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ACTUS

"EN MODIFIANT LE GENOME DES PLANTES ET EN CONTROLANT LE COMMERCE DES SEMENCES GENETIQUEMENT MODIFIEES, LES FIRMES QUI LES PRODUISENT ESPERENT DETENIR L'ARME ALIMENTAIRE ULTIME. DERRIERE CETTE CAPACITE A AFFAMER LA PLANETE EN PRETENDANT LA NOURRIR, UN PROJET GLOBAL DE SOCIETE TOTALITAIRE SE DESSINE, QUI DEPASSE LES LES VEGETAUX ET LES ANIMAUX POUR S'ATTAQUER A L'HUMAIN."


Philippe GODARD, essayiste

 

 

Bulletin d'information sur les OGM n°23 mai-juin 2009
Ce que l’on ne vous dit pas sur les OGM !
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Alsace :

La centrale nucléaire la plus vieille de France...

 

 

Fessenheim :


vers une fermeture définitive ?

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De radieux criminels

 

Yann FIEVET 24/04/2010
in Basta !

L’une des manières de percevoir l’inconséquence de notre monde et des hommes qui le font pourrait être le dévoilement de crimes de masse que la Justice ignore en renonçant encore à les qualifier. Ces crimes sont perpétrés, au nom d’organisations légales puissantes, par des hommes au pouvoir d’autant plus exorbitant qu’il est non démocratique. Des hommes tantôt persuadés d’agir pour la défense de l’intérêt général, tantôt agissant pour la sauvegarde d’intérêts particuliers inavoués. Il n’est pas très difficile, à partir de l’exemple du complexe nucléaire mondial, de comprendre que l’intérêt de l’Humanité est menacé par ces formes méconnues du crime organisé.

 

Depuis 1959, un accord « secret » passé entre l’OMS (Organisation mondiale de la santé) et l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) ; appartenant toutes deux à l’ONU, empêche toute prise de position officielle sur le sujet du nucléaire qui ne serait pas avalisée conjointement par les deux organisations. C’est ainsi que l’OMS s’interdit de faire réaliser des études scientifiques permettant de mesurer l’impact sanitaire de l’exposition des hommes aux radionucléides et se dispense également de rendre publics les résultats d’études partielles pourtant nombreuses existant sur le sujet. Pour l’OMS, la catastrophe de Tchernobyl n’a fait que 56 morts parmi les liquidateurs et 4 000 morts au sein des populations voisines de la centrale dont l’un des réacteurs a explosé en avril 1986. Des études scientifiques indépendantes estiment quant à elles que 10% des liquidateurs sont morts dans les années qui ont suivi l’accident et que 30% d’entre eux sont désormais invalides. Des estimations crédibles chiffrent à un million le nombre de ces liquidateurs, surtout de jeunes hommes, envoyés sur les lieux de la catastrophe afin d’arrêter l’incendie, d’enfouir le réacteur sous des milliers de tonnes de sable, de décontaminer la zone. Ce serait donc 100 000 de ces hommes qui auraient péri en raison directe de l’accident. S’agissant des populations exposées sur un périmètre étendu toujours contaminé aujourd’hui, le décalage entre les chiffres officiels de l’OMS et la réalité du drame humain est, lui aussi, immense. Ces populations consomment des denrées alimentaires produites dans ce périmètre et continuent ainsi de s’empoisonner au quotidien vingt-cinq ans après la catastrophe. Que la vie de millions d’hommes, de femmes et d’enfants soit sacrifiée sur l’autel des intérêts du lobby nucléaire est intolérable. Qu’en l’occurrence l’OMS ne s’acquitte pas de la mission pour laquelle elle fut créée est assurément criminel.

 

Depuis cinquante ans, ce deal incroyable entre deux organisations supranationales majeures empêche la première nommée – au moins dans le domaine concerné ici – de remplir la mission qui fonde son existence, à savoir la santé des populations exposées à des risques avérés, tandis que la seconde dispose de toute la latitude voulue pour défendre les intérêts du complexe nucléaire tant civil que militaire. Le double objectif non avoué de l’AIEA est de dissimuler le désastre sanitaire du recours au nucléaire – comme moyen d’armement ou comme source d’énergie – et d’entraver toute possibilité de débat sur la pertinence du développement de cette « surpuissance » beaucoup moins bien maîtrisée qu’on ne le prétend. Ainsi, on ne connaît pas l’impact réel des essais atomiques perpétrés en divers points du Globe durant des décennies. Les « irradiés du Pacifique » ne sont pas dupes mais officiellement toutes les mesures de protection maximale avaient été mises en œuvre. Une autre précaution avait été prise comme un aveu caché : la Polynésie a bénéficié de subsides compensatoires de l’État afin de favoriser son développement économique de l’époque. Ainsi encore, on se garde bien de mesurer l’impact sanitaire sur les travailleurs exposés dans l’exploitation par Areva des mines d’uranium du Niger. On pourrait dresser une liste longue des occasions nécessitant la constatation du malheur que constitue la rencontre des hommes avec diverses applications nucléaires. Au sein de l’AIEA, trois pays exercent une influence majeure : les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France. Ce socle paraît pour le moment inébranlable. C’est toute la crédibilité de l’énergie d’origine nucléaire qui en dépend.

 

Depuis trois ans des hommes et des femmes se postent par groupes de trois, de 8 heures à 18 heures les jours de travail, été comme hiver, devant le bâtiment de l’OMS à Genève. Ils réclament la rupture du scandaleux contrat afin de délivrer l’OMS de son silence et de son impuissance criminelle. Ils se nomment les vigies d’Hippocrate. Certains salariés de l’organisation leur demandent de tenir bon ; beaucoup semblent indifférents. Tous les voient, jour après jour, avec leurs pancartes explicites. Le geste opiniâtre de ces lanceurs d’alerte est évidemment beaucoup plus que symbolique. Un jour viendra où la duperie monstrueuse sciemment organisée sera officiellement dénoncée. Ils en sont convaincus ces citoyens éveillés. Ne les laissons pas seuls.

 

Yann Fiévet

 

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Résolution de la Conférence Mondiale des Peuples sur le Changement Climatique et le Droits de la

Terre Mère

 

Le Grand Soir 12/05/2010

Aujourd’hui notre Terre Mère est blessée et le futur de l’Humanité est en danger. Avec l’augmentation de la température globale de plus de 2°C, à laquelle le dénommé « Accord de Copenhague » risquerait de nous conduire, il y a 50% de chances que les dommages provoqués à notre Mère Terre soient totalement irréversibles. 20 à 30% des espèces seraient en danger de disparition. De grandes étendues de forêts seraient affectées, les sécheresses et inondations toucheraient diverses régions du monde, les déserts s’étendraient et la fonte des pôles et des glaciers des Andes et de l’Himalaya s’aggraverait. De nombreux États insulaires disparaîtraient et l’Afrique subirait une hausse de température de plus de 3°C. De ce fait la production d’aliments dans le monde réduirait, entraînant des effets catastrophiques pour la survie des habitants de vastes régions de la planète, et le nombre de personnes souffrant de la famine croîtrait de manière dramatique dans le monde, alors qu’il dépasse déjà le nombre de 1.020 millions de personnes.

 

Les multinationales et les gouvernements des pays dits « les plus développés », avec la complicité d’une frange de la communauté scientifique, nous imposent de discuter du changement climatique comme d’un problème réduit à l’augmentation de la température, sans se poser la question de la cause, qui est le système capitaliste.

 

Nous sommes confrontés à la crise finale du système de la civilisation patriarcale basée sur la soumission et la destruction des êtres humains et de la nature, qui s’est accélérée avec la révolution industrielle.

 

Le système capitaliste nous a imposé une logique de compétences, de progrès et de croissance illimitée. Ce régime de production et de consommation recherche le gain sans limites, séparant ainsi l’être humain de la nature, établissant une logique de domination sur celle-ci, transformant tout en marchandise : l’eau, la terre, le génome humain, les cultures ancestrales, la biodiversité, la justice, l’éthique, les droits des peuples, la mort et la vie elle-même.

 

Sous le capitalisme, le Terre Mère se transforme en une simple source de matières premières, et les êtres humains en moyens de production et en consommateurs, en personnes qui comptent pour ce qu’ils ont et non pour ce qu’ils sont.

 

Le capitalisme demande une puissante industrie militaire pour son processus d’accumulation et le contrôle des territoires et des ressources naturelles, réprimant la résistance des peuples. Il s’agit d’un système impérialiste de colonisation de la planète.

 

L’Humanité est face à une grande alternative : continuer sur la voie du capitalisme, du pillage et de la mort, ou s’engager sur le chemin de l’harmonie avec la nature et le respect de la vie.

 

Nous avons besoin de forger un nouveau système qui rétablisse l’harmonie avec la nature et entre les êtres humains. Il ne peut y avoir d’équilibre avec la nature que s’il y a équité entre les êtres humains.

 

Nous proposons aux peuples du monde de récupérer, revaloriser et renforcer les connaissances, les savoirs et les pratiques ancestrales des Peuples Indigènes, affirmés dans le vécu et la proposition de « Bien Vivre », reconnaissant à la Terre Mère comme un être vivant, avec lequel nous avons une relation indissoluble, une relation d’interdépendance, de complémentarité complémentaire et une relation spirituelle.

 

Pour affronter le changement climatique nous devons reconnaître la Terre Mère comme source de la vie et forger un nouveau système basé sur les principes :

 

- de l’harmonie et l’équilibre entre tous et avec tout - de la complémentarité, la solidarité et l’équité - du bien-être collectif et la satisfaction des besoins fondamentaux de tous en harmonie avec la Terre Mère - du respect des Droits de la Terre Mère et des Droits de l’Homme - de la reconnaissance de l’être humain pour ce qu’il est et non pour ce qu’il a - de l’élimination de toute forme de colonialisme, d’impérialisme et d’interventionnisme - de la paix entre les peuples et avec la Terre Mère.

 

Le modèle que nous demandons n’est pas un modèle de développement destructeur ni illimité. Les pays ont besoin de produire des biens et des services pour satisfaire les besoins fondamentaux de leurs populations, mais ils ne peuvent en aucun cas continuer sur cette voie du développement dans laquelle les pays les plus riches ont une empreinte écologique cinq fois plus grande que ce que la planète est capable de supporter. A ce jour on a déjà dépassé de plus de 30% la capacité qu’a la planète de se régénérer. A ce rythme de surexploitation de notre Terre Mère on aura besoin de deux planètes en 2030.

 

Dans un système d’interdépendances dont les êtres humains constituent une composante, il n’est pas possible de reconnaître des droits à la seule partie humaine sans provoquer un déséquilibre de tout le système. Pour garantir les droits humains et rétablir l’harmonie avec la nature, il est nécessaire de reconnaître et d’appliquer effectivement les droits de la Terre Mère.

Pour ce faire nous proposons le projet ci-joint de Déclaration Universelle des Droits de la Terre Mère, dans laquelle seraient consignés :

 

Le droit à la vie et à l’existence ;

 

Le droit d’être respectée ;

 

Le droit à la continuation de ses cycles et processus vitaux sans altération humaine ;

 

Le droit à maintenir son identité et intégrité comme être différencié, auto-régulé et interagissant ;

 

Le droit à l’eau comme source de vie ;

 

Le droit à un air propre ;

 

Le droit à la santé intégrale ;

 

Le droit d’être à l’abri de la contamination et de la pollution, des déchets toxiques et radioactifs ;

 

Le droit de ne pas être altérée génétiquement et modifiée dans sa structure, menaçant ainsi son intégrité ou fonctionnement vital et sain ;

 

Le droit à une restauration pleine et rapide des violations aux droits reconnus dans cette Déclaration causés par les activités humaines.

 

L’orientation que nous partageons est de stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre pour rendre effectif l’Article 2 de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique qui détermine « la stabilisation des concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère à un niveau qui empêche les interférences anthropogéniques dangereuses pour le système climatique ». Notre vision est d’exiger, sur la base du principe des responsabilités historiques communes mais différenciées, que les pays développés s’engagent sur des objectifs quantifiés de réduction des émissions qui permettent de faire revenir les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère à 300 ppm, et ainsi limiter l’augmentation de la température moyenne globale à un niveau maximum de 1°C.

 

Mettant en exergue la nécessité d’une action urgente pour réaliser ces orientations et, avec le soutien des peuples, des mouvements et des pays, les pays développés devront s’engager sur des buts ambitieux de réduction des émissions, qui permettent d’atteindre les objectifs à court terme et maintenant notre orientation en faveur de l’équilibre du système climatique de la Terre, en accord avec l’objectif ultime de la Convention.

 

La « Vision partagée » pour « l’Action Coopérative sur le Long Terme » ne doit pas se réduire, dans la négociation sur le changement climatique, à définir la limite de l’augmentation de température et la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, elle doit aussi comprendre de façon intégrale et équilibrée un ensemble de mesures financières, technologiques, d’adaptation, de développement des capacités, de modèles de production, de consommation et d’autres éléments essentiels comme la reconnaissance des droits de la Terre Mère pour rétablir l’harmonie avec la nature. Les pays développés, principaux responsables du changement climatique, assumant leurs responsabilités passées et présentes, doivent reconnaître et honorer leur dette climatique dans toutes ses dimensions, comme étant la base pour une solution juste, effective et scientifique au changement climatique. Dans ce cadre nous exigeons des pays développés qu’ils :

 

- Rendent aux pays en développement l’espace atmosphérique qui est occupé par leurs émissions de gaz à effet de serre. Cela passe par la décolonisation de l’atmosphère via la réduction et l’absorption de leurs émissions.

- Assument les coûts et les besoins de transfert de technologie des pays en développement dus à la perte de chance de se développer causée par le fait de vivre dans un espace atmosphérique restreint.

- Prennent la responsabilité des centaines de millions de personnes qui devront migrer du fait du changement climatique qu’ils ont provoqué et qu’ils éliminent leurs politiques restrictives de migration et offrent aux migrants une vie digne avec tous les droits, dans leurs pays.

- Assument la dette d’adaptation liée aux impacts du changement climatique dans les pays en développement en leur fournissant les moyens de prévenir, minimiser et de prendre en charge les dommages qui découlent de leurs émissions excessives.

- Honorent ces dettes comme une partie de la dette supérieure envers la Terre Mère, en adoptant et en appliquant la Déclaration Universelle des Droits de la Terre Mère aux Nations Unies.

 

L’objectif doit être non seulement une compensation économique, mais aussi principalement une justice restauratrice - c’est à dire qui restitue l’intégralité aux personnes et aux membres qui forment une communauté de vie sue Terre. Nous déplorons la tentative faite par un groupe de pays d’annuler le Protocole de Kyoto, unique instrument légalement liant en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre des pays développés.

 

Nous avertissons le monde que malgré l’obligation légale, les émissions des pays développés, au lieu de diminuer, ont augmenté de 11,2% entre 1990 et 2007. Les États Unis, du fait d’une consommation illimitée, ont augmenté leurs émissions de gaz à effet de serre de 16,8% entre 1990 et 2007, émettant en moyenne entre 20 et 23 tonnes annuelles de CO2 par habitant, ce qui représente plus de 9 fois les émissions d’un habitant moyen du Tiers Monde, et plus de 20 fois les émissions d’un habitant d’Afrique Subsaharienne.

 

Nous rejetons de manière absolue l’illégitime « Accord de Copenhague », qui permet à ces pays développés de marchander des réductions insuffisantes de gaz à effet de serre, sur la base d’accords volontaires et individuels, qui violent l’intégrité environnementale de la Terre Mère, en nous conduisant à une augmentation d’environ 4°C.

 

La prochaine conférence sur le Changement Climatique qui aura lieu à la fin de l’année à Mexico doit approuver l’amendement au Protocole de Kyoto, pour la deuxième période d’engagements débutant en 2013 et allant jusque 2017, dans laquelle les pays développés doivent s’engager sur des réductions domestiques significatives d’au moins 50% par rapport à l’année de référence 1990, sans inclure de marché carbone ni d’autre système de déviation qui viennent masquer le non accomplissement des réductions réelles des émissions de gaz à effet de serre.

 

Nous demandons à établir d’abord un objectif pour l’ensemble des pays développés pour ensuite réaliser l’assignation individuelle pour chaque pays développé, dans le cadre d’une comparaison des efforts réalisés par chacun d’eux, maintenant ainsi le système du Protocole de Kyoto pour les réductions des émissions.

 

Les États Unis d’Amérique, en leur qualité d’unique pays de la Terre selon l’Annexe 1 à ne pas avoir ratifié le Protocole de Kyoto, ont une responsabilité significative devant tous les peuples du monde, c’est pourquoi ils doivent ratifier le Protocole de Kyoto et s’engager à respecter et accomplir les objectifs de réduction des émissions à l’échelle de toute leur économie.

 

Les peuples ont tous les mêmes droits de protection face aux impacts du changement climatique et nous rejetons la notion d’adaptation au changement climatique, entendue comme la résignation aux impacts provoqués par les émissions historiques des pays développés, qui doivent adapter leur style de vie et de consommation face à cette urgence planétaire. Nous nous voyons forcés à affronter les impacts du changement climatique, en considérant les adaptations comme un processus et non comme une obligation, ainsi que comme un outil qui serve à le compenser, en démontrant qu’il est possible de vivre en harmonie avec un mode de vie différent.

 

Il est nécessaire de créer un Fonds d’Adaptation, qui soit un fonds exclusif destiné à affronter le changement climatique, et qui fasse partie d’un mécanisme financier manié et conduit de manière souveraine, transparente et équitable par nos États. Avec ce Fonds il est nécessaire d’être attentif : aux effets du réchauffement et leurs coûts dans les pays en développement et les besoins que ces effets induisent, et d’enregistrer et de piloter l’appui de la part de pays développés. Ce fonds doit de plus mettre en place un mécanisme d’indemnisation des dommages passés et futurs dus à l’impact du réchauffement, des pertes d’opportunités et des reconstructions causés par des évènements climatiques extrêmes ou graduels, et des coûts additionnels -comme ces effets qui sont en train d’entraver le droit de Bien Vivre- qui pourraient apparaître si notre planète dépasse les seuils écologiques.

