"Que votre combat ne vous transforme pas en l’image de vos ennemis !"

  Georges Orwell

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« Il est temps de reprendre le contrôle du complexe technico-politico-financier. Leur pouvoir est immense mais ils sont peu nombreux. Nous sommes plus de 6 milliards, nous rêvons de leurs marques et achetons leurs produits ! »

 

Participation. 142 pays étaient représentés au Forum social mondial de Belem (Brésil), du 27 janvier au 1er février. 491 organisations européennes ont formé la plus grosse délégation continentale après celle de l'Amérique latine.

Fréquentation. 133 000 personnes ont participé. Il s'agit de la plus forte fréquentation depuis la création du rassemblement des altermondialistes, à Porto Alegre (Brésil), en 2001.

Ateliers. 5 800 associations issues de la société civile ont organisé 2 300 ateliers autour d'une dizaine de thèmes, parmi lesquels la construction d'une économie solidaire et durable, le monde dans une perspective post-capitaliste, la préservation de l'environnement, etc.

 

 

 

Les altermondialistes sont confortés par le succès du Forum social mondial

 

Le Forum social mondial (FSM) est une expérience de "désordre créateur". Jamais autant qu'à Belem, il n'aura fallu se raccrocher à cette définition proposée par le philosophe Patrick Viveret pour survivre dans un événement qui a rassemblé, du 27 janvier au 1er février, au-delà de tous les pronostics, 133 000 personnes.

 

Absence de traduction, désorganisation, heures passées à rejoindre des réunions distantes de plusieurs kilomètres : le parcours du militant a souvent épousé celui du combattant, obligatoirement équipé de bonnes chaussures et d'un parapluie pour se protéger des pluies, diluviennes en cette période de l'année.

Au-delà de ces désagréments, l'édition 2009 confirme que le Forum reste un lieu d'effervescence et de brassage d'idées. Un laboratoire d'expériences et de propositions auquel la crise a redonné du crédit en validant un certain nombre de prophéties altermondialistes. "Nous avons maintenant la responsabilité de mettre des propositions fortes sur la table et de les faire connaître", admet Jean Merkaert, du Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD).

Parmi ces propositions, figurera la suppression des paradis fiscaux, qui, pour John Christensen, du réseau Tax Justice, "sont le maillon faible d'un système dans lequel ont pu prospérer toutes les dérives de la finance". La libéralisation des services financiers est aussi pointée du doigt. "Cela a permis aux banques de grossir et elles sont devenues trop grosses pour qu'on les laisse faire faillite. Il faut revenir en arrière et exiger qu'elles financent des activités utiles à la société", soutient Myriam Vander, du Centre néerlandais de recherche sur les multinationales.

 

ECONOMIE SOLIDAIRE

"Toutes les crises - alimentaire, énergétique, financière - qui secouent la planète sont liées. Les solutions ne peuvent être construites en imaginant conserver un système qui consomme de façon insoutenable les ressources naturelles", résume l'économiste péruvien Oscar Ugarteche.

En pleine Amazonie, les peuples indiens, massivement présents à Belem, ont rappelé le lien qui existe entre l'homme et la nature. "Le monde indien est une société de partage et de bien-être, non une société d'accumulation", souligne Candido Grzybowski, un des fondateurs du Forum.

A Belem, pour que soit préservée l'Amazonie, les organisations écologistes ont réclamé la rupture avec un modèle de développement, qui conduit à la transformation de la forêt en pâturages ou en zones de monoculture intensive de soja. Elles ont plaidé pour une agroforesterie capable d'exploiter les ressources de la forêt sans la détruire. "Cette solution préserve l'environnement et assure la sécurité alimentaire des communautés locales", défend le Mouvement agro-écologique d'Amérique latine. Des expériences sont déjà en cours, comme dans l'Etat d'Acre, à la frontière bolivienne, où le gouvernement a choisi de valoriser sa "forêt debout".

A côté de toutes les pistes de réflexion, Belem aura aussi été l'occasion de constater la vitalité de l'économie solidaire sur la plupart des continents. "Des millions de personnes vivent et construisent au quotidien des alternatives pour vivre mieux. Cela est peu visible, mais une autre économie existe déjà", insiste Ethel Côté, une participante canadienne.

