deux mois.

 

«L'école de formation, on nous a déjà dit ça le 1er février, mais on est pas des formateurs nous, on est des raffineurs, s'exclame Joël, chez Total depuis vingt-sept ans. Et le centre technique, cela veut dire passer 70% de notre temps en déplacement, loin de nos familles. On ne veut pas de ça.»

 

Son collègue Vincent se dit, lui, «très en colère». Quelques minutes plus tôt, les manifestants sont allés du siège de l'activité raffinage à une autre tour abritant le siège de l'ensemble du groupe, distant de quelques centaines de mètres.

 

Les salariés ont voulu entrer dans le hall et se sont fait refouler par les gaz lacrymogènes des gendarmes. Quelques vitres ont été brisées.

 

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DUNKERQUE

Total : des salariés bloquent des cuves de pétroles

 


Les salariés du site de Total manifestent dans les rues de Dunkerque le 4 mars.

Les salariés du site de Total manifestent dans les rues de Dunkerque le 4 mars. AFP

Des salariés de la raffinerie Total de Dunkerque, menacée de fermeture, ont bloqué vendredi 5 mars des cuves contenant 500.000 tonnes de pétrole brut, en démontant des mécanismes de pompage, à trois jours d'une réunion qui doit décider de leur avenir, a constaté un journaliste de l'AFP.
Plusieurs dizaines d'employés du site des Flandres, à l'arrêt depuis septembre, se sont rendus vendredi à l'aube sur la zone de stockage de pétrole brut. Ils ont démonté des composants électroniques indispensables au fonctionnement des pompes qui servent à extraire le contenu des cuves.
Les pompes servent habituellement à acheminer via un pipeline de 8km les hydrocarbures à la raffinerie. Les salariés affirment avoir appris que la direction de Total envisageait de faire en sorte que le pétrole puisse être chargé sur des navires à destination d'autres raffineries.

 

"On veut raffiner"


Des salariés cagoulés sont sortis de l'usine en portant les composants de la taille de petites valises, sous les applaudissements des grévistes, avant de les charger sur des remorques.
"On veut raffiner. On ne veut pas que ce (pétrole) brut s'en aille d'ici", a déclaré Philippe Wullens, délégué syndicale Sud (majoritaire sur le site), en évoquant un "trésor de guerre".
Selon lui, Total a réalisé une plus-value de 200 millions d'euros entre le moment de l'achat de ce pétrole à l'automne et aujourd'hui, en raison de l'augmentation des cours.
Une partie des composants électroniques sera remise aux services de l'Etat, une autre à la région et une troisième à la communauté urbaine de Dunkerque, sachant que tout le matériel est nécessaire pour faire redémarrer les pompes, a expliqué Marcel Croquefer, secrétaire du pôle chimie CGT.
"Ce pétrole ne doit pas quitter les cuves tant que les choses ne sont pas arrêtées", a-t-il dit.

 

Grève


Des propositions pour l'avenir de la raffinerie des Flandres doivent être annoncées lundi lors d'un comité central d'entreprise (CCE). La direction envisage une fermeture définitive du site qui emploie 380 salariés, plus 400 personnes chez les sous-traitants.
Les menaces de fermeture avaient entraîné fin février l'ensemble des raffineries françaises du groupe dans un mouvement de grève de plusieurs jours. Les syndicats y avaient mis fin après des garanties apportées par Total sur l'avenir de l'activité de raffinage en France.
Les salariés de Dunkerque, qui poursuivent seuls leur grève commencée le 12 janvier, devaient par ailleurs bloquer dans la matinée une partie du port de Dunkerque.