 

L’« accord de Copenhague » imposé aux pays en développement par quelques États, non content de n’offrir que des ressources insuffisantes, prétend par lui même affronter les peuples et prétend extorquer les pays en développement en conditionnant l’accès aux ressources d’adaptation au changement à la prise de mesures de mitigation. De plus il établit comme étant inacceptable le fait que dans les processus de négociations internationales on essaie de catégoriser les pays en développement par leur vulnérabilité au changement climatique, ce qui crée des disputes, des inégalités et des ségrégations entre eux.

 

L’immense défi que nous affrontons en tant qu’espèce pour endiguer le réchauffement climatique global et refroidir la planète sera relevé seulement en engageant une profonde transformation de l’agriculture, dans le sens d’une modèle soutenable de production agricole paysanne et indigène/natifs, et d’autres modèles et pratiques ancestrales écologiques qui contribuent à résoudre le problème du changement climatique et assurent la Souveraineté Alimentaire -entendue comme le droit des peuples de contrôler leurs propres graines, terres, eau, ainsi que la production alimentaire, en garantissant, via une production en harmonie avec la Terre Mère, enracinée dans les terroirs et culturellement appropriée, l’accès des peuples à suffisamment d’aliments, variés et nutritifs, complétant ce que donne la Terre Mère, en approfondissant la production autonome (participative, communautaire et partagée) de chaque nation et peuple.

 

Le Changement Climatique est déjà en train de produire de profonds effets sur l’agriculture et sur les modes de vie des peuples indigènes/natifs et paysans du monde, et ces effets iront en s’aggravant à l’avenir.

Le commerce agricole, à travers son modèle social, économique et culturel de production capitaliste globalisée et sa logique de production d’aliments pour le marché et non pour respecter le droit à l’alimentation, est une des causes principales du changement climatique. Ses outils technologiques, commerciaux et politiques ne font qu’approfondir la crise climatique et augmenter la faim sur la planète. Pour cette raison nous rejetons les Traités de Libre Commerce et les Accords d’Association, ainsi que toutes les formes d’application des Droits de la Propriété Intellectuelle sur la vie, les technologies actuelles (agrochimiques, transgéniques) et celles qui se présentent comme de fausses solutions (agrocombustibles, géo-ingénierie, nanotechnologies, technologies Terminator et similaires) qui ne feront qu’intensifier la crise actuelle.

 

Dans le même temps nous dénonçons le fait que ce modèle capitaliste impose des mégaprojets d’infrastructures, envahit des territoires avec des projets d’extraction, privatise et marchandise l’eau, et militarise les territoires en expulsant les peuples indigènes et paysans de leurs territoires, en empêchant la Souveraineté Alimentaire et en approfondissant la crise socio-environnementale.

 

Nous exigeons que soit reconnu le droit de tous les peuples, les êtres vivants et la Terre Mère, d’accéder et de jouir de l’eau et nous appuyons la proposition du Gouvernement bolivien de reconnaître l’eau comme un Droit Humain Fondamental. La définition de la forêt utilisée dans les négociations de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique, qui inclue les plantations, est inacceptable. Les monocultures ne sont pas des forêts. Ainsi nous exigeons une définition destinée au commerce qui reconnaisse les forêts naturelles, la jungle et la diversité des écosystèmes de la terre.

 

La Déclaration de l’ONU sur les Droits des Peuples Indigènes doit être pleinement reconnue, mise en œuvre et intégrée aux négociations sur le changement climatique. La meilleure stratégie et action pour éviter la déforestation et la dégradation, et protéger les forêts naturelles et la jungle revient à reconnaître et garantir les droits collectifs des terres et territoires, en considérant spécifiquement que la plupart des forêts et jungles se trouvent sur les territoires des peuples et nations indigènes, communautés paysannes et traditionnelles.

 

Nous condamnons les mécanismes de marché, comme le mécanisme de REDD (réduction des émissions par la déforestation et la dégradation des forêts) et ses versions + et ++, qui violent la souveraineté des Peuples et leur droit au consentement libre, préalable et éclairé, tout comme la souveraineté des États nationaux, et violent les droits, us et coutumes des Peuples ainsi que les Droits de la Nature.

 

Les pays pollueurs sont obligés de transférer de manière directe les ressources économiques et technologiques nécessaires à payer la restauration et le maintien des forêts et jungles, en faveur des peuples et structures organiques ancestrales indigènes, originaires et paysannes. Cela devra constituer une compensation directe et additionnelle aux fonds et financements auxquels se sont engagés les pays développés, en dehors du marché carbone, et ne servant jamais comme les compensations de carbone (offsets). Nous demandons aux pays d’arrêter les initiatives locales en matière de forêts et jungles, basés sur des mécanismes de marché et proposant des résultats inexistants et conditionnés. Nous exigeons des gouvernements un programme mondial de restauration des forêts naturelles et des jungles, dirigé et administré par les peuples, engageant des mesures pour les graines forestières, fruitières et de flore autochtone. Les gouvernements doivent éliminer les concessions forestières et appuyer la conservation du pétrole sous terre, et faire cesser d’urgence les exploitations d’hydrocarbures dans les jungles.

 

Nous exigeons que les États reconnaissent, respectent et garantissent l’application effective des standards internationaux des droits humains et droits des peuples indigènes, en particulier la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples indigènes, l’accord 169 de l’OIT, parmi d’autres instruments pertinents, dans le cadre des négociations, des politiques et des mesures pour relever les défis lancés par le changement climatique. Nous demandons surtout aux États de reconnaître la préexistence de notre droit sur nos territoires, nos terres et ressources naturelles pour rendre possible et consolider nos formes traditionnelles de vie et contribuer activement à trouver une réponse au changement climatique.

 

Nous demandons la pleine et effective application du droit à la consultation, à la participation et au consentement préalable, libre et informé des peuples Indigènes dans tous les processus de négociation tels que la conception et la mise en œuvre des mesures relatives au changement climatique. Actuellement, la dégradation environnementale et le changement climatique atteignent un niveau des plus critiques, dont l’une des principales conséquences est la migration intérieure et internationale. Selon certaines études, en 1995, il existait environ 25 millions de migrants climatiques, aujourd’hui, on estime qu’il y en a 50 millions et qu’il y en aura en 2050 entre 200 millions à 1 milliard de personnes déplacées à cause de situations liées au changement climatique. Les pays développés doivent assumer leur responsabilité auprès des migrants climatiques, en les accueillant sur leur territoire et en reconnaissant leurs droits fondamentaux, à travers la signature d’accords internationaux se basant sur la même définition du migrant climatique afin que tous les Etats se mettent d’accord sur leurs objectifs. Constituer un Tribunal International de Conscience pour dénoncer, rendre visible, documenter, juger et sanctionner les violations des droits des migrants, des réfugiés et déplacés dans leurs pays d’origine, de transit et d’accueil, en identifiant clairement les responsabilités des États, des compagnies et des autres acteurs. Le financement actuel destiné aux pays en développement et la proposition de la conférence de Copenhague sont infimes. Les pays développés doivent s’engager à un nouveau financement annuel, en plus de l’Aide Officielle au Développement et aux ressources publiques, d’au moins 6% de leur PIB pour faire face au changement climatique dans les pays en voie de développement. Ceci est possible puisqu’ils gaspillent une somme équivalente pour la défense nationale et qu’ils ont dépensé 5 fois plus pour sauver les banques et les spéculateurs en déroute. Cela remettrait sérieusement en question leurs priorités mondiales et leur volonté politique. Ce financement doit être direct, sans condition et ne pas affaiblir la souveraineté nationale des communautés et des groupes les plus affectés.

 

Étant donné l’inefficacité du mécanisme actuel, lors de la Conférence de México, on doit établir un nouveau mécanisme de financement qui fonctionne sous l’égide de la Conférence des Parties de la Convention-cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique, en lui rendant des comptes, dotée d’une représentation significative des Pays en Voie de Développement pour garantir la tenue des engagements financiers des pays prévus par l’annexe 1. Il a été constaté que les pays développés ont augmenté leurs émissions durant la période 1990-2007, tout en déclarant que la réduction se verrait ajustée par les mécanismes de marché.

 

Le marché du carbone s’est transformé en une affaire lucrative, en faisant de notre Terre-Mère une marchandise. Cela ne représente en aucune façon une alternative pour affronter le changement climatique mais davantage un pillage, une dévastation de la terre, de l’eau et de la vie-même. La récente crise financière a démontré que le Marché est incapable de réguler le système financier, qu’il est fragile et instable face à la spéculation et l’apparition d’agents intermédiaires, par conséquent, ce serait une irresponsabilité totale de le laisser s’occuper et protéger l’existence humaine et de notre Terre-Mère.

 

Il est inadmissible que les négociations en cours prétendent la création de nouveaux mécanismes qui augmentent et promeuvent le marché du carbone alors que les mécanismes existants n’ont jamais résolu le problème du changement climatique et qu’ils ne se sont jamais transformé en actions concrètes pour la réduction des gaz à effet de serre.

 

Il est indispensable d’exiger la tenue des engagements pris par les pays développés dans la Convention-cadre Nations Unies sur le changement climatique en ce qui concerne le développement et le transfert de technologie, de même que le fait de rejeter la « vitrine technologique » proposée par des pays développés qui ne font que commercialiser la technologie. Il est fondamental d’établir des alignements pour créer un mécanisme multilatéral et multidisciplinaire pour le contrôle participatif, la gestion et l’évaluation continue des échanges de technologies. Ces technologies doivent être utiles, propres et socialement appropriés. De la même façon, il est nécessaire d’établir un fond de financement et un inventaire de technologies adéquates et libre de droit quant à la propriété intellectuelle en particulier, de brevets qui doivent passer de monopoles privés au domaine publique, librement accessible et à bas coût.

 

La connaissance est universelle, et rien ne justifie qu’elle ou ses applications technologiques soient une propriété privée à usage privé. Il incombe aux pays développés de partager leur technologie avec les pays en voie de développement, de créer des pôles de recherches pour la création de technologies et d’innovations propres, ainsi que de défendre et d’encourager leur développement et leur application pour un mieux vivre. Le monde doit récupérer, apprendre, réapprendre les principes et les priorités de l’héritage ancestral de ses peuples natifs pour stopper la destruction de la planète, ainsi que les connaissances et les pratiques ancestrales, la spiritualité dans la réintroduction du mieux vivre en harmonie avec la Terre-Mère.

 

Considérant le manque de volonté politique des pays développés pour tenir leurs engagements et leurs obligations pris lors de la Convention-cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique et le Protocole de Kyoto, et face à l’inexistence d’une instance légale internationale qui avertisse et sanctionne tous ces délits et crimes climatiques et environnementaux perpétrés contre les droits de la Terre-Mère et de l’humanité, nous demandons la création d’un Tribunal International de Justice Climatique et Environnemental capable juridiquement d’avertir, de juger et de sanctionner les États, les entreprises et les personnes qui , par action ou par omission, polluent et provoquent le changement climatique.

 

Appuyer les États qui présentent des demandes à la Cour Internationale de justice contre les pays développés qui ne tiennent pas leurs engagements sous la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique et le Protocole de Kyoto incluant leurs engagements sur la réduction des gaz à effet de serre. Nous invitons les peuples à proposer et à promouvoir une réforme profonde de l’Organisation de Nations Unies (ONU), afin que tous ses États-membres appliquent leurs décisions du Tribunal International de Justice Climatique et Environnementale. L’avenir de l’humanité est en danger et nous ne pouvons accepter qu’un groupe de gouvernants de pays développés veuille décider pour tous les pays comme ils ont tenté de le faire à la Conférence des Parts de Copenhague. Cette décision incombe à tous les peuples. C’est pourquoi, il est nécessaire de réaliser un référendum mondial, un plébiscite ou un consultation populaire sur le changement climatique dans lequel nous soyons tous consultés sur : le niveau de réduction des émissions que doivent effectuer les pays développés et les entreprises transnationales ; le financement par les pays développés ; la création d’un Tribunal International de Justice Climatique ; la nécessité d’un déclaration Universelle des Droits de la Terre-Mère ; La nécessité de changer l’actuel système capitaliste.

 

Le processus de référendum mondial, le plébiscite ou la consultation populaire sera le fruit d’un processus de préparation qui assurera son propre succès. Afin de coordonner notre action internationale et la mise en place des résultats du présent « Accord des Peuples », nous appelons à construire un Mouvement Mondial des Peuples pour la Terre-Mère qui se basera sur les principes de complémentarité et de respect de la diversité d’origine et de visions de ses membres, se constituant en un grand espace démocratique de coordination et d’articulation des actions au niveau mondial. A cette fin, nous adoptons le plan d’action mondial ci-joint pour que, à México, les pays développés de l’Annexe 1 respectent le cadre légal en vigueur et réduisent leurs émissions de gaz à effet de serre de 50% et respectent les différentes propositions contenues dans cet Accord. Enfin, Nous projetons de réaliser la 2° Conférence Mondiale des Peuples sur le Changement Climatique et les Droits de la Terre-Mère en 2011 , dans ce processus de construction du Mouvement Mondial des Peuples pour la Terre-Mère et en réaction face aux résultats de la Conférence du Changement Climatique qui se déroulera à la fin de l’année à Cancún, au Mexique.

 

Source http://www.oulala.net/Portail/spip.php?article4551

version originale : http://cmpcc.org/

 

22 avril, Cochabamba, Bolivie

Traduction : SM, GB et DMG

 

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Nucléaire

Areva poursuit sa pollution radioactive

au Niger

 

Par Sophie Chapelle, 11 mai 2010, in Basta !

L’uranium importé du Niger alimente les réacteurs nucléaires hexagonaux. Les impacts de son extraction sur la santé des populations locales et l’environnement restaient encore peu connus. La publication, le 4 mai 2010, d’une étude de Greenpeace commence à combler cette lacune. Ses résultats laissent perplexes sur la stratégie d’Areva, géant français du nucléaire, en matière de « développement durable ».

 

En collaboration avec la Criirad, un laboratoire français indépendant spécialisé dans les mesures de radioactivité, et le réseau nigérien d’organisations non gouvernementales ROTAB, Greenpeace a accédé à proximité des villes minières où opère Areva. Sur place, l’ONG a prélevé des échantillons de sol, d’eau et d’air que la Criirad a ensuite analysés en France pour en mesurer la radioactivité. Résultat : la radioactivité dans ces zones habitées et les déchets produits par l’extraction minière sont « alarmants ».

 

Eau polluée à la radioactivité


Sur quatre des cinq échantillons d’eau analysés, et provenant de la région d’Arlit, la concentration en uranium est supérieure à la limite recommandée par l’Organisation mondiale de la santé pour l’eau potable. Pour Greenpeace, « les données historiques indiquent une augmentation progressive de la concentration en uranium au cours des 20 dernières années, ce qui peut être révélateur de l’impact des opérations minières  ». Greenpeace a également trouvé plusieurs morceaux de ferraille radioactive sur le marché local d’Arlit, présentant des taux de radiation supérieurs à 50 fois les niveaux habituels. Or, les populations locales se servent de ces matériaux pour construire leurs habitations. Toujours selon le rapport, dans les rues d’Akokan, l’intensité des radiations est environ 500 fois supérieure aux niveaux normaux. « Une personne passant moins d’une heure par jour dans cet endroit serait donc exposée à une radiation supérieure au taux maximal annuel autorisé  ». Charmante attention à l’égard des populations locales !

 

Après qu’une partie des premiers résultats de l’étude aient été publiés fin novembre 2009, Areva a entamé le nettoyage d’endroits radioactifs dans un des villages miniers cités dans le rapport. Mais cela est loin d’être suffisant pour Greenpeace qui exige la mise en place de « contrôles permettant de garantir que les activités d’Areva respectent les normes internationales en matière de sécurité et l’environnement, et tiennent compte du bien-être des employés et des populations vivant à proximité des sites miniers ». L’ONG demande également « qu’une étude indépendante soit réalisée autour des mines et des villes d’Arlit et d’Akokan, suivie d’un nettoyage et d’une décontamination complète ».

 

Classée 480e parmi les 500 plus importantes multinationales mondiales, Areva puise abondamment depuis 40 ans dans les ressources minières du Niger pour alimenter les centrales nucléaires françaises. Aujourd’hui, ce sont les éléments essentiels à la vie même des populations à proximité des sites miniers qui disparaissent.

 

Sophie Chapelle


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Grenelle:

le discret amendement qui facilite les rejets radioactifs


Par LAURE NOUALHAT in Libé, 10/05/2010

Photo prise le 31 août 2006 de la centrale nucléaire de Cattenom.

Photo prise le 31 août 2006 de la centrale nucléaire de Cattenom.

(AFP Jean-Christophe Verhaegen)

 

Dans le magma d’articles discutés la semaine dernière dans la loi Grenelle 2, l’un d’entre eux a peu fait parler de lui. Il concerne les rejets dans l’environnement des installations nucléaires.

 

Cet amendement supprime purement et simplement la procédure d’enquête publique pour toutes les demandes d’augmentation des rejets radioactifs et chimiques et des prélèvements d’eau des installations nucléaires.

 

Adopté vendredi sans être véritablement discuté, il fait partie des amendements proposés par le gouvernement, «ce qui signifie qu’il a été imposé très discrètement», signale Arnaud Gossement, juriste spécialisé en environnement. Pour lui, ce texte constitue une grave entrave à l’information du public justement.

 

En matière nucléaire, une autorisation est nécessaire quand on modifie notablement l’activité de l’installation car celle-ci peut entraîner une augmentation des rejets dans l’environnement. «Or, dans sa formulation, l’amendement dissocie augmentation des rejets et modification de l’activité: plus besoin de modifier son installation pour rejeter plus dans l’environnement, donc plus besoin de mener une enquête publique», explique Arnaud Gossement.

 

«Un blanc-seing donné à l’industrie nucléaire»

 

«Il suffit désormais de mettre l’information à disposition du public». En effet, pour le gendarme du nucléaire, une installation peut avoir des rejets supérieurs à ceux prévus par les décrets sans qu’on ait modifié notablement son activité, ni doublé la production. «Il existe des cas où on constate des rejets supérieurs de quelques pour-cent, ce qui n’est pas significatif», justifie Julien Collet. Par exemple, quand les installations vieillissent — ce qui est le cas actuellement — ou lorsqu’on charge un combustible plus enrichi...