"Même aux Etats-Unis, le mouvement s'amplifie et on va pousser Barack Obama dans cette direction", explique Julie Matthaei, du Solidarity Network. Pour la première fois dans un Forum social, le drapeau américain n'a pas été brûlé, et il est même question d'organiser la prochaine rencontre, en 2011, aux Etats-Unis.

"Nous offrons une autre perspective sur la crise en montrant qu'il existe des alternatives à un capitalisme en faillite. Et qui peut nier que cela est aujourd'hui nécessaire ?", a lancé M. Grzybowski en clôturant le Forum. Les participants repartent de Belem en ayant fait le plein d'énergie. Rendez-vous a été pris le 28 mars à Londres, quelques jours avant la réunion du G20, où les altermondialistes espèrent renouer avec les grandes manifestations qui ont fait leur succès.

 

Laurence Caramel



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Fahrenheit 9/11
Fahrenheit 9/11

"Dans ce film provocateur, Michael MOORE raconte l’histoire comme personne n’a jamais osé la raconter, analyse les événements qui ont conduit les Etats-Unis à l’apocalypse du 11 septembre et nous dit pourquoi le pays est aujourd’hui en guerre."

(Comme au cinéma)

 

"Seul Michael Moore pouvait manier l’humour noir sur un terrain aussi sombre, comme lorsqu’il invite les législateurs à lire les lois qu’ils viennent de signer ou qu’il démontre l’absurdité de la rhétorique de Washington où nul législateur ne laisserait son fils ou sa fille s’enrôler dans la guerre en Irak, Fahrenheit 9/11 est un film à la fois sans concessions, d’un humour décapant, d’une provocation extrême... et profondément distrayant."

(Cinémotions)

 

 

 

 

"Ce livre s’inscrit dans la mouvance initiée il y a une dizaine d’années en Amérique du Nord pour combattre les abus de la publicité et les pratiques des multinationales portant atteinte au droit du travail, de l’homme ou à l’environnement (magazine anti-publicité Adbuster, films de Michael Moore tels que Roger and I ou The Big One, etc.). Il est d’ailleurs sorti au lendemain du sommet de Seattle."

 

Naomi Klein née le 5 mai 1970 à Montréal est une journaliste canadienne, auteur, cinéaste et activiste altermondialiste.

 

L'histoire familiale de Naomi Klein est teintée d'activisme politique. Ses grand-parents étaient des marxistes américains actifs dans les années 1930 et 1940. Son grand-père a été renvoyé de son poste d'animateur chez Disney après y avoir organisé la première grève de l'histoire des studios.

 

Naomi Klein est devenue une représentante de l'altermondialisation grâce à son best-seller "No Logo" (2000), sorte de « bible » du mouvement anticapitaliste de la fin des années 1990. Elle dénonce la réduction de l'espace public, social et citoyen au profit des multinationales au travers de la prolifération de leurs logos. Elle évoque l'exploitation de la misère que conduisent selon elle les multinationales envahissantes telles que McDonald's, Nike, Coca-Cola, Starbucks ou encore Wal-Mart.

 

 

304 pages - 22 €
304 pages - 22 €

"Ce livre montre comment une petite élite américaine tente de contrôler les bases même de la survie de l’humanité : le pain quotidien. « Contrôlez l’alimentation, et vous contrôlerez les peuples » déclarait Kissinger au milieu des années soixante-dix. C’est ce qui est en train d’être fait.

Au-delà des controverses scientifiques sur leurs bienfaits ou leurs dangers, William Engdahl retrace la saga du projet malthusien qui guide la diffusion et la prolifération des OGM, à coups de pressions politiques, de fraudes, de mensonges. Le groupe à l’œuvre derrière le projet OGM est à une ou deux décennies de la domination totale des capacités nourricières de la planète.

« Semences de destruction » mène le lecteur au cœur du pouvoir américain, dans les laboratoires secrets où sont expérimentées les manipulations génétiques, derrière les portes soigneusement interdites des grandes multinationales comme Monsanto, aussi puissantes que celles qui exploitent le pétrole. Il montre que la volonté de pouvoir sur l’alimentation des peuples, conçue à la fin des années trente, est la dernière carte de l’empire américain en danger de perdre son leadership. Si ce livre se lit comme un roman noir, c’est qu’il en est un.