 

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Ce lundi, c'est

"journée sans immigrés"

 

 

Pas de papiers, mais tout de même des feuilles d'impôts. Une situation qualifiée de "racket" par les associations (AFP)

Pas de papiers, mais tout de même des feuilles d'impôts. Une situation qualifiée de "racket" par les associations (AFP)

Le collectif "24 heures sans nous" appelle à faire du lundi 1er mars une "journée sans immigrés" afin de démontrer leur place dans l'économie du pays d'accueil. Il s'agit d'une initiative nouvelle avec des ramifications dans plusieurs pays européens. Le collectif, qui se présente comme un "mouvement citoyen", convie "les immigrés, enfants d'immigrés et les citoyens conscients de l'apport de l'immigration en France" à cesser de "consommer et/ou travailler" ce jour-là, à arborer un ruban jaune en signe de solidarité et à participer à des rassemblements entre 12h et 14h. L'idée de ce boycott symbolique de l'économie est née d'un "ras-le-bol de la stigmatisation" des immigrés qui s'est cristallisé après la petite phrase de Brice Hortefeux à propos d'un jeune militant maghrébin à l'université d'été de l'UMP : "il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes".

 

"Logique de stigmatisation"


Une des initiatrices de "la journée sans immigrés", Nadia Lamarkbi, explique que le collectif s'est inspiré du mouvement de protestation mené par les Latinos-Américains aux Etats-Unis en 2006 contre la politique d'immigration. La date du 1er mars marque le cinquième anniversaire de l'entrée en vigueur du Code de l'Entrée et du Séjour des Etrangers et du Droit d'Asile (CESEDA), qui instaurait une immigration "choisie" sur des critères économiques. Rapidement, le mouvement a pris forme à partir du site internet du collectif et de Facebook. Il sera suivi également en Espagne, en Grèce et en Italie, et selon les organisateurs, des collectifs semblables sont "en train de se former" en Allemagne, en Belgique, aux Pays-Bas et en Suisse. Le collectif évoque une "logique de stigmatisation en marche dans plusieurs pays", de sorte qu'il envisage de "mettre en place une structure pour se faire entendre au niveau européen". A Paris, un rassemblement est prévu sur le parvis de l'hôtel de Ville, de même qu'à Reims, Amiens, Lyon.

 

"L'immigration, c'est une chance"


En Italie, des manifestations sont notamment prévues à Milan, Rome et Naples. Egalement, une rencontre à Rosarno (Calabre), qui fut en janvier le théâtre d'affrontements violents entre habitants et saisonniers africains. En Grèce, le collectif est né il y a seulement cinq semaines. Il n'appelle cependant pas à faire grève "parce que les grévistes perdraient automatiquement leur emploi". Il incite toutefois à ne "rien dépenser" ce jour-là.
La Cimade, France Terre d'Asile, Réseau Education sans Frontières, ou encore l'association des travailleurs portugais en France, ont apporté leur soutien au collectif "24 heures sans nous". A l'instar de quelques syndicats comme la CFDT et la FSU. Il dit ne pas avoir pris contact avec des mouvements trop politisés, tenant à son rôle de "mouvement citoyen", apolitique, militant pour la "reconnaissance de la dignité de chacun, avec ou sans -papiers". Il faut faire prendre conscience, insiste Nadia Lamarkbi, que "l'immigration n'est pas un problème en france, c'est une chance".

 

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Interview d'un gréviste de Total...

 

NPA

 

L'annonce de Total de la fermeture de la rafinerie des Flandres a lancé une forte mobilisation de l'ensemble des salariés du groupe. Nous faisons le point avec Benjamin Desjardin, salarié à la raffinerie de Normandie à Gonfreville l'Orcher.

 

NPA: Peux-tu expliquer les raisons de la grève actuelle ?

 

« Depuis mercredi 18 février, les salariés des raffineries, centre de dépôts et des établissements de production de Total en France sont en grève en solidarité avec les collègues de la raffinerie des Flandres (à Dunkerque) avec arrêt total de la production de carburant depuis jeudi soir dans les raffineries.