 

Lors de la canicule de 2003, il a également fallu adapter les températures de rejet de l’eau dans les fleuves. Dans ces cas-là, donc, il ne sera plus nécessaire de mener une enquête publique pour obtenir une autorisation. Pour le Réseau Sortir du nucléaire, cela constitue «un blanc-seing donné à l’industrie nucléaire pour accroître discrètement les atteintes à l’environnement et aux êtres vivants, la pollution des milieux naturels et la mise en péril de la biodiversité des milieux aquatiques».


«L’amendement vise à consulter le public là où on ne le consultait pas, rectifie Julien Collet de l’ASN. Il introduit une information du public quand il n’y a pas de modification notable de l’activité du site.» Certes, mais les décisions seront prises sans enquête publique. C’est là que le bât blesse pour les ONG car l’enquête est garante d’une bonne information du public: elle dure plusieurs mois, elle impose aux exploitants de mettre toutes les informations à disposition du public durant 30 jours, un commissaire-enquêteur est nommé par un tribunal administratif et une étude d’impact accompagne généralement le tout.

 

Pourquoi l’ASN a-t-elle besoin d’une procédure plus pratique et plus rapide aujourd’hui? Dans le passé, de nombreuses centrales ont déjà produit des demandes d’autorisation de rejets et de prélèvements (Darpe), de plusieurs milliers de pages, officiellement pour «mettre en conformité les rejets réels des installations et la réglementation». Comprendre que les installations rejettent déjà plus que les réglementations ne les y autorisent.

 

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LOBBY

Les pesticides,

c’est bon pour

la santé !

 

Par Nolwenn Weiler, in Basta ! 5 mai 2010


Vous l’ignorez sans doute mais « la mise au point des pesticides de synthèse commercialisés aujourd’hui est de plus en plus fine alors que les pesticides naturels utilisés par l’agriculture biologique (…) ont un spectre souvent beaucoup plus large les rendant parfois potentiellement plus dangereux. » En clair : les pesticides de l’industrie chimique seraient plus sains que les insecticides ou fongicides naturels, comme le purin d’ortie.

 

Ce sont les députés et sénateurs de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques qui l’assurent haut et fort ! Leur dernier rapport, remis à l’Assemblée nationale le 29 avril dernier, est ainsi truffé de croustillantes affirmations. On apprend notamment que « l’usage des produits phytopharmaceutiques (l’expression consacrée au sein de l’industrie chimique) est, d’ores et déjà, très sérieusement limité et encadré par les réglementations européenne et nationale (et) par les organisations professionnelles ». Il est aussi écrit que les agriculteurs « utilisent à bon escient les quantités les plus faibles possibles de produits phytopharmaceutiques nécessaires à la production de notre alimentation.  » Précisons que l’un des auteurs du rapport, le député UMP de la Manche Claude Gatignol est l’un des ardents défenseurs des OGM.

 

Sachez enfin que « par le biais de la formation et de l’information, l’agriculture conventionnelle tend à céder le pas à l’agriculture raisonnée  ». Laquelle agriculture, bénie par le gouvernement actuel, est très soutenue par l’industrie phytosanitaire. Nul doute que ces informations impartiales, et très pointues, vont éclairer les députés occupés à voter le Grenelle 2, qui décline la mise en application du Grenelle 1. Ce même Grenelle de l’environnement qui envisageait alors (à l’automne 2007) de diviser par deux la quantité de pesticides utilisés d’ici 15 ans.

 

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Marée noire :

l’impuissance face aux conséquences d’une politique absurde

 

Greenpeace 30/04/2010

 

La terrible marée noire qui s’est formée après l’explosion, la semaine dernière, d’une plate forme pétrolière exploitée par BP (British Petroleum) au large du golfe du Mexique a touché hier dans la soirée les côtes de Louisiane et a été déclarée par le Président OBAMA « catastrophe nationale ».


Elle laisse encore échapper 5000 barils de pétrole par jour.


Elle pourrait être plus grave encore que celle de 1969 au large de Santa Barbara, qui avait entraîné l’adoption d’un moratoire sur les forages en mer, et plus grave encore que la catastrophe de l’Exxon Valdez en 1989 qui avait souillé près de 1500 kilomètres de côtes en Alaska.


Les efforts réalisés jusqu’ici pour tenter d’endiguer la nappe de pétrole ont été vains (le forage d’un puits de secours prendrait plusieurs mois, tout comme la construction d’un couvercle sous-marin, brûler la nappe ajoute une pollution atmosphérique à la pollution maritime).

Les limites de la technologie et des investissements de BP dans la sécurité


Cette plateforme est pourtant récente : elle a été construite en 2001 et était censée être équipée des technologies de pointe. À partir de cette plate-forme, BP forait le puits de pétrole le plus profond du monde (plus d’une dizaine de km). Pour exploiter cette plateforme, BP payait la somme de 181 millions de dollars par an à Transocean, soit 500 000 dollars par jour environ.


La plate-forme était équipée de nombreux systèmes technologiques « dernier cri » destinés à améliorer son rendement et à limiter les périodes d’arrêt. Malheureusement, aucun système ne permettait d’actionner sa mise à l’arrêt à distance. Elle était seulement équipée d’un dispositif censé prendre automatiquement le relai en cas de défaillance humaine ou de détection de panne, et fermer immédiatement le puits. Mais le système n’a pas fonctionné.

 

En Norvège et au Brésil, par exemple, les dispositifs d’arrêt à distance sont obligatoires. Le coût de ces systèmes a été évalué par les industriels à 500 000 dollars. Depuis 2000, le Minerals Management Service (MMS : service de gestion des minéraux, organisme gouvernemental chargé d’attribuer les autorisations de forage aux USA) envisageait de rendre obligatoire l’utilisation de ces interrupteurs à distance. Mais les industriels se sont opposés à ce projet. En 2003, le MMS a affirmé que l’utilisation de systèmes de commande à distance n’était pas recommandée, car « ces dispositifs ont tendance à être très onéreux ».


À titre de comparaison, BP a réalisé six milliards de dollars de bénéfices et dépensé 3,5 millions de dollars en activité de lobbying, rien qu’au cours du premier trimestre 2010.

 

Un désastre pour la biodiversité…


Toute la biodiversité exceptionnelle de la région est menacée, des thons rouges de l’Atlantique nord, à certaines espèces de tortue de mer, des requins, mammifères marins (marsouins, dauphins, baleines), Pélican bruns, Oiseaux de rivage migrateurs et oiseaux nidificateurs, huitres, crabes bleus, crevettes, etc.
En savoir plus

 

Une politique énergétique et climatique absurde


Dans le même temps où Barack OBAMA déclarait l’état de « catastrophe nationale », il annonçait également aujourd’hui un moratoire sur les nouveaux forages offshore dans les eaux américaines, ceci à peine un mois après avoir annoncé la fin du moratoire qui existait précédemment et surtout avoir annoncé la relance des forages au large de la côte Atlantique. Un pas en avant, un pas en arrière…


Cette marée noire est la conséquence directe du mode de vie soit disant « non négociable » des pays industrialisés, basé sur une réelle addiction au pétrole et aux énergies fossiles.


Cette marée noire nous laisse tous impuissant face à la destruction inéluctable de toute une région.


Les gouvernements –USA en tête- des pays industrialisés semblent pieds et poings liés avec les lobbies des « vieilles » énergies (gaz, pétrole, et même nucléaire) qui portent toutes en elles de potentielles catastrophes comme cette marée noire.


Les seules solutions propres, viables et sûres sont les énergies renouvelables et l’adoption d’un mode de vie moins énergivore. C’est ce dont il était question à Copenhague en décembre, ou les leaders mondiaux ont fait l’étalage de leur manque de courage, et, ou de volonté.

 

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Energies renouvelables

Loi « Grenelle 2 » :

ciao l’éolien,

vive le nucléaire !

 

Par Ivan du Roy, Sophie Chapelle in Basta ! 29 avril 2010


Le projet de loi dit « Grenelle 2 » sera examiné par les députés à partir du 4 mai. Il est censé préciser la mise en œuvre des engagements pris deux ans plus tôt, lors du Grenelle de l’environnement. Mais les députés UMP préfèrent suivre le nouvel adage présidentiel : l’environnement, « ça commence à bien faire ! ». Ils mènent la charge contre la filière éolienne tout en allégeant les autorisations encadrant le rejet de matières radioactives.

 

 

Portes qui claquent, refus de signer, communiqués alarmistes… Chacun à sa manière manifeste son mécontentement à l’égard du projet de loi « Grenelle 2 ». Ce texte sera examiné à l’Assemblée nationale à partir du 4 mai 2010. Adopté par le Sénat en octobre dernier, il doit préciser les modalités d’applications des engagements pris par le gouvernement lors du Grenelle de l’environnement. Le renoncement à la mise en place de la taxe carbone avait déjà poussé Nicolas Hulot à « suspendre sa participation » fin mars. Depuis ce départ, le projet de loi est passé sous les fourches caudines de la « Commission du développement durable et de l’aménagement du territoire ». Pas moins de 1.625 amendements déposés dont 619 adoptés. Et au final, une opposition qui vote contre le projet de loi lors de son examen en Commission le 8 avril. En cause, des amendements qui durcissent les règles d’implantation de l’éolien.

 

Lors du sommet de Copenhague, le ministre de l’Environnement Jean-Louis Borloo s’est engagé à ce que la France atteigne 23% d’énergies renouvelables d’ici 2020, contre 13% aujourd’hui [1], essentiellement d’origine hydraulique, le reste de la production s’appuyant sur le nucléaire et les centrales au fuel. Réaliser cet objectif suppose l’installation de 9.000 éoliennes sur le territoire national en 10 ans, contre 2.500 actuellement. Logique : la France détient le deuxième gisement éolien naturel en Europe, derrière la Grande-Bretagne. Le secteur est d’ailleurs en pleine croissance. La filière revendique la création de 10.000 emplois en quelques années, notamment dans des régions durement frappées par la crise, comme la Picardie ou la Lorraine, « leaders » régionaux en terme de puissance installée.

 

Quand les éoliennes menacent « l’identité de la France »…


Le Syndicat des énergies renouvelables promet la création de 50.000 nouveaux emplois « non délocalisables » dans les dix prochaines années. L’énergie éolienne est certes tributaire des alizés. Sa production réelle d’électricité est donc très inégale (22% de la puissance installée en moyenne sur l’année) mais elle s’adapte parfaitement aux pics saisonniers de consommation. Lorsqu’il fait plus froid, d’octobre à avril, les vents soufflent aussi davantage. Cela en fait un pilier de la diversification énergétique capable, selon ses promoteurs, « d’endiguer la baisse de l’emploi industriel en France ». Problème : les députés UMP ne semblent pas considérer l’éolien comme un secteur d’avenir.

 

En cause, trois amendements qui seraient « de nature à compromettre fortement le rythme de développement de l’éolien », selon l’Union française de l’électricité (UFE). L’organisation professionnelle déplore l’application à l’éolien du régime des installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE). Les installations classées ICPE sont celles « qui peuvent présenter des dangers ou inconvénients » en matière de commodité du voisinage, de santé, de sécurité ou de protection de l’environnement. Les éoliennes risquent donc demain d’être rangées dans la même catégorie qu’une décharge, un oléoduc ou une cimenterie…

 

Cet amendement semble répondre à l’intense lobbying mené par Valéry Giscard d’Estaing contre les éoliennes, qui estime qu’elles détériorent les paysages. Largement cité dans le rapport de la mission parlementaire sur l’énergie éolienne, conduite par le député UMP Patrick Ollier, l’ancien Président de la République évoque une région allemande « dévastée par une ceinture d’éoliennes » (bigre !) et rappelle que « dans le paysage se lit l’histoire et donc l’identité de la France ! ». On peut se demander pourquoi VGE ne s’est pas élevé quelques dizaines d’années plus tôt contre la construction des centrales nucléaires ou la multiplication des lignes à haute tension…

 

Pour les professionnels de la filière, rien ne justifie le classement de leurs mâts parmi les installations à risque. L’UFE rappelle que toute implantation suppose au préalable l’établissement de zones de développement de l’éolien, une étude d’impact, une enquête publique et un permis de construire. En moyenne, « la réalisation d’un projet prend près de 5 ans entre son initiation et sa mise en service ». L’application du régime ICPE pourrait donc allonger cette durée et noircir quelque peu l’image de l’éolien. Précisons également que, contrairement au nucléaire où personne n’a eu droit au chapitre, des habitants opposés à l’installation d’éoliennes dans leur commune peuvent plus facilement interpeller leurs élus.

 

Énergies renouvelables : mieux vaut jamais que tard


L’installation d’éoliennes pourrait également être soumise à l’établissement de schémas régionaux. Ceux-ci restent à définir, ce qui ne sera pas le cas avant 2011. Les associations environnementales ne récusent pas le principe d’une « planification régionale » qui permettrait d’éviter l’implantation chaotique d’éoliennes. Mais elles craignent qu’une vision « centralisatrice » et « technocratique » n’enlève toute marge de manœuvre aux régions et départements, à l’heure ou plusieurs collectivités territoriales sont particulièrement actives en la matière, comme la Bretagne qui souhaite développer les énergies marines. Or, les amendements issus des travaux de la mission parlementaire sur l’énergie éolienne ne vont pas vraiment dans le sens d’une planification locale. Le texte propose d’interdire purement et simplement les petits projets, en dessous de cinq éoliennes et d’une production théorique de 15 mégawatts. Si ce seuil est adopté à l’Assemblée nationale, la moitié des projets en cours seront supprimés, estime l’Union française de l’électricité. Il y a également fort à parier que l’obligation d’implanter de grands parcs éoliens risque d’engendrer des oppositions locales majeures.

 

« C’est une vision centralisatrice consistant à mettre l’énergie dans les mains de gros groupes puissants, regrette Raphaël Claustre du Comité de liaison des énergies renouvelables (CLER). En affaiblissant le rôle des élus locaux, les nouvelles mesures vont créer un fossé évident entre les projets éoliens et les citoyens qui composent les territoires ». Patrick Ollier assure lui s’être clairement prononcé « pour un développement contrôlé, réglementé et contingenté [de l’éolien] pour le rendre acceptable. » Le Syndicat des énergies renouvelables craint, de son côté, que le développement de l’éolien soit « brutalement interrompu ». Un étrange paradoxe alors que les députés eux-mêmes relèvent que « la filière française a pris du retard par rapport à certains pays, tels que le Danemark, l’Allemagne, les Etats-Unis, l’Espagne ou encore la Chine ». Un retard de plusieurs années, au même titre que les filières bois et photovoltaïque…

 

Les pollutions radioactives banalisées


Durcissement du régime juridique de l’éolien d’un côté, « feu vert pour la contamination nucléaire » de l’autre alerte le Réseau Sortir du nucléaire. L’énergie nucléaire était jusqu’à présent écartée des discussions du Grenelle de l’environnement. Mais « une disposition assez surprenante sur le nucléaire s’est malheureusement glissée dans la rédaction de ce texte », relève l’avocat en droit de l’environnement et de l’énergie Arnaud Gossement, ancien porte-parole de France nature environnement. De quoi s’agit-il ? Pour prélever davantage d’eau ou rejeter plus d’effluents chimiques ou radioactifs, une installation nucléaire avait besoin d’une enquête publique préalable.Déposé en commission des affaires économiques au Sénat, un amendement propose de faire sauter cette réglementation et la remplace par une simple autorisation. Son auteur, Eric Diard est secrétaire national UMP en charge des énergies et de la croissance verte. Sa proposition a reçu un avis favorable. Elle est présentée comme un progrès en matière de transparence parce qu’elle « introduit une consultation obligatoire du public ».

 

Pour le Réseau sortir du nucléaire, c’est au contraire « un véritable blanc-seing donné à l’industrie nucléaire » et « un déni de démocratie », les populations ne pouvant plus donner leur avis sur ces augmentations. Cet amendement s’ajoute au régime dérogatoire qui autorise désormais le recyclage de certains déchets radioactifs dans les biens de grande consommation. « Le gouvernement n’a absolument pas revu à la baisse ses ambitions écologiques », rassure, le 14 avril, le Premier ministre François Fillon. Une appréciation somme toute logique pour un gouvernement qui considère qu’une centrale nucléaire est bien moins polluante et dangereuse qu’une éolienne.

 

Sophie Chapelle et Ivan du Roy

 

Notes

 

[1] Part des énergies renouvelables dans la consommation intérieure brute d’électricité en 2007.

 

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Justice environnementale

Cochabamba :

quand la planète

« d’en bas »

discute du climat


Par Pauline Lavaud in Basta ! 27 avril 2010

 

35.000 citoyens du monde entier ont participé du 20 au 25 avril à Cochabamba, en Bolivie, à la première « Conférence des peuples sur le changement climatique ». Entre utopie et réalisme, l’accord qui en est sorti appelle notamment à la constitution d’un tribunal international pour juger les « crimes environnementaux ».

 

© Droits réservés

 

Quelques semaines après l’échec de la conférence de Copenhague, le Président bolivien, Evo Morales, lançait une invitation à tous les « les peuples, mouvements sociaux, scientifiques, chercheurs, juristes et gouvernements » à venir participer à Cochabamba à la première « Conférence des Peuples sur le changement climatique et les droits de la Terre mère ». Selon les chiffres officiels, plus de 35.000 personnes, dont 9.000 venant de 142 pays, ont répondu à l’appel. Après quatre jours de conférences, ateliers, et diverses activités autogérées, le sommet de Cochabamba s’est terminé par l’adoption d’un texte, « l’accord des peuples », et un avertissement lancé à l’ONU et aux pays développés.