La Confédération paysanne, qui lutte pour une agriculture responsable et respectueuse de l’environnement, s’engage derrière ce livre."

 

 

 

McDo Un prototype du libéral-totalitarisme

 

Paul Ariès est politologue à l’université de Lyon. Son analyse de McDonald’s, qu’il a développé dans deux livres, les Fils de McDo (Éditions L’Harmattan) et le Petit Guide Anti-McDo (Éditions Golias), mêle approche sociologique, psychanalytique ou économique pour cerner les multiples facettes de l’entreprise.

Selon le sociologue américain George Ritzner, la principale caractéristique de l’industrie du fast-food est de placer l’efficacité au-dessus de toutes les autres valeurs humaines. Qu’en pensez-vous ?

Paul Ariès. C’est un premier élément. C’est le culte de la toute puissance, qui est commun à la mondialisation aujourd’hui. McDo, c’est deux choses : l’alimentation du futur et, malheureusement, le management du futur. C’est un prototype de bouffe et de management déshumanisé et déshumanisant. Aujourd’hui, McDo a dépassé ses prévisions. Le slogan du fondateur Ray Kroc était 20 000 McDo pour l’an 2000. Ils en sont bien au-delà, cela signifie que c’est fertile. Du point de vue des stratèges internationaux de McDo, ce qu’on connaît en ce moment - les restaurants de quartier - représente la première génération. La deuxième génération a commencé : ce sont les McDo dans les écoles, dans les entreprises, dans les trains, les avions… La troisième étape sera une véritable appropriation alimentaire du monde : McDo de la maternelle à l’hospice, notamment au travers de la bouffe à domicile.

Pourquoi McDo est-il devenu un tel symbole de la mondialisation ?

Paul Ariès. Trois raisons expliquent cela. La première vient d’un vieux proverbe allemand qui dit : " on est ce qu’on mange ". Et si c’est vrai, il y a de quoi s’inquiéter. La deuxième raison, c’est la visibilité de l’entreprise. On peut aller n’importe où sur la planète, sauf en Afrique, et trouver un McDo. La troisième raison, c’est qu’il s’agit d’un système parfait. Tout se tient : de la définition du produit au management. C’est en quelque sorte un rêve d’Icare du libéral-totalitarisme. Si l’on veut avoir une idée de ce qu’un ultralibéralisme peut donner, c’est à McDo qu’il faut aller chercher cela.

La culture, c’est ce qui différencie les gens - et les rapproche aussi par enrichissement mutuel. Alors pour vendre un même produit à tout le monde, il faut fabriquer un produit infra-culturel qui vise les sensations les plus basiques. Comme lorsqu’on donne un bonbon à un enfant, on vise la satisfaction immédiate au détriment de plaisirs plus recherchés. Le Big Mac, par exemple : il y a de la viande, de la salade, du pain. Tout ce qu’on trouve dans le panier de quelqu’un qui fait son marché. Mais chaque ingrédient a été vidé de toutes ses caractéristiques pour arriver à un produit zéro. Le pain n’en est plus un, la viande est hachée pour gommer les différences de goût et très cuite pour éliminer le sang, qui pourrait gêner, les oignons sont reconstitués… Pour McDo les produits doivent pouvoir être clonés.

Alors, pourquoi ça marche ?

Paul Ariès. On rentre là dans le secret de McDo, qui ouvre en fait sur le secret de l’économie mondiale aujourd’hui. McDo est arrivé à manipuler les images archaïques qui sont en nous : l’enfant, la mère et le père. D’abord le mangeur est infantilisé en visant les sensations basiques : le sucré, le salé, le croustillant… Ce n’est pas désagréable, mais heureusement il existe d’autres choses. L’homme s’est humanisé en humanisant sa table, en prenant de la distance avec sa nourriture. Au départ l’homme mangeait ce qu’il trouvait, et en évoluant, il a interposé des choses entre lui et sa nourriture (des recettes, des façons de manger, des interdits…). Avec McDo, c’est un retour vers le produit : on mange avec ses mains, comme ça vient, on grignote selon le modèle américain où il y a douze prises de nourriture quotidienne.