Toute cette mobilisation a pour origine l’arrêt depuis septembre 2009 de la raffinerie dunkerquoise, suite à une supposée diminution des consommations françaises alors qu’on y fait parvenir des produits de l’étranger déjà raffinés.
Ils se sont mis en grève illimitée suite aux rumeurs médiatiques patronales en janvier sur la fermeture de la raffinerie dunkerquoise afin d’avoir des réponses de la direction générale. Les autres raffineries se sont mises en grève par solidarité avec leurs collègues. Ils se sont donnés rendez vous à Paris au siège social le 1er février, le jour du CCE mais sans réponse claire de la direction et un calendrier lointain, malgré une forte mobilisation de milliers de salariés de Total de toute la France avec appui de ceux des entreprises dunkerquoises et d’Exxon. Suite à cela les salariés de dunkerque ont posé un ultimatum à la direction au 15 février pour redémarrer la raffinerie, sans quoi ils l’exécuteront eux même. Le mardi 16, ils ont donc investi le site malgré la présence de la police privée patronale en nombre qui a réussi à blesser quelques salariés, et les autres raffineries se sont mises en grève de 48 heures par solidarité.


De plus, le groupe Total a prévu également de fermer ou vendre des dépôts, ce qui a mené à une grève plus importante. »

 

NPA: Comment se déroule le mouvement ?

 

« Le mouvement de grève se passe dans un climat serein, malgré les pressions patronales et hiérarchiques habituelles sur les salariés gréviste. La grève est appuyée par l’intersyndicale CGT, FO, SUD et CFDT. Le syndicat des cadres CGC nous ayant abandonné, sans surprise. Les prises de paroles sont effectuées à chaque relève pour informer de la situation et consulter les salariés qu’ils soient en quart ou de journée. Les salariés sont toujours très nombreux à poursuivre le mouvement à chaque relève depuis le début de la grève. »

 

NPA: Comment vois-tu la suite du mouvement ?

 

« La balle est désormais dans le camp de la direction générale et leur silence ne fait que durcir le mouvement de grève totale.


Le ton s’est d’ailleurs endurci depuis jeudi soir à cause du mutisme face aux exigences fixées par les salariés de Total. De plus, à l’heure où je vous parle, les salariés d’Exxon, également inquiets de leurs avenirs, nous rejoindraient dès lundi dans le mouvement.


Il faut savoir que la discrétion de leur part n’est pas innocente, en effet, le gouvernement, à l’approche des élections régionales, fait pression afin qu’une réunion ne s’y tienne qu’après ces scrutins. On pourra craindre une forte recrudescence des suppressions d’emplois en général en France suite aux élections, et ce serait valable pour le groupe Total si nous ne nous sommes pas mobilisés en ce moment.


Les conditions fixées par la majorité des syndicats et par les salariés sont les suivantes :

 

  • Départ immédiat des vigiles du site de Flandre
  • Engagement écrit de la direction du groupe pour retraits des plaintes, aucune pression sur les salariés de Flandre et d’où que soient les salariés grévistes.
  • Dispositions pour permettre le maintien du contrat de travail Total en cas de cession.
  • Tenue d’une table ronde nationale sur l’avenir du raffinage et l’indépendance énergétique du pays (gouvernement).
  • Tenue d’une table ronde sur dunkerque pour la pérennité du site des Flandres et du bassin Dunkerquois. (réalisation du grand arrêt d’entretien prévu initialement en mars, redémarrage...)
  • Respect des IRP et du code du travail, et engagement sur un plan d’investissement pour l’ensemble des sites, donnant une vision claire de la stratégie de l’entreprise.
  • Obtention, au-delà des expertises au niveau français, d’une expertise européenne sur l’avenir du raffinage. »

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DREUX (EURE-ET-LOIR), 19 FEVRIER 2010. Les salariés de l'usine Philips manifestent leur joie à l'énonce du jugement en référé du TGI de Chartres.

Philips Dreux :

le tribunal ordonne la reprise du travail

 

Le Parisien 20/02/2010

 

Le travail reprendra lundi à l'usine Philips de Dreux (Eure-et-Loir). Même si ce n'est que provisoire, c'est une grande victoire pour le 212 salariés du site et un camouflet pour le groupe néerlandais. Ce vendredi peu après 17 heures, le  tribunal de grande instance de Chartres a ordonné la reprise du travail dès lundi, sous peine d'une astreinte de 25 000 euros par jour, et la «suspension du projet de licenciements collectifs», dans l'attente d'une meilleure consultation des représentants du personnel.