 

La déclaration finale issue des travaux de la Conférence sera présentée dès la semaine prochaine au secrétariat de la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique, et devrait rejoindre l’ensemble des documents servant de base aux négociations officielles. Evo Morales enjoint les pays industrialisés et les Nations Unies à « écouter et prendre en compte les demandes et les propositions issues de Cochabamba » : « Si l’ONU ne veut pas perdre son autorité morale, elle doit appliquer les conclusions de la conférence. » L’inverse pourrait conduire, selon lui, à « une véritable révolution sociale ». La représentante de l’ONU, chahutée par les participants lors de la cérémonie d’ouverture, reconnaît « le manque d’ouverture de l’organisation aux différents groupes sociaux, leaders indigènes et au public en général » ainsi que la nécessité de « s’ouvrir beaucoup plus pour écouter, dialoguer et travailler avec tous les secteurs des sociétés des pays ». Le gouvernement mexicain, via son représentant, promet de son côté qu’il recevra « à bras ouverts » les représentants des peuples indigènes et les mouvements sociaux qui viendront présenter les propositions de Cochabamba à la prochaine conférence des Nations Unies sur le changement climatique qui se déroulera sur son territoire, à Cancun.

 

Attaque en règle contre les pays industrialisés

 

En quoi consiste « l’accord des peuples » ? Synthèse des travaux de 17 groupes de travail, le texte aborde des sujets directement liés à l’agenda de l’ONU, comme le financement de l’adaptation des sociétés aux contraintes écologiques, ou les suites à donner au protocole de Kyoto. L’une des originalités de cette conférence est d’élargir la réflexion à des questions peu ou pas abordées en Occident – rédiger une déclaration des « droits de la Terre mère », prendre en compte des solutions portées par les peuples indigènes, rechercher l’« harmonie avec la nature » – et de proposer de nouveaux outils pour lutter contre le changement climatique tout en impliquant les peuples dans ce processus : instauration d’un tribunal de justice environnementale, organisation d’un referendum mondial…

 

La déclaration finale souligne la responsabilité du système capitaliste dans la crise environnementale actuelle, du fait de sa recherche perpétuelle du « profit à tout prix » qui conduit à « séparer l’homme de la nature, et à établir une logique de domination et de marchandisation de la nature ». Le texte souligne que seul un changement profond de modèle, basé sur les principes de « complémentarité, de solidarité, d’équité, de bien-être collectif et de satisfaction des nécessités de tous en harmonie avec la nature » peut limiter la crise climatique et environnementale actuelle.

 

Côté propositions concrètes, la déclaration exige qu’à la prochaine conférence de Cancun, les États industrialisés s’engagent à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 50% par rapport à 1990, de sorte que l’augmentation de la température ne dépasse pas 1 à 1,5 degrés. La déclaration rejette les principes de compensation tels qu’ils existent actuellement dans le cadre du « Mécanisme de développement propre », les marchés d’émission de carbone revenant à commercialiser la nature. Le texte enjoint les pays industrialisés à assumer leur dette climatique en dédiant 6% de leurs revenus à des actions destinées à protéger et restaurer l’environnement, et en mettant l’accent sur le transfert de technologies propres.

 

Vers un tribunal de justice environnementale ?

 

Le souhait d’organiser un référendum mondial sur l’environnement reste assez flou et rencontrera des difficultés logistiques probablement insurmontables. Quelles que soient les suites qui seront données à cette initiative – consultation sur Internet, campagne de sensibilisation, référendum dans certains pays… –, c’est bien la volonté d’impliquer les citoyens et d’écouter les populations directement affectées par le changement climatique qu’il faut retenir. La proposition de créer un « tribunal de justice climatique et environnementale » sur le modèle des tribunaux internationaux existants, paraît plus réaliste. Ce tribunal pourrait être saisi par des États ou des peuples pour juger des personnes, gouvernements ou entreprises ayant commis des « crimes environnementaux ». Mais comment garantir, s’il voit le jour, qu’il aura un poids suffisamment contraignant pour obliger les coupables à réparer leurs atteintes à l’environnement et à payer des amendes ? Enfin, la plupart des exigences adressées aux pays industrialisés, notamment en matière de réduction d’émission de gaz à effet de serre ou d’engagements financiers, semblent déconnectées des réalités actuelles. On imagine mal les États du Nord engager 6% de leur PIB pour lutter contre le réchauffement climatique et ses impacts au Sud.

 

Reste la dimension politique de cette première édition de la conférence des peuples sur le changement climatique. Il est évident qu’en organisant cet événement, le gouvernement bolivien souhaite établir un nouveau rapport de forces dans les négociations internationales sur le climat. La virulence des propos tenus à l’égard des Nations Unies et des pays industrialisés, de même que l’inscription dans l’accord final d’exigences qui ne pourront en tout état de cause être acceptée, en sont la preuve. Cette conférence a cependant contribué à souligner les insuffisances de l’accord de Copenhague et, surtout, à rappeler l’absolue nécessité de démocratiser les négociations et d’écouter les peuples, communautés et pays qui subissent de plein fouet les effets de la crise environnementale et climatique.

 

Pauline Lavaud, Fondation France Libertés

 

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Ce volcan islandais qui met la mondialisation en déroute et préfigure un avenir sans avion ni pétrole

 

par Claude-Marie Vadrot, in Politis 19 avril 2010

La paralysie du trafic aérien sur une partie de l’Europe et de la planète pour cause de nuage de cendres islandais, nous offre une merveilleuse occasion d’imaginer ce qui nous attend, d’imaginer l’avenir sur le point d’être fracassé de la mondialisation qui veut tout transporter d’un bout à l’autre de la planète. Quand il n’y aura pratiquement plus de pétrole ou quand il sera devenu si cher qu’il ne représentera plus qu’un luxe réservé à quelques hommes d’affaires et aux chefs d’Etat et de gouvernement.

 

Il suffit de réfléchir quelques instants pour mesurer, grâce à un volcan, les folies du transport aérien. Et je ne parle pas des quelques imbéciles déclarant il y a quelques jours devant une caméra de télévision qu’ils étaient heureux d’avoir pu voler de Nantes à Paris. En avion ! Pour 400 kilomètres qui peuvent se parcourir en TGV !

 

Chaque jour une vingtaine de millions de roses débarquent aux Pays-Bas, avec quelques millions d’autres fleurs, en provenance du Kenya, d’Ethiopie, d’Equateur ou du Brésil. Chaque jour des raisins arrivent en France depuis l’Afrique du sud. En France et dans la plupart des pays européens. Chaque jour des haricots verts nous parviennent du Sénégal, du Kenya. En compagnie de petits pois écossés et préemballés. Sans oublier les tomates cerises d’Israël ou les tomates de Chine. Fruits et légumes exotiques, fruits et légumes de contre-saison prennent l’avion et les consommateurs et la planète payent le billet. Que chacun jette un coup d’oeil dans les magasins –même les magasin bio parfois, hélas- pour compter le nombre de ces produits qui ne nous atteignent que par la voie des airs.

 

Chaque jour, parce que la grande distribution travaille en flux tendu avec les pays qui nous fournissent des produits cultivés ou fabriqués au loin et au moindre coût, des milliers de tonnes de fret qui ne peut pas attendre investissent nos marchés ; sans que tous ces importateurs soient le monde effleurés par la gaspillage énergétique et par l’émission des gaz à effet de serre. Mais il est vrai que, d’ordre du Prince, ce n’est plus une priorité.

 

Et nos medias s’interrogent gravement sur les vacances, sur les files d’attente dans les aéroports, sur les vacances gâchées et sur les formalités de remboursements. Sans préciser qu’un jour probablement proche nous devrons, faute de kérosène, renoncer à ces déplacements, courts ou longs qui plombent l’avenir de la planète.

 

Priver une partie ou la totalité du monde n’est pas un scandale de vacances, juste une préfiguration de ce qui nous attend si nous ne réfléchissons pas à la nature de nos échanges mondialisés. Et avoir empêché les Grands du monde entier de rendre hommage au crypto-fasciste chef d’Etat polonais enterré à Cracovie est à mettre au crédit de ce volcan qui fait irruption dans les folies d’un monde qui s’obstine à tout transporter à toute vitesse sans jamais se demander pourquoi et aux dépends de qui.

 

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Guerre commerciale autour du lithium


Par Sophie Chapelle 30 mars 2010, in Basta!

 

Téléphones, ordinateurs portables, appareils photos, GPS... Les batteries « nouvelle génération » fonctionnent avec du lithium. Ce composant est également essentiel pour la voiture électrique. Multinationales et États se lancent dans la bataille de l’extraction de ce nouvel « or blanc ».

 

 

On la surnomme « l’Arabie Saoudite du lithium ». La Bolivie renfermerait dans son sous-sol 5,4 millions de tonnes de lithium soit près de 40 % des réserves mondiales selon l’Institut américain de veille géologique. D’autres pays de la Cordillère des Andes possèderaient également en grande quantité du lithium, composant essentiel pour la fabrication des batteries nouvelle génération. Les lacs salés du Chili et de l’Argentine concentreraient respectivement 20 et 13 % des réserves de lithium. Aux côtés du Chili, la Chine est devenue depuis 2008 l’un des premiers producteurs de lithium grâce aux réserves de sel tibétaines. De quoi bousculer les rapports de force et agacer sérieusement les États-Unis dont les réserves seraient de 410.000 tonnes. Les estimations restent néanmoins variables. Certaines compagnies comme Western Union se prévalent de pouvoir extraire 2 millions de tonnes dans le Nord du Nevada (États-Unis) et de devenir un des plus gros producteurs mondiaux de carbonate de lithium.

 

Batailles dans les déserts de sel

 

La concurrence ne s’en tient pas à une bataille chiffrée, elle se déploie dans les déserts de sel. Le groupe français Bolloré, les japonais Sumitomo et Mitsubishi, LG en Corée du Sud et Vale au Brésil sont dans la course pour extraire le carbonate de lithium bolivien. Evo Morales, le chef de l’État bolivien, a en effet besoin des compétences techniques de compagnies étrangères pour l’extraction. Le lithium est un métal léger contenu dans une matière brute, la saumure : la séparation du lithium de la saumure est préalable à l’obtention du carbonate de lithium.

 

En septembre 2009 c’est le groupe Bolloré, en partenariat avec le minier Eramet, qui a signé avec le ministère bolivien des Mines un partenariat technique. Il accorde un prélèvement de 15.000 litres de saumure en vue d’une analyse en France. Fort d’une Constitution adoptée en janvier 2009, Evo Morales précise que « les ressources naturelles sont consacrées propriété du peuple bolivien ». L’exploitation du lithium serait donc conditionnée à son industrialisation dans le pays et sous le contrôle de l’État. Afin de prendre les devants, la Bolivie a également investi 6 millions de dollars dans la construction d’une usine pilote près du désert de sel d’Uyuni, et de 150.000 m² de piscines d’évaporation. Pas d’inquiétude toutefois pour les groupes Bolloré - Eramet qui ont signé le 16 février 2010 « un contrat d’exploration assorti d’une option d’achat portant sur des gisements de lithium avec la société argentine Minera Santa Rita ».

 

Israël dans la course

 

« Géographie propice », « volonté politique », nul doute pour le groupe Renault-Nissan : « le premier marché à fort volume [est] Israël ». Dans une vidéo, Shimon Peres, président de l’État d’Israël, affirme voir dans le pétrole « le plus grand pollueur de notre temps [et] la plus grande source de financement du terrorisme ». Visant l’indépendance énergétique du pays, Israël cherche donc à déployer à grande échelle des voitures électriques d’ici 2011. Alors qu’un million de véhicules circulent aujourd’hui en Israël, le marché national est estimé à environ 30.000 véhicules électriques par an. Le gouvernement israélien s’est notamment engagé à ce que les taxes sur le véhicule électrique ne dépassent pas 10 % au lieu de 79 % pour les voitures à essence.

 

Israël a par ailleurs développé un partenariat avec le groupe Renault-Nissan. Son président, Carlos Ghosn, a lui-même passé un accord avec Shaï Agassi, le patron de Better Place, constructeur des bornes de recharge et de remplacement de batteries pour les véhicules électriques. Mi-février, un premier centre de démonstration de véhicules électriques s’est ouvert à Tel Aviv. D’ici à 2012, 500.000 points de charge devraient être installés sur le territoire ainsi que plusieurs centaines de stations d’échange des batteries. À ce jour, on compte un millier de bornes en Israël et une dizaine au Danemark, pays dans lequel Better Place met aussi son système à l’essai.

 

Brevets contre responsabilité

 

Dans le souci de ne pas être dépendant du lithium, certains constructeurs continuent à équiper les voitures avec des batteries à base de nickel. D’autres, comme l’Islande, l’Italie et la Californie, continuent de miser sur le lithium mais en exploitant les eaux chaudes de zones volcaniques en vue de produire de l’électricité. Une start up, Simbol Mining, affirme que les eaux à haute température chauffées par des réservoirs de lave contiendraient du carbonate de lithium. Brièvement, l’entreprise affirme sur la seule page que contient son site que ce type d’extraction « ne génèrerait ni déchets, ni gaz carbonique ». Dépositaire d’un brevet pour précipiter et extraire les silicates contenus dans les eaux géothermiques, Simbol Mining escompte avoir déniché un nouvel eldorado. La question de la responsabilité sociale et environnementale des entreprises dans l’extraction du lithium ne semble pas, elle, être à l’ordre du jour.


Sophie Chapelle

 

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Agriculture

Les éleveurs bio ne connaissent pas la crise

 

Nolwenn Weiler, in Basta !, 31 mars 2010


2009, année de crise pour le secteur laitier, a été une grosse année de conversion en bio. Les agriculteurs qui font le choix de changer de mode de production, découvrent d’autres méthodes de travail. Et, pour certains d’entre eux, un nouveau mode de vie.

 

Quand Patrice, éleveur laitier de 34 ans, est allé visiter la ferme bio d’Ifer, située à une dizaine de kilomètres de Rennes, il a trouvé ça simplement « génial »... Pourtant, il n’y a pas si longtemps, les bios, pour lui, c’était « des babas cool à cheveux longs, peu réalistes ». C’est-à-dire moins sérieux que lui, qui est installé depuis 6 ans sur une ferme de 45 hectares, avec 60 vaches, 350 000 litres de lait et plus de 200 000 euros de dettes ! « Ce qui m’a plu, là-bas, c’est l’ambiance, plutôt détendue. Et l’impression qu’ils sont maîtres de leurs choix. Nous, nous sommes coincés par les coopératives, qui fixent le prix du lait, et qui veulent collecter des quantités de plus en plus importantes. Nous gagnons peu à l’hectare et, avec un prix du lait qui ne cesse de baisser, nous devrions nous agrandir sans cesse, pour pouvoir espérer nous en sortir. » Patrice a donc décidé de changer de cap. Il a commencé par remettre ses vaches au pré, sous le regard incrédule, voire méfiant, de plusieurs de ses proches. Puis, sachant que le lait bio était bien valorisé, il s’est penché sur le cahier des charges, et a choisi de se lancer.

 

« L’économie de la filière lait conventionnelle, et l’ambiance générale plutôt favorable aux produits bios, poussent aux conversions, estime David Roy d’Agrobio. En Ille-et-Vilaine, il y avait en 2009, 350 agriculteurs certifiés bios et nous avons eu 70 reconversions, parmi lesquelles beaucoup de producteurs de lait. Outre l’aspect économique (peu de valeur ajoutée à l’hectare), les agriculteurs se rendent compte qu’ils sont dans une impasse technique et économique. Il y a aussi une vraie remise en cause des produits phytosanitaires. »

 

Les candidats à la conversion n’ont pas tous le même profil. Certains, comme Olivier Costard, 44 ans, n’ont pas grand chose à changer à leurs méthodes de travail. « Je suis sur une petite ferme : 40 hectares, 30 vaches, nourries quasi-exclusivement à l’herbe », explique-t-il. « J’utilisais peu d’intrants. Je vivais bien, je ne voyais pas l’intérêt de faire autrement. Puis la conjoncture économique s’est dégradée, le prix du lait a chuté. J’avais l’impression de me marginaliser au sein de l’agriculture conventionnelle. Les petites fermes comme la mienne intéressent de moins en moins les collecteurs : la laiterie allait-elle continuer à venir chercher mon lait ou pas ? »

 

Une pratique valorisante

 

La différence de pratique agricole, minime dans le cas d’Olivier Costard, peut représenter un véritable bouleversement, pas toujours bien mesuré. « Certains ne se rendent pas forcément compte qu’il faut réfléchir globalement au système de façon totalement différente », souligne David Roy. « Ce n’est pas le même travail, confirme Patrice. C’est plus complexe, mais plus intéressant. » « Il y a comme un challenge supplémentaire, précise Olivier Costard. Cela crée de l’intérêt de voir comment je peux arriver à me débrouiller avec les seuls éléments que j’ai ici. Il y a un vrai plaisir, même si les moments de réflexion qui précèdent sont un peu stressants. » « En conventionnel, il faut dire ce qui est : on ne s’emmerde pas !, reprend Patrice. On est très consommateurs, de pesticides, d’engrais, de compléments minéraux pour les bêtes, de fioul... Pour faire pousser un hectare de blé, il faut en dépenser de l’argent ! Après, il faut s’habituer à travailler sans les produits auxquels on est habitué depuis des années, ce n’est pas forcément simple non plus. »

 

Mais Patrice ne semble pas inquiet. « J’ai l’impression de mieux travailler, et de proposer de meilleurs produits. On a commencé la vente directe de viande sur la ferme, il y a un an et demi. Les gens sont très contents, nous avons beaucoup de demandes. Quand ils viennent ici, on leur explique comment on travaille, comment on vit. Ils redécouvrent nos métiers, c’est très gratifiant pour nous. Ceci dit, on a changé nos pratiques avant de passer au bio, qui n’est, pour moi, qu’un label qui vient valoriser une démarche. »

 

Olivier Costard tient, lui aussi, à tempérer l’emballement autour du bio. « Je ne pense pas qu’il soit opportun de faire un clivage entre les bios et les non bios. J’ai un peu l’impression qu’on partage le monde rural entre le bien et le mal, cela me dérange. Il y a aussi de bonnes pratiques chez les agriculteurs conventionnels. » Et de citer les réseaux de l’Adage (Agriculture durable par l’autonomie, la gestion et l’environnement), en Ille-et-Vilaine, ou encore du Cedapa (Centre d’étude pour un développement agricole plus autonome), dans les Côtes-d’Armor.