Deuxième point, McDo joue sur le rapport à la mère. Le hamburger éveille inconsciemment un rapport archaïque au sein, qui est commun à toute l’humanité. McDo, dans ses pubs, joue énormément sur les thématiques de l’amour. Et pourtant il n’y a jamais de femmes dans ses publicités, ce qui signifie bien que McDo est là pour jouer ce rôle.

Troisième élément, McDo entend fonctionner comme substitut du père. Il y a une publicité extraordinaire où un enfant apprend à faire du vélo avec son père, et lorsqu’on lui enlève les roulettes de son vélo, il fonce chez McDo. Dans le même ordre d’idée, McDo déclare, à raison, qu’il est le deuxième lieu le plus fréquenté par les jeunes après l’éducation nationale et que cela l’autorise donc à discuter des valeurs (1). C’est grave, une entreprise qui prétend discuter des valeurs ! Les valeurs relèvent de l’institution familiale ou du politique, mais pas du marché.

N’y a-t-il pas un fonds d’anti-américanisme dans la critique de McDo ?

Paul Ariès. McDo, ce n’est pas américain. La société est américaine, les capitaux sont américains, mais le produit est mondialiste, marchand. Si le Portugal avait été le pays le plus mondialisé à la sauce marchande, McDo serait portugais. À la base, le hamburger est apparu aux États-Unis mais est en rupture avec toutes les traditions culinaires de toutes les communautés américaines. Lors des émeutes de Los Angeles en 1992, un des seuls magasins qui n’a pas été détruit était le McDo. cela montre que les jeunes s’identifient à une entreprise et à un marché. Une des objections que l’on me fait souvent est : " les jeunes immigrés se sentent à l’aise au moins dans un endroit : c’est McDo, et il ne faut pas les priver de cela. " C’est un argument fort, mais qui me déplaît, car il signifie que la seule intégration offerte passe par le marché. McDo se propose de substituer ses normes, que lui seul définit, à toutes cultures.

Comment voyez-vous la spécificité du management de McDonald’s ?

Paul Ariès. L’infantilisation se produit aussi dans le management. Par exemple, les équipiers sont obligés de sourire. McDo a inventé la taylorisation du sourire, ce qui représente presque un viol psychique. On demande aux employés de faire leur boulot, mais aussi de dire qu’ils aiment le faire. L’usage du prénom entre équipiers, et vis-à-vis des clients, en vogue dans de plus en plus d’entreprises, s’apparente aussi à un viol de l’espace privé.

L’équipier est encore infantilisé en étant déqualifié. McDo dit qu’ils sont créateurs d’emplois. C’est doublement faux. Premièrement, tous les emplois ne sont pas équivalents. On n’apprend pas un métier à McDo : on ne devient pas cuisinier, ou plongeur, on est équipier, ce qui ne veut rien dire. Deuxièmement, McDo se définit comme un tremplin pour l’emploi en avançant le fait que ses anciens équipiers trouvent facilement du travail. Mais ce n’est pas ce que les gens ont appris chez McDo qui est recherché, c’est leur faculté d’obéissance.

Pour McDo, le problème dans l’homme, c’est l’homme. Parce qu’il ne sourit pas toujours, parce qu’il n’est pas tout puissant, parce qu’il s’engueule avec ses proches… Donc, il faut chasser l’humain dans l’homme pour le remplacer par des technologies. On est dans la déshumanisation la plus complète.

McDo, c’est du communisme à la Ubu, qui aurait lu tout Marx mais n’aurait rien compris. Les mauvais fantasmes qui étaient projetés sur les communistes (même vêtement pour tout le monde, la même bouffe, le partage des femmes, etc.), et bien c’est McDo et le capitalisme qui est en train de le réaliser.

 

Entretien réalisé par T.C.

 

(1) La phrase exacte est : " McDo est, après l’éducation nationale, le lieu le plus fréquenté par la population jeune. " De par cette position, McDonald’s est ainsi en droit de s’exprimer sur la relation parents-enfants, sur les valeurs des adolescents, la manière dont ils envisagent le monde moderne, s’y meuvent et s’y projettent.

 

L'Huma

 

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