 

Dans la soirée, la direction a indiqué dans un communiqué qu'elle «se conformera aux conclusions de l'ordonnance de référé». «La production reprendra ce lundi, dans l'attente d'une prochaine réunion avec les partenaires sociaux», a-t-elle précisé.

 

Les élus du CE manquaient d'informations «primordiales» 

 

Si la fermeture du site est évoquée depuis octobre, les employés avaient reçu samedi une simple lettre les informant de ne pas venir lundi matin au travail, sans leur notifier leur licenciement. Un autre courrier les informaient de propositions de reclassement en Hongrie à 450 euros par mois. Face à ces méthodes, les salariés avaient saisi la justice lundi sur «l'absence d'avis du comité d'établissement et du comité central d'entreprise», reprochant au géant néerlandais de l'électronique d'avoir arrêté la production avant d'avoir notifié aux salariés leur licenciement.

 

Dans son ordonnance, le tribunal a poté un manque d'informations «primordiales» pour l'examen du volet économique du plan social. Il estime par conséquent que les élus au comité d'entreprise n'étaient pas en mesure d'émettre un avis éclairé sur ce plan. Il a également condamné Philips à payer 1 000 euros chacun à la , à FO et au comité d'entreprise.

 

FO : «Cette décision va faire jurisprudence»

 

«C'est une énorme victoire pour les salariés de Philips et plus globalement pour les travailleurs», a déclaré, Manuel Georget, délégué CGT. «Les travailleurs ont été tellement victimes de défaites, que cette victoire renforce aujourd'hui notre combativité»,.a-t-il ajouté. Il s'agit d'«une victoire importante pour les salarié-e-s du site et pour les qui les soutiennent», renchérit le syndicat Solidaires.

 

Pour l'avocate de l'union départementale FO, Me Sandra Renda, «cette décision, qui va faire jurisprudence, montre qu'on ne ferme pas en France une usine comme ça (...) Lorsqu'une entreprise se comporte aussi mal avec ses salariés en ne pensant qu'à ses actionnaires, une réponse reste possible: la sanction de la loi».

 

Les syndicats avaient également demandé au tribunal de reconnaître le «lock-out du site» : la direction avait en effet fermé les portes de l'usine de Dreux lundi. Sous la pression du ministre de l'Industrie Christian Estrosi s'était dit jeudi «choqué» par l'envoi de ce courrier, Philips avait accepté de rouvrir les portes de l'usine vendredi matin, permettant aux salariés d'emporter leurs affaires personnelles, au cas où...

 

Philips affirme plus que jamais sa volonté de fermer le site

 

Dans la matinée, le président de Philips France Joël Karecki avait très fermement réaffirmé «qu'il n'y aura plus d'emplois Philips à Dreux prochainement» : «les lignes (NDLR: de l'usine d'Eure-et-Loir) ne fabriqueront plus de téléviseurs et il n'y a pas d'autres produits Philips de prévus parce qu'il n'y a pas d'autres produits Philips utilisant ce type de technologie», avait-t-il martelé devant la presse.

 

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Retraite à 60 ans: l'appel du NPA aux partis de gauche ne fait pas recette

 

Olivier Besancenot avait proposé à tous les leaders de gauche, de Martine Aubry (PS) à Arlette Laguiller (LO), «une réunion unitaire» sur les retraites. Si Jean-Luc Mélenchon (PG) n'y voit «pas d'objection», le PS a décliné l'invitation.

 

Olivier Besancenot, porte-parole du NPA et tête de liste en Ile-de-France aux régionales, à

Olivier Besancenot, porte-parole du NPA et tête de liste en Ile-de-France aux régionales, à Marseille le 26 janvier. (Jean-Paul Pelissier / Reuters)

 

C’est au mieux un «pourquoi pas?», au pire un «pour quoi faire?». Alors qu’Olivier Besancenot lançait, dimanche sur Europe 1, aux autres formations de gauche un «voyons-nous vite» pour faire front commun sur la retraite à 60 ans, la proposition du NPA n’a pas déchaîné l’enthousiasme. Les motifs de réserve ne manquent pas: souci de ne pas interférer avec l’agenda syndical, de ne pas se positioner uniquement «contre», divergences de fond. Le tout en pleine bataille des régionales, où la gauche part en ordre dispersé au premier tour.