 

Nolwenn Weiler

 

 

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Procès de l'Erika :

la cour d'appel augmente les condamnations

 



 

La cour d'appel de Paris a confirmé et même légèrement augmenté, mardi 30 mars, les indemnisations accordées aux parties civiles du procès de l'Erika, les portant de 192,5 millions d'euros à 200,6 millions d'euros, selon un décompte fourni par la cour. La cour d'appel a en outre alloué aux 80 parties civiles une somme totale de 3,2 millions d'euros pour les frais de procédure.
Par ailleurs, la cour a confirmé la reconnaissance du "préjudice écologique" subi par des collectivités et associations après le naufrage de l'Erika en 1999, tout en l'élargissant à de nouvelles parties civiles, qui avaient été déboutées en première instance.

 

Des sanctions justifiées pour la cour d'appel


Lors du jugement du 16 janvier 2008, le tribunal correctionnel avait condamné le groupe pétrolier Total, la société de classification Rina, l'armateur Giuseppe Savarese et le gestionnaire Antonio Pollara à verser solidairement 192 millions d'euros d'indemnités à une centaine de parties civiles, dont l'essentiel -154 millions d'euros- à l'Etat.
En première instance, le tribunal correctionnel de Paris avait condamné Total et Rina aux peines d'amende maximales pour "pollution" de 375.000 euros. Les personnes physiques (Giuseppe Savarese et Antonio Pollara), s'étaient également vu infliger la sanction maximale : une amende de 75.000 euros chacun. Lors du procès en appel, à l'automne, le parquet général avait requis la confirmation de ces peines.
Mardi, la cour d'appel a estimé que ces sanctions étaient justifiées "compte-tenu de l'ampleur de la pollution, de la gravité des fautes commises, des ressources et des charges des condamnés".
L'agence de classification Rina a déjà fait part de son intention de se pourvoir en cassation, a annoncé à l'AFP son avocat Me Olivier Metzner. Le conseil de Rina envisage également "un recours devant le Conseil constitutionnel" sur la question de "la supra-nationalité des traités internationaux".

 

Total a "commis une faute d'imprudence"


Dans ses attendus, la cour, présidée par Joseph Valantin, a estimé que le groupe Total, affrêteur de l'Erika, avait bien "commis une faute d'imprudence en relation de causalité avec le naufrage" de l'Erika, en décembre 1999, au large du Finistère. Aux yeux du président Valantin, le naufrage est "la conséquence directe d'une grave corrosion au niveau où l'Erika s'est plié". Or, pour la cour, "cette corrosion est directement en relation avec l'insuffisance d'entretien de ce navire".
Dès le début du procès en appel, Total avait précisé avoir d'ores et déjà versé à 38 parties civiles (dont l'Etat) 170 millions d'euros sur les 192. Mardi, la cour d'appel a d'ailleurs confirmé qu'il "n'était plus rien dû à ces parties civiles".

 

Total se réjouit de la décision


L'avocat de Total, Me Daniel Soulez-Larivière, s'est réjoui de la décision de la cour qui n'a "pas condamné la société sur le plan civil". "Total n'a pas de responsabilité civile dans cette affaire, c'est expressément dit par la cour", a-t-il déclaré à l'issue de l'audience.
Il a précisé que le groupe allait dans les prochains jours analyser l'arrêt "très riche, très complexe" de la cour d'appel avant de décider d'un éventuel pourvoi en cassation. Il dispose de cinq jours pour former ce pourvoi.
Parmi les "avancées" qu'il a relevées dans cet arrêt, Me Soulez-Larivière s'est satisfait que la cour fasse "une distinction entre les prévenus". "Elle dit que Total a fait une erreur dans le vetting [inspection des navires par les compagnies pétrolières, NDLR] du navire, mais que cette erreur n'était pas suffisante pour entraîner sa responsabilité civile au regard des conventions internationales", a-t-il poursuivi.
En effet, la cour a considéré que Total, en tant qu'"affréteur véritable" de l'Erika, était exonéré du versement des dommages et intérêts, du fait de la convention internationale CLC, qui "canalise la responsabilité de la pollution par hydrocarbures sur le propriétaire du navire".

 

La cour d'appel élargie le "préjudice écologique"


Par ailleurs, en première instance en janvier 2008, le tribunal correctionnel de Paris avait pour la première fois en France reconnu un "préjudice écologique" pour la Ligue de protection des Oiseaux (LPO) et pour le département du Morbihan. La cour d'appel de Paris a jugé qu'"il suffisait qu'une pollution touche le territoire des collectivités territoriales pour que celles-ci puissent réclamer, à l'instar des associations de protection de l'environnement, le préjudice direct ou indirect que celle-ci lui avait personnellement causé".
Les juges d'appel ont également estimé "que ce préjudice était personnel à chaque collectivité territoriale, car l'intérêt de la Nation ne se confond pas avec celui de la commune, du département ou de la région, qui peuvent avoir des intérêts contradictoires en matière d'environnement". La cour a donc "octroyé à chacune des collectivités territoriales touchées par la marée noire qui le demandaient une indemnité pour préjudice écologique dit 'pur'", ainsi qu'aux associations de protection de la nature, parties civiles au procès. Les juges n'ont pas détaillé le montant des dommages et intérêts alloués à ce titre, ni identifié les bénéficiaires. Ces éléments devraient figurer dans l'arrêt, qui sera disponible à l'issue de la lecture.
Si le Morbihan avait obtenu gain de cause en première instance, les autres collectivités avaient été déboutées. Les régions Bretagne, Poitou-Charentes et Pays-de-la-Loire demandaient 30 millions d'euros chacune et les départements du Finistère et de la Vendée 10 millions chacun.
La marée noire provoquée par le naufrage du pétrolier, le 12 décembre 1999 au large du Finistère, avait souillé 400 kilomètres de côtes et mazouté 150.000 oiseaux. Durant les sept semaines du procès en appel, qui s'est achevé le 18 novembre dernier, le groupe pétrolier Total et ses coprévenus ont tous clamé leur innocence dans cette catastrophe écologique.

 

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Transports durables ?

 

Les dessous de la voiture électrique


Par Sophie Chapelle, in  Basta !,  29 mars 2010

 

La voiture électrique est présentée comme une alternative pour diminuer la pollution et réduire les émissions de CO². Remplit-elle le contrat ? Ça se discute. En cause : son coût, les composants de sa batterie et les contraintes liées à sa recharge. Des problèmes à résoudre, avant d’envisager une commercialisation à grande échelle.

 

 

« Et s’il y avait 600 millions de voitures électriques... » dans le monde interroge l’Expansion.com. Peut-être, en 2020, « 10 % du parc en Union européenne ? » poursuit Le Figaro. Si la presse s’essaie à quelques pronostics, le ministre de l’Écologie, Jean-Louis Borloo, a affiché en octobre dernier l’objectif de deux millions de véhicules électriques en France en 2020. Son plan prévoit la création d’une usine de batterie à Flins et 75.000 points de recharge. « Pas si vite », rétorque l’association France Nature Environnement selon laquelle « le progrès technologique n’est pas toujours un progrès écologique ».

 

Pas mieux qu’une voiture classique ?

 

Selon une étude de l’Ademe (Agence de développement et de la maîtrise de l’énergie) publiée en juillet 2009, le bilan en émissions du véhicule électrique – environ 126 g de C02 – serait équivalent à un véhicule classique. « Le facteur CO2 de la production d’électricité est l’élément sensible  », explique l’Agence. Si le moteur électrique présente un rendement mécanique beaucoup plus important que le moteur thermique, c’est en amont que le problème se pose : la recharge des véhicules s’appuierait en France sur « un mix énergétique moyennement émetteur », avec des pertes importantes lors des étapes de production, d’acheminement et de chargement de l’électricité. Au-delà des critiques sur les émissions de carbone, le réseau Sortir du Nucléaire dénonce « un parc de voitures électriques responsables de toutes les tares du nucléaire [dont les déchets, ndlr] », si les batteries étaient amenées à être rechargées sur le secteur.

 

Le carbonate de lithium, composant le plus important des batteries actuelles, constitue une ressource essentielle pour la filière. Clé de voûte du mode de vie occidental, le lithium sert également à fabriquer les batteries des téléphones, ordinateurs portables, appareils photos et autres GPS. Ses réserves, concentrées dans quelques pays et diluées dans les océans, font l’objet d’un début de guerre commerciale. Entre 2003 et 2008, le prix du lithium est passé de 350 à 3000 € la tonne ce qui rend la voiture électrique très chère à l’achat. En conséquence, le groupe Bolloré a décidé de louer le véhicule en longue durée, Renault de son côté mise sur la location des batteries. Le rapport Syrota pointe également « l’incertitude sur la longévité des batteries dont le coût peut représenter la moitié du coût total du véhicule électrique ».

 

Énergivore et chronophage

 

Pour quelle autonomie ? Celle-ci oscillerait entre 100 et 200 kilomètres. « Le véhicule électrique présente un avantage environnemental certain en circulation urbaine et périurbaine », confirme l’Ademe. Mais il faudrait compter actuellement environ une demi-heure pour recharger une batterie sur des bornes à haute tension, 8 heures sur une prise standard. Le principal obstacle au développement de la voiture électrique réside donc dans les infrastructures, en particulier l’équipement massif des villes en bornes électriques. L’Ademe relève les risques des recharges rapides extrêmement énergivores. « Si on recharge un véhicule électrique sur une prise pendant 7 ou 8 heures, c’est en gros un chauffe-eau électrique, soit environ 3 kilowatts, rappelle Benjamin Dessus de l’association Global Chance. Si on le fait en une heure, c’est 30 kilowatts c’est à dire la puissance dépensée par un immeuble. Et si vous voulez le faire en trois à quatre minutes, c’est un quartier de Paris. » Par conséquent, si des dizaines de milliers de voitures effectuaient en même temps une recharge « flash » de seulement quelques minutes, l’appel serait tel sur le réseau que la production nationale pourrait ne pas suffire.

 

Côté gouvernement, on mise sur « une gestion intelligente du réseau », autrement dit des charges lentes, la nuit, à domicile ou au bureau, qui permettraient de « lisser » la consommation. L’entreprise Better Place a trouvé là un formidable créneau. Ce fournisseur de services « développe et installe un vaste réseau de stations de recharge et de stations d’échanges de batteries pour alimenter les véhicules électriques ». L’entreprise propose également un « logiciel intelligent » pour « aide[r] les conducteurs de véhicules à savoir quand et où recharger leur voiture, à communiquer avec le réseau et le centre de contrôle Better Place, et [à fournir] une « cartographie » énergétique personnelle actualisée en continu. » Un nouveau mouchard social en perspective. Pour l’Ademe, le bilan est sans appel : « l’efficacité en termes d’émission de CO2, par voyageur/km ou par tonne/km, des transports ferroviaires par rapport aux autres modes, reste incontestable ».

 

Sophie Chapelle

 

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Climat :

les « climato-sceptiques »

 

NPA

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Les « climato-sceptiques » seront là aussi longtemps que la planète continuera de chauffer.

Régulièrement, les climato-sceptiques reviennent sur le devant de la scène, propulsés par des médias en manque de contradicteurs sur un enjeu de société majeur : le dérèglement climatique. Ils crient au complot des élites, à l’imposture, se glissent dans chaque petite faille qu’ils peuvent détecter alors que les scientifiques disposent d’un ensemble de données convergentes qui prouve que la menace est réelle.


S’il y a complot, il faudra nous expliquer comment le Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), qui fait autorité en la matière, a réussi à embarquer les 194 pays membres depuis plus de 20 ans ! Rappelons que chaque rapport du Giec fait l’objet d’un vote en assemblée plénière : à ce jour, tous l(es rapports ont été votés à l’unanimité, même par les États-Unis ou l’Arabie saoudite qui n’ont pas particulièrement intérêt à ce qu’on dénonce les méfaits des hydrocarbures.


Les climato-sceptiques avancent des arguments peu étayés et souvent faux (1). Ils jouent sur le fait que la science progresse par des débats et des théories qui peuvent se contredire. Pourtant la compilation des données scientifiques a permis de créer des modèles climatiques capables de rendre compte des évolutions du passé. Et de rapport en rapport, les tendances climatiques prévues par les simulations informatiques du Giec se révèlent justes…

 

Le débat glisse donc du terrain scientifique à celui de l’idéologie : pour ceux qui ne veulent rien changer, il s’agit de croire et de faire croire, que l’on pourra rester assis sur la branche que l’on est en train de scier.


De fait, le dérèglement climatique est une très mauvaise nouvelle pour le système et ses promoteurs. Les libéraux qui vivent le monde comme un terrain de jeu et d’enrichissement mettant à disposition les ressources naturelles et les êtres humains, ne peuvent voir que d’un mauvais œil une réalité qui invite à la modération, voire à l’abstinence pour certaines productions.

 

Par conséquent, la tentation est très forte de nier le réchauffement climatique, car c’est une donnée qui s’oppose à leur stratégie de vie. S’équiper d’œillères rend alors possible la fuite en avant. Ne pouvant plus aujourd’hui nier le réchauffement sans se discréditer (ce qu’ils ont pourtant fait pendant longtemps), ils nient maintenant l’implication des activités humaines dans le processus ou, à bout d’arguments, la dangerosité d’un basculement climatique.


Le succès que les négateurs rencontrent auprès d’une partie importante de la population est inévitable. Le désir de ne pas remettre en question ses conditions de vie quand on s’en satisfait est vieux comme le monde. Et la perspective d’un avenir incertain n’est pas facile à accepter.

 

Car la nécessaire réduction des émissions de gaz à effet de serre suppose de repenser radicalement nos modes de production. Cette transition, pour qu’elle soit à la hauteur des enjeux, implique un véritable bouleversement de nos modes de vies. Certains pensent pouvoir le faire par une simple reconversion du système au moyen d’un capitalisme vert. Nous pensons que l’impératif de diminution de 75 % des émissions de gaz à effet de serre pour les pays industrialisés ne sera pas réalisable en maintenant la logique d’accumulation propre au capitalisme.


L’heure de comprendre que nous butons sur les limites de la biosphère a largement sonné. Le réchauffement climatique n’est qu’un des aspects de la crise écologique globale (chute de la biodiversité, pollutions, surexploitation des stocks, dégradation des sols…). Il est évident que cette crise va servir de prétexte pour nous imposer des restrictions qui ne servent qu’à entretenir un système en faillite.

 

Mais ne nous trompons pas de combat : il faut lutter contre les réformes injustes et inefficaces comme la taxe carbone, mais nous devons comprendre en parallèle que la transformation de la société ne pourra pas se faire sans une redéfinition des rapports entre les sociétés et leur environnement. Cette donnée nous impose de sortir du productivisme et de la surconsommation qui découle de la logique du « toujours plus » inhérente au capitalisme. Cette évolution ne pourra pas se faire sans justice sociale, car on ne pourra pas demander à certains de changer de mode de vie si d’autres continuent de dilapider les ressources.

 

En matière d’écologie, le programme du NPA pourrait se résumer ainsi « Protéger les ressources - Partager les richesses ».


Pierre Kohmiju


(1) Pour des réponses à la plupart des arguments des climato-sceptiques, se référer au site www.europe-solidaire.org

 

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Les marchés carbone, ou comment gagner des millions grâce à la pollution...

 

 

Par Ivan du Roy 10 mars 2010 in Basta !


C’est encore mieux que de transformer le plomb en or. Une poignée d’industries très polluantes ont réussi un tour de force : convertir des millions de tonnes de CO2 en dizaines de millions d’euros, grâce aux systèmes d’échanges des « droits à polluer » mis en place dans l’Union européenne. Un pervers effet d’aubaine que dénonce un rapport listant ces nouvelles grandes fortunes du marché carbone. Et une belle arnaque à venir pour les consommateurs. Explications.

 

 

Certains rêvaient de transformer le plomb en or. C’est désormais le CO2 qui fait figure d’Eldorado. Une poignée d’industries très polluantes ont réussi à métamorphoser le volatile gaz carbonique en pièces sonnantes et trébuchantes, convertir des millions de tonnes de CO2 en dizaines de millions d’euros. Ainsi, le champion de la métallurgie ArcelorMittal, l’entreprise la plus polluante de France, a engrangé en 2008 l’équivalent de 202 millions d’euros grâce à ses « droits à polluer », et s’apprêterait à capter en 2009 à nouveau 42 millions d’euros. Comment cette étrange et lucrative alchimie est-elle possible ? Grâce au marché carbone mis en place par l’Union européenne.

 

Petit rappel pour celles et ceux qui auraient raté tous les épisodes précédents (Kyoto, Copenhague, débats autour de la « taxe carbone »…). Pour limiter ses émissions de CO2, l’Union européenne instaure en 2005 des quotas d’émissions par pays, secteurs d’activité et entreprises. Ces quotas d’émissions sont réévalués chaque année. Une entreprise qui dépasse son quota (accordé gratuitement) doit acheter des « permis de polluer » sur le marché carbone, correspondant aux tonnes de CO2 qu’elle a émis en trop. Inversement, une entreprise qui ne dépasse pas son plafond d’émissions dispose d’un surplus de « permis de polluer ». Elle peut alors le revendre sur les marchés carbone pour un profit immédiat, les confier à un fonds spéculatif et engranger un intérêt, ou attendre que le cours du carbone (autour de 13 euros la tonne de CO2 depuis début 2010) grimpe pour les revendre. Ce recours au « laissez faire » du marché est censé inciter les entreprises à respecter leurs quotas. Mais ses effets pervers n’ont pas tardé à se faire sentir.

 

Opacité des marchés carbone

 

C’est ce que pointe un rapport publié par l’organisation non gouvernementale britannique Sandbag qui s’appuie sur les données fournies par la société de conseils et d’informations Carbon Market Data spécialisée sur les marchés carbone. Selon l’étude, dix grandes entreprises européennes ont accumulé 35 millions de tonnes de CO2 en droits à polluer sur l’année 2008, l’équivalent des émissions de petits États européens comme la Lituanie. « Sur les cinq années d’échanges sur les marchés carbone (de 2005 à 2010), nous estimons que ces dix entreprises ont accumulé 230 millions de tonnes de surplus en permis de polluer », écrit Sandbag. Soit près de 3 milliards d’euros au cours actuel de la tonne de CO2.

 

Deux entreprises implantées en France figurent au premier rang de ce palmarès : ArcelorMittal et le cimentier Lafarge, quatrième plus gros émetteur de CO2 dans l’Hexagone, qui a virtuellement empoché 59 millions d’euros en 2008. Comment des grandes industries parmi les plus polluantes arrivent à dégager des « bénéfices » sur leurs émissions de CO2 ? La logique du système voudrait, au contraire, qu’elle ne dispose pas de droits à polluer à revendre, voire qu’elles soient obligées d’acheter des droits d’émissions sur le marché carbone, et donc de payer au moins partiellement leurs émissions. Comme on va le voir, le coût de la pollution est supporté par d’autres épaules.

 

L’ONG britannique dénonce la très grande opacité des marchés carbone. Ceux-ci sont en fait faussés dès le départ. Le péché originel réside dans les quotas que chaque pays attribue à ses secteurs d’activité en 2005. « Pour protéger la compétitivité de leurs secteurs industriels, de nombreux pays ont choisi d’accorder des quotas très généreux, qui incluaient déjà des estimations sur la croissance d’émissions à venir. » De nombreuses entreprises ont été particulièrement protégées par leur État dans le cadre des attributions de quotas. Ainsi Peugeot a accumulé de futurs « droits à polluer » 2,5 fois plus importants que ses propres émissions de CO2. Les quelques investissements réalisés dans le développement d’énergies renouvelables ou dans la protection des « puits de carbone » forestiers dans les pays du Sud permettent bien de bénéficier en échange de droits à polluer. Mais ces quelques efforts n’expliquent pas - loin de là - l’ampleur des droits à polluer qu’ils ont accumulé et qu’ils vont s’empresser de revendre aux entreprises qui émettent trop de CO2.

 

Pendant que certains profitent, il faut bien que d’autres compensent. Les pays européens « ont compensé cette générosité à l’égard de l’industrie en fixant des plafonds plus bas pour le secteur de l’énergie, qui n’est pas exposé à la compétition internationale », explique Sandbag. Résultat : ArcelorMittal, Lafarge ou Peugeot ont pu accumuler des permis de polluer très importants pendant que d’autres entreprises, notamment dans l’énergie, dépassaient – voire explosaient - leurs quotas d’émissions.

 

Une double peine pour les entreprises ? Ou les consommateurs ?

 

C’est le cas des énergéticiens allemands RWE et E.ON, ou, en France, de GDF-Suez et d’EDF. Ces entreprises seront donc obligés de réduire leurs émissions : en investissant dans des « mécanismes de développement propres » dans les pays du Sud ou en achetant des droits à polluer... à ceux-là même qui n’ont pas eu besoin de faire de réels efforts pour les obtenir.

 

Qui supportera ces investissements et ces surcoûts ? Les clients des compagnies énergétiques. « Les consommateurs européens vont donc à leur insu subventionner l’industrie et payer pour des réductions de CO2 qui n’ont pas demandé d’efforts. Le risque existe aussi qu’ils supportent le coût des droits à polluer que ces entreprises recevront en échange de leurs investissements ou qu’elles devront acheter », pointe le rapport. Bref, sous prétexte d’activité économique plus « propre », on s’apprête à payer des réductions d’émissions de CO2 qui n’ont pas vraiment eu lieu.

 

« Les mécanismes imaginés pour les entreprises soumises aux quotas européens sont beaucoup trop coûteux. On risque de mettre à mal la compétitivité des entreprises », s’inquiétait, mi-février, la présidente du Medef Laurence Parisot. En cause : la « double peine » que constituerait le système des quotas européens assortis d’une taxe carbone étendue aux entreprises sur laquelle le gouvernement réfléchit. « Peu loquaces sur ces profits faramineux obtenus grâce au système européen d’échanges de quotas, les lobbyistes des secteurs industriels appellent le gouvernement à reporter la mise en œuvre de la contribution carbone au-delà de juillet 2010 ou à l’abandonner purement et simplement. Les chiffres montrent, au contraire, que non seulement il n’y aura pas de « double peine », mais que les industriels pourront puiser dans ces surplus pour payer la contribution carbone », estime de son côté le Réseau action climat, qui regroupe plusieurs ONG écologistes comme Les Amis de la terre, Greenpeace ou WWF. C’est aussi le fondement même de cette logique – faire reposer les efforts environnementaux (et donc en partie l’avenir de la planète) sur des mécanismes de marché, sans véritable régulation – qui est à remettre en cause. Ces marchés qui sont socialement néfastes et écologiquement inefficaces.


Ivan du Roy

En savoir plus :

Pour télécharger  le rapport de Sandbag (en anglais)

 

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Mort d'un chauffeur en Bretagne: c'était bien les algues vertes

 

Un employé communal nettoie la plage de Saint-Michel-en-Grève, envahie par des algues vertes, le

 

 

LibéRennes 05/03/2010

 

CONTRE-EXPERTISE - Après avoir examiné les rapports d’autopsie et d’expertises médico-légales réalisés après la mort en juillet d’un chauffeur qui était régulièrement en contact avec les algues vertes, trois scientifiques ont conclu que ce décès avait été provoqué de façon “quasi-certaine” par l’inhalation de sulfure d’hydrogène dégagé par les algues. Thierry Morfoisse, un costarmoricain de 48 ans, avait succombé à un infarctus peu après avoir déchargé des algues vertes le 22 juillet 2009, le procureur de Saint-Brieuc avait classé le dossier sans suite en novembre.

 

"L’inhalation de sulfure d’hydrogène a, de manière quasi certaine, déclenché la survenue de l’infarctus ayant entrainé le décès de Mr Morfoisse", ont affirmé dans un communiqué Claude Lesné, médecin-chercheur au CNRS, Françoise Riou, chef du service d’épidémiologie au CHU de Rennes et André Picot, expert en toxico-chimie.

 

Les trois scientifiques ont fondé leurs conclusions sur les rapports remis il y a quelques semaines à la famille de Thierry Morfoisse, à sa demande, par le procureur de Saint-Brieuc Gérard Zaug. Celui-ci avait estimé en novembre 2009, sur la foi des mêmes expertises, qu’il n’y avait pas de liens entre la mort du chauffeur et les algues vertes. Il avait classé le dossier sans suite.

 

A l’occasion du transport et du déchargement de bennes d’algues en putréfaction (...) Mr Morfoisse avait été notoirement exposé avant son décès depuis plus de deux heures à l’inhalation de gaz toxiques nauséabonds et très agressifs pour la fonction respiratoire”, précisent les scientifiques dans leur communiqué.

 

Ils rapprochent le décès de Thierry Morfoisse de deux graves accidents survenus au contact des algues vertes: l”’intoxication suraigüe” d’un cavalier de 28 ans survenue en juillet sur la plage de Saint-Michel en Grève (son cheval est mort asphyxié) et, dix ans plus tôt, sur la même plage, l’intoxication suraigüe également, suivie de quatre jours de coma, d’un ramasseur d’algues de 53 ans.

 

"Les circonstances du décès de Monsieur Morfoisse sont suffisamment explicites pour que les représentants de l’Etat admettent à présent les faits et cessent de faire obstacle à la reconnaissance de ce décès en accident de travail", concluent les docteurs Lesné, Riou et Picot.

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Les écologistes protestent contre la commercialisation d'OGM dans l'UE

 

LEMONDE.FR avec AFP | 02.03.10 |

 

La  décision de la Commission européenne d'autoriser le commerce de plusieurs organismes génétiquement modifiés (OGM), suscite mardi 2 mars un tollé chez les écologistes. Cette décision, qui concerne la culture de la pomme de terre Amflora, mise au point par la firme BASF, ainsi que plusieurs variétés du maïs MON 863, est particulièrement critiquée en France et Italie.

 

Pour la secrétaire nationale des Verts, Cécile Duflot, "c'est une très mauvaise nouvelle". Elle appelle notamment le gouvernement français a refuser d'appliquer la décision de la Commission. Selon elle, le danger de la commercialisation de ces OGM est d'autant plus grand qu'on ignore les conséquences que leur consommation pourrait avoir sur l'organisme. "On a pu avoir, sur le maïs notamment, quelques études qui ont montré sur des rats des conséquences sur des atteintes au foie. Ces travaux scientifiques doivent être approfondis, on doit aller jusqu'au bout de ces études-là avant de commercialiser", estime Cécile Duflot.

 

Même son de cloche dans les rangs des députés écologistes européens. Fer de lance de la contestation des OGM en France et plusieurs fois condamné en justice pour ses actions d'arrachage illégal de plantations transgéniques, José Bové a exhorté Bruxelles à sortir de sa "tour d'ivoire". La Commission "doit entendre enfin les citoyens qui ne veulent pas d'OGM. Elle doit, en outre, accepter la position des 27 Etats membres (de l'UE) qui en décembre 2008 avaient majoritairement souhaité une réforme radicale des procédures d'évaluation" des demandes d'autorisation des produits transgéniques, a-t-il affirmé.

 

"UNE VÉRITABLE DÉCLARATION DE GUERRE"

 

"Des doutes sérieux persistent concernant les conséquences possibles sur la santé humaine et l'environnement", a précisé le député vert allemand Martin Heusling, jugeant le feu vert de Bruxelles "au mieux inutile, et au pire dangereux". "Il y a de sérieuses inquiétudes au sujet d'un gène" de la pomme de terre Amflora "qui est résistant aux antibiotiques", a-t-il ajouté.

 

"Cette décision de reprendre les autorisations de dissémination d'OGM dans l'environnement, en évacuant le débat sur leurs risques, est inacceptable", a critiqué de son côté la libérale française Corinne Lepage, vice-présidente de la commission environnement du Parlement. Elle "constitue une véritable déclaration de guerre à l'égard des citoyens européens majoritairement opposés aux cultures OGM, de la part de M. (José Manuel) Barroso", le président de la Commission, a-t-elle ajouté.

 

L'ITALIE EST "CONTRE"

 

Le ministre de l'agriculture italien a lui aussi vivement critiqué la décision de Bruxelles. "Le fait de rompre la prudence d'usage qui était respectée depuis 1998 est un acte qui risque de modifier profondément le secteur primaire européen. Non seulement, nous ne nous reconnaissons pas dans cette décision mais nous tenons à répéter que nous ne permettrons pas que cela remette en question la souveraineté des Etats membres en la matière", a expliqué Luca Zaia.

 

"Nous évaluerons donc la possibilité de promouvoir un front commun de tous les pays qui voudront s'unir à nous pour défendre la santé des citoyens et les agricultures identitaires européennes", a-t-il souligné. Membre du parti populiste de la Ligue du Nord, le ministre est fermement opposé aux OGM.

 

 

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Les régions signataires de la charte anti-OGM

Vague de critiques sur le plan algues vertes

 

LIBE 04/02/2010

 

Si le gouvernement avait voulu creuser le fossé entre écolos et paysans sur les algues vertes, il ne s’y serait pas pris autrement. En distillant des infos partielles avant d’annoncer, hier en Conseil des ministres, un plan de 134 millions d’euros sur cinq ans - dont les détails ne seront connus que demain - il a exaspéré tout le monde. «C’est la confusion, lâche Gilles Huet, de l’association Eau et Rivières. Sur l’axe préventif, c’est la nébuleuse. Il est question de la mise en œuvre de projets territoriaux, de protection des zones humides sur la base du volontariat. Et qu’est ce qu’on fait si ça ne marche pas ?»

 

«Nous craignons un énième plan qui va coûter cher, renchérit Michel Guillemot, président de Halte aux marées vertes. On va ramasser les algues, nettoyer les plages et le cancer des algues vertes aura encore de beaux jours devant lui.» Les agriculteurs ne sont pas moins remontés. «On entend que c’est un plan fait par les agriculteurs et pour les agriculteurs, mais c’est faux ! s’exclame Jacques Jaouen, président de la chambre d’agriculture de Bretagne. C’est un plan gouvernemental dont on peut craindre certaines mesures.»

 

Les paysans redoutent des contraintes qui seraient élargies à six baies en Bretagne. Une décision qui signerait selon eux la fin de l’agriculture familiale. «Sur les algues vertes, il y a un problème de coresponsabilité, mais on va être une fois de plus au bout du fusil», s’alarme Michel Bloc’h, président de l’Union des groupements de producteurs de viande bovine, qui réclame la nomination d’«une commission d’experts de renommée internationale». Un point sur lequel le rejoint Chantal Jouanno, secrétaire d’Etat à l’Ecologie, qui a annoncé hier la mise en place d’un «groupe de recherche national». Au programme aussi, la création d’unités de méthanisation ou le contrôle des flux d’azote (qui nourrissent les algues vertes) dans les sols. Sans oublier le volet curatif pour le ramassage et le traitement des algues. 40 millions d’euros seront consacrés à ce plan en 2010 et 2011. Pour l’heure, alors que tous reconnaissent que le fléau ne pourra être réglé que collectivement, le gouvernement n’a réussi qu’à cristalliser les divergences.

 

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Recyclage

Borloo et Bachelot veulent-ils couvrir la France de matières radioactives ?

 

Basta ! 8 janvier 2010

 

Certains sèment la biodiversité, d’autres préfèrent disperser la radioactivité. Les ministères de l’Ecologie, de la Santé et de l’Economie ont ouvert la porte au « recyclage » des déchets radioactifs issus de l’industrie nucléaire dans les biens de grande consommation. Du ciment radioactif pourra ainsi servir demain à bâtir des logements ou des écoles. Au grand dam des associations de consommateurs.

 

Photo : © droits réservés

 

Faudra-t-il bientôt se munir d’un compteur Geiger pour vérifier le taux de radioactivité que dégageront les murs de votre logement, vos équipements contenant du métal ou les matériaux présents sur votre lieu de travail ? Scénario de science-fiction ? Malheureusement non. Depuis 2002, le Code de la santé publique interdisait l’ajout ou l’utilisation de substances radioactives pour la fabrication de biens de consommation et de matériaux de construction. Toute acquisition et cession de sources radioactives étaient sévèrement encadrées. Ce n’est désormais plus le cas. Le 5 mai 2009, quatre ministères – celui de l’Ecologie, de la Santé, de l’Economie et du Logement – ont signé un arrêté interministériel qui permet de déroger à cette interdiction. Le texte est entré en vigueur malgré l’avis défavorable de l’Autorité de sûreté nucléaire.

 

Cela signifie que demain, si EDF veut se débarrasser de ses gravats faiblement radioactifs générés par le démantèlement de la centrale de Brennilis, en Bretagne (la première centrale nucléaire française à être démantelée), elle aura la possibilité de les céder ou les vendre à une cimenterie. Celle-ci transformera les gravats en matériaux de construction, qui serviront ensuite à bâtir des bureaux, des logements, des écoles ou des hôpitaux... Idem pour Areva. Si la multinationale ne sait que faire de fûts en métaux contaminés suite à un transport d’uranium, elle pourra les livrer à une fonderie qui le recyclera dans des produits de grande consommation : outils, véhicules, machines agricoles ou tuyaux (ce qu’avait déjà tenté de faire Areva en 2004 [1]). Seuls cinq catégories de produits restent exclues de toute dérogation : les aliments, les cosmétiques, les parures (bijoux), les jouets et les matériaux en contact avec les aliments et les eaux (les emballages par exemple).

 

Radioactivité lâchée dans la nature

 

Seuls les déchets radioactifs dits de « très faible activité » (TFA) sont concernés. Il n’empêche. Jusqu’à présent, l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) entrepose ces déchets dans un centre de stockage situé dans l’Aube (Champagne-Ardenne). Les déchets sont enterrés « à quelques mètres de profondeur dans une roche argileuse », puis le lieu de stockage est ensuite recouvert « d’une couche d’argile compactée pour lui redonner son imperméabilité d’origine ». En cas de recyclage, seuls les acteurs de la filière nucléaire sont habilités à réutiliser du béton ou les gravats contaminés pour leurs installations. Ces précautions disparaissent avec le système de dérogation. Une fois lâchés dans la nature, ces matériaux ne seront plus tracés ni contrôlés.

 

« Même si ces déchets TFA seront dilués dans d’autres matériaux, cela va augmenter le bruit de fond de la radioactivité. Faible niveau de risque ne signifie pas absence de risque », explique Corinne Castanier, directrice de la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad). Contrôler les rayonnements radioactifs coûte très cher. Les entreprises qui recycleront ces matériaux auront donc tendance à ne procéder qu’à des vérifications partielles sur des échantillons de ciment ou de ferraille « dilués ». Ce qui augmentera la possibilité de laisser passer un parpaing ou une tôle trop radioactive.

 

Multiplicateurs de cancers

 

Corinne Castanier ne comprend pas pourquoi le gouvernement a pris une décision si lourde de conséquences pour la santé, à l’heure où les pouvoirs publics cherchent, dans le cadre du « plan cancer », à diminuer l’exposition des populations à la radioactivité naturelle (notamment le radon, qui favorise les cancers pulmonaires selon l’Organisation mondiale de la santé). En rendant possible l’ajout de substances radioactives dans des biens et des matériaux destinés au grand public, le système de dérogation risque bien d’augmenter la radioactivité artificielle, et les risques de cancer. « Seuls les industriels y trouvent un intérêt. Au lieu de stocker ces déchets, ce qui coûte cher, ils pourront s’en débarrasser tout en récupérant de l’argent. » Avec le démantèlement progressif des centrales nucléaires vieillissantes, le volume des déchets radioactifs sera multiplié par trois d’ici 2020, selon les prévisions de l’Andra.

 

Ce retour en arrière est d’autant plus incompréhensible que l’on cherche à réparer les erreurs commises depuis un demi-siècle. Jusqu’en 1986, 50 000 paratonnerres radioactifs [2] ont été disséminés dans toute la France, plus sept millions de détecteurs de fumée contenant de l’américium 241 [3], radioactif pendant 433 ans ! « Nous sommes en train de courir pour retrouver les objets radioactifs disséminés sur tout le territoire et le gouvernement rouvre la porte à des dérogations. Il faut tirer les leçons de ces années-là ! », assène la directrice de la Criirad. L’interdiction, en 2002, d’ajouter ou d’utiliser des substances radioactives dans des matériaux ou des biens de grande consommation avait été obtenue après un long travail de la Criirad et des associations de consommateurs, comme l’UFC Que choisir.