 

Le courrier du parti anticapitaliste a été envoyé, lundi, aux partis, «d’Arlette Laguiller (LO) à Martine Aubry (PS)» et le rendez-vous fixé, jeudi soir au siège parisien du NPA. Le sommet social de lundi à l’Elysée, qui a réuni exécutif et partenaires sociaux, fournirait un argument de plus pour convoquer cette réunion de la gauche politique, selon le NPA. Qui y voit «la confirmation que de nouvelles attaques seraient portées contre le système des retraites».

 

«Le temps est à l’action syndicale»

 

De là à faire cause commune? Prématuré, a tranché hier le porte-parole du PS Benoît Hamon, qui refuse de griller la politesse aux partenaires sociaux. Pour l’heure, «le temps est à la mobilisation sociale et donc à l’action syndicale, temporise Hamon. En temps et en heure, quand se posera la question de l’unité des forces de gauche, nous y répondrons.»

 

Plutôt partant pour l’invitation «pleine de bon sens» de Besancenot, Jean-Luc Mélenchon met aussi en garde contre une action «entravant le mouvement des syndicats» et compte«venir en appui de leur lutte». «On ne veut pas se substituer à l’intersyndicale mais voir ce que les organisations politiques peuvent faire, répond Sandra Demarck du NPA. Ces points d’appui unitaires sont cruciaux pour le rapport de force et pour soutenir la mobilisation.»

 

Autre obstacle de taille à ce front unitaire que Besancenot dessine du PS à Lutte ouvrière: l’offre du NPA porte sur «la retraite à 60 ans» et «37,5 annuités de cotisations», relève Hamon, mais ce dernier point «n’est pas la position du parti socialiste».

 

«Il ne faut pas être juste dans le défensif»

 

Une divergence qui n’a pas échappé à la porte-parole de LO, Nathalie Arthaud. Elle tablait par avance sur le refus des socialistes d’être de ce front. Rappelant la petite phrase de la première secrétaire du PS - on «va très certainement aller vers 61 ou 62 ans», avait-elle lâché avant de rectifier le tir -, Arthaud ne voit «pas comment Martine Aubry pourrait représenter ce combat-là». «Cette idée de collectif, je ne la comprends pas bien», doute-t-elle.

 

Dès dimanche, l’appel de Besancenot avait laissé la secrétaire nationale des Verts, Cécile Duflot, sur sa faim. Une «réunion, pour quoi faire ? Il faut qu’on propose quelque chose, ne pas être juste dans le défensif», lançait-elle sur BFM-TV, tout en assurant n’avoir «pas de problème sur la question de ne pas reculer sur l’âge légal de départ à la retraite». Mais se borner à s’opposer est un peu court, objecte Duflot: le «problème n’est pas de discuter, il faut travailler sur des solutions».

 

«L’urgent n’est pas de taper sur le NPA»

 

«Disponible pour résister, agir et proposer», le PCF pose la même condition: «pas question de camper sur la seule position de résistance». La démarche, à l’inverse, ne gêne pas Eric Coquerel, chargé des relations extérieures au PG: «C’est possible de s’unir pour dire notre désaccord à la proposition gouvernementale. On a déjà dit non aux réformes de droite sans être sûrs avant d’être d’accord sur tout le contenu positif.» Et «on ne se réunit pas que sur les positions du NPA, plaide Demarcq. On peut parler d’autres alternatives.»

 

Reste qu’à un mois des régionales, les partis de gauche, dont les listes, pour la plupart, se concurrencent sur le terrain, ne sont pas enclins, parallèlement, à s’afficher ensemble. Ce que ne pouvait pas ignorer Besancenot, tête de liste en Ile-de-France. Sandra Demarcq récuse toute «posture» et pointe la nécessité de «faire un autre choix de société». Mais, façon de se poser en parangon de l’unité, renvoie au reste de la gauche la responsabilité de la division: «on veut nous mettre dans un carcan mais l’urgent n’est pas de taper sur le NPA.»

 

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Philips bloque les portes de son usine de Dreux



La direction a proposé aux salariés licenciés des postes en Hongrie, payés 450 euros par mois, "à condition de pratiquer la langue hongroise"...

 

(Reuters)

(Reuters)

Le ministre de l'Industrie Christian Estrosi recevra cette semaine les syndicats puis la direction de Philips, après l'annonce de la fermeture de l'usine de Dreux (Eure-et-Loir), annonce un communiqué du ministère lundi 15 février.
Les dates des rencontres n'ont pas encore été fixées.
"Prenant acte de la décision de la direction dans un contexte où la fabrication de téléviseurs accuse des pertes mensuelles d'1 million d'euros, Christian Estrosi a demandé à Philips de prendre toutes ses responsabilités afin que chaque salarié soit traité dignement et de consentir un effort à la hauteur des enjeux sociaux et industriels pour la revitalisation du site", précise le communiqué.

 

Action judiciaire contre la direction


Réunis en assemblée générale, les salariés de l'entreprise Philips EGP de Dreux, ont voté lundi en faveur d'une action judiciaire contre la direction de Philips qui empêche les salariés de rentrer dans l'entreprise, a annoncé Manuel Georget, délégué CGT.
"Nous allons assigner l'entreprise en référé parce qu'elle empêche les salariés de se rendre sur leur poste de travail", a-t-il indiqué.
"Un huissier est actuellement sur place pour constater l'obstruction de l'entrée de l'usine par des vigiles", selon Manuel Georget, qui assure que "la totalité des salariés menacés de licenciements étaient présents lundi matin pour prendre leur travail normalement".
Les salariés ont pu se rendre dans le restaurant d'entreprise pour tenir l'assemblée générale, selon la même source.

 

Reclassement en Hongrie


Invoquant la situation financière, la direction de Philips EGP a annoncé samedi, dans une lettre aux salariés, la suppression de 212 emplois avec la fermeture définitive de son usine, dont le personnel avait tenté d'assurer la gestion sous forme de coopérative ouvrière en janvier.
Selon la CGT, un second courrier a été adressé aux salariés, leur proposant un reclassement en Hongrie.
"Philips propose aux salariés, des postes d'opérateurs à Szekesfehervar en Hongrie en CDI payés 450 euros par mois, sur douze mois, avec la condition de pratiquer la langue Hongroise. C'est vraiment se moquer du monde", s'est indigné Manuel Georget.
Une assemblée générale a été convoquée lundi à 8 heures par le syndicat, qui a appelé les salariés à se rendre "normalement" à l'usine. "On demande à l'ensemble des salariés de prendre leur travail normalement, à leur poste habituel dès 5h30 lundi", a déclaré Manuel Georget.
Alors que les syndicats ont pu pénétrer dans leurs locaux situés à proximité de l'entreprise, des vigiles interdisaient l'accès à l'usine "au moins jusqu'à demain matin", selon la CGT.

 

Un nouveau centre d'appels


Le ministre de l'Industrie Christian Estrosi a souligné dimanche les efforts de revitalisation de Philips EGP, après la fermeture définitive de l'usine, qui sera remplacée notamment par un centre d'appels, 300 nouveaux emplois étant déjà assurés, selon lui.
Les entreprises comptant au total plus de 1.000 salariés qui lancent des plans sociaux sont soumises à une obligation légale dite de revitalisation, qui consiste en une aide à la création d'autant d'emplois que ceux détruits dans une région.
La fermeture programmée du site de Dreux avait été annoncée pour la première fois le 8 octobre dernier. L'entreprise spécialisée dans la fabrication de téléviseurs à écran plasma avait déjà supprimé 350 emplois en 2005 et 279 en 2008.

 

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Raffinerie de Dunkerque

 

Total ne délocalise pas par hasard

 

Par Julien Brygo, 25 janvier 2010, in Basta !

 

Le groupe Total envisage de fermer la raffinerie des Flandres, près de Dunkerque, pour délocaliser son activité en Arabie Saoudite. Laissés sur le carreau, les salariés bloquent l’usine depuis le 12 janvier et attendent dans