 

Avant cette réglementation, presque tout était permis. Ainsi Saint-Gobain avait introduit des déchets radioactifs dans la fabrication de sa laine de verre (Isover) multipliant par vingt les rayonnements. Ou la Cogema (devenue Areva) qui avait ajouté de l’uranium appauvri dans la poudre d’émail jaune destinée à la fabrication de bijoux. « Si demain la législation autorise l’addition de substances radioactives, il s’agira de modes de fabrication standard. Ce ne sont plus seulement la laine de verre et les émaux qui seront radioactifs, mais le ciment, le béton, l’acier, les pièces métalliques, le carrelage, les appareils ménagers, les ustensiles quotidiens... On peut légitimement s’inquiéter car le risque est bien réel. Le démantèlement des installations nucléaires va générer 15 millions de tonnes de déchets », s’inquiétait alors l’UFC Que choisir. Tout est désormais à refaire.

 

Recours juridique et responsabilité politique

 

La Criirad a d’abord adressé un recours au Conseil d’Etat pour faire annuler l’arrêté sur la base de ses « anomalies juridiques ». En cause : les modalités d’information des consommateurs. Celles-ci restent à la discrétion des industriels qui se garderont bien de mettre le logo spécifique aux matériaux radioactifs sur les emballages ! On ne peut faire plus laxiste. Or, c’est aux ministères concernés de définir ces modalités d’information. Ensuite, une telle décision concernant le Code de la santé publique ne peut être prise que par décret, signé directement par les ministres. Mais seuls les chefs de service des administrations concernées ont apposé leur signature au bas de l’arrêté.

 

L’association a adressé à Jean-Louis Borloo, Roselyne Bachelot et Christine Lagarde une lettre ouverte le 6 novembre 2009 pour les alerter « sur le contenu et les conséquences d’un texte, pris en leur nom » et pour qu’ils l’annulent. Plus de 7 000 cartes pétitions ont également été envoyées par des citoyens. Après deux mois de silence gouvernemental, Corinne Castanier sera reçue le 11 janvier au ministère de l’Ecologie. « Ils ne pourront pas dire qu’ils ne sont pas au courant ». Si rien ne bouge, la campagne pour l’annulation de l’arrêté se durcira, avec l’entrée en lice des associations de consommateurs.

 

Ivan du Roy

 

 

Notes

 

[1] Le Tribunal administratif de Lyon avait à l’époque annulé l’autorisation délivrée par le Préfet de la Loire pour un tel projet. L’entreprise Socatri (Areva) et une fonderie (Feursmetal) envisageaient de procéder à la fusion de 550 tonnes de ferraille contaminée provenant du site du Tricastin pour fabriquer des pièces en acier moulé destinées au domaine public.

 

[2] Ces paratonnerres sont équipés de sources de radium 226 (période radioactive de 1 600 ans) ou, plus rarement, d’américium 241 (période radioactive de 433 ans). Dans les deux cas, il s’agit de radionucléides émetteurs alpha de très forte radiotoxicité et l’activité des sources est élevée (de plusieurs millions à près d’un milliard de becquerels). L’Andra n’en a récupéré qu’un quart.

 

[3] Les professionnels estiment que 35% seulement de ces appareils sont sous contrats de maintenance. Pour les autres – environ 4,5 millions – la récupération sera beaucoup plus difficile, d’autant plus qu’aucune garantie financière n’a été mise en place. Sur la base d’une période de 433 ans et partant d’une activité de 30 000 Bq, il faudra attendre environ 2 000 ans pour que l’activité soit réduite à 1 000 Bq ; environ 5 000 ans pour atteindre 10 Bq et plus de 6 000 ans pour une activité résiduelle d’1 Bq. L’Union européenne recommande une norme de 200 bq/m3 dans les maisons neuves.

 

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Copenhague :

déroute au sommet, victoire à la base

 

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On savait que le sommet des Nations Unies à Copenhague ne déboucherait pas sur un nouveau traité international mais sur une simple déclaration d’intention – une de plus. Mais le texte adopté au terme de la rencontre est pire que tout ce qu’on pouvait imaginer : pas d’objectifs chiffrés de réduction des émissions, pas d’année de référence pour les mesurer, pas d’échéance, pas de date !Le texte comporte une vague promesse de cent milliards de dollars par an pour l’adaptation dans les pays en développement, mais les formules utilisées et divers commentaires font craindre des prêts administrés par les grandes institutions financières plutôt que de vraies réparations payées par les responsables du gâchis.

 

L’incohérence du document est totale. Les chefs d’Etat et de gouvernement reconnaissent que « le changement climatique constitue un des plus grands défis de notre époque » mais, à l’issue de la quinzième conférence de ce type, ils sont toujours incapables de prendre la moindre mesure concrète pour y faire face. Ils admettent – c’est une première ! - la nécessité de rester « au-dessous de 2°C » de hausse de la température, donc la nécessité de « réductions drastiques » (deep cuts) des émissions « conformément au quatrième rapport du GIEC », mais sont incapables d’endosser les conclusions chiffrées par les climatologues: au moins 40% de réduction en 2020 et 95% de réduction en 2050 dans les pays développés. Ils soulignent avec emphase leur « forte volonté politique » de « collaborer à la réalisation de cet objectif » (moins de 2°C de hausse de la température), mais n’ont rien d’autre à proposer qu’une auberge espagnole où chaque pays, d’ici le 1er février 2010, communiquera aux autres ce qu’il compte faire.

 

Un chiffon de papier

 

Piégés par l’hyper-médiatisation qu’ils ont eux-mêmes orchestrée, les grands de ce monde se sont retrouvés sous les feux de la rampe, sans rien d’autre à montrer que leurs rivalités sordides. Alors, les représentants de 26 grands pays ont viré les ONG, écarté les petits États et pondu en catastrophe un texte dont le but principal est de faire croire qu’il y a un pilote politique dans l’avion. Mais il n’y a pas de pilote. Ou plutôt, le seul pilote est automatique : c’est la course au profit des groupes capitalistes lancés dans la guerre de concurrence pour les marchés mondiaux. Le candidat Obama et l’Union Européenne avaient juré leurs grands dieux que les entreprises devraient payer leurs droits d’émissions. Bernique : en fin de compte, la plupart d’entre elles les ont reçu gratuitement et font du profit avec, en les revendant et en les facturant au consommateur ! Tout le reste est à l’avenant. Touche pas au grisbi, telle est la consigne.

 

Ce soi-disant accord sue l’impuissance par tous les pores.

Rester au-dessous de 2°C, cela ne se décrète pas. Pour peu que ce soit encore possible, il y a des conditions drastiques à remplir. Elles impliquent en définitive de consommer moins d’énergie, donc de transformer et de transporter moins de matière. Il faut produire moins pour la demande solvable et satisfaire en même temps les besoins humains, notamment dans les pays pauvres. Comment faire ? C’est la question clé. Elle n’est pas si difficile à résoudre. On pourrait supprimer la production d’armes, abolir les dépenses de publicité, renoncer à quantité de fabrications, d’activités et de transports inutiles. Mais cela irait à l’encontre du productivisme capitaliste, de la course au profit qui nécessite la croissance. Sacrilège ! Tabou !

 

Résultat des courses ? Alors que les émissions mondiales doivent diminuer de 80% au moins d’ici 2050, alors que les pays développés sont responsables de plus de 70% du réchauffement, la seule mesure concrète épinglée dans l’accord est l’arrêt de la déforestation… qui ne concerne que le Sud et représente 17% des émissions. Avancée écologique ? Que nenni ! « Protéger » les forêts tropicales (en chassant les populations qui y vivent !) est pour les pollueurs le moyen le moins cher d’acheter le droit de continuer à produire (des armes, de la publicité, etc) et à polluer … donc de continuer à détruire les forêts par le réchauffement. C’est ainsi que la loi du profit pourrit tout ce qu’elle touche et transforme tout en son contraire.

 

Victoire de la base

 

Heureusement, face à la déroute au sommet, Copenhague est une magnifique victoire à la base. La manifestation internationale du samedi 12 décembre a rassemblé quelque 100 000 personnes. Le seul précédent de mobilisation aussi massive sur cette thématique est celui des cortèges qui ont regroupé 200.000 citoyens australiens dans plusieurs villes simultanément, en novembre 2007. Mais il s’agissait d’une mobilisation nationale et l’Australie subit de plein fouet les impacts du réchauffement : ce n’est (encore) pas le cas des pays européens d’où sont venus la plupart des manifestants qui, en dépit d’une répression policière féroce, ont investi la capitale nordique au cri de « Planet first, people first ». Face à l’incapacité totale des gouvernements, face aux lobbies économiques qui empêchent de prendre les mesures pour stabiliser le climat dans la justice sociale, de plus en plus d’habitants de la planète comprennent que les catastrophes annoncées par les spécialistes ne pourront être évitées qu’en changeant radicalement de politique.

 

Copenhague symbolise cette prise de conscience. Elle s’exprime par la participation d’acteurs sociaux qui, il y a peu encore, se tenaient à l’écart des questions écologiques, voire les envisageaient avec méfiance : organisations de femmes, mouvements paysans, syndicats, associations de solidarité Nord-Sud, mouvement de la paix, groupements altermondialistes, etc. Un rôle clé est joué par les peuples indigènes qui, en luttant contre la destruction des forêts (dans un rapport de forces digne de David affrontant Goliath !), symbolisent à la fois la résistance à la dictature du profit et la possibilité d’une autre relation entre l’humanité et la nature. Or, ces forces ont en commun de miser davantage sur l’action collective que sur le lobbying, cher aux grandes associations environnementales. Leur entrée en scène déplace radicalement le centre de gravité. Désormais, la lutte pour un traité international écologiquement efficace et socialement juste se jouera dans la rue - plus dans les couloirs des sommets - et ce sera une bataille sociale - plus un débat entre experts.

 

Tandis que le sommet officiel accouchait d’un chiffon de papier, la mobilisation sociale et le sommet alternatif ont jeté les bases politiques de l’action à mener à la base dans les prochains mois: « Change the system, not the climate », « Planet not profit », « bla bla bla Act Now », « Nature doesn’t compromise », « « Change the Politics, not the climate », « There is no PLANet B ». En dépit de ses limites (concernant le rôle des Nations Unies, notamment) la déclaration du Klimaforum09 est un bon document, qui rejette le marché du carbone, le néocolonialisme climatique et la compensation (« offsetting ») des émissions par des plantations d’arbres, ou d’autres techniques bidon. De plus en plus de gens le comprennent : la dégradation du climat n’est pas le fait de « l’activité humaine » en général mais bien d’un mode de production et de consommation insoutenable. Et ils en tirent la conclusion logique : le sauvetage du climat ne saurait découler seulement d’une modification des comportements individuels, il requiert au contraire des changements structurels profonds. Il s’agit de mettre en accusation la course au profit, car celle-ci entraîne fatalement la croissance exponentielle de la production, du gaspillage et du transport de matière, donc des émissions.

 

Deux logiques opposées

 

Catastrophe, l’échec du sommet ? Excellente nouvelle au contraire. Excellente nouvelle car il est temps que s’arrête ce chantage qui impose que, en échange de moins d’émissions, il faudrait plus de néolibéralisme, plus de marché. Excellente nouvelle car le traité que les gouvernements pourraient conclure aujourd’hui serait écologiquement insuffisant, socialement criminel et technologiquement dangereux : il impliquerait une hausse de température entre 3,2 et 4,9°C, une montée du niveau des océans de 60cm à 2,9 mètres (au moins), et une fuite en avant dans des technologies d’apprenti-sorcier (nucléaire, agrocarburants, OGM et « charbon propre » avec stockage géologique de milliards de tonnes de CO2). Des centaines de millions de pauvres en seraient les principales victimes. . Excellente nouvelle car cet échec dissipe l’illusion que la « société civile mondiale » pourrait, par « la bonne gouvernance », en associant tous les « stakeholders », trouver un consensus climatique entre des intérêts sociaux antagoniques. Il est grand temps de voir qu’il n’y a, pour sortir des combustibles fossiles, que deux logiques totalement opposées : celle d’une transition pilotée à l’aveugle par le profit et la concurrence, qui nous mène droit dans le mur; et celle d’une transition planifiée consciemment et démocratiquement en fonction des besoins sociaux et écologiques, indépendamment des coûts, donc en recourant au secteur public et en partageant les richesses. Cette voie alternative est la seule qui permette d’éviter la catastrophe.

 

Le roi est nu. Le système est incapable de répondre au gigantesque problème qu’il a créé autrement qu’en infligeant des dégâts irréparables à l’humanité et à la nature. Pour l’éviter, l’heure est à la mobilisation la plus large. Nous sommes toutes et tous concerné(e)s. Le réchauffement de la planète est bien plus qu’une question « environnementale » : une énorme menace sociale, économique, humaine et écologique, qui nécessite objectivement une alternative écosocialiste. Le fond de l’affaire : le capitalisme, en tant que système, a dépassé ses limites. Sa capacité de destruction sociale et écologique l’emporte clairement sur son potentiel de progrès. Puisse ce constat aider à faire converger les combats en faveur d’une autre société. Les manifestants de Copenhague ont ouvert la voie. Ils nous invitent à les rejoindre dans l’action : « Act now. Planet, not profit. Nature doesn’t compromise ».

Daniel Tanuro, le 19 décembre 2009

Négociations sur le climat

 

Ces Etats qui placent leurs intérêts avant ceux de la planète

 

Par Sophie Chapelle (15 décembre 2009) in Basta !

 

La plupart des gouvernements sont unanimes : nous devons freiner le réchauffement climatique. Mais derrière les discours de façade, dans les couloirs du sommet de Copenhague, les mesquineries de chacun reprennent vite le dessus sur l’intérêt général. Des Etats-Unis à la Chine, en passant par l’Union européenne ou l’Arabie Saoudite, petit tour de ceux qui rechignent à conclure un accord contraignant. Sous l’oeil atterré des Etats, notamment africains, qui ont le plus à perdre.

 

© crédits : Collectif à-vif(s) [1]

 

 

« Depuis l’ouverture des négociations, chaque grand groupe de pays avance ses cartes et montre ce qu’il attend », explique Mathieu, de l’ONG de solidarité international d’Oxfam. Il y a d’abord eu les suspensions de séance liées à la pression des pays en développement pour ratifier un nouvel accord juridiquement contraignant. Une fronde menée par le minuscule Etat de Tuvalu, dont les 12.000 habitants sont menacés par la montée des océans. Puis cette phrase, lourde de reproches, de Dessimila Williams, déléguée générale de la Grenade, dans les Caraïbes, et porte parole des petits Etats insulaires : « Nous ne sommes même pas sur le globe dans le hall de la COP15 ». Pour Morgane Créach du Réseau Action Climat – France, « la question qui a beaucoup pesé dans les négociations cette semaine est la symétrie des engagements alors même que les Etats-Unis ne sont pas dans le Protocole de Kyoto ». En clair : dis-moi ce que tu feras, je te dirai ce que je compte faire de mon côté. Résultat : rien ne bouge. « Il est possible que l’on ait un amendement au Protocole de Kyoto ou un nouveau Protocole comme le propose Tuvalu. Dans ce cas, un protocole lié à la Convention contraindrait les Etats-Unis », espère Morgane.

 

Les pays en développement n’acceptent de contrainte... que volontaire

Cette proposition pourrait effriter le groupe du G77 et de la Chine. Si les pays émergents soutiennent Tuvalu pour aboutir à de vrais engagements contraignants des pays riches et en particulier des Etats-Unis, ils refusent d’être eux-mêmes contraints sous la Convention. « Le G77 est derrière Tuvalu, mais ils refusent d’être contraints sur le marché international, relativise Geneviève Azam, d’Attac-France. Cependant, ils acceptent des plans nationaux de réductions. » En gros, de fixer eux-mêmes leurs objectifs de limitation des émissions de CO2. Problème : « Si l’on reste seulement sur du volontariat, il n’y aura pas d’accord », précise Pierre Radanne, expert pour l’Organisation de l’unité africaine (OUA) sur les négociations climat.

 

L’Arabie Saoudite ne veut pas perdre ses pétrodollars

Le consensus est donc loin d’être atteint. Dans le G77, on trouve des pays pétroliers comme l’Arabie Saoudite qui ont beaucoup à perdre à la signature d’un accord ambitieux et contraignant. Jean-Pascal van Ypersele, vice-président du GIEC rappelle que « selon l’Agence internationale de l’énergie, un accord fort pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ferait perdre 4 milliards de dollars aux Saoudiens d’ici à 2030 en limitant le recours aux énergies fossiles comme le pétrole ».

 

L’Afrique du Sud et la Norvège ont le sens de l’intérêt général

La plupart des ONG saluent toutefois les propositions chiffrées des pays émergents. « L’Afrique du Sud a annoncé qu’elle allait entreprendre des actions de réductions qui diminueront de 34% ses émissions par rapport à son tendanciel d’ici à 2020 et d’environ 42% d’ici à 2025. C’est un chiffre très ambitieux, un vrai pas en avant, reconnaît Morgane Créach. Malheureusement, les pays industrialisés restent eux sur des propositions de réductions d’émissions très faibles ». Mis à part quelques pays, comme la Norvège qui propose des réductions d’émissions de 40 %, l’ensemble des pays développés n’atteint que 8 à 12 % de réductions. Leurs propositions sont parfois même provocatrices. Le deuxième jour des négociations, le Guardian a révélé le projet d’accord du Danemark : ne faisant aucune allusion au Protocole de Kyoto, ce texte a fait souffler un vent de colère dans les couloirs du Bella Center, lieu de négociations officielles.

 

L’Union européenne ? « Wait and see »

Quant à l’Union européenne, « sa position est poussiéreuse », s’indigne Morgane Créach. Beaucoup attendait du Conseil des 27 chefs de l’Etat de l’Union européenne qui s’est tenu les 9 et 10 décembre un objectif de 30 % de réductions d’ici 2020. Mais le texte du Conseil européen réitère la promesse inscrite dans le paquet énergie climat voté il y a un an, à savoir que l’objectif de réduction des gaz à effet de serre pourrait passer de 20% à 30% en 2020, à condition « que d’autres pays développés prennent l’engagement de parvenir à des réductions comparables de leurs émissions, et que les pays en développement contribuent à l’effort de façon appropriée, en fonction de leurs responsabilités et de leurs capacités respectives ». Bref, si ni les Etats-Unis ni la Chine ne font d’efforts, l’Europe en consentira très peu.

 

« L’Union européenne a choisi de rester sur ses positions, et d’attendre que les autres états bougent sur leurs propres objectifs. Elle est incapable de faire une coalition avec les pays en développement pour isoler ceux qui n’avancent rien », ajoute Morgane Créach. L’Union européenne s’engage par ailleurs à des financements de 2,4 milliards d’euros par an sur du court terme entre 2010 et 2013, alors que les ONG demandent un minimum de 35 milliards d’euros par an à long terme. Une annonce qui a fait sombrer le porte-parole du G77 dans une froide colère, « 10 milliards de dollars ne suffiront pas à acheter les cercueils des habitants des pays en développement ».

 

Etats-Unis et Canada : le climat ? Rien à f...

Outre Atlantique, les positions des Etats-Unis et du Canada seraient « catastrophiques ». Selon la chargée de campagne du Réseau Action Climat – France, « les Etats-Unis veulent demander les mêmes engagements aux pays en développement et aux pays industrialisés alors qu’ils n’ont même pas réduit leurs émissions et qu’ils ne proposent rien en terme de financements ». Cette question du financement de l’adaptation était le parent pauvre du Protocole de Kyoto. Subissant dès aujourd’hui les impacts du changement climatique, le groupe africain met en avant cette question dans les négociations à Copenhague. « La Chine et l’Inde, même si elles ne demandent pas d’argent pour leur propre pays, n’accepteront pas un accord qui ne donnent pas de l’argent aux pays en développement », explique Pierre Radanne. Alors que les décisions se prennent au consensus, le refus de signer de l’une des parties empêcherait donc tout accord.

 

C’est dans cette configuration que le diplomate maltais Michael Zammit Cutajar a proposé vendredi 11 décembre « un brouillon » (draft text en anglais) visant à chapeauter les discussions. Il prend pour base la continuation du Protocole de Kyoto. « Cutajar est le plus légitime car il est le président de la COP, estime Morgane Créach. Il propose une vision partagée, des objectifs de réductions des émissions des pays industrialisés, des financements, des actions des pays en développement, avec plein d’options entre crochets ». M. Cutajar indique notamment que l’on « devrait » limiter la hausse de la température de la planète à 2°C ou à 1,5°C, le choix étant laissé à la discussion. Les petits Etats insulaires ainsi que le groupe africain sont particulièrement attentifs à cette question assurant que leur « survie dépend de ces chiffres ».

 

Vers un compromis ?

La semaine qui s’annonce au Bella Center devrait donc porter essentiellement sur la poursuite du Protocole de Kyoto, les finances et les objectifs d’émissions. Les ministres, arrivés le 13 décembre, préparent le terrain pour l’arrivée des chefs d’Etats le 17 décembre. « Les négociations ne vont pas se jouer sur la base d’une discussion purement Chine – Etats-Unis, commente Pierre Radanne. Lorsque Obama est venu voir Su Wei fin novembre ils ont passé un pacte. » « Depuis l’ouverture des négociations, précise Geneviève Azam, on sent monter une tension très forte entre pays du Sud et pays riches. Une nouvelle configuration se redessine ». Un rapport de force illustré par la décision, le 14 décembre, de plusieurs pays africains ainsi que de l’Equateur de ne plus participer aux négociations jusqu’à ce que le Protocole de Kyoto soit traité de manière prioritaire en séance plénière.

Sophie Chapelle

 

Notes

 

[1] Du 6 au 19 décembre 2009, les photographes du collectif à-vif(s) sont à Copenhague pour la Conférence des Nations unies sur le climat. En publiant quotidiennement des reportages photographiques et sonores, ils portent un regard subjectif sur une ville, théâtre d’un évènement planétaire surmédiatisé. Chaque jour, en collaboration avec les sites mouvements.info, Mediapart.fr et m-e-dium.net des collectifs et des organisations participant à l’événement, l’équipe d’à-vif(s) vous convie à suivre en ligne le sommet du climat sous un angle original et décalé.

 

Quand le « développement durable » se transforme en néocolonialisme vert


Par Basta ! 14 décembre 2009

 

Dans l’Etat d’Oaxaca, au Sud du Mexique, des multinationales européennes tentent d’implanter de gigantesques fermes éoliennes pour compenser leurs émissions de CO2. Ces projets estampillés écologiques se font au détriment des populations locales et menacent leurs ressources alimentaires. Betina Cruz Velásquez raconte la résistance à ce néocolonialisme vert. Un exemple des dérives du business vert induit par le marché des droits à polluer.

 

Betina Cruz Velásquez vit dans l’Isthme de Tehuantepec (Etat d’Oaxaca, Mexique). Elle participe à un mouvement de résistance aux fermes éoliennes que les multinationales installent dans les pays du Sud.

 

Quelles solutions proposez-vous à la crise climatique ?

 

J’espère que les solutions au changement climatique viendront d’en bas, qu’elles seront construites à partir de l’expérience du mouvement global des exclus et des victimes du changement climatique. Je n’attends rien de Copenhague, mais du mouvement international qui se bat pour de vraies solutions.

 

Dans nos communautés, nous n’avons pas une consommation d’énergie très élevée, et ça ne signifie pas que nous en vivons mal. Pour nous, les appels à augmenter la production d’énergie sont mauvais. Bien sûr, il est nécessaire de trouver de nouvelles sources d’énergies renouvelables, comme l’éolien. Mais nous devons nous assurer que ce soit basé sur les besoins des peuples, et non imposé par les besoins du marché et des multinationales. Nous avons été accusés de ne pas vouloir nous développer. Alors que ce que nous voulons, c’est un mode de développement qui diffère de celui qui nous est imposé.

 

Que pensez-vous des solutions basées sur le marché, présentées comme pouvant résoudre la crise climatique ?

 

Les fermes éoliennes du Mexique ont été présentées comme s’intégrant dans les soi-disant « mécanismes de développement propre » et reçoivent des subventions dans le cadre de ce programme. Mais le combat contre le changement climatique ne pourra être gagné en marchandisant nos vies, car c’est justement cela qui a été l’une des plus grandes racines du changement climatique. Pour résoudre la crise climatique, les projets d’énergie renouvelable, qu’il s’agisse de l’éolien, du solaire ou de la géothermie, ne peuvent être vus comme du business.

 

Pour trouver de vraies solutions à la crise climatique, il ne suffit pas de commencer à produire de l’énergie renouvelable. Nous avons également besoin de nous attaquer à la consommation d’énergie excessive, particulièrement dans le Nord. Nous ne pouvons pas continuer à produire de l’énergie pour faire face à ces excès, si le prix à payer c’est l’utilisation pour ces énergies de terres destinées à produire notre nourriture.

 

Pourquoi résistez-vous à ces projets d’énergie renouvelable ?

 

Au motif de développer les énergies renouvelables, les grandes entreprises occupent notre terre avec des éoliennes. L’agriculture, particulièrement les cultures de maïs, c’est l’essence de notre région. Et elle sera complètement déplacée par ces projets de fermes éoliennes.

 

Le gouvernement et les entreprises nous ont expliqué que ces projets apporteraient du travail et le développement de la région. Au lieu de quoi les gens perdent leurs terres, et l’énergie produite ne bénéficie pas au peuple mexicain. Aucun investissement ne reste dans le pays. Ces firmes annoncent qu’elles vont investir trois milliards de dollars : 78% de ce montant sera investi dans l’achat de turbines en Allemagne, en Espagne ou au Danemark. Les 22% restants seront utilisés pour installer les turbines. Moins d’1% sera alloué au développement de la région. Le développement de l’éolien ne signifie pas que les autres sources d’énergie polluantes seront bannies. C’est l’inverse qui se produit : il y a des discussions autour de l’installation d’une nouvelle centrale nucléaire au Mexique.

 

Voilà les raisons pour lesquelles nous demandons un moratoire immédiat sur les projets de fermes éoliennes. Nous n’avons pas été consultés convenablement, et les projets de fermes éoliennes ont été réalisés avec des contrats et des baux abusifs, obtenus par des multinationales qui ont violé les accords exigeant une consultation locale pour de tels projets.

 

Ces expériences nous ont amenés à penser que nous devons analyser avec attention ce que sont les énergies alternatives. Les vraies solutions doivent être pensées de manière globale. Nous ne pouvons pas boucher un trou pendant que nous en creusons trois autres au même moment.

 

À quelle situation votre communauté fait-elle face ?

 

La plupart des firmes qui viennent pour produire de l’énergie éolienne sont d’origine espagnole : Endesa, Union Fenosa, Preneal, Iberdrola, Acciona and Gamesa. Il y a aussi des firmes françaises, suisses, allemandes et italiennes. Ces parcs éoliens font partie du plan « Puebla Panama » lancé en 2001.

 

Ces entreprises, en collusion avec le gouvernement mexicain, manipulent les pauvres, pour la plupart des Indiens non-hispanophones de ma communauté, pour qu’ils signent des contrats de location. Ces contrats signifient en réalité l’abandon de leurs terres pour 30 ans. Un abandon compensé par des sommes ridiculement basses : les propriétaires Indiens reçoivent 150 pesos (environ huit euros) par hectare et par an. Ils reçoivent également un versement unique de 1000 pesos (environ 50 euros) quand ils signent le contrat. Ces accords ont été présentés à notre peuple en espagnol, alors que dans la plupart des cas les gens ne parlent que le zapotèque.

 

Ces accords sont également trompeurs parce que les firmes ont promis que les propriétaires pourraient continuer à cultiver leurs terres. Mais le contrat inclut comme restriction que les cultures de plus de deux mètres ne peuvent être plantées. Or le maïs peut pousser plus haut. De leur côté, les firmes n’ont aucune restriction dans leur utilisation de la terre. Les baux sont de 30 ans, mais ils peuvent être automatiquement renouvelés pour 30 années. Et seules les firmes peuvent mettre fin au contrat.

 

Ces locations représentent une nouvelle forme de féodalisme. Les entreprises contrôlent des milliers d’hectares. Dans la ville de San Mateo del Mar, elles voulaient louer 4000 hectares, alors que la superficie totale de la commune est de 7000 hectares. C’est un manque complet de respect de notre mode de vie. Les firmes se comportent comme si nous étions des marchandises qui pourraient être achetées.

 

Quelles sont vos stratégies de résistance ?

 

Dans ma ville, Juchitán, nous avons créé une Assemblée de défense des terres et du territoire. Nous avons rejoint d’autres groupes qui rejettent ce genre de projets de fermes éoliennes et nous avons créé le Front Populaire de l’Isthme en défense de la terre, « Frente de Pueblos del Istmo en Defensa de la Tierra ». Ensemble, nous avons commencé une campagne de sensibilisation dans les zones où les fermes sont basées.

 

Dans le cadre de notre campagne, nous avons organisé des occupations de terres et des recours pour annuler les contrats de location. Jusqu’à présent, nous avons gagné environ 200 procès. Grâce à la mobilisation, les firmes ont accepté de révoquer les contrats des propriétaires qui avaient entamé des recours, libérant ainsi les gens des contrats draconiens.

 

Nous avons hérité de nos terres et nous les considérons comme communales. Elles ne peuvent donc pas être sujettes à des contrats privés. Nous commençons à faire appel auprès du Tribunal agraire, pour demander le respect de ces terres communales et exiger que les firmes quittent nos territoires. Ce sera une bataille rude, puisque le gouvernement de Oaxaca est connu pour défendre les entreprises et terroriser les communautés.

 

Comment avez-vous commencé à vous impliquer dans les luttes sociales ?

 

Je viens d’une communauté zapotèque, dont la population est majoritairement indienne. Pour nous, le maïs est la principale ressource alimentaire, et il est aussi présent dans la plupart de nos rites quotidiens. Sans le maïs, nous mourrons. J’ai rejoins la lutte pour défendre notre droit à cultiver quand les multinationales ont commencé à s’intéresser à notre terre. Je fais maintenant partie de l’Assemblée de défense des terres et du territoire de Juchitán.

 

Propos recueillis par Mary Lou Malig (www.focusweb.org) et Cecilia Olivet (www.tni.org), qui ont participé à la Caravane « pour le climat et la justice sociale »

 

Sauvons la planète, sauvons l’Afrique

 

Non à la marchandisation du climat 

Un autre monde, social, solidaire et écologique, est possible

 

 

HNS-Info 15/12/2009


Les africains ont encore en mémoire les récentes inondations qui ont causé, dans plusieurs pays du continent, au cours de cette année, des centaines de morts et des centaines de milliers de déplacés. Ce genre de catastrophe naturelle devient de plus en plus fréquent en Afrique qui fut relativement épargnée par de tels déchainements de la nature. Les prévisions ne sont pas de nature à rassurer : les climatologues prévoient de véritables drames climatiques du fait du réchauffement climatique. L’Afrique est, d’ores et déjà, une grande victime du changement climatique en cours.

 

Il est actuellement largement admis, au sein de la communauté scientifique internationale, qu’une augmentation de deux degrés Celsius de la température moyenne à la surface du globe aura pour conséquence directe en Afrique, notre continent, une augmentation de 127 % des victimes des inondations, plus de 600 millions de personnes affectées de manque d’eau, 55 millions de personnes qui seront touchées par la famine, avec également une augmentation de 17% du nombre de malades du paludisme et de 16 % du nombre de personnes atteintes par les maladies diarrhéiques. L’agriculture et l’élevage sur le continent seront également très affectés avec des pertes évaluées à 133 milliards de dollars. Face à ces catastrophes qui s’annoncent, il faut plus que jamais que les gouvernements africains, au lieu de recourir à des appels continuels à l’aide humanitaire, perpétuant ainsi dans les esprits à travers le monde l’image d’une Afrique éternellement mendiante, s’engagent résolument dans la dénonciation de la responsabilité du système économique capitaliste actuel dans ce drame.

 

Après près de trois siècles de règne du capitalisme au niveau mondial et autant de présence coloniale en Afrique, il est plus qu’urgent de faire le bilan. Ce système économique impose son modèle individualiste de comportement, marginalisant les logiques collectives de nos sociétés ancestrales, exploitant les peuples et pillant les richesses naturelles et minières sur le continent, déniant les droits sociaux des populations et saccageant leur environnement naturel, sans d’autre logique que l’accumulation des profits par et pour une minorité sociale dominante dans les pays du Nord comme sur le continent. Et comme toujours ce sont les pauvres sur le continent qui continueront de subir les conséquences dramatiques de cette crise climatique. Ils sont les plus exposés à la pollution, aux inondations et autres conséquences du changement climatique, tout en étant dépourvus de moyens d’adaptation au nouveau contexte climatique.

 

Face à cet avenir incertain, l’oligarchie capitaliste qui domine le monde cherche à détourner l’attention de citoyens de plus en plus conscients du désastre imminent en essayant de leur faire croire que la technologie et la marchandisation du climat pourraient contribuer à lutter contre le réchauffement de la planète. Ainsi nous propose-t-on la compensation des excès d’émissions des gaz à effet de serre des industries du Nord par des compensations financières pour le reboisement au Sud ; nous parle-t-on de fabriquer plus de voitures électriques ou plus de biocarburants, d’intensifier le développement de l’énergie nucléaire, d’amplifier des taxes écologiques au niveau mondial… Tout un ensemble de mesures pour faire perdurer la logique économique de croissance et de destruction des ressources naturelles et minières au Sud au profit des riches.

 

Nous rejetons catégoriquement ces solutions et nous appelons les peuples africains à ne pas se laisser berner par ces mystifications que nourrissent les médias qui sont aux mains des dirigeants du système. L’avenir n’est pas dans une technologie au service des profits, mais dans un nouvel agencement des relations sociales dans nos pays et entre le Nord et le Sud. Plus que jamais, nous devons lutter pour sauver nos vies, ainsi que celles des générations futures, du changement climatique en prenant la défense de nos forêts, en luttant également pour l’accès à l’eau, la souveraineté alimentaire et énergétique pour tous. Nous devons plus que jamais lutter en solidarité avec les peuples pygmées d’Afrique centrale et les peuples nomades du désert, qui ont de tout temps vécus en symbiose avec la nature, et que l’exploitation capitaliste effrénée des ressources naturelles et minières dans nos forêts et déserts est en train de décimer. Nous devons lutter pour la reconnaissance enfin de la dette écologique historique que nous doivent les pays du Nord après 300 ans d’esclavage, de colonisation, de pillage et d’assassinats des leaders africains éclairés pouvant conduire le continent africain à l’émancipation totale et à la préservation de ses richesses.

 

Nous appelons les salariés, les paysans, les pêcheurs, les jeunes et les étudiants, les peuples d’Afrique dans toutes leurs composantes à se mobiliser contre la logique du marché que nous impose le capitalisme néolibéral basé sur le consumérisme et la croissance sans fin et pour revendiquer que les questions sociales et de justice climatique, soient au cœur des discussions du Sommet sur le climat qui se tient actuellement à Copenhague.

 

Nous soutenons les actions et mobilisations des mouvements sociaux présents à Copenhague et nous sommes solidaires de la mobilisation mondiale du 12 décembre pour la justice sociale et pour la sauvegarde du climat.

 

Ensemble sauvons notre mère nourricière, la Terre.

 

Un autre monde maintenant !!!

 

ATTAC Bénin

ATTAC Burkina Faso

ATTAC Centrafrique

APASH/ATTAC Congo Brazzaville

ATTAC Côte d’Ivoire

ATTAC Gabon

CERIDA/ATTAC Guinée

ATTAC Maroc

ATTAC Togo

RAID/ATTAC Tunisie